Projet de loi sur le financement politique au Québec
Augmenter le financement public des partis
ne renforcera pas les institutions démocratiques!
Financez le processus, pas les partis!

3 février 2010 - L'automne dernier, le gouvernement du Québec déposait le projet de loi 78 qui modifie la carte électorale, interdit des dons anonymes aux partis politiques, institue des pénalités plus sévères pour les infractions et augmente les subventions aux partis politiques. La préparation de ce projet de loi a commencé en 2005, dans le contexte des révélations liées au « scandale des commandites » et à la Commission Gomery. Il a été déposé à l'Assemblée nationale en novembre denier dans le contexte d'allégations de financement occulte lors de la course à la direction d'un parti municipal à Montréal.

Selon le ministre responsable de la Réforme des Institutions démocratiques, Claude Béchard, le but du projet de loi est de « préserver la confiance des citoyens dans les institutions et les lois ». C'est une référence entre autres au fait qu'il y a une chute constante du taux de participation aux élections car les électeurs sentent qu'ils n'ont aucun contrôle sur les partis et les programmes pour lesquels ils sont appelés à voter. Or, la recommandation la plus frappante du projet de loi est d'augmenter le financement public des partis politiques et selon le ministre la raison en est qu'« il est impératif de diminuer la dépendance des partis politiques au financement privé » et donc d'alléger la pression corrosive et d'éliminer la mentalité du retour d'ascenseur liée au financement privé.

Le projet de loi 78, Loi modifiant la Loi électorale concernant la représentation électorale et les règles de financement des partis politiques et modifiant d'autres dispositions législatives, est présentement débattu à la Commission des institutions de l'Assemblée nationale. Il n'y a pas eu d'audiences publiques mais le directeur général des élections du Québec (DGEQ), Marcel Blanchet, a rassemblé un « Jury citoyen » à l'initiative de l'Institut du Nouveau Monde pour répondre à la question : « Faut-il ouvrir le financement des partis politiques aux contributions des compagnies ou de tout autre regroupement ? Oui ou non ? » Le « jury » a déposé son rapport le 1er février et conclut sans surprise qu'il ne faut pas ouvrir le financement aux compagnies. Le DGEQ a ensuite émis un communiqué dans lequel il déclare sans surprise qu'il est d'accord avec le « verdict ».

Le Parti marxiste-léniniste du Québec (PMLQ) a présenté un mémoire à la Commission des institutions dans lequel il fait valoir que la crise de confiance dans les institutions démocratiques ne sera pas réglée en augmentant le financement public des partis ou en instituant des pénalités plus sévères. Il écrit : « D'abord, il est totalement absurde de conclure que les partis politiques ou les individus versent dans la corruption à cause de "la dépendance des partis politiques au financement privé". L'affirmer c'est détourner l'attention de ce fait incontournable : le problème de la corruption en rapport avec le financement des partis ne date pas d'hier ; la loi prévoyait déjà des pénalités dans le passé, mais elle n'a tout simplement pas été appliquée et on a permis à des individus et à des partis de s'en sauver. Et maintenant on nous propose comme solution d'augmenter les subventions publiques aux partis ! »

Le PMLQ fait remarquer que seulement 2 % de la population est membre de partis politiques qui sont, à toute fin pratique, des organisations privées agissant dans le domaine public, et qu'il n'est donc pas logique qu'ils soient financés à même les fonds publics. Il propose plutôt que le même argent serve à financer le processus plutôt que les partis et soutient que cette approche contribuerait beaucoup plus à renforcer les institutions démocratiques et à réaliser le renouveau politique souhaité.

Ce que contient le projet de loi 78

Le projet de loi 78 prévoit l'interdiction des dons anonymes dans toute activité politique, dont les courses à la direction des partis. Il prévoit que la Loi électorale devra s'appliquer dans les courses à la direction des partis et que les partis devront déterminer eux-mêmes quel montant maximum un candidat pourra amasser lors d'une course à la direction. Toujours dans les campagnes à la direction, les dons de plus de 1 000 $ au municipal ou de plus de 3 000 $ au provincial ne seront pas permis. Les partis auront l'obligation de divulguer l'identité des donateurs.

Pour encourager les petites contributions, un crédit d'impôt bonifié serait accordé pour les petits dons : le taux passerait de 75 % à 85 % pour les premiers 100 $ au palier provincial et pour les 35 premiers dollars au palier municipal. Les amendes en cas d'infraction aux règles de financement seraient haussées. Pour une première infraction, l'amende passerait de 1 000 $ à 10 000 $. Une personne déclarée coupable d'une infraction pourrait aussi perdre son droit d'obtenir un contrat du gouvernement pendant cinq ans.

Enfin, le financement public des partis sera haussé. Actuellement l'allocation annuelle versée par la DGEQ à chaque parti est de 0,50 $ par vote d'électeur reçu. Elle passerait à 0,82 $. Plus précisément, le montant versé représente 0,50 $ par électeur inscrit sur les listes électorales et est versé aux partis proportionnellement au pourcentage des votes valides obtenus à l'occasion des dernières élections générales.

Lors du dépôt du projet de loi, le ministre a indiqué : « L'objectif qu'on a, c'est d'améliorer notre système, de colmater les brèches, parce qu'il y en avait des brèches. On l'a vu, dans les derniers mois, qu'il y avait des brèches, notamment au niveau des leaderships et notamment au niveau municipal. »

L'argument du gouvernement libéral et des partis d'opposition, qui sont tous d'accord sur l'augmentation des subventions à eux-mêmes, est qu'« il faut casser l'idée que le financement des partis est synonyme de récompense pour ceux et celles qui contribuent » afin de renouveler la confiance des citoyens dans le processus électoral.

Quelques chiffres

Aux dernières élections provinciales du 8 décembre 2008, 57 % des électeurs inscrits sont allés voter. Le PLQ de Jean Charest a été élu avec le vote de 23,8 % des électeurs inscrits. Sur cette base, il a reçu entre le 9 décembre 2008 au 8 décembre 2009, 1 209 861,87 $, soit 42,16 % du financement public. Ensemble, le PLQ, le PQ et l'ADQ ont recueilli l'appui de 52,96 % des électeurs inscrits, et ont reçu 94 % du financement public. Avec la réforme proposée, qui augmente l'allocation annuelle à 0,82 $, c'est encore plus d'argent public qui sera détourné dans les mains des partis des riches. Sur une somme totale de 4 705 825,02 $, c'est 4 414 350,92 $ qui seraient remis au PLQ, au PQ et à l'ADQ au détriment des petits partis et des candidats indépendants. Et ce, sans compter les autres mécanismes de financement public qui existent pour les partis politiques : remboursement des dépenses électorales, remboursement de la facture pour la production des rapports annuels des partis, crédits d'impôt aux donateurs et aux membres, etc. On estime ainsi que l'État au Québec finance à 60 % les partis politiques.

Augmenter les subventions aux partis ne renforcera pas les institutions démocratiques ! Financez le processus, pas les partis !

Voir
Mémoire du PMLQ à la Commission des institutions sur le projet de loi 78

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