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L'histoire de la Journée internationale de la femme
- Janice Murray -

Site historique
à Copenhague, au Danemark, où les femmes du monde entier
se sont réunies pour
la deuxième Conférence internationale des femmes
socialistes en 1910 et ont adopté la résolution
établissant la Journée internationale de la femme.
8
mars 2010 - Cette
année marque le centenaire de la résolution
adoptée par la deuxième Conférence internationale
des femmes socialistes à Copenhague, au Danemark en 1910,
créant la Journée internationale de la femme. La
résolution fut adoptée à l'unanimité par
les plus de 100 femmes déléguées provenant de 17
pays participants, parmi lesquelles se trouvaient les trois
premières femmes élues au Parlement de la Finlande. La
résolution fut présentée par la communiste
allemande Clara Zetkin, qui avait d'abord proposé l'idée
d'une manifestation annuelle en appui aux travailleuses et aux droits
des femmes à la première Conférence internationale
des femmes socialistes à Stuttgart, en Allemagne en 1907.
Cette
deuxième
Conférence internationale des femmes socialistes
réaffirma les principes adoptés à la
première conférence sur le suffrage féminin. Ces
principes établirent le cadre de la résolution visant
à créer une Journée internationale de la femme qui
portait sur la question des droits politiques des femmes.
Le
document indique en partie :
«
Le
mouvement des femmes socialistes de tous les pays répudie le
droit de vote limité des femmes comme une falsification et une
insulte au principe de l'égalité politique du sexe
féminin. Il lutte pour la seule expression vivante
concrète de ce principe : le suffrage universel de la femme
ouvert à tous les adultes et lié par aucune condition de
la propriété, du paiement des impôts, du niveau
d'éducation ou toutes autres qualifications, qui excluent les
membres de la classe ouvrière de la jouissance de ce droit.
Elles continuent leur lutte, pas en alliance avec les
réformistes du droit bourgeois des femmes, mais en alliance avec
les partis socialistes et elles luttent pour le suffrage de la femme
comme une des exigences qui, du point de vue du principe et de la
pratique, est la plus importante pour la démocratisation du
suffrage. »
Déclarant
que
les partis socialistes dans tous les pays sont « tenus de se
battre avec énergie pour l'introduction du vote des femmes
», il affirme que le mouvement des femmes socialistes doit
prendre part aux luttes organisées par les partis socialistes
pour la démocratisation du suffrage, tout en s'assurant que dans
ce combat, « il faut insister sur la question du suffrage
universel des femmes à cause de son importance d'un point de vue
des principes et de la pratique ».
La
résolution visant à créer la Journée
internationale déclare que :
«
Afin
de faire progresser l'émancipation politique des femmes, il
est du devoir des femmes socialistes de tous les pays d'agiter
infatigablement selon les principes ci-dessus mentionnés au sein
des masses laborieuses ; de les éclairer par des discours et la
littérature sur la nécessité sociale et
l'importance de l'émancipation politique du sexe féminin
et utiliser donc toutes les occasions de le faire. En menant cette
propagande, elles doivent tirer le meilleur parti en particulier des
élections à toutes sortes d'institutions politiques et
publiques ».
Les
déléguées ont résolu que :

La communiste
allemande Clara Zetkin (1857-1933), qui a fait
la proposition initiale de la Journée internationale de la
femme en 1910. Elle était membre de diverses organisations
révolutionnaires dans sa jeunesse et fut exilée à
plusieurs r
eprises pour ses activités politiques.
|
«
En
accord avec les organisations politiques et syndicales du
prolétariat, qui sont animées d'une conscience de classe
dans leur pays, les femmes socialistes de toutes nationalités
ont à organiser une Journée de la femme spéciale
qui, en première ligne, doit promouvoir la propagande pour le
suffrage des femmes. Cette demande doit être discutée en
relation avec toute la question de la femme selon la conception
socialiste des choses sociales. »
L'année
précédente,
une « Journée de la femme
» avait été organisée aux États-Unis,
le dernier dimanche de février 1909, par le Comité
national des femmes du Parti socialiste américain,
marquée par des manifestations pour les droits des femmes. Le
suffrage des femmes ainsi que les droits des travailleuses, notamment
dans l'industrie du vêtement, ont été au centre de
ces manifestations. Cette Journée de la femme a honoré
les milliers de femmes impliquées dans les nombreuses
grèves dans les premières années du XXe
siècle dans plusieurs villes, dont Montréal, Chicago,
Philadelphie et New-York. Ce fut une période où les
femmes se sont jointes à la population active par milliers et
ont lutté aux côtés des hommes pour s'organiser
collectivement et améliorer leurs conditions brutales de travail.
Plus
tard, en 1909, les travailleurs de l'industrie du vêtement
à New-York - dont 80 % étaient des femmes - ont
quitté leur travail et ont marché pour les droits
syndicaux, des salaires décents et des conditions de travail
dans ce qu'on a appelé le « soulèvement des 20 000
». L'arrêt de travail avait été appelé
« grève du mouvement des femmes » et s'est poursuivi
du 22 novembre 1909 jusqu'au 15 février 1910. La Ligue syndicale
des femmes a fourni le cautionnement pour les grévistes
arrêtés et d'importantes sommes pour les fonds de
grève durant l'arrêt de travail.
Premières
célébrations
de la Journée internationale de la
femme
Le 19 mars 1911
était la date fixée pour la première
Journée internationale de la femme par la deuxième
Conférence internationale des femmes socialistes et, mettant en
pratique leur résolution, des rassemblements organisés ce
jour-là en Autriche, au Danemark, en Allemagne et en Suisse
furent suivis par plus d'un million de femmes et d'hommes. « Le
vote pour les femmes unira notre force dans la lutte pour le socialisme
» était l'appel de ces rassemblements. En plus de la
revendication du droit d'élire et d'être élues,
elles réclamaient le droit au travail et à la formation
professionnelle et la fin de la discrimination au travail. Une femme
socialiste écrivait à l'époque :
«
La
première Journée internationale de la femme a eu lieu
en 1911. Son succès a dépassé toutes les attentes.
Lors de la Journée de la femme travailleuse, l'Allemagne et
l'Autriche ont été témoin du bouillonnement d'une
mer houleuse de femmes. Des réunions ont été
organisées partout - dans les petites villes et même dans
les villages, les salles étaient si bondées qu'elles ont
dû demander aux travailleurs masculins de céder leur place
aux femmes.
«
Ce
fut certainement la première démonstration du
militantisme des travailleuses. Pour faire changement, les hommes sont
restés à la maison avec les enfants et les
épouses, les ménagères en captivité, sont
allées aux réunions. Pendant les plus grandes
manifestations de rue, dans lesquelles 30 000 femmes prenaient part, la
police a décidé de retirer les bannières des
manifestantes, les travailleuses ont pris position et
résisté. Dans la bagarre qui a suivi, un bain de sang a
été évité grâce à
l'intervention des députés socialistes au Parlement.
»
L'année
suivante,
les femmes en France, aux Pays-Bas et en Suède prirent
part à des actions pour marquer la Journée internationale
de la femme. Dans la période précédant la
déclaration de la Première Guerre mondiale, la
célébration de la Journée internationale de la
femme s'opposa à la guerre impérialiste et exprima la
solidarité entre les travailleuses de pays différents en
opposition à l'hystérie chauvine nationale des cercles
dirigeants. Par exemple en Europe, la Journée internationale de
la femme fut cette occasion lorsque des conférencières
d'un pays étaient envoyées dans un autre pays pour offrir
leurs salutations.
Les
femmes russes célébrèrent leur première
Journée internationale de la femme le dernier dimanche de
février 1913 (dans le calendrier julien, ce qui correspondait au
8 mars dans le calendrier grégorien en usage ailleurs), sous les
conditions brutales de la réaction tsariste. Il n'y avait aucune
possibilité que des femmes organisent des manifestations
ouvertes mais, dirigées par les femmes communistes, elles ont
trouvé des façons de célébrer cette
journée. Des articles sur la Journée internationale de la
femme furent publiés dans les deux journaux légaux des
travailleurs de l'époque, y compris les salutations de Clara
Zetkin et autres.
Un
essai écrit en 1920 par une militante communiste de
l'époque décrit la célébration de 1913 :
«
Durant
ces années sombres, les réunions étaient
interdites. Mais à Petrograd, à la Bourse Kalashaikovsky,
ces travailleuses qui appartenaient au Parti ont organisé un
forum public sur « La question féminine ». Le prix
d'entrée était de cinq kopecks. C'était une
réunion illégale mais la salle était remplie. Des
membres du Parti ont pris la parole. Mais cette réunion
animée 'fermée' était à peine
terminée que la police, alarmée au sujet de la tenue
d'une telle réunion, est intervenue et a arrêté
plusieurs oratrices.
«
C'était
d'une grande importance pour les travailleurs du monde
que les femmes de Russie, qui vivaient sous la répression
tsariste, devraient y participer et en quelque sorte reconnaître
par des actions la Journée internationale de la femme.
C'était un signe encourageant que la Russie se réveille
et que les prisons et potences tsaristes étaient impuissantes
à vaincre l'esprit de lutte et de protestation des travailleurs.
»
Les
femmes en Russie continuèrent de célébrer la
Journée internationale de la femme de diverses manières
au cours des années suivantes. Beaucoup de celles
engagées dans l'organisation se retrouvèrent dans les
prisons tsaristes alors que le slogan « pour le vote aux
travailleuses » devenait un appel ouvert pour le renversement de
l'autocratie tsariste.
Le
premier numéro de Femme
ouvrière (Rabotnitsa),
une
revue pour les femmes de la classe ouvrière, fut
publié en 1914. La même année, le Comité
central bolchevik décida de créer un comité
spécial chargé d'organiser des réunions pour la
Journée internationale de la femme. Ces réunions eurent
lieu dans les usines et lieux publics pour discuter des questions
liées à l'oppression des femmes et pour élire les
représentantes parmi celles qui participèrent à
ces discussions et adoptèrent des propositions pour travailler
sur le nouveau comité.
Journée
internationale
de la femme de 1917 en Russie
En Russie, en 1917, la Journée internationale de
la femme était un moment de lutte intense contre le
régime tsariste. Les travailleurs, y compris les travailleuses
des industries du textile et de la métallurgie, étaient
en grève dans la capitale et l'opposition à la
participation de la Russie à la guerre impérialiste qui
faisait rage en Europe grandissait. Le 8 mars (23 février dans
le calendrier julien), des milliers de femmes descendirent dans les
rues de Saint-Pétersbourg dans une grève pour le pain et
la paix. Les ouvrières d'usine, rejointes par les épouses
de soldats et d'autres femmes, exigèrent « Du pain pour
nos enfants » et « Le retour de nos maris des
tranchées ». Cette journée a marqué le
début de la Révolution de Février, qui a conduit
à l'abdication du tsar et à la mise en place d'un
gouvernement provisoire.
Le
gouvernement provisoire décréta le suffrage universel et
reconnut des droits égaux pour les femmes. Suite à la
Révolution d'Octobre 1917, le gouvernement bolchevique mit en
oeuvre une législation plus avancée qui garantissait dans
les lieux de travail le droit des femmes de participer directement
à l'activité sociale et politique. Celle-ci
éliminait tous les obstacles formels et concrets qui,
auparavant, auraient signifié la subordination de leur
activité sociale et politique, ainsi que leur soumission aux
hommes. Une nouvelle législation sur l'assurance
maternité et la santé fut proposée et
approuvée en décembre 1917. Un fonds public d'assurance
fut créé, sans aucune retenue sur les salaires des
travailleurs, qui bénéficiait à la fois aux
travailleuses et aux épouses des travailleurs. Cela signifiait
que les femmes étaient maintenant traitées à part
égale alors que ni elles ni leurs enfants n'étaient
dépendants des conjoints et des pères pour leur
bien-être.
Après
1917
Le 8
mars, en tant que Journée internationale de la femme, est
devenue officiel en 1921 lorsque les femmes bulgares participant au
Secrétariat des femmes de l'Internationale communiste
proposèrent une motion qu'elle soit
célébrée de manière uniforme dans le monde
ce jour-là. Le 8 mars fut choisi afin de souligner le rôle
joué par les femmes russes dans la révolution dans leur
pays, et à travers leurs actions, dans la lutte des femmes pour
leur émancipation à l'échelle internationale.
Le
premier rassemblement de la Journée internationale de la femme
en Australie a eu lieu en 1928. Il a été organisé
par les femmes communistes là-bas et a exigé une
journée de huit heures, un salaire égal pour un travail
égal, les congés payés annuels et un revenu
décent pour les chômeurs.
Les
femmes espagnoles ont manifesté contre les forces fascistes du
général Francisco Franco pour célébrer la
Journée internationale de la femme en 1937. Les femmes
Italiennes ont célébré en 1943 la Journée
internationale de la femme par des manifestations militantes contre le
dictateur fasciste Benito Mussolini qui envoyait leurs fils mourir
durant la Deuxième Guerre mondiale.
De
cette façon, depuis 1917, la Journée internationale de la
femme a été à la fois une journée de
célébration de la lutte des femmes pour leurs droits et
les droits de tous et un jour pour affirmer de manière militante
l'opposition des femmes à la guerre impérialiste et
à l'agression. Son esprit a toujours été que pour
gagner les droits des femmes et la lutte pour la sécurité
et la paix, les femmes doivent se mettre au premier rang du combat et
des gouvernements qui représentent ces demandes.
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