Les réfugiés syriens
Les « efforts humanitaires
» du gouvernement Couillard envers les réfugiés
syriens- le discours et les faits
- Diane Johnston -
Comment expliquer le changement de
ton du gouvernement Couillard
durant l'année qui vient de s'écouler, en ce qui a trait
aux minorités
nationales au Québec ? Le début de l'année 2015 a
vu le gouvernement
Couillard présenter à l'Assemblée nationale le
projet de loi 59 Loi
édictant la Loi concernant la prévention et la lutte
contre les
discours haineux et les discours incitant à la violence et
apportant
diverses modifications législatives pour renforcer la protection
des
personnes pour contrer ce qu'il a
qualifié de « la montée » du «
radicalisme et des valeurs extrémistes »
au sein des communautés musulmanes, les comparant
au terrorisme. Les prétextes pour présenter ce projet de
loi ont été
les événements tragiques d'octobre 2014 à
St-Jean-sur-le-Richelieu et
Ottawa, lorsque 2 membres des forces armées canadiennes ont
été tués
par deux jeunes totalement marginalisés. Le projet de loi n'a
pas encore obtenu la
sanction royale du gouverneur général. Il a
été adopté en
principe par les députés de l'Assemblée nationale.
Il est actuellement
à l'étude par la Commission des institutions.
En même temps que son gouvernement participait
à créer une hystérie
contre les gens de confession musulmane, le premier ministre Couillard
ne s'est pas gêné pour qualifier le reste de la population
du Québec de
xénophobe, lorsqu'il a déclaré le 16 novembre
dernier qu'« il ne faut
pas nier qu'on a chez nous
les mêmes démons [que ceux] que les autres
sociétés démocratiques
connaissent, dont la peur de l'autre, dont la tentation facile du rejet
de l'étranger, dont la xénophobie ».
Puis arrive le cas à la fin de
l'été 2015 du bambin de 3 ans, Alan
Kurdi, un parmi les millions des réfugiés syriens
forcés de quitter
leur pays, qui est retrouvé noyé sur une plage en
Turquie. Alors que
les Canadiens sont émus devant cette tragédie humanitaire
et que le
gouvernement canadien refuse de mettre
fin à son intervention militaire en Syrie du côté
des États-Unis, le
gouvernement Couillard change son fusil d'épaule. D'une
situation où le
gouvernement du Québec a accueilli de moins en moins de
réfugiés durant
la décennie 2004 à 2013 (voir graphique 15), on passe
à un tout nouveau
mode d'accueil « à bras
ouverts » des réfugiés.

Ainsi, le 7 septembre, la ministre de l'Immigration, de
la Diversité
et de l'Inclusion, Kathleen Weil, annonce en entrevue à TVA que le
Québec est prêt à accueillir davantage de
réfugiés syriens et que les
Québécois sont prêts à aider en parrainant
des réfugiés ou en faisant
des dons à des organismes de parrainage,
soulignant que le Québec accueille déjà 60 % de
toutes les demandes
canadiennes en matière de réfugiés même si
la population du Québec ne
représente que 23 % de la population canadienne. Elle et le
gouvernement dont elle fait partie se sont découvert un nouvel
élan «
humanitaire ».
Le 30 novembre, la même ministre annonce qu'elle
va participer au
forum sur les réfugiés syriens qui est organisé le
lendemain par le
gouverneur général du Canada (voir l'article ci-joint, Forum sur
l'accueil des réfugiés syriens au Canada). L'ordre
du jour et la liste
des invités provenant des grands monopoles
privés dont le président directeur général
du Conseil canadien des
viandes et le Conseil canadien des chefs d'entreprises en dit long sur
les prétentions des gouvernements de s'élever au
même niveau des
sentiments altruistes des Québécois et Canadiens qui
veulent faire leur
part pour soulager les souffrances du peuple
syrien. Ce qui préoccupe autant le gouvernement
fédéral que les
gouvernements des provinces et du Québec est de comment
canaliser ce
juste sentiment du peuple pour servir leurs propres desseins.
Ainsi le 8 décembre, soit
exactement une semaine après la tenue de
ce forum, la ministre de l'Immigration, de la Diversité et de
l'Inclusion, Kathleen Weil, tient avec le ministre du Travail, Sam
Hamad, une rencontre avec des représentants de la
Fédération des
chambres de commerce du Québec, de la Fédération
canadienne de l'entreprise indépendante, des Manufacturiers et
exportateurs du Québec et du Conseil du patronat du
Québec, auxquels
elle demande que les employeurs viennent « en aide » aux
réfugiés, ce à
quoi Yves-Thomas Dorval du Conseil du patronat du Québec
répond « Nous
avons une occasion extraordinaire
d'offrir à ces gens une nouvelle vie sur une base humanitaire,
alors
qu'en tant qu'employeurs nous ne devrions pas être timides pour
accéder
à cette main-d'oeuvre. C'est une situation gagnante pour tous et
aussi
pour toute la société. »
On apprend que durant cette rencontre les employeurs
vont pouvoir
accéder au programme PRIIME (Programme d'aide à
l'intégration des
immigrants et des minorités visibles à l'emploi) et
recevoir jusqu'à
concurrence de 15 000 $ pour chaque réfugié syrien
embauché.
Visiblement le gouvernement Couillard chante un nouveau
refrain afin
de s'adresser aux difficultés qui confrontent les employeurs en
ce qui
a trait, entre autres, aux changements apportés par le
gouvernement
Harper face au Programme des travailleurs étrangers temporaires.
Ces
travailleurs sont forcés de retourner
chez eux après plusieurs années à travailler ici
s'ils sont incapables
d'obtenir le statut de résident permanent au Canada. Les
employeurs qui
misaient sur cette main-d'oeuvre docile qui est privée par la
loi de ses
droits à négocier une convention collective et
menacée de déportation
si elle tente de s'organiser, sont à
la recherche d'une solution et une qui serait permanente.
L'arrivée
massive des réfugiés syriens est une manne d'or pour ces
grands
monopoles qui peuvent tirer avantage de cette main-d'oeuvre permanente
à
bon marché. Ce qui est important pour eux est de mettre en place
par le
biais de l'État des nouveaux arrangements
qui vont leur permettre d'y arriver.
On est en droit de se demander si ce nouveau penchant
« humanitaire
» est conçu pour venir en aide aux réfugiés
syriens sur la base qu'ils
sont des êtres humains et de par ce fait qu'ils ont des droits
inhérents. Cela veut dire qu'ils possèdent des droits
humains
fondamentaux tels que le droit à un moyen de subsistance
qui est conforme au niveau d'une société moderne. Mais ce
qui est plus
significatif est leur droit à la liberté de conscience
ainsi que le
droit d'association, qui leur permettent d'exprimer leur
humanité et
faire leur contribution à la société dans laquelle
ils vivent et de
laquelle ils dépendent.
Sources : Recueil
de statistiques sur l'immigration et la diversité
au Québec, Consultation publique 2015, vers une nouvelle
politique
québécoise en matière d'immigration, de
diversité et d'inclusion,
Gouvernement du Québec, Québec, 58 pages.

Forum sur l'accueil des réfugiés syriens
au Canada
Le 1er décembre, le gouverneur
général David Johnston et son épouse
ont organisé un forum de 4 heures à Rideau Hall
intitulé l'accueil des
réfugiés syriens au Canada.
Les panélistes et conférenciers ont
été John McCallum, ministre
canadien de l'Immigration, des Réfugiés et de la
Citoyenneté ; Michael
Chan, ministre des Affaires civiques, de l'Immigration et du Commerce
international de l'Ontario et coprésident provincial du Forum
fédéral,
provincial et territorial des ministres
responsables de l'immigration ; Kathleen Weil, ministre de
l'Immigration, de la Diversité et de l'Inclusion du
Québec ; Mike
Savage, maire de la Ville de Halifax et co-président du Groupe
de
travail sur la réinstallation des réfugiés syriens
de la Fédération
canadienne des municipalités ; Conrad Sauvé,
président et
chef de la direction, Croix-Rouge canadienne ; Perrin Beatty,
président
et chef de la direction, Chambre de commerce du Canada ; Jim Laws,
directeur général, Conseil des viandes du Canada ; Susan
Scotti,
vice-président, Conseil canadien des chefs d'entreprise.
Dans ses remarques préliminaires, le gouverneur
général a rappelé
que la réponse du Canada à la crise des
réfugiés syriens est une
occasion « d'évaluer l'ampleur de notre engagement envers
la diversité,
l'inclusion et la tolérance » et « un moment
décisif pour chacun de
nous ». Il a également dit que c'est un
moment « de réaffirmer les valeurs fondamentales des
Canadiens » et «
une occasion de réinventer la façon de prendre soin des
personnes les
plus marginalisées et vulnérables parmi nous ».
Le programme du forum a été divisé
en 3 parties :
- Mobiliser le secteur public
- Mobiliser les communautés et les Canadiens
- Mobiliser le secteur privé
Le ministre canadien de l'Immigration, John McCallum, a
parlé du
projet national d'accueil des réfugiés syriens au Canada
comme d'« un
projet national » qui n'est pas « partisan », et a
dit que le plus grand défi
est de communiquer efficacement avec les Canadiens et les garder
« de
notre bord ». À son avis, l'un des
défis actuels est de rassurer les Canadiens sur le front de la
sécurité.
Toutefois, reconnaissant que de nombreux Canadiens ont
eux-mêmes de la
difficulté à se trouver un emploi et sont sur des listes
d'attente pour les logements sociaux, il a soulevé
l'inquiétude quant à
la possibilité d'un « retour du pendule » contre les
réfugiés s'ils sont considérés comme
étant « choyés
» ... « nous ne voulons pas que les Canadiens pensent que
nous donnons
tout aux réfugiés et que nous ne répondons pas aux
besoins de notre propre
peuple ».
« Nous devons profiter de cette occasion [...]
pour faire en sorte
que, sur une base continue, le Canada soit prêt à
réagir aux
nombreuses crises qui se produisent ... à travers le monde.
», a déclaré
le maire de Halifax Mike Savage, suggérant que la réponse
du Canada
pourrait être utilisée comme un modèle
sur la façon de faire face aux futures situations humanitaires.
La ministre de l'Immigration du Québec Kathleen
Weil a noté que de
nombreuses chambres de commerce se sont jointes au secteur privé
pour «
faire leur juste part, jouer leur rôle ». Elle a
parlé de
l'importance que les réfugiés travaillent à
s'intégrer aux
communautés. Elle a également parlé des plans de
son gouvernement pour mettre de l'avant une politique
d'inclusion « à cause des immigrants et de l'immigration
de plus en
plus diversifiée ».
Conrad Sauvé de la Croix-Rouge canadienne a
présenté son
organisation qui est appuyée par 20 000 bénévoles
et quelque 3000
employés permanents. La Croix-Rouge a de l'expérience
dans ce genre d'efforts, ayant aidé à loger les
réfugiés sur des bases militaires
et à gérer des évacuations comme en
ex-Yougoslavie,
aux côtés du gouvernement du Québec avec
l'arrivée des Libanais en
2006. Dans la situation présente, elle sera impliquée
dans la mise sur
pied de logements temporaires et travaillera avec les organismes
communautaires locaux où il y a des lacunes à combler.
Sauvé a dit qu'il faut trouver une
solution mondiale à la cause des réfugiés, qu'il a
présentée comme étant
le conflit-même.
Jim Laws du Conseil des viandes du Canada a
présenté son
organisation comme la plus grande industrie de transformation au Canada
avec des ventes de plus de 24 milliards $ et des exportations de plus
de 5,6 milliards $ en 2014. Le secteur emploie plus de 65 000
travailleurs dans les communautés rurales et
urbaines partout au pays avec quelque 700 entrepôts et usines de
transformation de la viande. Il a noté que l'industrie a une
pénurie
chronique de main-d'oeuvre, en disant : « Pas assez de Canadiens
sont
prêts à accepter des offres d'emploi pour des postes
vacants situés
souvent dans des localités plus petites, plus
éloignées et rurales. » Dans le passé,
l'industrie avait bénéficié de
l'accès au Programme des travailleurs étrangers
temporaires, mais ces
travailleurs sont contraints de rentrer chez eux après quelques
années
s'ils ne réussissent pas à obtenir une demande de
résidence permanente
au Canada. « L'industrie veut des travailleurs
permanents et non temporaires », a déclaré Laws,
appelant le
gouvernement fédéral et les provinces à encourager
la réinstallation
des réfugiés dans les petites villes et
communautés rurales où le
travail est le plus nécessaire, comme l'Ouest canadien,
l'Ontario, le
Québec et les provinces de l'Atlantique.
Enfin, Susan Scotti du Conseil canadien des chefs
d'entreprise, qui
regroupe 150 des plus grands p.d.g. du Canada, a parlé de
bailleurs de
fonds philanthropiques, d'un énorme bassin de
bénévoles existant et
d'un grand nombre d'emplois. Elle a parlé de la façon
dont les
entreprises membres du Conseil sont impliquées
dans le soutien à la réinstallation des
réfugiés par des
contributions charitables, la fourniture d'installations à des
fins de
logement social et la coordination avec les fournisseurs de services
sociaux, en offrant des plates-formes wi-fi pour les centres de
réception et de réinstallation des
réfugiés, et des forfaits de
base wi-fi et internet, en partenariat avec la Croix-Rouge. Elle a
également parlé de la façon dont l'enthousiasme
des bénévoles est
palpable dans les organisations et la façon dont le conseil aide
à la
recherche d'emploi, au mentorat et à l'orientation au sein
des
communautés, de la façon dont l'effort
bénévole peut être
reproduit à travers le pays ainsi qu'à l'étranger
avec des offres
d'emplois possibles, en particulier dans les provinces de l'Atlantique
et de la Saskatchewan. Elle a déclaré que le Conseil a
à peine commencé
à entendre ses entreprises membres et que le besoin est de
savoir où
les réfugiés vont être installés à
travers
le pays ainsi que le profil familial des réfugiés dont
leurs
compétences, la composition de leurs familles et leur
expérience de
travail afin que les investissements soient adaptés aux
interventions.

Rassemblement contre l'islamophobie
à Montréal
Les jeunes et leurs alliés disent NON aux
attaques
racistes contre les communautés !
Le samedi 6 février, plus de
100 antiracistes et antifascistes se
sont rassemblées au métro Jarry situé dans le
quartier Villeray, à
l'appel de l'organisation Personne n'est illégal. Le groupe
obscur
Pegida-Québec, relié au groupe raciste allemand Pegida
avait annoncé la
tenue d'un rassemblement à 15 h près du métro
et obtenu la permission de la Ville de Montréal de le faire. Les
manifestants, en grande majorité des jeunes bien
décidés à empêcher cet
événement d'avoir lieu, sont arrivés dès 13
h pour préparer leur
action. Vers 13 h 45, le groupe a marché en va-et-vient, sur la
rue
Jarry, du métro jusqu'au présumé lieu de
rassemblement,
quelques rues plus loin. « Bienvenue aux réfugiés,
non aux racistes !
Pas de fachos dans nos quartiers, pas de quartiers pour les fachos !,
Alerte, alerte, non aux fascistes! », ont-ils crié sur
leur trajet,
tout en informant les gens sur la rue.
« Il n'est pas question de
permettre à des groupes racistes de
s'organiser pour promouvoir leur discours raciste et islamophobe contre
les communautés. La défense des droits de tous dans cette
société est
primordiale car tous ont des droits du fait de leur humanité.
L'approche qu'il y a nous et eux, les civilisés
et les non civilisés, les de souche et les autres, promue par
les
riches et leur État, est une vieille notion raciste
jusqu'à la moelle
des bâtisseurs d'empire du XIXe siècle pour nous ramener
en arrière.
Cela ne doit pas passer », a-dit Christine Dandenault, dirigeante
du
PMLQ, qui avait un contingent à la manifestation.
La police a utilisé cet événement
pour en faire un
vaste exercice de déploiement des forces policières, dont
l'anti-émeute, présentes en différents groupes
à pied ou au pas de
course, à bicyclette, faisant des manoeuvres de
déplacement bien avant
que les racistes osent se pointer le nez. On pouvait voir
sur les rues environnantes des fourgonnettes, le camion qui utilise des
drones pour filmer les manifestants et des voitures de police, tous
déplacés sur les lieux pour protéger les racistes.
Lorsqu'un d'entre
eux s'est pointé, c'est la police qui l'a encerclé pour
le protéger.
Mais les jeunes ont bien agi en chahutant et
en huant. Ils n'ont pas permis aux racistes de s'organiser et
d'investir l'espace public.
La Ville de Montréal et ses porte-paroles ont
autorisé l'émission
d'un permis de manifester au groupe raciste qui promeut un discours
raciste contre les communautés et les réfugiés. Le
maire Coderre est
bien hypocrite sur cette affaire. Il fait la promotion de son Centre de
la prévention contre la radicalisation
menant à la violence, un centre qui vise clairement les
communautés
musulmanes et plusieurs communautés d'immigrants,
particulièrement les
jeunes, mais n'a pas de problème avec le groupe Pegida. Il a
fait de
grandes déclarations contre un iman de l'Est de la ville au
printemps
2015 n'acceptant pas ses
propos,
« Jamais dans ma ville », mais pas de problème avec
un groupe raciste
qui s'inspire des néonazis promus en Europe contre le danger de
l'«
islam » et qui s'oppose aux réfugiés.
C'était la troisième tentative du groupe
raciste de se réunir sur la
place publique pour faire entente ses propos racistes envers les
communautés du Québec, en particulier la
communauté musulmane et les
réfugiés accueillis au Québec. En mars 2015, dans
le quartier du petit
Maghreb, le rassemblement de centaines
de personnes antiracistes s'est transformé en une vaste
manifestation
dans les rues du quartier à la défense des droits de
tous. En septembre
2015, au centre-ville, les manifestants n'ont pas non plus permis au
groupe de se réunir.
Les jeunes et leurs alliés montrent par leurs
actions que le peuple
n'est pas xénophobe. Ils s'opposent fermement aux attaques
racistes
contre les communautés.

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