Volume 5 Numéro 6 - 20 février 2016

Arrêtez de créer des prétextes pour criminaliser les jeunes!

Le secrétaire général de l'ONU en visite à Montréal

Arrêtez de créer des prétextes pour criminaliser les jeunes!
Le secrétaire général de l'ONU en visite à Montréal
Les attaques contre les jeunes font partie de l'ordre du jour d'agression et de guerre



Arrêtez de créer des prétextes pour criminaliser les jeunes!

Le secrétaire général de l'ONU en visite à Montréal

Du 11 au 13 février, le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-Moon, a effectué une visite au Canada durant laquelle il a rencontré le premier ministre du Canada Justin Trudeau, le premier ministre du Québec Phillippe Couillard et le maire de Montréal Denis Coderre.

Un moment important du passage du secrétaire général de l'ONU a été la visite en compagnie du maire Coderre du Centre de prévention de la radicalisation menant à la violence (CPRMV). Le centre a été mis sur pied par la ville de Montréal en mars 2015 dans la foulée de l'hystérie créée par les médias monopolisés contre des jeunes, pour la plupart du Cégep de Maisonneuve, qui voulaient soi-disant quitter le pays pour rejoindre l'État islamique. Le directeur du CPRMV a dit qu'il va se rendre dans plusieurs pays pour présenter le « modèle montréalais » de lutte contre la radicalisation.

Ban Ki-moon a salué le maire de Montréal, l'appelant à travailler « étroitement avec les Nations unies dans nos efforts d'empêcher les radicalisations et l'extrémisme ». Il a ajouté que « les droits humains et la dignité humaine doivent être placés au-dessus » dans la lutte contre le radicalisme et que « nous vivons dans un monde en péril à cause de l'expansion du radicalisme, de l'extrémisme et du terrorisme violent ». Il a dit qu'« il est hautement prioritaire de travailler avec les États membres, dont le Canada, pour enrayer cette tendance ».

Il a poursuivi en disant que « nous devons nous concentrer sur les causes initiales [de la radicalisation] » mais sans rien dire à leur sujet, ce qui n'a rien fait pour venir en aide à la réputation douteuse du modèle de « prévention de la radicalisation » que le Canada met de l'avant.

Ban Ki-Moon est aussi allé parler aux étudiants de l'Université McGill sur le thème « Menaces et opportunités ; le pouvoir des jeunes de façonner un nouvel avenir ». Il a dit que « les quatre plus grandes menaces qui confrontent l'humanité » sont « le chômage, les changements climatiques, les conflits armés et les crises humanitaires ».

Sa réponse à ces quatre problèmes n'a pas été de dire qu'il faut régler ses comptes avec le système capitaliste moribond et le système impérialiste d'États qui causent des ravages et ont recours à la force pour imposer leur hégémonisme et imposer des changements de régime.

La solution que Ban a proposée est que les jeunes soient nommés à des postes influents au sein des programmes de l'ONU. Il a parlé spécifiquement des quatre « réponses d'ordre mondial » de l'ONU qui correspondent à chacune des quatre « plus grandes menaces ». Ce sont le Programme de développement durable de l'ONU (le chômage), les accords de Paris sur les changements climatiques (les changements climatiques), la résolution du Conseil de sécurité de l'ONU sur la jeunesse (les conflits armés) et le Sommet mondial humanitaire (les crises humanitaires).

La résolution sur la jeunesse est particulièrement offensante parce qu'elle associe les « jeunes radicalisés » aux conflits armés et fait donc des jeunes la cible plutôt que les puissances impérialistes et leurs systèmes pourris d'oppression et d'exploitation. La résolution a été adoptée à l'unanimité par le Conseil de sécurité de l'ONU le 9 décembre 2015 (Résolution 2250 (2015)). Le communiqué de presse de l'ONU qui annonce son adoption déclare que « constatant que le mouvement de radicalisation touchant particulièrement les jeunes constitue une menace pour la stabilité et le développement, le Conseil de sécurité a exhorté, ce matin, les États Membres à examiner les moyens d'accroître leur 'représentation inclusive' aux niveaux local, national, régional et international. »

Au moment de l'adoption de la résolution, Ban Ki-moon avait dit : « Cette résolution est la première à traiter exclusivement du rôle de la jeunesse dans l'édification de la paix et l'opposition à l'extrémisme violent. Le résolution représente une reconnaissance sans précédent du l'urgente nécessité d'engager les jeunes de façon significative en tant que partenaires des efforts mondiaux pour promouvoir une paix durable. La résolution marque un tournant dans la façon dont le monde cherche à prévenir et à mettre fin à la violence, en reconnaissant le rôle positif et constructif que jouent les jeunes dans l'édification d'une paix durable et le maintien de la sécurité internationale ».

Après avoir cette présenté cette thèse selon laquelle il faut dé-radicaliser les jeunes en les engageant dans les manoeuvres impérialistes par le biais de l'OTAN, Ban a aussi évoqué « l'influence qu'a l'extrémisme violent sur les jeunes ». Il a dit qu'il faut renverser cette équation. « Les jeunes peuvent mettre fin à cette influence de l'extrémisme violent. C'est la raison pour laquelle j'ai appelé à donner du pouvoir aux jeunes faiseurs de paix », a-t-il dit.

Le « partenariat avec les jeunes » auquel se réfère Ban Ki-moon se ramène à leur faire occuper des « positions d'influence » au sein de l'ONU pendant que les demandes des peuples du monde de mettre fin à l'ingérence étrangère dans les affaires intérieures des pays souverains et au recours à la force pour résoudre les conflits sont mises sous le tapis.

Deux jours après la visite de Ban, le réseau CTV News a fait un reportage sensationnaliste selon lequel « trois Canadiennes ont donné naissance à des enfants de combattants de l'EIIL et deux autres sont enceintes ». L'article se réfère à une « étude plus vaste » qui n'est pas nommée et ne semble pas avoir été publiée, mais au sujet de laquelle le réseau CTV cite un certain Amarnath Amarasingam, qui en serait le coauteur, dans le but de créer de l'hystérie. Selon le reportage de CTV, « les femmes ont entre 19 et 22 ans et viennent de Colombie-Britannique, de l'Alberta, de l'Ontario et du Québec ».

Aucune autre information au sujet de l'étude ou de ses allégations n'a été publiée et aucun autre réseau d'information n'a publié de rapport similaire. On ne sait même pas si le coauteur a approché CTV pour produire le reportage. En dépit de tout cela, le ministre de la Sécurité publique Ralph Goodale n'a pas manqué l'occasion de dire « qu'il s'agit évidemment d'un développement très troublant » et de réitérer que le gouvernement libéral s'est engagé à ouvrir son propre « bureau national pour contrer la radicalisation ».

« Nous allons travailler bientôt, aussi rapidement que possible, à la création de ce nouveau bureau de sensibilisation communautaire et de contre-radicalisation », a dit Goodale. « Je suis préoccupé par tous les aspects de ce type de problème, c'est contraire à tout ce que le Canada représente, du point des valeurs qui ont cours dans le monde », a-t-il dit.

Tout ceci ressemble à un effort concerté pour créer de nouveaux prétextes pour criminaliser les jeunes, qui plus que jamais ont besoin de s'unir dans l'action pour se bâtir un avenir brillant et soutirer l'initiative et les ressources des mains des véritables perpétrateurs de crime et de violence à l'échelle mondiale.

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Les attaques contre les jeunes font partie
de l'ordre du jour d'agression et de guerre

Les élites dirigeantes font un effort concerté pour mobiliser les jeunes derrière leur ordre du jour d'agression et de guerre, mais elles éprouvent beaucoup de difficulté à le faire.

Elles ont besoin de la jeunesse comme chair à canon et pour servir dans les plans du gouvernement d'utiliser des soldats, des membres des forces spéciales, du personnel de formation et des ONG au Moyen-Orient et en Afrique. Déjà, des personnalités militaires et politiques suggèrent que le caractère bilingue du Canada et le fait français au Québec sont un sérieux atout pour stationner des forces à l'étranger.

Ces opinions ont été exprimées à Embassy News au début février par Waltern Dorn, un professeur au Collège royal militaire du Canada que le gouvernement consulte sur ces questions. Le premier ministre Trudeau a lui-même suggéré à Ban-Ki-moon que le Canada pourrait jouer un bon rôle puisque « les Forces armées canadiennes comprennent un grand nombre d'officiers francophones et bilingues », rapporte le réseau CBC. Les jeunes du Québec sont particulièrement visés par cela.

Les élites dirigeantes n'en ont pas moins beaucoup de mal à mobiliser les jeunes et leurs familles dans ce projet. Selon Le Journal de Montréal, un atelier qui devait se tenir avec les parents sur la soi-disant lutte contre la « radicalisation djihadiste » dont l'hôte était le Cégep Maisonneuve à Montréal a dû être annulé faute d'inscriptions.

Les mesures comprennent entre autres « huit formations offertes aux membres du personnel sur la compréhension des trajectoires de radicalisation et les pistes de prévention », peut-on lire dans le rapport annuel 2014-2015 présenté au conseil d'administration du collège le 23 novembre dernier. Des documents internes obtenus par l'équipe de recherche du journal précisent que les professeurs et le personnel du cégep ont été invités à communiquer leurs éventuels soupçons ou à signaler des situations impliquant des étudiants possiblement en voie de radicalisation, en envoyant un message, anonyme ou non, à une adresse de courriel spéciale. On y apprend également que les étudiants avec des « zones de fragilité » ont été ciblés : des jeunes issus de familles immigrantes qui ont des difficultés identitaires, une absence de projets personnels, et qui avaient subi discrimination, ostracisme et exclusion.

Le journal cite un chercheur sur le terrorisme et un ancien agent de renseignement militaire, lui aussi expert en terrorisme. Le premier explique le manque d'inscriptions par le fait que les gens ne sont pas prêts à mettre leur nom sur la place publique, de peur d'être ciblés par des agents du gouvernement et la police et que leur nom soit donné aux forces de sécurité. Le 2e avance que « beaucoup de familles d'immigrants de première et de deuxième génération proviennent de pays où l'interaction avec les autorités, notamment en matière de sécurité nationale, est généralement à éviter. »

Il y a pourtant une autre raison, dont ces experts ne parlent pas : que les parents rejettent la logique raciste de « prévention de la radicalisation » qui vise les jeunes de minorités nationales et les jeunes musulmans.



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