Chantier Politique

28 mars 2017

Numéro 9


Des centaines de personnes abandonnées sur la route dans la tempête

Les travailleurs demandent des comptes au gouvernement du Québec



Opposons-nous aux tentatives de blâmer les travailleurs
pour la gestion désastreuse durant la tempête de neige!

- Normand Chouinard


Des centaines de personnes abandonnées sur la route dans la tempête

Les travailleurs demandent des comptes au gouvernement du Québec

Du 11 au 16 mars dernier, une violente tempête de neige a frappé l'est de l'Amérique du Nord et le Québec de plein fouet les 14 et 15 mars. Cette tempête a été annoncée plusieurs jours d'avance par les différents services de météo, Environnement Canada, Transport Canada et d'autres agences. Le Québec, dans ces deux journées, a connu des accumulations de 30 à 45 cm de neige, des vents très forts et du blizzard. Les ministères responsables, soit le ministère de la Sécurité publique, qui est chargé entre autres de la sécurité civile, et le ministère des Transports, avaient en main un délai suffisant pour prévoir les mesures de prévention et d'intervention d'urgence, mais ce n'est pas ce qui s'est produit. Alors que la majorité des routes et autoroutes du Québec ont été fermées à la circulation, plus de 300 voitures ont été coincées sur l'autoroute 13 sud, qui relie la banlieue nord à l'Île de Montréal, et plus de 500 personnes ont été prisonnières de leur voiture pour des périodes allant de 4 à 13 heures, sans recevoir d'aide ni information des autorités, sans eau ni nourriture, sans services sanitaires ni couvertures chaudes. Plusieurs personnes ont dû abandonner leur véhicule faute d'essence et braver les intempéries à pied. C'est la solidarité entre les gens et l'intervention des pompiers, agissant de leur propre chef en l'absence de l'intervention des ministères concernés, qui ont permis de protéger l'intégrité physique et psychologique des personnes autrement laissées à elle-mêmes. Six personnes au moins sont décédées pendant ces journées dans diverses régions du Québec.

Le gouvernement du Québec et la Sûreté du Québec se sont précipités dans des actions de contrôle de dommages. Le 16 mars, le ministre des Transports a démis de ses fonctions une sous-ministre adjointe, disant que c'était la preuve que son gouvernement est un défenseur de l'imputabilité des personnes responsables. La Sûreté du Québec a tout de suite limogé deux officiers. Un camionneur a été arrêté sur la base qu'il aurait refusé que son camion soit remorqué, créant l'embouteillage.  C'est une diversion pour masquer l'absence de mesures prises en temps pour faire face à la situation et le camionneur a aussi contesté l'allégation qu'il aurait refusé de coopérer. Le premier ministre Couillard a annoncé la tenue d'une enquête externe sur les événements. Pendant ce temps, deux demandes de recours collectif ont été déposées au nom des gens qui sont demeurés coincés sur l'autoroute.

Le gouvernement du Québec s'est totalement discrédité en affirmant que le désastre a été causé par un problème de communication. Le problème de communication serait que les ministres responsables n'ont pas été informés par les hauts fonctionnaires de l'ampleur et de l'urgence de la situation. Tout le nord-est des États-Unis et l'est du Canada étaient aux prises avec une tempête de neige d'une rare intensité et le ministre n'en a pas été « informé ». Le gouvernement est intéressé à sauver la face plutôt que d'admettre que ce sont l'idéologie et les pratiques néolibérales en vigueur depuis plus de 30 ans qui ont détruit les institutions publiques, en ont fait des plaques tournantes pour payer les riches de mille et une façons au détriment de l'intérêt public, et que les désastres en sont le résultat.

De tous les ministères du Québec, le ministère des Transports est un de ceux qui ont été le plus saignés à blanc. On estime qu'au début des années 1990, une réforme du ministère des Transports par le gouvernement libéral de l'époque a fait passer le personnel du ministère d'environ 12 000 employés à approximativement 6 000. Les plans et devis, l'entretien et d'autres aspects, largement effectués à l'interne, ont été transférés au secteur privé de pair avec le personnel lui-même dont une bonne part a rejoint au fil des années les firmes privées de génie-conseil. Le gouvernement s'est départi d'une précieuse expertise par le transfert d'ingénieurs et autres experts au secteur privé et l'encouragement aux mises à la retraite anticipées, avec un remplacement seulement partiel de ceux qui s'en allaient. Le personnel expérimenté de la sécurité civile agissant au sein du ministère de la Sécurité publique a été encouragé à partir. Les effectifs de techniciens et les effectifs ouvriers ont même connu une baisse absolue de leur nombre de 2004 à 2016. De 2004 à 2013, les effectifs ouvriers du ministère des Transports ont baissé de 3174 à 2248.[1]

Tout ceci a été fait sous la propagande intéressée à l'effet que la « mission de l'État » devait se concentrer sur les « grandes orientations politiques » et laisser les « fonctions opérationnelles » aux agences externes. C'est sous cette phrase ronflante que la privatisation des infrastructures routières s'est accélérée, permettant à de grandes sociétés privées comme SNC Lavalin de grossir leurs effectifs en recrutant des cadres dans les ministères dont le ministère des Transports. La sous-traitance est devenue rampante dans les infrastructures routières et ce n'est pas un hasard si le plus grand désastre pendant la tempête se soit produit sur une autoroute dont le déneigement a été confié par le gouvernement à une firme privée qui par ailleurs a été longtemps contributrice à la caisse du Parti libéral. Le démantèlement et la privatisation des services publics, dont celui des infrastructures routières, se sont accélérés lorsque les gouvernements néolibéraux ont mis de l'avant le dogme de l'équilibre budgétaire pour justifier la remise en question de tous les programmes sociaux et les services publics et l'augmentation des paiements à l'oligarchie internationale. Le gouvernement libéral par exemple a utilisé sa position d'employeur dans la fonction publique et parapublique pour réduire les effectifs et en remettre le contrôle aux ministres comme il l'a fait avec la Loi sur la gestion et le contrôle des effectifs des ministères, des organismes et des réseaux du secteur public ainsi que des sociétés d'État adoptée en décembre 2014 (projet de loi 15) qui donne tout pouvoir de contrôle au Conseil du trésor sur les effectifs du secteur public.

Le ministère des Transports est reconnu comme un véritable tremplin pour les hauts fonctionnaires pour y gagner quelques années de service et d'expertise et migrer vers le privé. Privée de sa raison d'être de défendre l'intérêt public, cette valeur immense que les travailleurs créent pour la société en produisant et en maintenant l'infrastructure routière, privée du facteur humain qui est à son poste pour s'assurer du bon fonctionnement des choses y compris en ce qui concerne la prévention et les interventions dans les situations d'urgence, l'institution se nie elle-même et on se retrouve avec les explications pathétiques du ministre que ses hauts fonctionnaires ne l'ont pas informé.

Ce nouveau désastre ne peut que convaincre les travailleurs encore plus qu'ils doivent s'avancer pour rendre l'élite dominante et les pouvoirs en place redevables de leurs actions et les priver de leur capacité d'agir d'une manière aussi destructrice. L'offensive antisociale au service de l'intérêt privé étroit se révèle de plus en plus comme faisant courir de grands dangers à la vie-même des populations. Afin de prendre en main la responsabilité de bloquer ces choses et d'ouvrir une voie vers l'avant, les travailleurs intensifient leur résistance et bâtissent leur presse et leurs organisations indépendantes.

[1] « Pour un ministère des Transports qui a les moyens de ses responsabilités », Mémoire présenté à la Commission Charbonneau par le Syndicat de la fonction publique et parapublique du Québec, juin 2014

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Opposons-nous aux tentatives de blâmer les travailleurs pour la gestion désastreuse durant
la tempête de neige!

Le gouvernement du Québec de Philippe Couillard doit être tenu responsable du chaos survenu durant la violente tempête de neige des 14 et 15 mars. Il doit être tenu responsable de l'absence d'organisation des ministères responsables, soit la Sécurité publique et le ministère des Transports.

Les travailleurs rejettent le fait de transformer des camionneurs en boucs émissaires pour le bouchon de circulation qui a paralysé plus de 300 voitures sur une portion de l'autoroute 13 à Montréal. Les travailleurs et la population veulent savoir pourquoi les mesures d'urgence n'ont pas été mises en place et pourquoi la situation s'est transformée en chaos général sur plusieurs axes routiers. Ils veulent savoir pourquoi les entrepreneurs privés n'ont pas effectué un bon travail dans une telle situation et pourquoi les communications des différents services d'urgence ne fonctionnaient pas. Ils ne veulent pas savoir pourquoi « certains » camionneurs auraient refusé de se faire remorquer. Ce ne sont pas les camionneurs qui sont en charge du déneigement et de la sécurité publique. Au contraire, comme l'ensemble de la population, ce sont eux qui ont été victimes de l'incurie du ministère des Transports qui n'a pas organisé le déneigement comme c'est sa responsabilité. Non, ils veulent savoir pourquoi personne n'est venu les aider durant toute une nuit en plein coeur de Montréal.

Pendant que les partis d'opposition réclament la tête du ministre Laurent Lessard pour son inaction dans la gérance de la crise, la population du Québec n'est pas dupe que les accusations et l'arrestation d'un des camionneurs qui auraient bloqué l'accès à l'autoroute 13, sont une honteuse diversion. Cela n'a pas calmé les travailleurs dans leur certitude qu'encore une fois les riches vont blâmer un des leurs pour ne pas traiter de la destruction de l'autorité publique. Cette destruction par les gouvernements libéraux et les politiques néolibérales a conduit à une privatisation massive des services publics. Que le ministre Lessard démissionne ou non, la question de rendre redevable les libéraux pour leur inaction et leurs politiques est au centre des préoccupations populaires. Les « excuses » de Philippe Couillard lui-même pour ce qui s'est passé, sur le fait que plus de 500 personnes soient restées coincées sur une des plus grandes artères (entre autres) de la ville de Montréal toute une nuit, ne passent pas.

Par leurs politiques antisociales, les libéraux bloquent la voie à ce que les gens puissent s'organiser en tout temps et en toutes circonstances, peu importe les événements, comme le cas d'une tempête de neige majeure. Ensuite on blâme le peuple pour les problèmes et on cherche un coupable, comme ce fut le cas avec ce camionneur. C'est inacceptable. L'impotence et la non redevabilité ministérielles et gouvernementales, la criminalisation de travailleurs comme diversion et la destruction néolibérale de l'autorité publique pour bloquer le désir du peuple de s'organiser ne vont qu'empirer la crise. C'est un problème posé et à résoudre, d'autant plus que de telles situations qui mettent en danger la sécurité et la santé du peuple sont de fait de plus en plus fréquentes.

Le Québec n'en est pas à sa première catastrophe naturelle et son peuple a toujours su faire face à la situation par son expérience, son expertise, son courage et son amour social. Il tient en haute estime les travailleurs des secours d'urgence comme les pompiers, ambulanciers entre autres pour leur travail et ne demandent qu'à leur venir en aide de toutes sortes de façons. Il faut les applaudir.

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