Chantier Politique

1er novembre 2018

Numéro 7

Mise au point

Un mois du pouvoir arbitraire

Mise au point
Un mois du pouvoir arbitraire du gouvernement Legault

À tître d'information
Mesures prises et annoncées par le gouvernement Legault
- Pierre Chénier -

Réflexions
  • Les demandes du peuple doivent prévaloir
- Pierre Soublière -

La question des valeurs et des signes religieux
- Fernand Deschamps -
Le Québec ne doit pas servir de terrain d'entraînement militaire pour l'OTAN
- Christine Dandenault
-

Luttes ouvrières
Journée de grève surprise à la SAQ contre les mesures disciplinaires injustes
et pour des négociations sérieuses

Les travailleurs de l'aluminium luttent pour leur dignité et leurs droits

À vous la parole
Des chantiers de travail importants à la défense de l'école publique
- Sylvain Mallette -

Les gouvernements doivent être transparents dans leurs actions
et en rendre des comptes à la population

- Clément Masse -

Dossier
Existe-t-il une pénurie de main-d'oeuvre dans l'industrie de la construction ?
- Richard Goyette -



Mise au point

Un mois du pouvoir arbitraire

Le premier mois du gouvernement Legault nous montre les dangers auxquels le peuple fait face quand c'est l'arbitraire qui règne. Au nom d'une « majorité claire » et d'un « mandat fort », on nous dit que le gouvernement Legault représente la volonté des Québécois. La contradiction est flagrante entre la prétention que le processus est démocratique, et la réalité que les lois ne font que déployer les pouvoirs de police de l'État pour criminaliser toutes sortes de personnes et diviser et faire de la diversion sur toutes les bases possibles.

Cette contradiction n'échappe pas aux travailleurs qui intensifient leurs luttes pour leurs droits et les droits de tous et de toutes. Ils prennent la parole aussi pour prendre position sur ce dont nous avons besoin pour faire avancer notre projet d'édification nationale pour un avenir prosocial, décidé par le peuple organisé pour le bâtir.

Les enjeux sont très sérieux. Chantier politique appelle tout le monde à participer dans le développement du mouvement d'édification nationale, notamment en y prenant la parole directement pour défendre les principes démocratiques.

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À tître d'information

Mesures prises et annoncées par
le gouvernement Legault

Depuis qu'il est arrivé au pouvoir le 1er octobre, le gouvernement Legault a annoncé différentes mesures qu'il entend prendre et a déjà agi sur d'autres, au nom d'avoir obtenu un soi-disant « mandat majoritaire et fort » lors de l'élection et de simplement représenter ce que veulent les Québécois. On sait maintenant que l'Assemblée nationale débute le 27 novembre et que la session ne durera que deux semaines avant d'être ajournée pour les Fêtes. On ne sait pas encore clairement si des projets de loi seront déposés pendant cette mini-session.

Le Conseil des ministres

Le 18 octobre, le premier ministre François Legault a procédé au dévoilement de son Conseil des ministres, qu'il a caractérisé de « paritaire, compétent, formé de plusieurs nouveaux visages » et capable de « mener le Québec sur les chemins de la prospérité et de la fierté ». C'est un conseil formé de 26 ministres, un conseil de « gestionnaires » selon les mots du premier ministre, dont un grand nombre ont été jusqu'à maintenant de hauts dirigeants dans le secteur privé comme banquiers, dirigeants d'entreprises et avocats d'entreprises. Le ministre des Finances, Éric Girard, a été jusqu'à tout récemment le trésorier de la Banque nationale et il a été candidat défait des conservateurs de Stephen Harper à l'élection fédérale de 2015. Le ministre de l'Économie et de l'Innovation et le président du Conseil du trésor ont eux-mêmes été banquiers et financiers. Le ministre du Travail a été le négociateur patronal d'un des plus longs conflits ouvriers de l'histoire récente du Québec, la grève de trois ans à l'entreprise aéronautique Delastek en Mauricie. Quant à la ministre de l'Environnement, elle est PDG d'une entreprise d'aéronautique.

Valeurs et signes religieux

Quelques jours à peine après l'élection, le premier ministre Legault a annoncé qu'il entendait présenter et faire adopter d'ici un an un projet de loi sur les valeurs et signes religieux. Celui-ci interdirait le port de signes religieux aux personnes en position d'autorité dans le secteur public, les policiers, les procureurs de la couronne, les juges et les gardiens de prison et les enseignants. La loi irait jusqu'au congédiement dans le cas où ces personnes refusent de se départir de leurs signes. Le premier ministre s'est dit prêt à invoquer la clause de dérogation (ou clause « nonobstant ») de la Charte canadienne des droits et libertés qui permet d'annuler essentiellement tous les droits proclamés par la Charte sauf le droit de vote et la limite de cinq ans par mandat pour un gouvernement. Pour tenter de justifier son argument que son projet reflète un consensus au Québec, le premier ministre a ignoré le fait qu'un très grand nombre de Québécois s'opposent à ce type de mesures (selon plusieurs, le PQ a même été largement défait en 2014 à cause de sa Charte des valeurs d'inspiration semblable). Il a écarté du revers de la main ceux qui s'y opposent comme étant de simples « groupes de pression ». Selon le premier ministre Legault, ces « groupes » ne sont pas des Québécois qui s'opposent à cette division et diversion qui sont source de conflits civils et de criminalisation du peuple par l'État.

Vers la fin-octobre, le gouvernement Legault a annoncé son intention d'interdire dans ce même projet de loi ou dans un autre projet de loi, le port du tchador, ce tissu qui recouvre le corps des femmes à l'exception de l'ovale du visage, à toutes les personnes qui travaillent dans le secteur public.

Mesures économiques

Le gouvernement Legault se dit le parti de l'économie et compte annoncer des réductions de taxes avant la fin de l'année dans le cadre de son engagement à « remettre de l'argent dans le portefeuille des Québécois ». Ces mesures n'ont rien à voir avec la reconnaissance et la garantie du droit de tous les Québécois à vivre selon le plus haut standard possible que permet l'économie socialisée.

Le ministre des Finances a aussi annoncé qu'il présentera une mise à jour économique avant la fin de l'automne. Le 18 octobre, en entrevue télévisée, le ministre des Finances Éric Girard a dit que pour que l'économie québécoise réalise son potentiel, « il va falloir travailler sur la productivité du Québec ». Ceci exigera du gouvernement, a-t-il dit, qu'il « donne un cadre réglementaire et économique qui permet à l'entreprise privée d'évoluer et de croître », qui favorise un climat de compétition , avec « des dollars bien gérés, bien investis » en ce qui a trait aux fonds publics. Tous des euphémismes pour la politique néolibérale de payer les riches qui met toutes les ressources humaines et matérielles de la nation à la disposition des monopoles et des oligopoles supranationaux au détriment d'une édification nationale qui sert le bien-être du peuple et défend ses droits.

Autres mesures

Vers la fin octobre, le gouvernement Legault a annoncé que dans le contexte de la nouvelle loi fédérale dite de légalisation du cannabis, son gouvernement fera adopter une loi dans ses 100 premiers jours pour que la limite légale de consommation du cannabis établie à 18 ans au fédéral le soit à 21 ans au Québec. Cela ne peut mener qu'à une criminalisation accrue des jeunes.

Le gouvernement Legault a aussi entériné la prolongation d'un an faite par le gouvernement libéral, du projet-pilote relatif aux activités du monopole mondial de transport de personnes Uber. Il n'y a eu aucune rencontre, aucune consultation avec les chauffeurs de taxi, ni les citoyens, ni les chauffeurs d'Uber. Pourtant, plusieurs des chauffeurs de taxi ont des critiques sérieuses face à cette conduite de véhicules qu'ils qualifient de hors normes pour la sécurité des passagers et sur d'autres questions. En ce qui concerne les citoyens, ils restent non éclairés. Le gouvernement a simplement annoncé qu'il endossait la prolongation par la voie des médias, imposant sa décision.

Il y a quelques jours, le gouvernement Legault a informé les médias monopolisés qu'il allait annuler le projet éolien Apuiat sur le territoire traditionnel innu (Nitassinan) de la Première Nation de Uashat mak Mani-utenam et sur des terres publiques de la municipalité de Port-Cartier, dans la région de la Côte-Nord au Québec. La négociation autour de ce projet de parc éolien de 200 megawatts avait cours depuis quelques années entre le gouvernement du Québec, Hydro-Québec et les Innus associés pour le projet à la société Boralex. Le gouvernement Legault a simplement annulé le projet sans même rencontrer les représentants Innus et il a poussé la provocation jusqu'à suggérer de manière méprisante qu'Hydro-Québec pourrait offrir des compensations financières à la nation innue ce qui, selon lui, mettra fin au problème.

Tous ces cas démontrent que l'oligarchie financière a besoin d'un gouvernement qui est arrogant à l'extrême, ce que le peuple ne tolérera pas.

Le gouvernement veut aussi déposer un projet de loi d'ici les Fêtes prévoyant que les patrons de la Sûreté du Québec (SQ), de l'Unité permanente anticorruption (UPAC) et du Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) devront être nommés par les deux tiers des députés de l'Assemblée nationale et non plus par l'exécutif gouvernemental uniquement. Le temps montrera quel est l'objectif spécifique de cette mesure mais cela n'indique en rien une valorisation du rôle de député tel que le prétend le premier ministre. Cela ne change rien au fait que l'autorité publique a été dépouillée de tous ses traits sauf ceux des pouvoirs de police, les pouvoirs arbitraires de l'État, dont font partie l'exécutif gouvernemental et des institutions comme l'UPAC.

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Réflexions

Les demandes du peuple doivent prévaloir

Pendant les élections, les travailleurs et les travailleuses de divers secteurs ont mis de l'avant leurs revendications comme une question électorale qui devait être considérée comme étant de la plus haute importance. Par exemple, dans le domaine de la santé, il a été dit qu'une amélioration dans les soins de santé commençait par l'amélioration des conditions de travail des personnes qui oeuvrent dans ce domaine. Un des principaux facteurs qui devait être réglé immédiatement en raison de son caractère inhumain et carrément dangereux pour l'infirmière et pour le patient est le temps supplémentaire obligatoire. Il a été dit haut et fort qu'il fallait en finir et dans plusieurs instances les candidats ont été appelés à se prononcer.

En d'autres mots, la société est affligée de graves problèmes dont plusieurs sont liés directement aux conditions de travail mais aussi au fait que le peuple n'a pas un mot à dire sur des questions aussi fondamentales que la direction de l'économie et l'environnement naturel et humain.

Arrivé au pouvoir, le gouvernement nous dit que tous les nouveaux élus se « mettront à la tâche » le 27 novembre. Entretemps, ils vont « se familiariser avec leurs dossiers ». Dans les deux semaines qu'ils siégeront, ils vont aborder les questions que la CAQ a remises à l'ordre du jour, soit la « laïcité » et le « seuil d'immigration ».

En d'autres mots, après tout cet exercice de « démocratie représentative », les élus vont poursuivre un ordre du jour qui n'a rien à voir avec celui que les travailleurs mettent de l'avant et considèrent des plus urgents. C'est donc dire que la question de représentants élus par les travailleurs pour régler les problèmes qu'ils vivent au quotidien et qui exigent des solutions immédiates est plus que jamais à l'ordre du jour.

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La question des valeurs et des signes religieux

Le gouvernement Legault s'est maintenant engagé à présenter et faire adopter si possible d'ici un an une loi dite de la laïcité qui va interdire le port de signes religieux aux personnes considérées en position d'autorité dans le service public, soit les policiers, les procureurs de la couronne, les juges et les gardiens de prison et les enseignants.

Selon le premier ministre Legault, son gouvernement a reçu un mandat majoritaire fort et clair pour aller de l'avant avec une telle loi, comme avec toute loi ou toute mesure qu'il jugera bon d'adopter. Le premier ministre déclare qu'il répond au consensus qui selon lui existe au Québec et ne fait qu'exprimer les valeurs des Québécois. Toujours selon le premier ministre, il est temps de mettre cette question des signes religieux « derrière nous ». Les médias monopolisés lui ont fait écho en disant qu'une telle loi pourrait avoir comme effet de mettre fin aux tensions qui existeraient sur cette question parmi la population en résolvant la question une fois pour toutes. Évidemment, c'est faux parce que ce projet de loi ne va qu'accentuer les tensions et le danger de conflits civils parmi les Québécois et que, si le gouvernement en venait à invoquer la clause de dérogation ou « nonobstant » de la Charte canadienne des droits et libertés , pour protéger sa loi des constitutions juridiques, cette dérogation ne serait valide que pour une période de cinq ans.

Voilà un des premiers projets de loi qui vont être mis sur la table en tant que résultat du processus électoral biaisé et non démocratique que les Québécois viennent de vivre. Dans ce processus, une majorité frauduleuse a été déclarée faite de 37,7 % des votes valides et de 24,5 % des électeurs inscrits. Tous les enjeux électoraux ont été définis et imposés par les partis cartellisés de l'Assemblée nationale, leurs firmes privées de marketing et les médias monopolisés. Il est révélateur que la première mesure invoquée par le gouvernement ait été celle dont le but est de provoquer autant de tensions et de divisions et de diversions que possible parmi les Québécois. On sait que pour pousser l'injure encore plus loin, le gouvernement a maintenant déclaré qu'il va interdire aussi le port du tchador dans toute la fonction publique, quelque chose dont il n'a même pas parlé pendant l'élection. Pendant qu'il agit ainsi, le gouvernement prépare la table pour ses mesures de privatisation intensifiée des services publics et de braderie accélérée du Québec aux monopoles et oligopoles privés supranationaux au nom de la prospérité.

Cela nous montre à quel point le processus politique actuel qui prive le peuple de tout pouvoir de décider des enjeux, dans une atmosphère calme, où le peuple lui-même discute des questions en mettant de l'avant la nécessité de l'unité politique pour résoudre les problèmes de la société, est un obstacle à la résolution de quelque problème que ce soit. Cette démocratie non représentative doit être rénovée. Elle doit être remplacée par une démocratie de masse dans laquelle le pouvoir décisionnel est dans les mains du peuple lui-même comme il doit l'être puisque ce sont ses intérêts et ses droits qui sont en jeu.

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Le Québec ne doit pas servir de terrain d'entraînement militaire pour l'OTAN

Du 19 au 21 octobre dernier, les troupes du prochain contingent à prendre part à l'Opération REASSURANCE de l'OTAN ont utilisé le territoire des MRC de Portneuf et de La Jacques-Cartier pour s'entrainer. À pied ou à bord de véhicules blindés, les troupes ont arpenté les routes des villes de Portneuf, Cap-Santé, Saint-Basile, Pont-Rouge, Fossambault-sur-le-Lac, Sainte-Catherine-de-la-Jacques-Cartier, Shannon et Saint-Gabriel-de-Valcartier.

Les activités ont été présentées comme étant sans danger pour la population et inoffensives. En zone publique, les scénarios effectués ont été l'observation et la cueillette d'information à des fins de reconnaissance militaire. Les scénarios tactiques effectués en terrains privés ont inclus une embuscade et une menace chimique, bactériologique, radiologique et nucléaire. Ces scénarios ont nécessité l'utilisation d'armes personnelles, de munitions à blanc et de matériel pyrotechnique.

Tout comme les exercices d'espionnage dans les rues de Montréal en septembre en plein coeur de l'élection provinciale, les exercices visent à ce que les soldats soient aptes à mener des opérations en milieu urbain. Ils sont traités comme des activités routinières sur lesquels le peuple n'a pas de contrôle, le Québec étant déjà intégré à la machine de guerre impérialiste américaine.

Cette présentation qui minimise le caractère belliciste de ces exercices vise à détourner l'attention du fait que l'entraînement de ces forces fait partie des activités agressives de l'OTAN, un joueur clé de la domination impérialiste de la planète pour le compte de l'impérialisme américain. Le Canada en est un membre actif.

L'opération REASSURANCE déploie les forces militaires de nombreux pays en Europe centrale et en Europe de l'Est pour « renforcer la défense collective de l'OTAN » et « la force de la solidarité des alliés ». En janvier 2019, ces troupes intégreront le « Groupement tactique de la présence avancée renforcée en Lettonie » dans le cadre de l'Opération REASSURANCE. L'OTAN a déployé quatre groupements tactiques semblables dans les pays baltes et en Pologne.

A la veille des commémorations du 100e anniversaire de la fin de la Première Guerre mondiale, les demandes pour que le Canada sorte de l'OTAN, pour que le Québec et le Canada soient des zones de paix et pour un gouvernement antiguerre sont plus urgentes que jamais. Le mot d'ordre « Plus jamais » nous guide dans nos actions. C'est notre responsabilité collective de contribuer à une paix véritable, à la souveraineté des nations et à la sécurité de tous et de toutes.


Les membres du prochain contingent à prendre part à l’Opération REASSURANCE, en Lettonie, étaient à l’entraînement sur la Base Valcartier et dans les MRC de Portneuf et de La Jacques-Cartier du 17 au 23 octobre 2018.

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Luttes ouvrières

Journée de grève surprise à la SAQ contre les mesures disciplinaires injustes et pour des négociations sérieuses

Dans l'après-midi du 26 octobre, les quelque 5500 membres du Syndicat des employé-es de magasin et de bureau de la SAQ (CSN) ont déclenché la grève jusqu'à la fin de la journée. C'était une journée de grève non annoncée d'avance dans le cadre de la lutte que mènent les travailleurs de la SAQ depuis janvier 2017 pour s'opposer à la précarité des conditions de travail et revendiquer des salaires correspondant à un standard moderne. La convention collective est échue depuis janvier 2017 et aucune avance significative n'a été accomplie à la table de négociation.

La journée de grève a été déclenchée en réponse à des mesures disciplinaires prises par la SAQ contre des membres du syndicat qui exerçaient des moyens de pression dans les succursales pour attirer l'attention de la clientèle sur leurs justes revendications. Ils portaient notamment des décorations d'Halloween pour dénoncer les négociations « fantômes » qui se tiennent au lieu de véritables négociations basées sur les revendications des travailleurs de la SAQ. Le syndicat a décidé que c'en était assez et plutôt que d'affronter des mesures disciplinaires prises contre des membres individuels, c'est tout le monde qui a fait la grève dans toutes les succursales à travers le Québec. Le syndicat demande à la direction de la SAQ de revenir à la raison et de négocier sérieusement pour qu'une convention collective acceptable pour ses membres soit signée.

Près de 70 % des travailleurs et des travailleuses de la SAQ sont à temps partiel ou occasionnels, travaillant souvent très peu d'heures par semaine et étant sur appel, pratiquement sept jours sur sept, ce qui rend impossible d'avoir une vie familiale. Loin de présenter une offre qui permet de réduire la précarité, la direction de la SAQ cherche à introduire plus de précarité chez ses employés permanents, augmentant la précarité d'ensemble des conditions de travail. Quant aux offres salariales, elles sont même en deçà de l'augmentation du coût de la vie. Le syndicat rapporte que depuis janvier 2018, plus de 500 employés de la SAQ ont démissionné à cause de cette précarité et des bas salaires. La direction de la SAQ prétend ne pas pouvoir offrir mieux, n'ayant pas de mandat du gouvernement et devant respecter le « cadre financier » qu'il lui impose. Cette spirale d'irresponsabilité est inacceptable pour les employés-es de la SAQ et pour la société. Elle ne fait qu'accentuer la pénétration toujours plus forte du travail à conditions précaires dans l'économie. De plus, il est impossible qu'un arrangement ne puisse être trouvé dans une société moderne pour offrir des conditions permettant aux travailleurs de vivre dans la dignité, des conditions dont la détermination revient en premier lieu à ceux et celles qui font le travail.

À cela s'ajoute la menace de privatisation de la SAQ, alors que le parti au pouvoir, la Coalition Avenir Québec, en tant que nouveau gouvernement majoritaire au Québec, n'a jamais caché son intérêt pour la privatisation de cette société d'État en tout ou en partie.

Bien déterminés à s'attaquer à la précarité de leurs conditions, environ 2500 travailleurs et travailleuses de magasin et de bureau de la Société des alcools du Québec (SAQ) ont tenu une assemblée générale le 28 septembre où ils ont voté à 96 % en faveur d'un nouveau mandat de 18 jours de grève à utiliser au moment opportun.

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Les travailleurs de l'aluminium luttent pour leur dignité et leurs droits


Annonce d'un rassemblement en appui aux travailleurs d'ABI, le 28 novembre 2018, devant les bureaux d'Hydro-Québec à Montréal. Cliquer sur la photo pour l'agrandir.

Depuis le 11 janvier, le cartel Alcoa/Rio Tinto maintient en lockout les 1030 travailleurs de l'aluminerie Abi à Bécancour. Les oligarques mondiaux ont déchaîné leur force suparanationale contre les travailleurs pour les forcer à accepter d'importantes concessions qui vont nuire non seulement aux travailleurs visés mais aussi à l'économie, à la communauté de Bécancour, au Québec et au Canada.

Les travailleurs organisés dans la section locale 9700 du syndicat des Métallos confrontent un ennemi mondial qui contrôle une grande partie de l'aluminium et de l'alumine produits dans le monde. Les oligarques utilisent leur pouvoir sur les forces productives et la richesse sociale pour forcer les travailleurs à se soumettre à leur diktat et ainsi mettre la main sur de plus grands profits privés à même la valeur produite par les travailleurs.

Dans cette lutte, les travailleurs de l'aluminium bénéficient d'une grande aide de collègues de partout au Québec et au Canada, mais ils ne sont pas aidés des gouvernements. En fait, le gouvernement du Québec a aidé directement les oligarques d'Alcoa/Rio Tinto en leur permettant de revenir sur leur contrat avec Hydro-Québec dans lequel ils avaient accepté de payer la société d'État un montant mensuel. La somme totale que le cartel antisocial a sauvée depuis le début du lockout au moyen de la manoeuvre orchestrée par le gouvernement dépasse maintenant 172 millions $. Un nombre croissant de travailleurs dénoncent le gouvernement du Québec pour cette capitulation antisociale traîtresse aux oligarques et réclament qu'il y mette fin immédiatement. Ils demandent que le gouvernement fasse son devoir envers le peuple et force les oligarques de l'aluminium à respecter le contrat avec Hydro-Québec et à rembourser tout ce qu'ils ont jusqu'à présent refusé de payer.

Les travailleurs de l'aluminium confrontent également les intrigues internationales des grandes puissances, en particulier celles de l'impérialisme américain, qui a mis en place des tarifs de 10 % sur les importations d'aluminium. Cela a augmenté le prix du marché de l'aluminium de façon spectaculaire aux États-Unis et dans le monde, ce qui permet aux oligarques d'Alcoa de remettre en service les installations de production d'aluminium qui avaient été improductives par rapport à leurs alumineries du Québec.


Les délégués à l'Assemblée générale du district 3 du Syndicat des Métallos, dans l'ouest canadien, transmettent un message d'appui aux travailleurs en lockout d'ABI, le 30 octobre 2018. 

À ces intrigues mondiales s'ajoute la multiplication par deux du prix du marché mondial de l'alumine depuis 2016. Il faut deux tonnes d'alumine pour produire une tonne d'aluminium. Alcoa profite beaucoup de ces hausses du prix de l'alumine parce que ses travailleurs en produisent également. Les profits qu'encaisse mondialement Alcoa du raffinage de l'alumine représentent aujourd'hui 70 % de ses activités commerciales de l'aluminium, selon le Financial Post . Bien que l'entreprise profite du 10 % d'imposition de tarifs américains, Alcoa a dit de manière cynique qu'elle y est opposée et elle a demandé aux États-Unis d'exonérer les importations en provenance d'une des trois alumineries au Québec où elle exerce ses activités, mais pas celle de Bécancour. Alors que Rio Tinto détient 30 % de l'aluminerie de Bécancour, Alcoa, avec ses 70 % de contrôle, en est l'exploitant.

Les dictateurs d'Alcoa/Rio Tinto veulent remplir encore plus leurs poches et élargir leur empire mondial avec ces attaques contre les travailleurs de Bécancour. En cas de succès, les concessions que le cartel cherche à leur imposer seront sans doute exigées des autres travailleurs de l'aluminium au Québec et en Colombie-Britannique.

Dans cette bataille, les oligarques ont engagé des mercenaires pour mener une campagne sur les médias sociaux pour démoraliser les travailleurs en lockout et les forcer à céder aux concessions. Mais les travailleurs de Bécancour sont résolus à ne pas se laisser faire. Les travailleurs dénoncent les diatribes sur Facebook et ailleurs qui leur demandent de se soumettre et d'accepter un salaire minimum et aucune pension si c'est ce qu'il faut pour que les oligarques leur permettent de travailler.

Les travailleurs de Bécancour dénoncent les insinuations et poursuivent 24 heures par jour leurs lignes de piquetage et piquets de grève mobiles, et là où les gérants de l'entreprise se montrent le visage. Ils ont appelé la classe ouvrière au Québec et au Canada à ne ménager aucun effort pour les appuyer dans leur juste cause, car la lutte d'une section de la classe est une partie cruciale de la lutte de tous. Ils refusent que leur dignité et celle de leur communauté soit flétrie et que leur niveau de vie et leurs conditions de travail soient traînés dans la boue. Dans cette lutte, ils s'en prennent aussi au gouvernement du Québec, qui s'est ostensiblement rangé du côté des intérêts privés des oligarques mondiaux en opposition aux intérêts de ses propres travailleurs et de l'intérêt national et public.

Appuyons fermement les travailleurs de l'aluminium de Bécancour !

Leur lutte est la lutte de tous les travailleurs pour leur dignité et leurs droits !

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À vous la parole

Des chantiers de travail importants à la défense de l'école publique

Le financement de l'école publique est un grand sujet de préoccupation pour la FAE.Il faut un financement qui est à la hauteur des besoins, pas à la hauteur des besoins des organisations mais bel et bien à la hauteur des besoins des élèves, des professeurs et du personnel qui travaille dans le réseau. Cela veut dire qu'il faut un financement qui est prévisible, stable, qui répond véritablement aux besoins qui sont exprimés. Cela veut aussi dire la fin du financement public des écoles privées. Pour nous, le gouvernement tôt ou tard devra poser ce geste-là. Ce sont des écoles qui siphonnent bon an mal an près d'un demi-milliard de dollars par année, qui souvent sélectionnent leurs élèves, qui en éjectent en cours d'année. Cela amène les écoles publiques à livrer une concurrence contre les écoles privées et à se concurrencer entre elles aussi. On le voit à la prolifération des projets pédagoqiques particuliers où dans l'école publique on sélectionne les élèves sur la base des résultats qu'ils ont obtenus, ce qui va à l'encontre du projet qu'on s'est donné avec la Révolution tranquille en mettant en place le réseau des écoles publiques. Ce qui a poussé les écoles publiques à se lancer là-dedans, c'est notamment le financement des écoles privées, la question d'un diplôme axé sur les résultats, l'atteinte de cibles de réussite sur la base de pourcentages qui sont fixés en termes de résultats scolaires, etc. On ne parle absolument plus à ce moment-là des besoins des élèves.

La question du financement n'est pas seulement la question du financement de services, c'est aussi un financement au service d'une vision du rôle de l'école publique. À partir du moment où on a l'école publique, elle doit assurer la cohésion sociale, elle doit permettre l'égalité des chances, et il faut donc qu'elle ait les moyens de réaliser cette vision-là.

Ces dix dernières années, c'est 1 milliard 500 millions $ dont le réseau des écoles publiques a été privé. Le gouvernement dit qu'il réinvestit dans l'éducation en ce moment. Il ne fait que rembourser une portion de ce qui a été retiré de l'école publique. Il faut que dans le budget qu'il va présenter, le gouvernement non seulement rembourse la totalité de ce qui a été coupé mais qu'il injecte de l'argent neuf. Cette opération ne doit pas se faire en fonction des choix budgétaires du gouvernement mais des besoins.

Il faut que les gens qui travaillent dans le réseau et qui fréquentent le réseau des écoles publiques aient accès à ces ressources-là. La loi sur l'instruction publique dit que l'école publique doit répondre aux besoins des élèves qui la fréquentent. Nulle part dans la loi il est écrit « en tenant compte de la capacité de payer du gouvernement ».

Un autre chantier important est celui de la revalorisation de la profession enseignante. Il faut que des gestes soient posés, notamment dans une situation de pénurie criante de personnel enseignant. Il faut poser la question du pourquoi de cette pénurie. Il y a en partie la question de la démographie, mais ce n'est pas la seule raison. Il y a des professeurs qui décrochent, le taux de détresse en santé psychologique, le taux d'absentéisme, l'abandon, la désertion professionnelle. Cela met une pression supplémentaire sur le réseau. Les gestes qui doivent être posés passent par de meilleures conditions de travail mais cela passe aussi par l'inclusion dans la Loi sur l'instruction publique, la reconnaissance que les professeurs sont les premiers experts de la pédagogie. Il faut définir et reconnaître que les profs sont les seuls qui peuvent choisir les approches pédagogiques. Présentement on nous impose des approches pédagogiques, on remet en question la capacité qu'ont les profs de faire des choix sur ces questions-là. Les professeurs ont été dévalorisés, leur expertise n'est pas reconnue et on remet constamment en question le jugement qu'ils ont. On veut récupérer l'espace pédagogique parce qu'il est présentement occupé par plein de gens qui n'ont pas mis les pieds dans une classe depuis belle lurette ou qui n'y ont jamais mis les pieds.

La profession a été dévalorisée par des années de compressions. Pour justifier ces compressions, qu'est-ce que les gouvernements ont fait ? Au-delà du discours des gouvernements du type « on est en situation économique difficile », il a fallu dire qu'il y a beaucoup d'argent dans le réseau mais que les résultats ne sont pas au rendez-vous. Ils ont démontré que les résultats ne sont pas au rendez-vous en mettant en place des cibles de réussite. On ne parle plus des élèves à ce moment-là. À partir du moment où ils ont fait leur démonstration que le réseau ne produisait pas les résultats qu'ils voulaient, ils ont pointé du doigt les professeurs. Tout en faisant cela, ils ont coupé des ressources dans les services, ils ont alourdi la tâche des professeurs, ne donnant pas aux professeurs le moyen de faire leur travail, et cela leur a permis dans l'espace public de mettre en place les éléments du décor dans lequel la pièce allait se dérouler : dénigrer le travail des professeurs, remettre en question leur capacité de faire des choix, de se former, d'évaluer, de porter un jugement critique sur le travail qu'on leur demande de faire.

Le travail de la FAE à la défense de l'école publique s'appuie sur les échanges qu'on a avec nos membres, dans le cadre des instances qu'on s'est données. Pour que ce travail parle à la population, il doit d'abord s'appuyer sur la réalité de nos membres. C'est aussi un travail de sensibilisation, d'information, de revendications auprès de la population, auprès des gouvernements pour qu'elles soient entendues et mises en oeuvre. C'est important d'être capable, auprès de l'opinion publique, d'expliquer un certain nombre d'enjeux pour qu'elle-même prenne part au débat parce que le combat pour l'école publique c'est d'abord et avant tout un combat citoyen parce que l'école publique est un bien commun.

Le travail que nous faisons, c'est de faire en sorte que les êtres humains avec lesquels on travaille puissent devenir des citoyens critiques capables de remettre en question des choses, de se forger eux-mêmes leur propre opinion. Au-delà de nos conditions de travail, c'est aussi un travail pour que la société québécoise bénéficie de l'école publique. C'est un combat qui ne s'appuie pas seulement sur nos propres épaules mais repose aussi sur l'ensemble de la population.

Sylvain Mallette est le président de la Fédération autonome de l'enseignement.

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Les gouvernements doivent être transparents dans leurs actions et en rendre des comptes à la population

Le conflit que nous vivons en ce moment montre qu'il y a une faille dans le Code du travail en ce qui concerne les briseurs de grève. Nous avons une loi anti-briseurs de grève au Québec mais elle n'est pratiquement pas applicable. C'est très juridique, il faut présenter des preuves, il faut aller sur le terrain et prendre les gens sur le fait. Ce n'est pas facile à faire car il faut aviser notre employeur avant de rentrer dans l'usine. Cela nous prend un inspecteur. On a une belle loi mais elle est difficile à appliquer et cela prolonge les conflits. La loi sur les briseurs de grève est censée établir un équilibre afin que l'employeur ne puisse pas faire fonctionner son entreprise comme il le veut en cas de lockout ou de grève. Elle n'est pratiquement pas applicable. On le voit chez nous. On l'a vu chez Delastek où cela a pris environ trois ans avant qu'il y ait une décision pour que les briseurs de grève soient retirés de l'usine, Il faut que le Code du travail soit révisé pour donner des dents à la loi anti-briseurs de grève pour que le rapport de forces entre les parties soit plus équitable.

Nous avons aussi une problématique avec Hydro-Québec. Souvent, les gouvernements vont négocier des ententes avec les entreprises, les travailleurs sont affectés mais ils ne sont pas consultés. Hydro-Québec a négocié les clauses de lockout avec l'employeur. Le lockout implique une autre partie, mais nous n'étions pas à la table quand cette clause a été négociée, quand ils ont décidé de mettre dans l'entente que le lockout est un cas de force majeure. Un lockout cela touche les travailleurs, mais nous on n'a pas pu donner notre point de vue.

Il y a aussi cet exemple de 2008 où le gouvernement avait négocié des planchers d'emplois avec l'entreprise sans qu'on ait pu donner notre avis sur c'est quoi des planchers d'emplois. Il y avait des choses dans le plancher d'emplois qui ne faisaient pas notre affaire, qui n'étaient pas favorables à nos travailleurs. Ce sont des contrats que les gouvernements ou des sociétés d'État signent avec les compagnies, qui touchent les travailleurs mais on ne daigne pas les consulter. On le vit avec le cas de force majeure et on l'a vécu en 2008 avec le plancher d'emplois.

Cela a été signé en 2008 mais après cela, lors de la crise économique, l'employeur voulait couper des postes chez nous, voulait faire des mises à pied, demandait qu'on ouvre la convention collective et menaçait de fermer si on ne l'ouvrait pas. A ce moment-là, j'avais rencontré le ministre responsable du dossier dans le gouvernement libéral pour lui demander d'au moins faire respecter ce qu'il y avait de signé au niveau des planchers d'emplois, parce que selon les planchers d'emplois, l'employeur n'avait pas le droit de mettre les travailleurs à pied. Il a fallu qu'on intervienne, fouiller pour trouver cette entente parce qu'elle n'était pas disponible. Ce sont des choses qui sont négociées, qui touchent les travailleurs mais les travailleurs ne sont pas là pour se défendre quand c'est négocié et après cela il faut courir après les ententes parce que c'est secret, cela fait partie de décrets etc. Il faut faire des recherches parce que ce n'est pas transparent de la part des gouvernements lorsqu'ils négocient. Nous avons fini par le trouver au moyen de l'accès à l'information. Ils ont tout le temps une raison, ils nous disent que c'est une question de confidentialité à cause des contrats d'affaires. Ils ont tout le temps des raisons pour ne pas rendre accessibles les ententes qu'ils signent avec les multinationales.

Dans notre conflit actuel, Hydro-Québec a jusqu'à maintenant perdu près de 175 millions de dollars en revenus parce que l'employeur a décidé de faire un lockout et que l'entente avec Hydro-Québec considère le lockout comme une force majeure qui libère la compagnie de ses obligations. Si l'employeur avait eu à payer ces 200 millions $, le conflit serait peut-être réglé. Il aurait eu plus de justification à donner sur sa décision de nous mettre en lockout.

C'est un problème de transparence en ce qui concerne les gouvernements. C'est très difficile d'obtenir cette transparence et c'est un devoir des gouvernements en place d'être transparents dans les actions qu'ils prennent et de rendre des comptes de leurs actions devant la population. Les gouvernements parlent souvent de reddition de comptes, eux autres en font-ils au peuple une fois qu'ils sont élus ?

Je veux dire aussi que le gouvernement Legault ne devrait pas s'emballer avec sa soi-disant grande majorité. En fait il a été élu par moins de 25 % des électeurs inscrits sur la liste électorale. Il devrait faire preuve d'humilité et ne pas penser qu'il peut faire comme bon lui semble.

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Dossier

Existe-t-il une pénurie de main-d'oeuvre dans l'industrie de la construction?

Les déclarations sur la pénurie de main-d'oeuvre se multiplient actuellement au Québec. Des représentants d'entreprises se plaignent de ne pouvoir combler les postes disponibles dans leur établissement et ces cris d'alarme sont repris en boucle par les médias traditionnels. L'une des dernières déclarations, au même effet, veut que l'industrie de la construction souffre du même problème au point d'interpeller le gouvernement. La question est donc posée « Existe-t-il un manque de main-d'oeuvre dans l'industrie de la construction ? » Pour répondre « oui » ou « non » à cette question, nous devons d'abord décrire brièvement la situation qui prévaut dans la construction.

Une industrie instable économiquement

L'industrie de la construction se caractérise principalement par des instabilités de toutes sortes. D'abord ces instabilités sont de nature économique. L'investissement varie ponctuellement d'année en année et à court terme on peut facilement constater chaque décennie une période de surchauffe et une autre de crise intense. Au cours de cette période, il se perd des dizaines de milliers d'emplois et une fois la crise terminée on doit récupérer ou former des dizaines de milliers de travailleurs qui viendront grossir les bassins de main-d'oeuvre jusqu'à la prochaine crise.

Les crises économiques périodiques et l'incapacité de nos gouvernements néolibéraux de répondre adéquatement aux frasques de leurs politiques de libre marché sont les principaux responsables de l'état de la situation.

Des conditions de travail difficiles

Pas d'ancienneté ni de sécurité d'emploi, des droits de rappels insignifiants dans la pratique, contraintes excessives quant aux horaires de travail, pas de mesure anti briseur de grève, des conditions imposées unilatéralement par des lois spéciales adoptées par un gouvernement qui est lui-même directement intéressé puisqu'il est à hauteur de 68 % donneur d'ouvrage, l'industrie de la construction éprouve des réelles difficultés à se doter d'un régime de relations du travail à la mesure de son importance sur l'échiquier économique.

La santé et la sécurité du travail

L'industrie de la construction est le secteur d'activité économique qui possède le plus triste bilan en matière de santé et de sécurité du travail. Pour les seules 10 dernières années : 525 travailleurs sont morts sur les chantiers du Québec. Les travailleurs de la construction, bien que représentant seulement 5 % du total de la main-d'oeuvre active, récoltent 25 % des décès.

Plus globalement, on évalue a 58 000 le nombre d'accidents et à plus de 6 000 le nombre de maladies professionnelles à être survenues durant la même période.

Encore une fois, on doit conclure que la personne humaine passe bien après les impératifs économiques fixés par le marché.

Gestion déficiente et intéressés de l'industrie

En outre, c'est une administration péripublique qui gouverne le secteur du bâtiment : la Commission de la construction du Québec (CCQ). D'ailleurs les liens qui unissent la CCQ et le gouvernement sont à ce point « incestueux » qu'il est désormais impossible de savoir si la Commission dirige le ministère du Travail ou si le ministère à encore un mot à dire pour ce secteur d'activité.

La CCQ est incapable de lutter convenablement contre le travail au noir, de gérer adéquatement les mouvements de main-d'oeuvre, de rencontrer les exigences du placement qu'elle s'est attribuée en exclusivité. De plus, loin d'adopter des politiques de transparence, la CCQ privilégie l'obscurantisme et la confidentialité. Elle tente de se substituer aux syndicats avec l'efficacité et les résultats en moins. D'ailleurs, le Vérificateur du Québec lui adressait récemment de sévères reproches dans la gestion de plusieurs dossiers relatifs notamment à la gestion de la main-d'oeuvre. De nombreux acteurs de l'industrie ne cessent de dénoncer son inaptitude à rencontrer les résultats que l'on devrait s'attendre de la part d'une administration au service de sa population.

Faire transiter la main-d'oeuvre

Si le travailleur de la construction ne fait qu'entre 700 à 1200 heures de travail annuellement, selon le métier ou l'occupation qu'il exerce, en raison de la région qu'il habite ou encore des cycles économiques, on comprend que l'obtention d'un emploi est l'une de ses principales préoccupations. Gardons aussi en mémoire qu'un chantier a une durée moyenne de 2 mois et demi.

C'est pourquoi avec le temps l'industrie a mis en place des bassins de main-d'oeuvre régionaux. Un travailleur habitant une des grandes régions administratives du Québec devrait normalement avoir une préférence d'emploi dans sa région de domicile. Mais comme nous le verrons, la pratique est bien différente. D'abord parce que le développement économique varie d'une région à l'autre. Les centres bénéficient de la majeure partie des investissements bien qu'il arrive à l'occasion que certaines régions puissent profiter d'investissements massifs. Ces disparités ont un effet direct sur la main-d'oeuvre puisque selon le taux d'emploi régional la main-d'oeuvre d'une autre région pourra en envahir une autre. L'autre facteur important, c'est qu'il est possible en période de pénurie dans sa région de faire venir de la main-d'oeuvre extérieure. Mais dans un tel cas, l'employeur doit assumer les frais de transport, d'hébergement et de nourriture. Mais il a aussi la possibilité de faire entrer un nouveau dans l'industrie. Il choisira la solution la plus économique. Mais économie pour qui ?

Encore une fois, nous faisons face à des impératifs économiques ponctuels. Plutôt que de gérer l'emploi de manière responsable afin de favoriser un plan provincial de mise en valeur de la main-d'oeuvre, on préfère miser sur des économies de bout de chandelle. Combien en coûte-t-il aux citoyens du Québec de sinistrer une bonne part de sa population active, de payer des prestations d'assurance-emploi, d'assistance sociale, ou de paiements de transfert en raison d'un manque de vision ?

Conséquence sur la main-d'oeuvre

Les chiffres à ce sujet ne mentent pas. Nous savons que 18 % des travailleurs quittent l'industrie dans l'année suivant leur entrée. Dans 5 ans, 45 % des travailleurs entrés cette année auront déserté l'industrie.

Quarante-cinq pourcent de ceux qui quittent parlent d'instabilité d'emploi, 21 % des horaires contraignants, 11 % éprouvent des problèmes de santé ou de santé et de sécurité au travail et 16 % sont entrés uniquement pour combler un poste temporaire.

Les déclarations incendiaires de la haute direction de la CCQ à propos du climat d'intimidation qui prévaut sur les chantiers ne tiennent pas la route non plus puisque seulement 3 % de ceux qui quittent l'industrie invoquent les relations avec les collègue, le patron ou le syndicat.

Sur le plan de la rémunération, 31 % de ceux qui quittent bénéficieront, dans leur nouvel emploi, d'une meilleure rémunération et une autre tranche de l'ordre de 29 % des travailleurs qui quittent obtiendra une rémunération équivalente. C'est donc 60 % de ceux qui quittent l'industrie qui semblent améliorer leur sort.

Le constat est le suivant : pour les 10 dernières années, malgré les dizaines et les dizaines de milliers de travailleurs qui ont intégré l'industrie le nombre d'entrées nettes est de 1 895 soit à peine 1,2 % du bassin de main-d'oeuvre.

Il n'est donc pas étonnant de constater que l'industrie se déclare à la recherche de 10 000 nouveaux travailleurs chaque année.

Pourvoir l'industrie de la construction d'une main-d'oeuvre qualifiée et compétente repose essentiellement sur l'humanisation du travail et de son environnement.

La pénurie, si elle existe, ne sera jamais comblée puisque les bassins se révèlent des vases creux. C'est pourquoi on peut affirmer que la construction ne connaît pas un problème de pénurie, mais souffre d'une incapacité à conserver ses travailleurs.

Conclusion

Force nous est de constater qu'il n'y a pas de pénurie de main-d'oeuvre dans l'industrie de la construction. Dans les faits, le secteur est géré selon des modes opératoires datant du début du XXème siècle.

Tant que les modes de production ne seront pas civilisés dans l'une des industries les plus actives tant par ses investissements (46,8 milliards en immobilisation en 2017), sa masse salariale (6,1 milliards en 2017 ou son nombre de travailleurs (157 086) en 2017) nous serons tout autant déficitaires sur le plan humain que sur le plan social et économique.

Richard Goyette est avocat en droit social et du travail et ancien directeur-général de la FTQ-Construction.

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