Chantier Politique

8 novembre 2018

Numéro 8

Centenaire de la fin de la Première Guerre mondiale

Commémorations du centenaire de la fin de la Première Guerre mondiale

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L'État canadien a envoyé des milliers de soldats à Québec le 1er avril 1918 pour réprimer les manifestations contre la conscription. Cinq personnes ont perdu la vie dans les affrontements.

Centenaire de la fin de la Première Guerre mondiale
Commémorations du centenaire de la fin de la Première Guerre mondiale
Soirées commémoratives au local du PMLQ

Luttes ouvrières
Les conducteurs de bétonnières réclament davantage
de sécurité pour la population et pour eux-mêmes


À vous la parole
De sérieuses préoccupations face à l'automatisation des processus miniers
- André Racicot -
Pour un réinvestissement en santé à la hauteur
des besoins de la population et du personnel

- Nathalie Savard
-

Nouvelles
Assemblée à Montréal suite au vote massif de l'ONU
contre le blocus des États-Unis contre Cuba

Chronologie récente des gestes posés par les États-Unis
contre Cuba et de l'escalade de la rhétorique utilisée

À titre d'information
Les manifestations anticonscription de 1918
- Geneviève Royer  -


Centenaire de la fin de la Première Guerre mondiale

Commémorations du centenaire de la fin de la Première Guerre mondiale

Le 11 novembre 2018 marquera le 100e anniversaire de la fin de la Première Guerre mondiale. La Première Guerre mondiale a été une guerre pour le repartage du monde entre les empires de l'époque et pour le contrôle des colonies. Ce repartage visait à accaparer les sources de matières premières et de main-d'oeuvre à bon marché et les zones pour l'exportation de capital et acquérir une influence stratégique.

Ce ne fut pas une cause héroïque et noble comme les gouvernements aiment le présenter, comme « la défense de la liberté et la démocratie » et de « nos valeurs », mais bien une boucherie impérialiste que l'élite dirigeante d'aujourd'hui au Canada et au Québec qualifie de moment déterminant qui a « marqué l'avènement du Canada » au rang de nation.

La guerre a duré du 28 juillet 1914 au 11 novembre1918. Le Canada, en tant que dominion autonome de l'empire britannique, est entré automatiquement en guerre dès que la Grande-Bretagne a déclaré la guerre. L'horrible conflit entre les pays belligérants a fait éclater les empires russe, austro-hongrois, ottoman et allemand. Au Canada et dans tout l'Empire britannique, le massacre a mis fin à l'euphorie de ceux qui disaient que l'appartenance à l'Empire britannique était la situation la plus convoitée qui soit.

Au Québec comme dans le reste du Canada, la guerre a été utilisée comme prétexte pour réprimer la résistance à la guerre impérialiste et l'objection de conscience à la participation à la guerre, et pour attaquer les syndicats et la politique révolutionnaire. Le mouvement anticonscriptionniste au Québec qui a pris la forme de manifestations en mai 1917, à Montréal, exprimait justement la ferme opposition du peuple québécois, en particulier des ouvriers, des femmes et des jeunes, à la guerre et à l'empire. La Loi sur le service militaire obligatoire adoptée le 24 juillet 1917 par la Chambre des Communes visait à répondre aux demandes de l'empire britannique d'envoyer plus de soldats pour servir de chair à canon. La Loi sur les mesures de guerre a ensuite été utilisée contre les Québécois au printemps 1918, est restée en vigueur plus d'un an après la fin de la guerre et a été utilisée contre les organisateurs de la grève générale de Winnipeg en 1919.

Nous sommes témoins aujourd'hui d'une situation semblable bien que pas du tout la même. Des coalitions constituées d'oligopoles parcourent le monde entier pour s'enrichir par tous les moyens possibles. Ici même au Québec, au nom de l'intérêt national, les gouvernements qui se succèdent parlent de rendre ces oligopoles « concurrentiels » pour justifier les stratagèmes pour payer les riches et criminaliser les travailleurs ainsi que le mouvement de résistance du peuple, le mouvement pour investir le peuple du pouvoir souverain et le mouvement contre la guerre.

Les cercles dirigeants et leurs médias ne disent rien de cette réalité lors des commémorations de la fin de la Première Guerre mondiale. Pas un mot sur les dangers semblables que font planer les guerres en cours et pas un mot sur les dangers des guerres encore plus grandes qu'ils préparent. Ils disent que la guerre et les préparatifs de guerre sont nécessaires pour défendre la paix et la démocratie. Ils ont recours au même chauvinisme qu'ils ont utilisé contre les peuples du monde pendant la Première Guerre mondiale pour priver les peuples d'une conception du monde qui leur permette d'avancer.

Un gouvernement antiguerre est une nécessité pour les Québécois et les Canadiens. Un gouvernement antiguerre prêtera l'attention voulue au développement d'une nouvelle personnalité démocratique fondée sur la satisfaction des besoins du peuple dans les conditions du XXIe siècle.

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Soirées commémoratives au local du PMLQ

A l'occasion du centenaire de la fin de la Première Guerre mondiale, le Parti marxiste-léniniste du Québec organise trois soirées commémoratives à Montréal sous le thème « Pour un gouvernement antiguerre ». Les soirées commémoratives mettent aussi de l'avant la nécessité de faire du Québec et du Canada une zone de paix. La commémoration se fera en trois événements distincts de poésie, musique, photos et cinéma. Les événements se tiendront les vendredis soirs les 9, 16 et 23 novembre.

La soirée du 9 novembre comprendra un recueil de chansons et de poèmes de la période de la Première Guerre mondiale qui expriment la position antiguerre du peuple du Québec. Il sera suivi de la projection d'un court documentaire sur les grandes manifestations de la fin de semaine de Pâques 1918 à Québec, suivi du film La Guerre oubliée.

Ce film a été produit en 1987 et comprend des témoignages de personnes qui ont pris part à la lutte contre la conscription au Québec en 1918. Il montre comment des personnes, quelle que soit leur croyance religieuse ou leur origine nationale, ont refusé d'être enrôlées dans une guerre injuste ou de devenir délateurs pour l'État canadien et ses services de police et les forces militaires.

La soirée du 16 novembre comportera également un recueil de chansons et de poèmes, de France et de Belgique pour la plupart, ainsi que des vidéos qui reflètent la résistance continue des soldats enrôlés de force pendant la Première Guerre mondiale, leur opposition à se battre au nom d'un camp impérialiste ou l'autre, et la fraternisation des soldats « ennemis » des deux côtés des tranchées, qui ont mené finalement à des mutineries générales dans les deux camps vers la fin de la Première Guerre mondiale.

La soirée du 23 novembre commémorera le rôle du peuple russe sous le gouvernement soviétique pour mettre fin à sa participation à la Première Guerre mondiale. Ce faisant, il a fait une grande contribution à la paix à travers le monde. Il a créé une toute nouvelle situation favorable au peuple non seulement de la Russie mais aussi aux autres peuples d'Europe qui ont été inspirés par la Grande Révolution d'Octobre et le fait que la Russie s'extirpait de cette guerre injuste.

Un rappel sera fait également sur la fin de la Première Guerre mondiale alors que plus de 10 pays, dont le Canada, ont envoyé une force expéditionnaire en Russie pour tenter d'écraser le premier État du pouvoir de la classe ouvrière et le premier gouvernement antiguerre qui a sorti la Russie de la Première Guerre mondiale.

Cette soirée mettra en vedette, entre autres, la projection du film soviétique Les Faubourgs de 1933.

Tous sont invités à venir assister à ces événements.

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Luttes ouvrières

Les conducteurs de bétonnières réclament davantage de sécurité pour la population
et pour eux-mêmes


Les 200 conducteurs de bétonnière de l’entreprise Demix Béton réunis en assemblée générale extraordinaire à Laval le 8 octobre 2018, en raison des ratés continus du système de répartition Optimizer qui causent des problèmes persistants pour leur santé et leur sécurité et possiblement pour la population vivant près des chantiers. (FIM-CSN)

Les 200 conducteurs de bétonnière de cinq sections de la compagnie Demix Béton du Grand Montréal, représentés par cinq syndicats affiliés à la Fédération de l'industrie manufacturière (FIM-CSN), réclament depuis juin des mesures pour corriger des problèmes qui ont été créés suite à l'implantation d'un nouveau système informatique appelé Optimizer visant à établir les circuits de livraison du béton sur les chantiers. La compagnie Demix Béton est une division du Groupe CRH Canada inc., lui-même une division de CRH plc, un monopole mondial de matériaux de construction, basé en Irlande, qui a des installations principalement en Europe et en Amérique du Nord.

Le système Optimizer relie depuis peu chaque conducteur de bétonnière à une centrale de distribution par l'intermédiaire d'une tablette électronique. Optimizer analyse en temps réel les trajets à emprunter et les temps de réponse requis pour la livraison du béton en dictant aux conducteurs différents trajets de livraison. Dans certains cas, des trajets en plein quartier populeux peuvent être suggérés par le système, sans égard aux zones pourtant identifiées « Pas de camions » ni aux restrictions prévues au Code de la sécurité routière.

Le système Optimizer connaît régulièrement des ratés informatiques et tombe en panne, ce qui empêche les travailleurs de poursuivre leurs activités et surtout de communiquer avec le centre de répartition, augmentant leur niveau de stress.

En plus, le système oblige régulièrement ces travailleurs à excéder les 50 heures par semaine, minant d'autant leur vigilance et leurs réflexes de conducteur de poids lourds, en plus de devoir sacrifier une partie de leur vie familiale. Les travailleurs exigent de pouvoir s'arrêter à l'heure du dîner, pour une pause dont ils ont grandement besoin et qui est réglementaire selon la loi, ce que le système Optimizer les empêche pratiquement de faire.

Les conducteurs de bétonnières dénoncent le fait que le système Optimizer a été implanté sans qu'ils aient été consultés, bien qu'il affecte directement leurs conditions de travail, dont leur propre santé et leur sécurité. En assemblée générale au début octobre, les travailleurs ont rejeté à l'unanimité les mesures de correction proposées par la compagnie comme étant entièrement inadéquates. Ils ont mandaté leurs dirigeants syndicaux d'interpeller directement les hauts dirigeants de Toronto pour trouver des solutions à ce problème, des solutions qui doivent tenir compte de leur avis et de leur expérience.

On doit noter que les conducteurs de bétonnières ne sont pas en période de négociation de leur convention collective. Des changements aussi significatifs et dommageables pour eux-mêmes et pour la population leur ont simplement été imposés par la compagnie. C'est inacceptable et les travailleurs n'acceptent pas ces changements unilatéraux.

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À vous la parole

De sérieuses préoccupations face à l'automatisation des processus miniers


Manifestation le 19 septembre 2016 pour demander la réintégration  d’André Racicot qui avait été suspendu par la minière Iamgold en Abitibi pour avoir défendu la santé et la sécurité des travailleurs miniers (FTQ)

Une de nos grandes préoccupations en ce moment c'est la question de l'automatisation des opérations sous terre dans le secteur minier, la machinerie sous terre. Notre préoccupation est en deux volets. D'une part, c'est le manque de règlementation gouvernementale en ce qui concerne cette nouvelle technologie. D'autre part, c'est la question des emplois que cela va retirer aux travailleurs miniers.

Cela fait deux ou trois ans que nous en parlons à la CNEEST (Commission des normes, de l'équité, de la santé et de la sécurité du travail), comme quoi le manque de règlementation concernant cet équipement est préoccupant. Cela concerne l'équipement téléopéré et l'équipement autonome et semi-autonome. Ces différents processus impliquent un haut niveau d'automatisation. Dans le cas des équipements téléopérés , on parle d'équipements opérés à distance au moyen de télécommandes. Le problème auquel nous faisons face en ce moment, c'est que les technologies avancent mais la règlementation ne suit pas. C'est quelque chose de voulu de la part des entreprises minières, parce qu'elles aiment avoir le champ libre et ne pas avoir trop de règlementation restrictive dans leur chemin. Elles veulent décider elles-mêmes de toute modification qui va se faire. Dans le passé, quand on a laissé ces choses-là aux employeurs, les travailleurs ont payé la note très cher du point de vue notamment de leur santé et de leur sécurité.

Dans ce cas-ci, si on parle d'équipements autonomes ou semi-autonomes, que se passe-t-il si l'équipement ne s'arrête pas lorsqu'il est supposé s'arrêter, est ce qu'il va détecter le travaillleur qui se trouve sur son chemin ? S'il se produit un accident, celui-ci peut être mortel. Il faut comprendre qu'il y a toujours une intervention humaine quelque part. Prenons l'exemple d'un équipement semi-autonome où l'opérateur contrôle l'équipement souterrain à partir de la surface. En théorie, il n'y a pas d'êtres humains qui sont censés être-là sur le chemin de l'équipement. Nous savons très bien que c'est impossible qu'il n'y ait aucun être humain dans ces zones où circule l'équipement. Cela prend des mécaniciens pour réparer ces machines, cela prend des électriciens, cela prend des humains pour réparer ces équipements. Il faut entrer dans une zone dangereuse et le travailleur doit s'approcher de la machine. L'équipement a un système de freins qui est opéré à la surface mais qu'est-ce qui nous assure que le système de freins va fonctionner ? En ce moment, nous sommes un peu à la merci des grandes entreprises multinationales qui utilisent ces équipements un peu partout et qui décident elles-mêmes les protocoles qui régissent leur utilisation.

Dans le cas des équipements qui sont téléopérés, on peut avoir un opérateur qui se trouve à des milliers de kilomètres d'ici, en Inde ou au Bangladesh, et qui opère de l'équipement dans une mine en Abitibi. Si on obtient une règlementation, elle sera valable pour le Québec, mais elle ne s'appliquera pas dans le pays où se situe l'opérateur. Le règlement ne sera pas applicable pour la compagnie qui loue les services à un opérateur dans un pays lointain. Cela crée un vide juridique. Le syndicat a soulevé cette problématique devant la CNESST et celle-ci ne semble pas savoir quoi faire d'un tel problème. Nous avons commencé à mettre de la pression auprès du gouvernement pour que le fonctionnement de ces équipements soit réglementé au Québec et, s'ils sont opérés à partir d'un autre pays, pour que l'opérateur soit assujetti au même règlement.

La technologie qui rend possibles ces opérations à grande distance existe. On a juste à penser aux drones américains qui vont bombarder en Irak ou ailleurs et qui sont commandés à partir de l'Arizona.

Nous avons une sérieuse préoccupation en ce qui concerne la santé et sécurité, en ce qui concerne l'interrelation de ces équipements avec les humains.

L'autre préoccupation, ce sont les emplois. Le rêve des minières c'est de faire fonctionner les mines sans les êtres humains. Elles rêvent de cela parce qu'ainsi elles n'ont pas de salaire à payer, pas de régimes de retraite, etc . En plus, un équipement, cela ne dénonce pas, cela ne revendique pas, cela ne prend pas des congés de maladie. Nous sommes très préoccupés des pertes d'emplois. Les minières disent que c'est vrai, il y aura peut-être moins de mineurs, mais il va y avoir plus de personnes qui vont réparer ces équipements et les opérer. Nous savons très bien cependant, à la lumière de ce qui se passe dans le monde, que la stratégie des sociétés minières c'est de faire appel à des opérateurs qui ne sont même plus des mineurs. Ce sont des personnes qui n'ont jamais mis les pieds dans une mine de leur vie. Elles sont capables d'opérer de la technologie, un peu comme un jeu vidéo. Nous pensons qu'au fil du temps, les personnes qui vont opérer ces équipements seront de plus en plus des personnes qui n'ont aucun lien avec l'industrie minière.

Nous proposons des changements réglementaires pour garantir que ce sont des personnes qualifiées, qui ont une connaissance du travail des mineurs sous terre, qui font fonctionner ces équipements-là. Il y a ce cas à Fermont, où on utilise des foreuses semi-autonomes. L'opérateur travaille à partir du bureau-chef alors que la foreuse est dans le fonds du puits. Cette personne quitte son poste pour aller dîner et laisse la machine en téléopérations. Ce processus est déjà enclenché.

Les syndicats, nous sommes là pour protéger la santé et la sécurité des travailleurs et pour protéger les emplois.

André Racicot est le président de la section locale 9291 du Syndicat des Métallos en Abitibi.

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Pour un réinvestissement en santé à la hauteur des besoins de la population et du personnel



Une chose essentielle en ce moment, c'est le réinvestissement qui doit se faire dans les services publics, en santé notamment, mais aussi en éducation et en petite enfance. C'est important, on a fait des choix de société, d'avoir des services publics de qualité, pour tout le monde, peu importe la grosseur du portefeuille de chacun. Le réinvestissement dans nos services publics est essentiel quand on voit les conditions de travail, la détérioration des services qui se produit. Le CISSS de la Côte-Nord a annoncé un déficit de 15 millions $ encore cette année. Nous ne sommes plus capables d'assumer ces compressions-là. Le capital humain qui donne les services n'est plus capable de les assumer. Il faut réinvestir, financer les services publics à la hauteur des besoins, et se rappeler que le Québec est un vaste territoire, que peu importe où l'on demeure, on a besoin de services publics. Il faut qu'il y ait un investissement à la hauteur de ce à quoi la population est en droit de s'attendre.

Depuis trois ou quatre ans sur la Côte-Nord, le déficit anticipé chaque année est entre 10 et 15 millions $. Pour nous, cela démontre qu'il y a un sous-financement des services publics dans la santé sur la Côte-Nord. Même les élus municipaux et les députés de la région se mettent de la partie pour demander un réinvestissement dans les services de santé.

En vertu de la loi, les établissements de santé doivent avoir à chaque anée financière un déficit zéro. Lorsqu'il y a un déficit, il faut qu'il soit résorbé et cela se fait par des compressions budgétaires importantes. L'an dernier, le gouvernement avait mis 5 millions $ pour éponger une partie du déficit. Il restait quand même un déficit de 10 millions $ et le CISSS de la Côte-Nord a produit un plan de retour à l'équlibre budgétaire qui comprenait 26 mesures de compressions, et ces mesures affectaient les services à la population par le biais de la diminution de personnel qui donne les servces. C'est la loi qui prescrit l'équilibre budgétaire dans la santé et les services sociaux qui veut cela, mais quand cela fait 4 ans qu'on connaît un déficit de 15 millions $, cela veut dire qu'il y a un problème d'argent. Cette loi existe mais elle ne règle pas les problèmes. En fait, le gouvernement Couillard a fait des compressions budgétaires énormes. Il en a redonné un peu à la faveur des élections mais pas à la hauteur de ce qui a été comprimé pendant des années.

La conséquence de ces compressions, c'est qu'il y a beaucoup de membres du personnel qui sont malades, il manque du personnel, il y a du temps supplémentaire obligatoire, ce sont des coûts humains et ce sont des coûts en argent. Il faut redresser la barre. Il faut faire le bilan et tirer la conclusion rapidement. La restructuration du système de santé qui a été faite ne fonctionne pas. Cette façpn de faire la gestion des établissements ne fonctionne pas. Elle amène son lot de problèmes et n'a rien réglé. Il faut en discuter et corriger la situation de façon drastique, envoyer un message clair au nouveau gouvernement qu'il faut des actions. Notre profession est belle, on a choisi de s'y consacrer, mais elle nous rend malades.

À ce sujet, notre fédération, la Fédération de la santé du Québec, et la centrale syndicale à laquelle nous sommes affiliés, la Centrale des syndicats du Québec, ont lancé la campagne « 100 jours pour la santé » pendant la campagne électorale pour demander au gouvernement qui allait être élu d'appliquer des mesures qui vont corriger la situation dans le système de santé. Par exemple, on demande au gouvernement de redonner du pouvoir au niveau local, d'arrêter de centraliser toutes les choses à Québec, de donner les ressources nécessaires au niveau de chaque milieu pour qu'il soit capable de bien faire sa gestion, de lui donner une autonomie.[1]

Mon plus grand souhait, c'est un réinvestissement en santé, pour qu'on prenne soins des gens, pour qu'on se pose la question de pourquoi nos gens sont malades et qu'on en prenne soin.

Nathalie Savard est la présidente du Syndicat des intervenantes et des intervenants de la santé du Nord-Est québécois.

Note

1. Sous le thème « 100 jours pour la santé », la CSQ et la FSQ-CSQ ont identifié quatre mesures concrètes qui, selon elles, contribueront à corriger sérieusement la situation du système public de santé si elles sont adoptées rapidement. Ces mesures sont :

- rehausser et stabiliser dès maintenant le financement des établissements de santé afin qu'ils puissent afficher des postes à temps complet attrayants et corriger de façon durable les problèmes de pénurie qui accablent notre réseau de santé ;

- décentraliser la gestion des ressources humaines, redonner aux différents milieux de travail la capacité de gérer les horaires de travail en fonction des besoins spécifiques et de la réalité de chaque milieu, et cesser la gestion des horaires en ayant recours de façon systématique au temps supplémentaire ;

- émettre une directive ministérielle interdisant les exigences indécentes de flexibilité et de mobilité ;

- adopter une loi-cadre visant à promouvoir et à soutenir la conciliation famille-travail-études.

(Photo : SIISNEQ)

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Nouvelles

Assemblée à Montréal suite au vote massif de l'ONU contre le blocus des États-Unis contre Cuba


Assemblée avec la consule générale de Cuba à Montréal, Mara Bilbao Diaz, le 1er novembre 2018, à la suite du vote massif de l'ONU demandant la fin du blocus étatsunien contre Cuba

Le 1er novembre, le PMLQ a tenu une soirée-rencontre avec Mara Bilbao Diaz, consule générale de Cuba à Montréal, le jour même du vote sur la résolution de l'ONU contre le blocus des États-Unis contre Cuba. Sous un tollé d'applaudissements, Christine Dandenault a débuté la rencontre en annonçant que la résolution « Nécessité de lever le blocus économique, commercial et financier imposé à Cuba par les États-Unis d'Amérique » a été adoptée : 189 pays ont voté en faveur et 2 pays ont voté contre, soit les États-Unis et Israël. C'est la 27e année que la résolution est adoptée. L'Ukraine et la Moldavie n'étaient pas présentes lors du vote.

La veille, le 31 octobre, 31 pays ont pris la parole pour exprimer fermement les raisons pour lesquelles ils appuient la résolution et exiger la fin immédiate du blocus, a dit Christine - Égypte, Venezuela, El Salvador, Singapour, Bangladesh, Viet Nam, Bélarus, République populaire démocratique de Corée, Jamaïque, Inde, Afrique du Sud, Namibie, Mexique, Chine, Bolivie, et plusieurs autres. La réunion de l'ONU sur la résolution s'est poursuivie encore dès 10 h le 1er novembre et il y a eu d'autres interventions tout aussi déterminées.

Puis la consule a pris la parole en disant qu'aujourd'hui et hier, « tous les Cubains étaient rivés sur leur télévision pour suivre les interventions et le déroulement du vote. Pour les Cubains, c'est aujourd'hui la fête, c'est la fierté et c'est une journée remplie d'émotions. » Elle a expliqué qu'il y a eu 10 victoires pour le peuple cubain ces deux derniers jours, en dépit de toutes les manigances, menaces et tentatives des États-Unis pour modifier le vote et semer et entretenir la confusion. Ainsi, cette année, les États-Unis ont demandé que le vote soit pris à majorité simple. Ce à quoi la délégation cubaine s'est opposée en présentant une motion de vote aux deux tiers, qui a été adoptée. Puis, les États-Unis ont présenté 8 amendements à la résolution principale et exigé que le vote se fasse un amendement à la fois. Encore là, les États-Unis ont été défaits car tous les amendements ont été rejetés. Puis, la résolution principale contre le blocus a été adoptée massivement.

Mara a cité l'ambassadrice des États-Unis, Nikki Haley, qui a déclaré ceci à l'assemblée de l'ONU : « La partie la plus regrettable de cette résolution chaque année n'est pas que les États-Unis soient laissés seuls pour s'y opposer. Le plus regrettable, c'est que c'est une perte de temps. Les pays estiment qu'il s'agit d'une opportunité de ‘mettre le doigt dans l'oeil' des États-Unis, mais ce faisant, ils ne font pas de mal aux États-Unis, ils font du mal aux Cubains en leur disant que leur traitement par ce régime est acceptable. Depuis 27 ans, nous avons le même débat et rien n'a changé à Cuba. »

Selon les États-Unis, l'Assemblée générale des Nations unies n'a pas su faire preuve de leadership et demander une vie meilleure pour la population cubaine. Ils parlent au nom de la défense les droits humains alors que c'est le blocus même qui est une attaque contre ceux-ci. Le ministre des Affaires étrangères de Cuba, Bruno Rodríguez, a dit dans son discours que Cuba est toujours disposée à dialoguer, à traiter des droits humains et à coopérer avec respect et dans « un traitement entre égaux ». Mais cela doit être fait dans les instances appropriées de l'ONU. « Nous ne ferons jamais de concessions qui affectent la souveraineté et l'indépendance nationale. Nous ne négocierons pas nos principes et n'accepterons pas de conditions », a rapporté la consule.

Un échange animé a suivi la présentation. Un participant a demandé ce qu'on peut faire face aux États-Unis qui maintiennent le blocus ? Pourquoi n'acceptent-ils pas le verdict de l'ONU ? La consule a expliqué que le vote de l'ONU n'est pas exécutoire. Il a lieu uniquement à titre indicatif. Elle a donné plusieurs exemples de comment le blocus fonctionne. Les États-Unis disent parler d'un embargo unilatéral, uniquement entre les États-Unis et Cuba. C'est un mensonge. C'est un blocus extraterritorial qui affecte tous les pays qui font affaire avec Cuba de même que le peuple cubain et les peuples du monde. Plusieurs exemples ont été donnés. Une grande pression est exercée sur les compagnies canadiennes qui font affaire avec Cuba. Soixante-dix pour cent des échanges commerciaux du Canada se font avec les États-Unis et les entreprises font face au chantage de perdre leurs contrats si elles persistent à faire des échanges avec Cuba. Par exemple, au cours des derniers mois, le consulat à Montréal a été en lien avec une petite entreprise canadienne qui lui offrait un service de paiement par cartes de crédit ou par guichet. Au lendemain de la signature du contrat, le représentant de l'entreprise a informé le consulat qu'il ne pourrait respecter le contrat suite à un appel d'une entreprise étatsunienne avec qui elle fait beaucoup d'affaires pour qu'il renonce au contrat sous menace de rompre leur relation. Au niveau de la médecine, une médecin cubaine présente à la soirée a expliqué que Cuba a reçu un appareil de résonnance magnétique nucléaire pour les enfants. L'appareil est brisé et pour le réparer, Cuba doit chercher dans le monde qui pourra l'aider à réparer l'appareil. Ce qu'il faut comprendre est que dès qu'un appareil contient 2 % et plus de composantes venant des États-Unis, l'extraterritorialité du blocus s'applique. Pour se procurer des médicaments, Cuba doit passer par l'Europe où les coûts grimpent et les échanges doivent se faire en euros. Cette médecin ne peut pas directement participer à des conférences scientifiques aux États-Unis. Pour y aller, il faut faire des démarches auprès d'un autre pays qui peut éventuellement lui procurer un visa pour se rendre par la suite aux États-Unis.

Quelles sont les alternatives, a demandé un participant ? Cuba fait beaucoup d'efforts pour développer ses échanges avec tous les pays en dépit des difficultés, des coûts de transport élevés qui s'ajoutent quand le pays se trouve à des milliers de kilomètres comme en Chine. La consule a indiqué que le blocus américain se fait sentir dans le quotidien des Cubains, dans tous les aspects de la vie. Il y a certaines denrées qu'ils ne peuvent se procurer ; le coût d'autres produits est très élevé. Le coût de la réparation de matériaux spécialisés est lui aussi très élevé. Soixante-dix pour cent de la population cubaine aujourd'hui est née et a grandi avec le blocus. Cela fait partie de son quotidien et de la façon d'aborder la vie et toutes les questions. Tout cela fait en sorte aussi que Cuba connaît bien son ennemi et peut prédire les événements à cause de la grande expérience de plus de 50 ans à bâtir la société socialiste cubaine dans les conditions du blocus. Des participants ont pris la parole pour saluer la résistance du peuple cubain, ses positions de principe, sa capacité à ne pas tomber dans les provocations, son droit de décider de sa destinée, son esprit internationaliste envers les peuples du monde. Cet internationalisme se traduit par l'aide à tous les niveaux qu'apporte Cuba dans le monde. Il se reflète ainsi dans le vote en appui à la résolution cubaine depuis les 27 dernières années.

Plusieurs annonces ont été faites avant la clôture de la réunion. Tous ont été invités au prochain piquetage contre le blocus le samedi 17 novembre prochain. Également, la consule a invité tous les amis de Cuba à participer aux célébrations qui auront lieu à l'ambassade d'Ottawa le lundi 26 novembre prochain pour le 2e anniversaire du décès du commandant Fidel.

La soirée s'est terminée par les slogans : Non au blocus des États-Unis contre Cuba ! Fin du blocus contre Cuba ! Vive la révolution cubaine ! Viva Cuba !


Piquetage mensuel le 17 de chaque mois pour réitérer la demande que Guantanamo soit rendue à Cuba et que le gouvernement américain mette fin à son blocus. Action du 17 septembre 2017.

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Chronologie récente des gestes posés par les États-Unis contre Cuba et de l'escalade de la rhétorique utilisée

Lors de la soirée-rencontre à Montréal, la consule de Cuba à Montréal, Mara Bilbao Diaz, a lu une chronologie des plus récents gestes hostiles posés contre Cuba par les États-Unis. La voici.

2017

29 septembre : Le secrétaire d'État de l'époque, Rex Tillerson, a ordonné le retrait du personnel diplomatique cubain dans le cadre d'une opération de nature entièrement politique.

3 octobre : Ordre d'expulsion de 15 diplomates cubains accrédités à Washington.

5 octobre : L'ambassade des États-Unis à La Havane a émis un communiqué pour informer les citoyens cubains ayant besoin de visas de voyage ou d'immigration que leurs services ne pouvaient être garantis.

8 novembre : Des agences étasuniennes ont annoncé des dispositions et des règlements visant à restreindre les voyages « de peuple à peuple », et les transactions avec plus d'une centaine de compagnies ou d'entreprises cubaines ont été interdites.

2018

5 avril : Le vice-président Mike Pence a parlé de Cuba de manière irrespectueuse et agressive lors du Sommet des Amériques à Lima. 

2 juin : Le nouvel ambassadeur des États-Unis auprès de l'OÉA, Carlos Trujillo, d'origine cubaine, a déclaré que « Cuba est la mère de tous les maux », une phrase ridicule dans la bouche d'un apatride. 

4 juin : M. Pence a parlé une nouvelle fois de Cuba d'une manière hostile à l'OÉA. 

5 juin : Le secrétaire d'État a annoncé la création d'un groupe de travail chargé de répondre aux allégations d' « incidents de santé » subis par ses diplomates. 

14 juin : Le vice-président Pence a de nouveau attaqué Cuba lors du Petit-déjeuner national de prière aux États-Unis. 

18 juillet : La représentante permanente des États-Unis auprès des Nations unies, à la Foundation Heritage, a qualifié Cuba de « régime tyrannique ». 

19 septembre : L'ambassadeur des États-Unis auprès de l'OÉA en personne a affirmé qu'il fallait « être dur avec Cuba, car ils sont tous pareils », faisant allusion à d'autres pays frères de notre région.

1er octobre : Le gouvernement des États-Unis n'a pas respecté son engagement de délivrer au moins 20 000 documents de voyage ou visas au cours de l'exercice financier écoulé, ce qui contrevient aux accords migratoires signés, affecte le regroupement familial, et d'autres actions limitent sérieusement le droit des Cubains de voyager partout dans le monde, en l'occurrence aux États-Unis.

8 octobre : Le secrétaire à la Défense a déclaré que « le monde reconnaît que le modèle cubain ne fonctionne plus pour personne, pas même pour Cuba ». Parmi les exceptions d'une vision soi-disant partagée, d'un ordre régional supposément collaboratif, prospère et sûr pour le bien des nations, il a parlé du « leadership triste et obstiné de Cuba », tout en attaquant d'autres nations souveraines d'Amérique latine. 

16 octobre : La Mission des États-Unis auprès de l'Organisation des Nations unies a organisé une manifestation dans la salle du Conseil économique et social (ECOSOC) pour lancer une campagne diffamatoire contre Cuba. Cette manoeuvre a reçu une réponse appropriée de la communauté internationale et continentale : pas un seul représentant d'un pays du continent n'a assisté à l'action, à l'exception de ceux désignés par la Mission des États-Unis et le Département d'État, et des pays s'y étant rendus pour manifester leur solidarité avec Cuba. 

23 octobre : Le secrétaire d'État a déclaré qu'une délégation de diplomates cubains avait piqué une crise de colère infantile lors d'une réunion parrainée par les États-Unis à l'ONU. Le ministère cubain des Relations extérieures, pour sa part, a déclaré que la Mission de l'Île auprès de l'Organisation des Nations unies exercera son droit de toujours participer à tout événement ayant l'intention de se référer à Cuba au siège de cette organisation internationale et agira en conséquence.

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À titre d’information

Les manifestations anticonscription de 1918

La fin mars et le début avril 2018 ont marqué le 100e anniversaire des manifestations militantes des Québécois contre la tentative du gouvernement canadien d'avoir recours à ses pouvoirs de police pour imposer la conscription aux travailleurs et aux jeunes du Québec et du Canada pendant la Première Guerre mondiale.

Dans les conditions de l'époque, l'élite dirigeante du Canada s'est heurtée à un mur de résistance de la part du peuple québécois qui refusait d'être conscrit pour la guerre. Les aspirations des Québécois à leur statut de nation avaient été bafouées avant la Confédération par la force des armes britanniques. De pair avec la subjugation des peuples autochtones et des colons dans le Haut-Canada, cela avait fourni la base à l'établissement d'un État et d'une Confédération anglo-canadiens. Il n'est pas difficile de s'imaginer que la classe ouvrière du Québec n'ait pas considéré d'un bon oeil le fait d'être envoyée sur les champs de bataille de l'Europe pour servir l'Empire britannique.


Manifestation contre la conscription au Square-Victoria à Montréal, le 17 mai 1917

L'entrée en guerre du Canada

En août 1914, la Grande-Bretagne déclare la guerre à l'empire austro-hongrois. Le Canada, en tant que dominion de l'Empire britannique, doit automatiquement y participer.

Robert Laird Borden, alors premier ministre conservateur du Canada, s'active avec enthousiasme pour participer à la guerre. « Dès le dimanche 9 août, les principaux arrêtés en conseil avaient été promulgués et une session parlementaire débuta deux semaines après le début des hostilités. On adopta rapidement des lois pour protéger les institutions financières du pays et l'on augmenta les tarifs douaniers sur certains articles de consommation très en demande. Le projet de loi sur les mesures de guerre, qui donnait au gouvernement des pouvoirs de coercition exceptionnels sur les Canadiens, fut adopté à la hâte après trois lectures. »[1]

C'est l'homme d'affaires William Price (de la Price Brothers and Company ancêtre de Produits forestiers Résolu) qui reçoit le mandat de créer de toutes pièces un camp d'entraînement à Valcartier, près de Québec. Les terres de cent vingt-six cultivateurs furent expropriées pour étendre la superficie du camp à 12 428 acres (50 km2). « Dès le début du conflit, on y construit un champ de tir de 1500 cibles, comprenant abris, positions de tir et affiches, ce qui en fit, dès le 22 août 1914, le plus important et le plus réussi des champs de tir au monde. Le camp accueillit 33 644 hommes en 1914. » [2] Valcartier fut pendant ce temps la plus grande base militaire du Canada.


Quelques exemples d'efforts du chauvinisme d'État anglo-canadien pour recruter les Québécois dans la défense de la guerre impérialiste. On exhorte le peuple du Québec à s'engager dans cette guerre injuste en faisant preuve de loyauté envers la vieille puissance coloniale française, en appui à la nouvelle puissance coloniale qu'est la Grande-Bretagne ou pour se protéger des invasions étrangères.

Le 15 octobre 1914, le 22e Bataillon est officiellement créé pour accentuer la mobilisation des Canadiens francophones. En tant que seule unité combattante du Corps expéditionnaire canadien (CEC), dont la langue officielle est le français, le 22e Bataillon d'infanterie, communément appelé le 22e ( ou les « Van Doos » en anglais), est soumis à plus de surveillance que la plupart des unités canadiennes pendant la Première Guerre mondiale. Après des mois d'entraînement au Canada et en Angleterre, le bataillon arrive finalement en France le 15 septembre 1915.[3]

En avril 2016, l'unité participe à l'une des missions les plus dangereuses confiées au 22e pendant la guerre, la bataille des cratères de Saint-Éloi. Cette bataille se déroule sur un champ de bataille exigu en Belgique. C'est une bataille féroce qui cause d'énormes pertes. Suite à la bataille de Saint-Éloi, le bataillon entreprend de prendre le village français de Courcelette dans le département de la Somme en France. Il y subit de lourdes pertes. Ce fut pour plusieurs la démonstration de la barbarie de cette guerre. Dans les mois qui suivent la bataille de la Somme, le bataillon commence à connaître des désertions et des absences non autorisées. Selon les officiers du bataillon, les mois qui ont suivi Courcelette sont témoins d'un affaissement du moral des troupes. Dans les dix mois suivants, 70 soldats passent en cour martiale (48 pour absences illégales) et plusieurs sont fusillés par un peloton d'exécution.[4]

Avec la prise de conscience grandissante de servir de chair à canon pour des puissances impérialistes et les profonds impacts des efforts de guerre sur l'économie du pays, le nombre de volontaires ne cesse de diminuer. L'imposition du service militaire obligatoire plane de plus en plus au pays. Le peuple du Québec, exprimant ses sentiments antiguerre, est aux premiers rangs de l'opposition à la conscription. L'establishment canadien de l'époque blâme alors les Québécois pour le « manque d'engagement des Québécois francophones à l'endroit de la Grande Guerre ».[5]

À l'été 1917, cela fait maintenant près de trois ans que le Canada est en guerre. Plus de 130 000 Canadiens appartenant au Corps expéditionnaire canadien ont été tués ou mutilés.[6]

L'absence d'enthousiasme pour la guerre est telle que le gouvernement a recours à la conscription des soldats, bien que Borden avait promis de ne pas imposer la conscription aux Canadiens.[7] Le 29 août 1917, la Loi concernant le service militaire est sanctionnée. Elle stipule que « tous les habitants mâles du Canada âgés de dix-huit ans et plus, et de moins de soixante ans, non exemptés ni frappés d'incapacité par la loi, et sujets britanniques, peuvent être appelés à servir dans la milice ; dans le cas d'une levée en masse, le gouverneur général peut appeler au service toute la population mâle du Canada en état de porter les armes ».

Des 3 458 individus de la ville de Hull appelés par les autorités militaires et n'ayant pas obtenu d'exemption, 1 902 hommes deviennent insoumis et ne sont pas appréhendés, soit un taux d'insoumission de 55 %, le plus élevé de tous les districts d'enregistrement du Canada, suivi de près par Québec à 46,6 % et Montréal à 35,2 %. Il est bon de noter que cette ville de l'Outaouais compte un grand nombre d'anglophones. D'ailleurs, 99 % des convoqués de la ville de Hull font des demandes d'exemption, soit le plus important taux de demandes de tout le Canada.[8]

Imposition de la Loi sur les mesures de guerre

Les convocations de conscription commencent en janvier 1918.[9] Au Québec, les manifestations en opposition à la conscription s'intensifient. Les agents du Dominion, appelés « spotters », traquent les hommes refusant de s'engager. La professeur Béatrice Richard du Collège militaire royal de Saint-Jean écrit à propos de ces racoleurs : « Ces agents ont la réputation d'être des voyous à la solde du gouvernement fédéral et de chercher davantage à se remplir les poches – à raison d'une prime de 10 $ par réfractaire épinglé – qu'à appliquer la loi. »[10] Chaque arrestation qui est faite soulève la colère de la population. Certains jeunes Québécois, dont la demande d'exemption est en attente devant les tribunaux sont « enlevés en pleine rue et les parents mettent une semaine avant d'apprendre qu'ils ont été envoyés sur les champs de bataille européens ».[11]

Le soir du 28 mars 1918, des policiers fédéraux font une razzia dans une salle de quilles et procèdent à l'arrestation de jeunes qui s'y trouvent. Devant l'arbitraire et la violence des policiers, 3000 personnes assiègent le poste de police et poursuivent leur manifestation dans les rues durant la nuit.

Le lendemain, une foule de près de 10 000 personnes se rassemble devant l'Auditorium de la Place Montcalm (endroit actuel du Capitole de Québec), là où on administre les dossiers des conscrits. Les militaires, baïonnettes au canon, sont appelés et il s'en faut de peu pour que l'acte d'émeute ne soit lu, leur donnant l'autorisation de tirer.


Les milliers de manifestants en marche vers la Place Montcalm, le 29 mars 1918

Le lendemain, « le général Landry reçoit d'Ottawa les directives qu'il attendait : désormais l'armée disposera des pleins pouvoirs pour faire respecter la loi et l'ordre dans la ville de Québec. [...] Concrètement, cela signifie que la sécurité publique ne relève plus des autorités municipales, la police étant désormais soumise à l'autorité militaire. »[12] Les manifestations se poursuivent quand même et le 31 mars, il y a des blessés par balle.

Borden, obsédé par l'envoi de Canadiens dans les tranchées, octroie des pouvoirs spéciaux « avec des instructions spéciales pour réprimer les troubles ». Pendant ce temps, des trains bondés de soldats affluent à Québec. Deux jours durant, le 31 mars et le 1er avril, pas moins de 10 000 hommes en provenance de l'Ontario et du Manitoba convergeront vers la capitale.[13] La population confronte l'armée, n'hésite pas à cerner les soldats et à les pourchasser. Chaque manifestation démantelée se reforme quelques rues plus loin.

Le lundi 1er avril, les militaires reçoivent les instructions suivantes :

1. tout rassemblement est défendu

2. toute personne qui n'obéit pas peut être arrêtée sur-le-champ

3. les soldats peuvent employer toute force nécessaire pour procéder aux arrestations.[14]

Cette même journée, 4 civils sont tués. On dénombre plus de 50 blessés et une soixantaine d'arrestations.


Victimes de la criminalisation sanglante par l'État canadien de la dissidence
contre la conscription dans la ville de Québec, le 1er avril 1918

Le 4 avril, on impose la loi martiale pour la ville de Québec, en vertu de la Loi sur les mesures de guerre . Elle légalise toute intervention de l'armée fédérale « le ou après le 28e jour de mars dernier ».[15]

Le gouvernement Borden annule alors toutes les exemptions à la conscription.[16]

Borden maintient la pression sur le Québec non seulement pour écraser la résistance à la conscription, mais aussi pour prévenir tout risque de « contagion révolutionnaire ». À cette fin, Ottawa rend illégale toute association jugée subversive, qu'il s'agisse d'organisations syndicales ou politiques.[17]


Des membres de la Société Saint-Jean-Baptiste de Québec ont commémoré, le 21 mars 2018, ceux qui ont été tués voilà 100 ans lors des manifestations contre la conscription devant un monument en leur honneur.

La « crise de la conscription » s'est terminée quand la guerre elle-même s'est terminée le 11 novembre 1918. Avant cette date, les riches ont tellement profité de la guerre que Borden a « dû congédier son ministre de la Milice et de la Défense et faire face à des scandales liés à la corruption et à la recherche de profits en temps de guerre. » [18]. L'opposition du peuple à la guerre était telle que le Parti conservateur « dans la province de Québec fut anéanti pour des dizaines d'années à venir. »[19]

Cela fait plus de 100 ans que les Québécois expriment leur opposition à l'agression et à la guerre impérialiste. Aujourd'hui, tous les efforts sont faits pour saper leur sentiment et leur mouvement antiguerre au moyen de sophismes néolibéraux qui invoquent de soi-disant objectifs humanitaires et même de grands idéaux comme la défense des droits des femmes. Le mot d'ordre qui guide notre peuple est toujours « Pas un seul jeune pour la guerre impérialiste ! »

Notes

1. « Sir Robert Laird Borden », greatwaralbum.ca

2. « Les débuts du camp de Valcartier et d'une armée improvisée de toutes pièces », Pierre Vennat. Tiré du site « Le Québec et les guerres mondiales », 17 décembre 2011.

3. « Les ‘Van Doos' et la Grande Guerre », Maxime Dagenais - Encyclopédie canadienne, 5 novembre 2018

4. Ibid.

5. « La Première Guerre mondiale », Sean Mills (sous la direction de Brian Young, University McGill), site web du Musée McCord.

6. « Élection de 1917 », Richard Foot, Encyclopédie canadienne, 12 août 2015

7. Ibid

8. « Le Droit et l'Outaouais pendant la Première Guerre mondiale », Claude Harb, Bulletin de l'Institut Pierre Renouvin, 2017/1 (N• 45), Éditeur : UMR Sirice

9. « Conscription », J.l. Granatstein, Encyclopédie canadienne, 6 février 2006.

10. « Le 1er avril 1918 - Émeute à Québec contre la conscription : résistance politique ou culturelle ? » Conférence de Béatrice Richard, professeur agrégé, directrice du département des Humanités et des sciences sociales au Collège militaire royal de Saint-Jean, le 31 janvier 2013.

11. « Québec sous la loi des mesures de guerre - 1918 », par Jean Provencher, Éditions Lux, 2014

12. « Le 1er avril 1918 - Émeute à Québec contre la conscription : résistance politique ou culturelle ? » Conférence de Béatrice Richard, professeur agrégé, directrice du département des Humanités et des sciences sociales au Collège militaire royal de Saint-Jean, le 31 janvier 2013.

13. Ibid.

14. « Québec sous la Loi des mesures de guerre -- 1918 », par Jean Provencher, Editions Lux, 2014

15. Ibid.

16. « Première Guerre mondiale », Desmond Morton, 5 août 2013. Encyclopédie canadienne

17. « Les débuts du camp de Valcartier et d'une armée improvisée de toutes pièces », Pierre Vennat. Tiré du site « Le Québec et les guerres mondiales », 17 décembre 2011.

18. « Biographie : le très honorable Sir Robert Laird Borden », Bibliothèque et Archives Canada

19. Dictionnaire biographique du Canada

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