Volume 2 Numéro 3 - 16 janvier 2014

Le ministre Kenney s'en prend aux opposants à la réforme
de l'assurance-emploi au Québec

Ce que dit le ministre ne correspond
pas à ce qui se passe

Les ministres du gouvernement Harper s'attaquent depuis le début aux organisations et aux individus qui dénoncent la réforme de l'assurance-emploi comme étant régressive et inhumaine. Ils les accusent de faire de la désinformation au sujet de la réforme et de mener une campagne de peur et même d'intimidation auprès des chômeurs. Mais la résistance courageuse des chômeurs et de leurs organisations de défense a pour effet d'exposer ce qui se passe vraiment et d'exposer les vrais désinformateurs. Chantier politique reproduit ci-contre une entrevue faite récemment par Forum ouvrier avec la coordonnatrice du Mouvement Action Chômage Lac-Saint-Jean, France Simard, suite à la parution d'une lettre publique de Jason Kenney, ministre de l'Emploi et du Développement social, dans laquelle il s'en prend aux opposants à la réforme au Québec. Nous profitons de l'occasion pour réaffirmer notre appui entier à tous les travailleurs ciblés par cette réforme criminelle et à tous ceux qui les défendent et qui refusent de se laisser isoler.

Forum ouvrier : France, cela fait maintenant plusieurs années que vous travaillez à défendre les chômeurs. Récemment, le ministre de l'Emploi et du Développement social, Jason Kenney, a écrit une lettre ouverte aux Québécois sur l'assurance-emploi dans laquelle il écrit que rien n'a changé, que le régime est essentiellement le même qu'avant la réforme. Il écrit entre autres choses qu'il est « important de noter qu'aucun changement n'a été fait quant à l'admissibilité aux prestations de l'assurance-emploi ». Quel est votre avis là-dessus ?

France Simard : Selon le ministre, des gens comme nous au Mouvement Action Chômage font une campagne de peur et de la désinformation. C'est très difficile pour moi d'accepter que ce que je fais ce serait de la désinformation. C'est très difficile pour des gens comme moi d'être d'accord que la réforme c'est quelque chose de logique qui vise à améliorer les choses dans le programme de l'assurance-emploi. Est-ce que ce ne serait pas possible pour des gens comme lui d'arrêter de nous accuser de faire ci, de faire ça ? Qu'ils viennent sur le terrain, je ne demande pas mieux, qu'ils viennent dans mon bureau, qu'ils viennent voir comment ça se passe réellement sur le terrain. Nous en avons assez de tout ça. Si c'est vrai qu'il n'y a pas de changement dans les critères d'éligibilité à l'assurance-emploi alors comment ça se fait que le nombre de gens qui sont éligibles à l'assurance-emploi n'arrête pas de baisser ? En fait, les critères deviennent de plus en plus sévères. Quand je vois un travailleur saisonnier qui est un prestataire de l'assurance-emploi, que sa saison de travail a été écourtée, qui a travaillé seulement 13 semaines, et qui reçoit maintenant 120 $ par semaine de moins en prestations que l'année dernière, qu'est-ce que je suis censée faire ? La réforme a introduit une nouvelle méthode de calculs pour déterminer les prestations. Avant la réforme, le calcul des prestations était basé sur les 14 meilleures semaines de travail. Maintenant, dépendamment du taux de chômage, les prestations sont basées sur une période qui peut s'étendre jusqu'aux meilleures 22 semaines. Ce travailleur saisonnier a travaillé 13 semaines. Quand il a présenté sa demande d'assurance-emploi, le calcul de ses bénéfices était fait sur la base de 17 semaines de travail. Alors ils ont pris son salaire qu'il avait fait en 13 semaines et ils l'ont considéré comme un salaire qui correspond à 17 semaines de travail. Le résultat a été que ce travailleur a perdu 120 $ par semaine dans ses prestations, soit 480 $ par mois.

Je viens juste de tenir des kiosques d'information dans des centres d'achat et les employeurs venaient me voir pour me dire que le gouvernement ne pense pas à eux, qu'ils ont beaucoup de difficulté à garder leurs travailleurs. C'est un problème concret, pas des paroles en l'air comme Kenney a l'air de prétendre qu'on fait. Des gens comme lui vivent dans leur tour d'ivoire. Ils essaient toujours de nous placer dans une situation où on est supposé justifier ce qu'on dit alors qu'on voit la misère humaine à toutes les semaines.

FO : Le ministre Kenney écrit qu'il n'y a à peu près personne qui s'est fait couper ou réduire ses prestations en 2013 pour avoir refusé un emploi convenable. Quelle est votre expérience là-dessus ?

FS : Je sors d'une rencontre avec un prestataire qui a seulement refusé de faire un quart de travail de 4 heures. Il n'a pas refusé un emploi, il a juste refusé de faire un quart de 4 heures et il avait une bonne raison pour cela, il n'était pas capable de prendre ces 4 heures de travail. On lui demande maintenant de rembourser 7 semaines de prestations en invoquant le refus d'un emploi convenable. Je fais face à des cas comme cela tout le temps. On a un gros problème depuis la réforme avec ce qu'ils considèrent un refus d'un emploi convenable.

FO : Dans sa lettre, Kenney affirme qu'il n'y aura pas de problèmes avec l'assurance-emploi pour les travailleurs saisonniers qui trouvent un emploi dans la saison morte puis le quittent pour retourner à leur emploi saisonnier. Il écrit : « Un emploi sera considéré convenable seulement s'il améliore la situation du bénéficiaire. Les travailleurs saisonniers qui n'arrivent pas à trouver de l'emploi pendant la saison morte doivent chercher un emploi, mais ne doivent pas déménager, ni accepter un emploi moins rémunérateur que leurs prestations d'assurance-emploi. Ils auront toujours le choix de retourner à leur emploi saisonnier habituel. Si un employeur ne veut pas engager quelqu'un parce que la personne a indiqué qu'elle veut par la suite retourner à son emploi saisonnier, le prestataire d'assurance-emploi continuera de recevoir ses prestations. » Que répondez-vous à cela ?

FS : Ce n'est pas ce qui se passe dans la réalité. Dans le régime de l'assurance-emploi, quitter volontairement un emploi peut vous disqualifier pour les prestations. Si un travailleur saisonnier trouve un emploi entre deux saisons, et que cet emploi pourrait être un emploi permanent, puis il quitte cet emploi pour retourner à son travail saisonnier régulier, il peut être disqualifié quand il va postuler pour de l'assurance- emploi à un autre moment parce qu'il a quitté son emploi volontairement. Le gouvernement prétend qu'il va créer une catégorie spéciale pour les travailleurs saisonniers pour leur permettre de quitter sans pénalité l'emploi qu'ils occupent dans la saison morte. Ça n'est pas ça qui se passe. Je ne suis pas capable d'accepter qu'on essaie de nous faire croire, après une année d'application de la réforme, que la situation va être différente pour les travailleurs saisonniers alors que la loi dit clairement que quitter volontairement votre emploi peut vous rendre inéligible aux prestations. On fait face à ce genre de situations constamment, des travailleurs qui se font dire qu'ils ont quitté volontairement leur emploi et qu'il y a une pénalité pour cela. La réponse qu'on reçoit de l'assurance-emploi c'est que oui, on comprend que vous avez voulu améliorer votre situation, c'est un objectif louable, mais vous avez quand même quitté votre emploi volontairement alors ces heures-là que vous avez travaillées ne peuvent pas être comptabilisées dans votre demande.

Il n'y a pas de traitement différent pour les travailleurs saisonniers. Je n'en ai jamais vu de cas comme celui que décrit Kenney où le travailleur saisonnier quitte son emploi qu'il a trouvé entre deux saisons, un emploi qu'il a pris pour ne pas se retrouver sur l'assurance-emploi pendant la saison morte, quitte cet emploi et retourne à son emploi saisonnier sans que cela ait de conséquence sur son éligibilité à l'assurance-emploi. Selon Kenney, c'est nous qui faisons de la désinformation quand nous parlons, mais quand il dit des choses comme ça c'est lui qui en fait de la désinformation parce que si vous quittez votre emploi volontairement, automatiquement le nombre d'heures que vous pouvez réclamer de cet emploi pour obtenir des prestations tombe à zéro. Ça veut dire que si vous ne faites pas assez d'heures quand vous retournez à votre emploi saisonnier vous n'êtes pas éligible à des prestations.

Je vous donne un exemple, un travailleur forestier dans la sylviculture. Il ne peut pas travailler en forêt pendant l'hiver. Il se trouve un emploi entre deux saisons. Il occupe cet emploi qui pourrait bien être un emploi permanent qu'il peut occuper à l'année. Lui, c'est un travailleur saisonnier alors il retourne à son travail saisonnier qui recommence en juin. C'est possible que dans son travail saisonnier il va faire uniquement 400 heures, qu'il va manquer d'heures pour être éligible à des prestations. La prochaine fois qu'il va faire une demande de prestations, il va avoir seulement 400 heures qu'il a travaillées à son emploi saisonnier, c'est possible qu'il va demander d'utiliser les heures qu'il a travaillées à son autre emploi pour aller chercher les heures qui lui manquent. Les agents de l'assurance-emploi vont regarder son dossier, ils vont dire qu'il a quitté son emploi volontairement et que ces heures-là ne peuvent pas être utilisées dans sa demande. Ils vont lui dire que c'est louable ce qu'il a fait en prenant cet emploi mais il a quand même quitté son emploi volontairement et ces heures ne sont pas bonnes. Des choses comme ça arrivent tout le temps. C'est ce que dit la loi. Il n'y a pas de traitement spécial pour les travailleurs saisonniers comme Kenney le prétend. Cela fait plus de dix ans que je travaille avec Action Chômage et pendant toutes ces années quitter votre emploi volontairement n'a jamais été accepté par le programme de l'assurance-emploi.

FO : Merci beaucoup, France, pour ces clarifications et tout le succès possible dans votre travail important dans la nouvelle année.

FS : Merci beaucoup et bon succès à votre journal dans la nouvelle année.




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