Volume 2 Numéro 9 - 26 janvier 2014


Audiences sur le projet de loi n° 60

Le processus de création de l'opinion publique

Souvent dans les audiences sur le projet de loi 60, le ministre Bernard Drainville, quand il reçoit des opinions qui contredisent la sienne, se contente de dire : « J'ai mon opinion, vous avez la vôtre ». Autrement dit, la préoccupation ne serait pas d'établir ce qui servirait le mieux la société. C'est une discussion dans les airs sur « des opinions », ce qui n'est pas le rôle du gouvernement. Le rôle du gouvernement est d'apporter ou de favoriser l'apport de l'information nécessaire pour formuler une loi qui servira à la société. Dans le débat actuel, c'est de consolider l'identité de la société sur une base moderne, pour qu'elle soit inclusive de tous les individus et collectifs qui en font partie.

Ce qui est en jeu, c'est le processus par lequel on crée l'opinion publique pour établir une loi qui sert le bien public. Lorsque les représentants du gouvernement et de l'opposition interviennent dans des audiences publiques, ce ne devrait pas être une affaire d'opinion personnelle car il s'agit de répondre aux besoins objectifs d'une société moderne à l'ère de la mondialisation néolibérale, qui est la réalité d'aujourd'hui, et à ceux de notre société moderne, avec son histoire et ses caractéristiques. (On pourrait en rire si ce n'était si tragique de voir M. Drainville parler de la neutralité des agents de la fonction publique alors que lui-même en tant que ministre, et donc fonctionnaire, intervenant dans des audiences publiques sur un projet de loi, se fait non pas l'agent de ce processus mais le porteur d'opinions personnelles !)

Cette société mérite et désire une discussion sérieuse qui lui permette d'acquérir les connaissances et la compréhension nécessaires pour ouvrir la voie à son progrès. Nous avons écouté chacune des présentations et les échanges qui ont suivi jusqu'à présent et nous constatons que M. Drainville aime répéter et répéter les arguments avec lesquels il est d'accord et ne tarit pas d'éloges pour ceux qui disent comme lui, mais revient sur son « vous avez votre lecture de la réalité, nous avons la nôtre » quand il s'agit d'arguments avec lesquels il n'est pas d'accord. Et même très souvent il passe tout simplement par-dessus, comme si la personne n'avait rien dit. En effet, les opinions de M. Drainville n'ont entre autres rien à voir pour ce qui est du besoin d'un processus qui recueille et fait le bilan de l'expérience sur le sujet. En même temps, de telles opinions peuvent faire du tort à la société parce que son gouvernement a le pouvoir de les imposer.

Les querelles partisanes sont un piètre argument. Pourquoi M. Drainville ne présente-t-il pas des arguments fondés plutôt que de tout simplement répéter ce que d'autres ont dit ? Pourquoi revient-il constamment à la charge avec les mêmes préjugés partisans, comme s'il n'entendait pas ? Cela commence à ressembler aux autorités ecclésiastiques qui refusaient de regarder dans le télescope de Galilée.



De la boîte à courriel

Pourquoi des audiences si le gouvernement dit avoir déjà décidé?

Lors du début des audiences, le gouvernement a annoncé qu'il a l'intention d'aller de l'avant avec le projet de loi 60 malgré les critiques. Bernard Drainville et Pauline Marois en ont fait la déclaration encore le 14 janvier. Alors pourquoi des audiences ? Une consultation est-elle un exercice de partisannerie ou une façon de trouver ce qui est le mieux pour la société ? L'atmosphère de partisannerie mine les travaux de la commission et donne un aspect biaisé à la discussion sur quelle sorte de Québec nous voulons.

Ambiance partisane

Quelqu'un disait oui je suis pour le projet de loi 60, ajoutant tout de suite après que le Parti québécois a fait un bon coup avec cela car il va s'assurer ainsi de se faire élire majoritaire, défaire les libéraux, ce qui sera une grande victoire. Le but, poursuit-il, n'est pas vraiment d'aller en profondeur car de toute façon ce n'est pas possible même si vous avez raison de soulever les incohérences du projet de loi, de proposer des principes modernes pour défendre l'unité du peuple du Québec. Ce n'est pas possible car les médias mènent la barque. On n'a pas le temps. Il ne faut pas se laisser embarquer dans ce genre de raisonnement.

Discussion sur notre identité

Je pense que la discussion qui se mène actuellement sur notre identité est positive. Malgré toute la partisannerie autour de la loi 60, ce que le monde veut c'est de la vraie information, à partir de son expérience de vie commune qui sert et contribue à définir cette identité. La discussion ne fait que commencer. On ne peut pas accepter que le problème de l'identité soit utilisé à des fins étroites, électorales et partisanes. Et les vieilles conceptions d'intégration, de multiculturalisme, centrées sur une définition intéressée d'un Québec de gens de différentes origines nationales qu'on tolère et encadre versus les Québécois, doivent être écartées. Cela ne va nulle part.

Déclarations haineuses

Même s'il y a 250 intervenants aux audiences sur le projet de loi 60 (ce qui n'est pas beaucoup quand on considère l'importance du sujet), ces audiences sont manipulées ouvertement par le PQ et les libéraux qui se relancent constamment la balle, qui incitent aux déclarations haineuses (envers l'Islam), qui attaquent ouvertement ceux qui s'opposent au projet de loi, qui commencent chacune de leur intervention en disant : « Bon, vous dites que vous êtes d'accord ou pas ? » « Que pensez-vous des libéraux qui sont contre notre projet de loi ? », etc. Par ce comportement arriéré, ils refusent tout débat sérieux et à plus d'une reprise le ministre Drainville, ne sachant pas répondre, dit : « C'est votre opinion, le gouvernement fait une lecture différente de la réalité que vous. » Et c'est sans encore parler des manipulations médiatiques.

Ça donne quoi de faire des peurs?

Dans les audiences, on brandit la peur de l'intégrisme en citant ce qui se passe en Arabie saoudite, et pourtant c'est du Québec qu'il s'agit, de son histoire et de sa réalité. Depuis plus de 20 ans maintenant, l'État canadien mène entre autres des campagnes contre le fondamentalisme et les extrémismes (et cela comprend les communistes) pour détourner l'attention de quelque chose d'autre — de ses propres politiques néolibérales qui sont essentiellement extrémistes et du fait que sur la scène internationale les extrémistes dont on parle sont la création d'agences secrètes des États-Unis et autres. Dans ce cas-ci, ça sert à détourner l'attention du fait que les Québécois ne contrôlent ni leur économie, ni leurs institutions politiques.

On reconnaît une société par la façon
dont elle traite ses minorités

Quand on commence à parler de la préséance de «droits de majorité» sur les droits des minorités, on pêche en eaux troubles. D'abord la question c'est qui décide pour cette majorité ? Qui dit que ce sont les valeurs de la majorité ? C'est toujours ceux qui ont le plus gros micro, qui sont en position de pouvoir, qui décident c'est quoi les idées de la majorité. Après l'écrasement du soulèvement des patriotes en 1837-38, qui réclamaient le droit du peuple de décider de son avenir, on a dit aux Québécois que leur lutte était contre les anglophones, que l'identité québécoise se définit dans la lutte contre les Anglais (« deux races » qui souffrent « une haine mortelle » l'une pour l'autre, selon Lord Durham à l'époque). Aujourd'hui on nous dit que l'identité québécoise se définit par opposition à l'intégrisme religieux et surtout aux musulmans. Apprenons de notre histoire, surtout des grandes luttes des femmes et des autres qui ne permettent pas que leur place dans la société soit définie par d'autres. On reconnaît une société par son attitude envers les minorités, dont elle a la responsabilité de défendre les droits. Apprenons nos leçons de la Deuxième Guerre mondiale.

Comment protéger l'identité québécoise?

Le fait que les Québécois soient minoritaires au sein de l'État canadien mérite une attention particulière quand il s'agit de protéger leur identité. Mais quand, au lieu de parler du besoin de renouveau des institutions politiques pour assurer le droit du Québec à l'autodétermination, on commence à blâmer les musulmans au Québec, ou qu'on commence à dire que c'est eux qui menacent notre identité, c'est arriéré, surtout quand ça vient de gens qui se disent intellectuels. Et c'est triste.

Persécution des jeunes

Lorsque les étudiants du Québec sont descendus dans la rue en 2012 pour s'opposer à la hausse des frais de scolarité, entrainant tout le peuple avec eux, on a cherché par tous les moyens à les diviser, on a raconté toutes sortes d'histoires aussi abracadabrantes les unes que les autres pour tenter de briser la résistance. Des histoires pour répandre des préjugés, comme par exemple on disait que les étudiants se plaignent le ventre plein, que certains utilisent leurs bourses pour la boire, ou qu'on ne peut pas tout avoir dans la vie, il faut faire des sacrifices, on n'est plus à l'époque de l'État providence, tout le monde doit faire sa part, etc. Mais la lutte pour la reconnaissance du droit à l'éducation, qui fait partie du désir de bâtir le Québec moderne, a primé et le gouvernement Charest est tombé, entre autres. C'est parce qu'il n'a pas été capable de briser l'appui aux jeunes que l'État a finalement dû recourir aux tribunaux. Condamner les jeunes pour avoir violé des lois injustes, ça ne fait pas beaucoup honneur au gouvernement.




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