Volume 2 Numéro 11 - 28 janvier 2014

Les travailleurs défendent les intérêts du Québec

Le gouvernement doit demander des garanties avant d'accorder plus de bois à Produits forestiers Résolu

Forum ouvrier : Ta section locale comprend les quelque 120 travailleurs qui sont à l'emploi de la scierie des Outardes à Baie-Comeau sur la Côte-Nord. Les travailleurs de la Côte-Nord font face à des menaces continuelles de fermeture. Comment le problème se présente-t-il chez vous ?

Bernard Plante : Nous faisons face à beaucoup de problèmes. D'une part on a un problème de manque de bois, qui est un problème de diminution de la quantité de bois qui est allouée à l'usine. On estime que pour que la scierie opère de façon profitable, nous devons avoir trois quarts de travail. Nous sommes présentement à deux quarts de travail, soit le jour et le soir. La décision sur la quantité de bois qui est allouée, c'est le forestier en chef du Québec qui la prend. Je ne saurais pas vous dire sur quelle base il décide de la quantité de bois qui est allouée. On n'a pas vraiment d'explications là-dessus. À l'époque, on avait 1,5 million de mètres cubes par année. On avait deux usines de sciage et 430 travailleurs. C'était en 2005. Ensuite, l'approvisionnement de l'usine en bois a été réduit à 800 000 mètres cubes. Présentement on est rendu à 500 000 mètres cubes de bois garanti à l'usine. Il y a 225 000 mètres cubes qui sont allés aux enchères publiques en vertu du nouveau régime forestier. À une époque pas si lointaine, il y avait un grand nombre de scieries sur la Côte-Nord. Maintenant il n'en reste que trois, dont celle des Outardes.

Le deuxième problème, c'est la main-d'oeuvre. La main-d'oeuvre est très rare. Les gens ne croient pas à l'industrie du bois. Les gens ont peur de la gestion de Produits forestiers Résolu, de son endettement, de la manière dont il gère ses entreprises. Ils peuvent dire que ça va bien puis le lendemain ils peuvent vous fermer. Toutes les décisions sont prises à Montréal. Avant on avait un certain pouvoir décisionnel ici sur la Côte-Nord mais maintenant on n'en a plus. C'est le siège social qui mène la partie. Ils peuvent vous fermer à tout moment. On ne sait pas leur plan à moyen ou à long terme. À court terme, on marche de semaine en semaine. Les gens préfèrent regarder d'autres emplois que d'aller dans le milieu forestier et celui-ci a beaucoup de misère à retenir des travailleurs.

Aussi ce qu'on a vécu comme problématique, étant donné que Produits forestiers Résolu s'est mis sous la protection des créanciers, c'est qu'on a eu des baisses de salaires et ça non plus ça n'aide pas à attirer la main-d'oeuvre. Les jeunes sont beaucoup plus instruits que les gens dans la quarantaine ou la cinquantaine alors ils quittent le milieu, ils ne restent pas. Tout cela a un effet d'entraînement.

Il y a un phénomène d'exode, les jeunes ont tendance à vouloir s'en aller vers Montréal ou Québec.

L'impact sur la main-d'oeuvre, on le voit aussi avec Alcoa à Baie-Comeau qui a annoncé des mises à pied de 550 travailleurs. Cela va avoir un impact sur la ville, c'est certain. Et maintenant il y a cette question-là qu'ils soulèvent au sujet des tarifs d'hydroélectricité qui crée encore plus d'incertitude.

Il y a un impact également sur les pensions. S'il y a dix ans ils étaient disons 25 000 travailleurs à contribuer dans les fonds de pension de Résolu et aujourd'hui il en reste 10 000, cela n'aide pas non plus.

FO : Comment vivez-vous le nouveau régime forestier et en particulier la mise d'une partie du bois aux enchères.

BP : Je pense que c'est eux, les employeurs, les compagnies forestières, qui se sont mises dans le trouble avec ça parce qu'au départ ils étaient favorables à la mise aux enchères du bois. Ils se sont dit, je pense, que le gouvernement veut avoir plus de libre marché, et que cela ne les affectera pas. Les employeurs pensaient qu'ils n'auraient plus de syndicats dans les jambes parce que le bois va être donné à des sous-traitants à moindre coût. Ils vont aller bûcher le bois, ils vont l'amener à l'usine, l'employeur n'aura plus besoin de ses travailleurs syndiqués pour couper le bois.

Je pense qu'ils se sont mis le pied dans la bouche lorsque le gouvernement a ajouté quelque chose à quoi ils ne s'attendaient pas. Le gouvernement a dit que si le prix du bois est de 60 $ le mètre cube mais qu'aux enchères il sort à un prix de 68 $ le mètre cube, tout le bois qui en ce moment est encore garanti aux usines va leur être fourni à 68 $. Personne ne sait combien va coûter le bois qui est encore alloué en vertu des garanties d'approvisionnement. En plus de cela, ils investissent au compte-goutte. Ils attendent que les équipements tombent avant d'investir. On ne sait pas s'ils vont investir. Eux nous disent que chose certaine s'ils ont moins de bois ils ne vont pas investir, mais que s'ils ont plus de bois ce n'est pas certain qu'ils vont investir. C'est une pression constante sur nous qu'ils vont fermer les usines de sciage s'ils n'obtiennent pas ce qu'ils veulent du gouvernement.

Nous serions d'accord si cela pouvait être organisé avec le gouvernement qu'il leur fournisse un peu plus de bois mais qu'en contrepartie ils doivent s'engager à investir ou à respecter notre fonds de pension. Le gouvernement devrait leur dire que s'ils veulent nos ressources, les arbres du Québec ou son minerai de fer, alors en retour il faut garantir des emplois et des investissements. Mais c'est l'inverse qui se passe. Ils veulent avoir l'arbre du Québec, ils veulent le minerai mais ne rien garantir en retour, ni les emplois ni les investissements. Les conditions dans les régions sont en train de se dégrader.

Il faut qu'on bâtisse un rapport de force beaucoup plus fort pour forcer les entreprises à négocier. C'est pour ça qu'on a formé Unifor. On voit que la moyenne des augmentations de salaire dans la plupart des secteurs sont de 2-2,5 % par année alors que nous on a reculé de 15 % au niveau du salaire. Nous avons fait de grosses concessions pour que les employeurs se sortent du pétrin et maintenant on veut rattraper ce qu'on a perdu et continuer à revenir à un taux qui nous est dû.





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