Volume 2 Numéro 13 - 31 janvier 2014

Les chantiers de l'histoire


23 janvier 1901

Comment la «coopération financière»
s'établit au Québec

Le 23 janvier 1901, la première caisse populaire est inaugurée par Gabriel Alphonse Desjardins, fondateur des caisses du même nom. Desjardins nait à Lévis en 1854, huitième d'une famille de 15 enfants. Après avoir été journaliste et éditeur des débats à l'Assemblée législative du Québec (aujourd'hui Assemblée nationale), il entre à la Chambre des communes comme sténographe, emploi qu'il occupera jusqu'en 1917. Dans ses moments libres, il étudie la coopération financière.

À cette époque, la Première Guerre mondiale prenait fin et l'industrialisation, qui allait bon train depuis presque vingt ans, avait besoin d'ouvriers. Déjà la vie dans les villages stagnait de plus en plus. Cette vie dépendait de l'obscurantisme ecclésiastique et du maintien de la tradition, sans jamais rien changer. Des prêtres souvent réactionnaires, avec la complicité des maires et des notaires villageois qui dépendaient des vieux arrangements pour s'enrichir, tenaient la population sous leur emprise. Mais malgré eux, les conditions économiques et autres mènent beaucoup de gens à quitter la campagne pour migrer vers les villes. Beaucoup vont aux États-Unis mais d'autres restent au Québec. Une fois arrivés en ville, par contre, les gens ne dépendent plus des familles pour leur bien-être. Cette émigration vers la ville affaiblit la mainmise de l'Église catholique sur les habitants et les nouvelles conditions appellent aussi à de nouveaux arrangements.

« La ville représente pour les ultramontains une menace envers tout bon catholique. Elle met en péril les fondements de la société traditionnelle canadienne-française au sein de laquelle les ultramontains jouent le rôle d'autorité morale et sociale, autorité accrue depuis les lendemains des échecs républicains des patriotes. »[1]

Pour décourager l'exode aux États-Unis, Alphonse Desjardins établit les caisses de dépôt comme mesure de promotion de stabilité des conditions économiques des habitants devenus ouvriers. M. Desjardins définit les statuts de ce qui sera la future caisse populaire :

- généraliser l'épargne pour parer aux effets du chômage, de la maladie et autres imprévus de la vie;

- constituer à même cette épargne un système de crédit populaire, accessible aux ouvriers, aux cultivateurs et à toute personne honnête et travailleuse;

- favoriser la consolidation des entreprises familiales et artisanales;

- enrayer les ravages de l'usure;

- initier les leaders de la communauté à l'organisation économique et aux affaires;

- améliorer les conditions matérielles des classes laborieuses et ainsi contribuer au progrès du Canada français.[2]

Fondée le 6 décembre 1900 avec l'appui du clergé et d'une centaine de citoyens, la première caisse populaire sera inaugurée le 2 janvier suivant à Lévis. Les entrées de la première journée s'élèvent, en tout, à 26,40 $. Dorimène Roy, épouse d'Alphonse Desjardins, et co-fondatrice des Caisses populaires Desjardins, gère les activités de la caisse de Lévis durant les absences de son époux.

En 2013, il y avait 422 caisses et 888 centres de services au Québec, pour un total d'environ 5900 dirigeants élus et 42 641 employés, gérant « un actif de 190,1 milliards de dollars canadiens, pour un avoir (capitaux propres cumulés) de 10,1 milliards de dollars. Pour l'année financière 2011, le mouvement comptabilisait un montant de 401 millions de dollars en ristournes et retours à la collectivité sous forme de dons, bourses et commandites. »[3]

Notes

1. « Le mouvement Desjardins, ou la cristallisation d'un déchirant passage de la tradition à la modernité », Aspects sociologiques, revue du département de sociologie de l'Université de Laval, 2004
2. De la caisse au groupe financier intégré, Desjardins.com
3. Caisses Desjardins, Wikipedia

(Source : Bilan du siècle (Université de Sherbrooke), Wikipedia, Aspects sociologiques)

Janvier 1920

Adoption de la loi
créant l'Université de Montréal

En 1852, le Séminaire de Québec obtient une Charte royale de la reine Victoria la reconnaissant comme université. L'Université de Laval est ainsi née et est sous la responsabilité du Séminaire. À Montréal, inquiet de voir des jeunes catholiques s'inscrire au McGill College pour y apprendre le droit ou la médecine, monseigneur Ignace Bourget, évêque de Montréal et ultramontain, souhaite créer une université qui serait, elle, sous l'autorité de tous les évêques du Québec. Bourget fait six voyages au Vatican pour plaider sa cause.

  

Première page du document accordant à l'Université de
Laval le droit d'établir une succursale à Montréal

En mars 1876, l'administration pontificale tranche et accorde à l'Université Laval le droit d'ouvrir une succursale à Montréal. Comme l'autorité universitaire de cette institution demeurera à Québec, Bourget démissionne alors comme évêque.

En 1889, une certaine autonomie est reconnue à l'Université de Montréal. « Cette autonomie se caractérise par le statut de vice-chancelier donné à l'évêque de Montréal et par le pouvoir de Montréal de désigner les professeurs et les doyens des facultés. De plus, le vice-recteur à Montréal ne sera plus nommé par le Conseil universitaire de l'Université Laval mais par les évêques de la province ecclésiastique de Montréal. »[1]

Le 14 février 1920, la Loi constituant la Corporation de l'Université de Montréal adoptée en janvier est sanctionnée. Son objectif est de « donner dans les limites actuelles de la province ecclésiastique de Montréal, conformément aux principes catholiques, l'enseignement supérieur et professionnel ». [2]

C'est le 30 octobre 1927 qu'est promulguée l'autonomie et l'indépendance de l'Université de Montréal via la bulle papale Christiani orbis.

En 2013, l'institution accueillait près de 63 000 étudiants dans ses 16 facultés et écoles, offrant plus de 600 programmes d'études; 2600 professeurs et 4500 cadres et employés de soutien y travaillaient.

Notes

1. « Québec-Montréal 101 », Le fil, journal de la communauté universitaire de Laval, 24 novembre 2011
2. Les documents fondateurs de l'Université de Montréal

(Sources : Dictionnaire biographique du Canada, Site de l'Université de Montréal, Wikipedia)





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