Volume 2 Numéro 14 - 1er février 2014

Discussion sur le projet de loi n° 60 et autres affaires politiques

Extraits des discussions à la base

Le PMLQ tient beaucoup de discussions parmi les travailleurs, jeunes et sympathisants sur le projet de loi 60, Charte affirmant les valeurs de laïcité et de neutralité religieuse de l'État ainsi que d'égalité entre les femmes et les hommes et encadrant les demandes d'accommodement.Voici quelques extraits de rapports qui nous ont été envoyés.

Sur les travaux de la commission

La façon dont la commission fonctionne, c'est vraiment un faire-valoir des différents partis à l'Assemblée nationale. Le premier dix minutes, c'est la personne qui présente le mémoire. C'est très court. Les intervenants présentent qui ils sont, ils présentent rapidement leur mémoire. Mais après, les 50 minutes qui restent appartiennent à chacun des partis et le ministre a beaucoup de minutes. Ils utilisent tous cela pour représenter leur position et utilisent la personne qui présente le mémoire comme un faire-valoir. Ce sont eux finalement qui contrôlent ce temps. Tu arrives à comprendre un peu la position des gens, mais ce n'est pas l'essence de cette heure-là. Pendant une heure de temps, tu en sais plus si cela cadre parfaitement avec le projet de loi; quand quelqu'un va dans le sens du ministre, cela lui donne une tribune car cela l'aide. Mais sinon, c'est l'opposition lui donne de la place. Alors c'est clair que ce n'est pas une tribune où les citoyens peuvent réellement se faire entendre.

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En écoutant les audiences de la commission, on réalise qu'il y a vraiment une diversité de points de vue, propositions et préoccupations de gens de toutes sortes de milieux qui ont fait des recherches, qui ont leur expérience, qui expriment leurs doutes ou appuis. Cela doit aller bien au-delà de la commission car le cadre est limitatif. Il faut que la discussion se mène partout.

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Ce n'est pas de la division qu'on observe dans les discussions sur la Charte. Pro ou anti-charte, les gens veulent définir le Québec d'aujourd'hui, mais la façon dont les discussions sont menées à l'Assemblée nationale où le rôle du gouvernement n'est pas d'apporter ou de favoriser l'apport de l'information nécessaire pour formuler une loi qui servira à la société. Au contraire, les représentants du gouvernement ou des partis d'opposition donnent des opinions personnelles ou partisanes. Ça bloque plus que ça permet un échange éclairé sur ce qui va protéger et faire épanouir ce qui compose le Québec d'aujourd'hui.

Des échanges tendancieux

À plusieurs reprises, durant les auditions, Bernard Drainville demande à la personne qui présente son mémoire, et qui souvent n'appuie pas le projet, comment elle se sentirait si elle recevait un service public par quelqu'un portant le voile. Y voyez-vous un message religieux, dit-il ? Si j'avais été là, j'aurais répondu : ma première réaction serait d'être bien contente de recevoir des services publics !

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Le ministre utilise le mot néo-Québécois à de drôles de sauces. Lors d'une des audiences, alors que l'intervenant vit au Québec depuis 40 ans, le ministre l'a identifié comme étant un néo-Québécois. Est-ce une opinion personnelle ? C'est très décevant. Ça montre le préjugé, non la réalité objective.

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Il faut demeurer très calme face aux efforts qui sont faits pour présenter comme une opposition irréconciliable les pro et anti-charte. Si on veut parler en termes de « camps », on peut dire que beaucoup font des efforts réels pour essayer de résoudre les problèmes auxquels on fait face. Ça n'aide en rien de démoniser un côté ou l'autre.

Dans les milieux de travail

Dans mon syndicat, on a refusé de prendre position sur le projet de loi 60 parce qu'on ne voulait pas qu'il y ait un espace pour la division dans nos rangs dans le contexte des négociations dans le secteur public. Et plusieurs autres syndicats locaux ont fait de même. Le mémoire qui sera déposé par la CSN ne reflète donc pas nécessairement le point de vue de l'ensemble des organisations locales.

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Dans le cégep où j'enseigne, il y a de plus en plus de jeunes filles qui portent le voile ou d'autres qui arborent de grosses croix comme des colliers et cela semble clairement en réaction à tout le débat actuel. C'est comme une réaction d'opposition au fait de vouloir imposer aux femmes et à la société une façon de faire, un comportement.

Sur le contexte politique et économique actuel

Quand on voit comment la communauté musulmane est ciblée, on ne peut faire autrement que de penser que c'est comme une suite du climat de peur et de suspicion créé par les Américains après le 11 septembre. Est-ce le PQ suit vraiment ce courant politique ?

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Comme il y a de plus en plus de chômage, avec les fermeture d'usines et les mises à pied, on a l'impression que le gouvernement veut trouver une façon d'exclure une section de la population avec son projet de loi pour créer de l'emploi ou encore cibler une partie de la population pour gagner du temps.

La recherche de notre identité

Dans mon lieu de travail, j'enseigne aux immigrants, on m'a demandé d'enseigner c'est quoi un Québécois. Je me suis demandé mais comment on se définit ? C'est quoi un Québécois aujourd'hui ? Ce n'est plus la chemise carreautée ou la ceinture fléchée. Quelle est notre identité d'aujourd'hui dans le contexte d'aujourd'hui ? Cette discussion sur ce qu'on veut comme Québec est très importante. Est-ce que c'est à chaque prof de dire comme bon lui semble ? Ou est-ce que le ministère de l'Éducation va nous donner des définitions non acceptables à « enseigner », comme celle qui nous dise qu'un Québécois est celui ou celle qui reconnaît « nos » valeurs, au lieu de dire que « nos valeurs » c'est l'ensemble de ce qui distingue tout le monde aujourd'hui, le bon avec le mauvais, selon le point de vue de chacun ?

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Revenant à l'identité, un des problèmes qui existent et qu'a traités le PMLQ est que nous n'avons pas notre propre constitution qui définit c'est quoi le Québec, que tous en font partie, une loi fondamentale, c'est quoi nos droits et devoirs, etc.

Des outils pour discuter

Ce que j'ai aimé dans le mémoire du PMLQ, c'est qu'il y a des références historiques qui nous permettent de voir la complexité de certaines questions et qui montrent qu'il faut aller en profondeur. Comme par exemple sur l'alimentation. Il y a des raisons qui expliquent pourquoi des gens ont décidé de ne pas manger certains aliments, et que même la Bible en parlait ! C'était un souci d'hygiène publique qui motivait ces décisions. Au Québec, on a longtemps eu la coutume de manger du poisson le vendredi et de prendre les « petites pilules de foie de morue » pour des raisons de santé. Le mémoire a abordé les questions d'allergies et de philosophies alimentaires liées aux différents styles de vie. Maintenant qu'on vit dans une époque où les allergies alimentaires se retrouvent partout, qui prend soin de s'assurer que ce que mange la population est sain ? Évidemment, c'est la responsabilité du gouvernement de veiller à ces choses-là, de s'assurer que les recherches qui sont faites soient utiles et à temps, etc. Le fait est que le rôle du gouvernement est de s'assurer que son travail soit fait et bien fait. Il n'a pas à s'ingérer dans la vie des personnes et de leurs collectifs. Ça va à l'encontre de toute notion de démocratie et de liberté de conscience.





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