Volume 2 Numéro 20 - 13 février 2014


Menaces et « nouveau modèle » inacceptables
de Produits forestiers Résolu

«On a décidé de leur dire non, parce que sinon
il n'y aura pas de fin à ça»

En décembre dernier, le syndicat qui représente les travailleurs CSN (autres que les travailleurs de la machine à papier et les employés de bureau) de l'usine de papier Kénogami de Produits forestiers Résolu (PFR), au Saguenay-Lac-Saint-Jean, a émis un communiqué faisant état du refus des travailleurs d'accéder à une nouvelle demande de concessions de la part de PFR. Cette demande expose à la fois la méthode de menaces employée par PFR et sa tentative d'imposer ce qu'il appelle son « nouveau modèle » de conditions de travail. Chantier politique s'est entretenu récemment avec Pierre Thériault, le président du Syndicat national des travailleurs et travailleuses des pâtes et papiers de Kénogami.

Pour la compréhension du lecteur, disons que Produits forestiers Résolu possède un réseau de sept centrales hydroélectriques dans la région (Hydro-Saguenay), dont la centrale Jim Gray sur la rivière Shipshaw qui alimente les usines de papier de Kénogami et Alma. L'accès à cette ressource énergétique qui est un énorme privilège pour Produits forestiers Résolu fait l'objet d'ententes avec le gouvernement du Québec, notamment en vertu de la loi 8 qui prévoit des obligations d'investissement et de maintien des usines en opération par le monopole forestier. Le bail de la rivière Shipshaw arrivait à terme à la fin 2011 et le gouvernement libéral de l'époque a invoqué le refus de PFR de s'engager à faire des investissements pour les 10 prochaines années pour résilier le bail. Plus de deux ans plus tard, PFR possède et opère toujours la centrale.

Chantier politique: Le syndicat a émis un communiqué vers la fin de 2013 dans lequel il dit que les travailleurs ont rejeté de nouvelles demandes de concessions de la part de Produits forestiers Résolu au moulin à papier de Kénogami. Pouvez-vous nous en dire plus à ce sujet?

Pierre Thériault: Cette demande s'adresse aux travailleurs que je représente, soit les travailleurs de la production de la pâte, de la voie ferrée, ceux qui font les chargements de copeaux, la finition et l'entretien, qui sont syndiqués CSN, environ 115 travailleurs. L'usine comprend une soixantaine de travailleurs qui oeuvrent sur la machine à papier comme tel, qui sont syndiqués Unifor (anciennement SCEP), et une dizaine d'employés de bureau qui sont membres du Syndicat des employées et employés professionnels-les et de bureau, le SEPB.

Pour faire un petit historique, au début de l'année 2012, Produits forestiers Résolu a fermé une machine, la machine numéro 6. Nous sommes présentement une usine à une seule machine. Quand ils ont fermé la machine numéro 6, ils ont fait des coupures de postes drastiques pour réduire leurs coûts de production au maximum. C'est près de 130 emplois qui ont été perdus avec la fermeture de cette machine.

On pensait après cela qu'on allait avoir la paix. Les patrons nous ont rencontrés au mois de novembre et nous ont demandé de rouvrir notre convention parce qu'ils voulaient réduire nos effectifs d'une trentaine de postes pour donner ces emplois à des sous-traitants. Ils voulaient qu'on donne les travailleurs de la voie ferrée, les travailleurs qui font les chargements de copeaux, la finition et une partie de l'entretien. Dans ce cas-ci ils n'ont pas fait de demandes aux travailleurs de la machine comme tel.

Ils nous ont demandé cela à cinq mois de l'échéance de notre convention collective. Notre convention arrive à échéance le 30 avril 2014. Il n'y a aucun sentiment d'urgence. À Kénogami, notre coût de production est excellent, c'est un des plus bas de la compagnie. Ce que veut Produits forestiers Résolu, c'est implanter un modèle. Ils ne veulent pas réduire les coûts parce que nous ne sommes pas profitables, ils veulent implanter un modèle.

CP: Comment décrivez-vous ce nouveau modèle?

PT: Ils ont reparti récemment les usines de Dolbeau et de Gatineau, des usines qui avaient été fermées en 2009. Ils les ont reparties mais pour les repartir ils se sont assis avec ces travailleurs là et leur ont demandé s'ils étaient prêts à accepter des conditions moindres et les travailleurs, c'est compréhensible, ont dit oui. C'est cela le nouveau modèle qu'ils essaient d'implanter dans les autres usines au Québec, le maximum de sous-traitance, faire entrer la sous-traitance partout où ils le peuvent.

Résolu fait le tour des usines une après l'autre. Il faut bien le dire, Résolu utilise la menace partout, que ce soit à Alma, à Laurentides, à Baie-Comeau et ailleurs. Résolu a débarqué à Laurentides il y a deux ans et a demandé des concessions. Les travailleurs de Laurentides ont dit non et deux jours après ils leur annonçaient une fermeture indéterminée pour manque de commandes. On sait très bien que ce n'était pas vrai. C'était des représailles à leur positionnement parce que c'est nous à Kénogami qui avons commencé à faire les commandes de Laurentides. On avait la preuve que les commandes existaient.

À Kénogami on a décidé de leur dire non parce que sinon il n'y aura pas de fin à ça.

À l'assemblée générale, qui a eu lieu au début décembre, nous avons fait le tour de leurs demandes. Les membres se sont exprimés. On a passé au vote, ils ont voté à 99% de rejeter les demandes de l'employeur et d'attendre la négociation. Nous étions environ 75% de nos membres qui étaient présents, ce qui est un nombre élevé par les temps qui courent. J'avais averti mes membres que peut-être il faut s'attendre à des représailles. J'ai hâte de voir aux négociations. Aux négociations la compagnie aura le droit de lockout, on verra comment le rapport de forces va se situer. On sent qu'on a quand même un bon rapport de force à cause de nos centrales hydroélectriques.

Chantier politique: Quel rôle voyez-vous que jouent les centrales hydroélectriques dans votre contexte?

PT: Le gouvernement libéral du temps en la personne de monsieur Clément Gignac, le ministre des Ressources naturelles, avait annoncé qu'il prenait possession de la centrale parce que la compagnie ne respectait pas des points de la loi 8. La loi 8 est la loi qui couvre la gestion des centrales hydroélectriques sur la rivière Shipshaw. La loi les oblige à investir environ 400 millions $ entre 2012 et 2022 dans leurs installations au Saguenay-Lac-Saint-Jean. Quand il a vu cela, Monsieur Garneau, le PDG de Résolu, a dit qu'il n'investira pas dans ces installations là. Il n'a pas réussi à négocier avec le gouvernement et le gouvernement a pris possession de la centrale. Sauf que la rétrocession qui a été faite est virtuelle parce que depuis ce temps-là PFR continue à entretenir cette centrale là et continue a profiter de ses avantages. Présentement le gouvernement du Parti québécois a pris le dossier en main et nommé un négociateur. Il y a des négociations qui se passent entre le gouvernement et PFR par le biais du négociateur.

Ce que la loi dit, c'est qu'en plus de les obliger à investir, pour avoir le droit d'utiliser l'eau de la Shipshaw et de profiter de ces centrales, il faut que les usines d'Alma et de Kénogami opèrent. C'est peut-être là que se trouve notre rapport de force en ce moment et qui explique que Résolu n'a pas mis en place de représailles suite à notre décision de refuser de rouvrir notre convention collective alors qu'il l'a fait partout ailleurs.

On demande qu'ils respectent la loi. Tout ce qu'on demande c'est qu'ils fassent les investissements requis par la loi.

 

Les travailleurs défendent les intérêts du Québec

Pour une nouvelle direction pour
l'économie du Québec

Chantier politique: Que voulez-vous dire en conclusion?

PT: À Kénogami on garde le cap sur la sauvegarde de nos emplois; ce sont des emplois de qualité. Transférer nos emplois à la sous-traitance ce n'est pas seulement qu'on perd des emplois ici à Kénogami, c'est aussi qu'on perd des emplois de qualité et c'est aussi l'appauvrissement de la communauté. Quand il n'y aura plus que des emplois à 13-14 $ de l'heure dans notre communauté, c'est toute l'économie qui va en souffrir. On veut garder nos emplois de qualité dans nos usines. Ce sont des personnes non syndiquées qu'ils engagent en sous-traitance. Bien souvent ils vont mettre une seule personne qualifiée qui va gagner une vingtaine de dollars de l'heure et les autres ce sont des manoeuvres à 14-15 $ de l'heure, pas de fonds de pension, pas d'avantages sociaux.

CALENDRIER D'ÉVÉNEMENTS


Ligne de piquetage à Montréal
Jeudi 13 février à 17 h 

  


Cela fait plus de sept ans maintenant que la Table de concertation de solidarité Québec-Cuba et son comité Fabio Di Celmo pour les Cinq tiennent les lignes de piquetage devant les bureaux du consulat des États-Unis pour exiger la libération des Cinq héros cubains. La prochaine ligne de piquetage aura lieu le jeudi 13 février pour dire haut et fort: « 15 ans d'injustice, 15 ans de trop ! », « Obama, libère les Cinq ! », « Droit de visites pour les familles des Cinq cubains ! », « Justice pour les victimes de Carriles ! ».

Rendez-vous à 17 h devant l'église St-James United, 463, rue Ste-Catherine Ouest  (près de la rue Saint-Alexandre) et de 17 h 30 à 18 h devant le consulat des États-Unis, coin Saint-Alexandre et René-Lévesque





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