Volume 2 Numéro 21 - 14 février 2014


Les Chantiers de l'histoire


6 février 1903

Déclenchement d'une grève
des employés de tramways

Le 6 février 1903, les 1500 employés de tramways de Montréal déclenchent la grève contre leur employeur, la Montreal Street Railway Co.

La Montreal Street Railway Co., à sa fondation en 1861, obtient de la Ville un permis d'exploitation de tramway à traction animale. En 1886, l'entreprise signe une nouvelle entente de 25 ans avec la Ville de Montréal. « En 1901, la compagnie acquerra la Montreal Park & Island Railway Company. En 1907, ce sera au tour de la Montreal Terminal Railway Company de passer sous le contrôle de la Montreal Street Railway Company. »[1] À cette époque la compagnie était la propriété de Louis-Joseph Forget, figure dominante des affaires et de la finance. Il était un proche du Parti conservateur, tout comme son neveu et associé Rodolphe Forget, qui lui, fut député du parti dans le comté de Charlevoix pour le Parlement canadien.

Les Forget avaient mauvaise réputation chez les ouvriers et la population. Quand il y avait un accident, on disait que les gens avaient été victimes des « écrasoirs à Forget ».[2] Les employés revendiquent « la reconnaissance de leur syndicat et la réintégration de leurs confrères [congédiés à cause de leurs activités syndicales — ndlr], ils réclament un salaire de base de 20 sous l'heure après 5 ans de service et une durée maximale de travail de 60 heures par semaine.»[3]

Les grévistes ont l'appui des Montréalais: on leur fournit café et cigarettes durant leur pause dîner; les 700 employés du Canadien Pacifique défilent dans les rues pour les appuyer et une délégation du Conseil des métiers et du travail de Montréal est refoulée par la police lorsqu'elle veut intervenir en leur faveur au conseil municipal.

Pour éviter une éventuelle municipalisation de ce service public, la Montreal Street Tramways accorde une augmentation et la reconnaissance du syndicat. Une autre grève est déclenchée trois mois plus tard, quand la compagnie refuse de reconnaître l'affiliation du syndicat à un syndicat international.


La grève des employés de tramways à Montréal : 1) Un citoyen obligeant enlève des pierres placées entre les interstices
d'une aiguille dans le but de faire dérailler les tramways. 2) Une scène dans le Nord de la ville : la police repoussant un
rassemblement de grévistes. 3) Quelques tramways circulent protégés par la police. 4) La police assaillie par une volée
de cailloux au moment où une partie de la ville est plongée dans l'obscurité, samedi soir. 5) Un déraillement.

Notes

1. vieux.montreal.qc.ca
2. Dictionnaire biographique du Canada
3. Pierre Fournier, De lutte en turlutte, une histoire du mouvement ouvrier québécois à travers ses chansons

(Autres sources: Bilan du siècle-Université de Sherbrooke, Wikipedia, Bibliothèque et archives nationales du Québec)


9 février 1922

Plus de 400 femmes manifestent au Québec
pour obtenir le droit de vote


Idola Saint-Jean (au centre) avec des suffragettes en 1922

En 1922, les femmes du Québec sont les seules à ne pas avoir le droit de vote au niveau provincial. Qu'elles parlent français ou anglais, les femmes font lutte commune pour revendiquer ce droit. Anna Marks Lyman, présidente de la section montréalaise du National Council of Women of Canada, et Marie Gérin-Lajoie fondent le Comité provincial pour le suffrage féminin. Idola Saint-Jean, Thérèse Casgrain et Carrie Matilda Derick (respectivement journaliste, femme politique et première professeure émérite du Canada) font partie de ce mouvement.

Le 9 février, elles sont plus de 400 à se rendre à Québec pour rencontrer le premier ministre de l'époque, le libéral Louis-Alexandre Taschereau. C'est la première fois qu'une telle chose se produit et les réactions ne se font pas attendre.

Les pressions exercées sur les femmes et leurs demandes sont énormes. Le Devoir écrira que c'est « l'introduction du féminisme sous sa forme la plus nocive; la femme-électeur qui engendrera bientôt [...] la femme-homme, le monstre hybride et répugnant qui tuera la femme-mère et la femme-femme ». L'archevêque de Québec, Mgr Paul-Eugène Roy, quant à lui dira: « Une législation qui ouvrirait la porte du suffrage des femmes serait un attentat contre les traditions fondamentales de notre race et de notre foi et les législateurs qui mettraient la main à une telle législation commettraient une grave erreur sociale et politique. »[1] Le cardinal Louis-Nazaire Bégin clame que « l'entrée des femmes dans la politique, même par le seul suffrage, serait pour notre province un malheur. Rien ne le justifie, ni le droit naturel, ni l'intérêt social; les autorités romaines approuvent nos vues qui sont celles de tout notre épiscopat. »[2] Taschereau déclara quant à lui : « Si jamais les femmes du Québec obtiennent le droit de vote, ce n'est pas moi qui le leur aurai donné! »[3]


Loi 18 accordant le droit de vote aux femmes du
Québec sanctionnée le 25 avril 1940

Les femmes n'abandonnent pas leur lutte pour autant. En 1927, les femmes et leurs organisations arrivent à faire voter un projet de loi leur accordant le vote. Une délégation de femmes se rend à l'Assemblée nationale à chaque fois qu'un de ces projets est déposé. De 1928 à 1939, les onze projets de loi sont défaits. En 1940, le projet de loi est adopté par 67 contre 9. Le droit de vote des femmes et la croissance démographique feront passer le nombre d'électeurs inscrits au Québec de 753 310 (1939) à 1 865 396 (1944).

Depuis, les femmes sont loin d'être demeurées passives pour défendre leurs droits. À l'aube du 75e anniversaire du droit de vote des femmes au Québec, l'exercice du contrôle sur les décisions politiques demeure à l'ordre du jour.


Notes

1. Université de Sherbrooke, Bilan du siècle
2. Laurent Laplante et Paul Berryman, La démocratie, je l'apprends


  Les Chantiers
de l'histoire

3. Manon Tremblay, Québécoises et représentation parlementaire

(Autres sources: Dictionnaire biographique du Canada, bulletin de la Bibliothèque de l'Assemblée nationale)







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