Volume 2 Numéro 25 - 24 février 2014


Que faire avec la menace d'une élection?

La fausse note dès le départ avec les élections imminentes au Québec est le fait que tous les partis de l'Assemblée législative ont voté un projet de loi qui établit une date fixe pour des élections à l'automne à tous les quatre ans. À ma connaissance, seul le PMLQ a pris la peine de le rappeler au moment où le jeu des spéculations et des engagements financiers bat son plein. En partant, on voit à l'oeuvre le système de partis de cartel qui usurpe le droit de choisir le moment et le thème d'une élection en faveur des partis, au détriment d'une démarche démocratique saine et quitte à renier leurs propres prétentions de réforme.

Tout de suite, les véritables maîtres -- les prêteurs d'argent -- commencent leur baratin au sujet de la cote de crédit du Québec chez la Standards and Poor. Par le biais de leurs médias, ils moussent la nécessité d'un gouvernement majoritaire. Mais pourquoi ? Ils ne s'en cachent pas. Ils veulent un gouvernement majoritaire qui va « mettre ses culottes » et « prendre les mesures qui s'imposent », en d'autres mots prendre les mesures toujours plus draconiennes qui s'imposent dans la logique néolibérale de continuer à attaquer les travailleurs et le peuple, leurs droit à des conditions de travail, des salaires, des régimes de retraite, de transférer le bien public à des intérêts privés, etc. Ils veulent que tout cela soit monté d'un cran, conformément à ce qui se fait ailleurs au Canada et dans le monde.

Alors quand le gouvernement actuel dit qu'il peut « faire plus » s'il est majoritaire, on est en droit de se demander : faire quoi au juste ? La ruse du parti au pouvoir semblerait d'avoir mis de l'avant la question de la charte des valeurs, la question de l'identité québécoise. Ainsi, la crise de crédibilité du système politique étant ce qu'elle est, il est devenu très difficile pour ces partis de se distinguer les uns des autres. De plus en plus, les critiques qu'ils s'adressent les uns les autres sont teintées de partisanerie pure et simple, à tel point que tout sonne faux, sans principe. Restreindre les dépenses à 1,5 %, c'est être austère, mais les restreindre à 2 % c'est favoriser la prospérité! « C'est pas bon parce que ce sont eux qui le proposent et pas nous ! » C'est ce à quoi ressemblent de plus en plus les interventions et les attaques entre partis à l'Assemblée nationale sur tous les sujets.

En mettant la question de la charte sur la table et en annonçant qu'il était prêt à en faire un enjeu électoral, le PQ a voulu se distinguer des autres partis puisque sur le plan des décisions économiques, ses « solutions » n'ont rien de fondamentalement différentes de celles des libéraux. Elles sont centrées sur le capital et ne défendent en rien les intérêts des Québécois; elles bloquent toute possibilité d'une nouvelle direction pour le Québec. La décision d'aller de l'avant avec le projet d'exploration pétrolière sur l'île d'Anticosti en est un parfait exemple. Le PQ parle de « retombées économiques » de plusieurs milliards de dollars tout comme les libéraux le faisaient pour leur Plan Nord. Il s'agit d'une décision unilatérale, faite nettement au service des compagnies de pétrole, et ne tenant compte d'aucune des préoccupations du peuple, des pêcheurs de l'île d'Anticosti et de gens de la région, des impacts environnementaux, etc. Dire que les mesures annoncées sont une façon pour le Québec de « reprendre le contrôle de ses ressources », c'est bloquer la discussion sur ce que veut vraiment dire prendre le contrôle de nos ressources et de notre économie.

Mais les partis politiques et les médias monopolisés sont tellement bornés par la partisanerie qu'ils croient que le PQ peut faire de la charte des valeurs son cheval de bataille au détriment de tout le reste. C'est armé de cette conviction que le PQ a établi sa stratégie pour cette élection, promettant notamment un livre blanc sur l'avenir du Québec s'il est élu majoritaire. Mais en quoi serons-nous plus avancés si le gouvernement majoritaire, les partis de cartel et les médias monopolisés traitent le sujet de l'avenir du Québec avec la même partisanerie et le même obscurantisme qu'ils ont fait dans le débat sur la charte des valeurs ? Ce sera encore l'utilisation de la position de pouvoir et l'absence d'une alternative à l'Assemblée nationale pour imposer une voie rétrograde au Québec.

Le besoin d'une nouvelle direction pour l'économie, la question identitaire et l'avenir du Québec sont toutes des questions sur lesquelles les travailleurs et le peuple doivent s'organiser pour se faire entendre, pour que ce soit une occasion d'ouvrir la voie au progrès du Québec plutôt que de lui imposer une marche arrière sur tous ces plans.

Alors si une chose est certaine, c'est qu'il faut aborder ces élections dans l'esprit d'intervenir pour que les intérêts des travailleurs -- les véritables défenseurs des intérêts du Québec -- soient défendus et qu'une intervention pratique leur donne confiance que non seulement il est nécessaire de participer dans ces élections sur la base de leurs propres intérêts, mais qu'il est possible de le faire.


Anticosti : annonce de deux PPP
pour l'exploitation pétrolière

Le 13 février 2014, le gouvernement Marois a fait l'annonce qu'il allait de l'avant dans l'exploration pétrolière à l'île d'Anticosti. Le gouvernement prend deux participations en formule PPP dans deux projets d'exploration liés aux entreprises Pétrolia, Corridor Resourses, Maurel & Prom et Junex.

Le gouvernement québécois investira 115 millions $ dans ces deux projets. Les ententes négociées lui permettront de contrôler environ 50 % des permis sur l'île d'Anticosti et d'obtenir 60 % des bénéfices provenant de l'exploitation pétrolière future.

Pour justifier cet investissement dans deux projets qualifiés à « haut risque », Mme Marois et la ministre des Ressources naturelles, Martine Ouellet, invoquent « le déficit de 2012 de la balance commerciale du Québec [qui] a été de 28 milliards $ dont 14 milliards $ sont attribuables à ses seules importations de pétrole étranger ». En faisant l'annonce de cet investissement, la première ministre a déclaré: « Aujourd'hui, le Québec reprend ses droits sur des ressources naturelles qui lui appartiennent. » Selon la première ministre, la reprise du contrôle des ressources naturelles au bénéfice de tous les Québécois réside dans les redevances, les impôts et les bénéfices que le gouvernement tirera en vertu de sa participation dans les entreprises s'il y a finalement exploitation du pétrole avec ces projets.

Le gouvernement s'est fixé trois objectifs dans ce dossier : déterminer l'ampleur exacte des gisements sur place ainsi que la portion réalistement exploitable; s'assurer de pouvoir maximiser pour le Québec les retombées fiscales et financières de cette possible manne pétrolière; et encadrer l'exploitation future de cette richesse en garantissant la plus grande transparence environnementale du processus d'exploration et de l'éventuelle exploitation.

C'est Ressources Québec, une division d'Investissement Québec, qui sera « l'actionnaire prépondérant » des deux coentreprises d'exploration pétrolière. Le début des travaux est prévu pour l'été 2014 afin de déterminer le potentiel du sous-sol de l'île d'Anticosti.

L'entente avec Pétrolia, Corridor Resources et Maurel & Prom prévoit des investissements de 100 millions $. Québec participera à hauteur de 56,67 millions $ et versera en plus 13,3 millions $ à Corridor Resources afin d'obtenir une participation additionnelle. Selon le communiqué du gouvernement, « au terme de cette entente, Ressources Québec détiendra une participation de 35 % dans la coentreprise qui sera formée afin de réaliser l'exploration. »

« La seconde entende se fera avec Junex, Ressources Québec et un exploitant qui reste à déterminer dans le cadre d'un programme d'exploitation de 90 millions $ en échange d'une participation dans la coentreprise. »

Dans l'éventualité où les travaux d'exploration prouveraient que la ressource pétrolière dans le sous-sol de l'île d'Anticosti pouvait être exploitée de façon rentable, « le Bureau d'audiences publiques sur l'environnement recevra le mandat de tenir des consultations sur cet enjeu », ont déclaré Martine Ouellet et Yves-François Blanchet, ministre de l'Environnement.

 

  
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Pour l'instant aucun pétrole n'a été extrait du sous-sol de l'île d'Anticosti. Les études déposées mentionnent la présence de réserves probables estimées à 45 milliards de barils de pétrole. Selon la technologie actuellement disponible, il est estimé que de 1 % à 5 % de ce volume pourrait être extrait, soit 400 millions à 2 milliards de barils. Le gouvernement fait miroiter 45 milliards $ de retombées économiques sur 30 ans, si le projet est couronné de succès, sous forme de redevances, impôts et bénéfices reliés à la participation du gouvernement dans l'exploitation.

L'île d'Anticosti dont la surface équivaut à 16-17 fois la surface de l'île de Montréal, possède très peu de source et de réserve d'eau douce. De plus, elle est totalement dépourvue des infrastructures nécessaires au développement d'une industrie pétrolière, dont un port en eau profonde, et d'une source de production importante d'électricité. Réaliser des travaux d'exploration pétrolière sur Anticosti, présente de grands défis.

(Sources : La Presse Canadienne, CNW Telbec)

  
    






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