Volume 2 Numéro 28 - 27 février 2014


Entente Alcoa-Gouvernement du Québec

Le problème reste entier

L'entente conclue entre Alcoa et le gouvernement du Québec sur les tarifs d'hydroélectricité laisse entier le problème de bâtir un secteur des ressources et une économie dont le développement est décidé par le peuple et qui sert ses besoins. Le problème de la menace au lieu de la négociation comme une arme dans les mains des monopoles reste entier. L'entente qui a été signée entre Alcoa et le gouvernement est appelée négociation parce qu'il y a eu un accord de conclu mais c'est la menace qui l'a produit et la menace et le chantage sont toujours là. L'entente signée est-elle même la résiliation sous la menace d'une entente dûment signée entre Alcoa et le gouvernement Charest en 2008. Si Alcoa a menacé de fermer ses usines au Québec si les tarifs d'électricité qu'elle avait acceptés dans l'entente de 2008 allaient maintenant entrer en vigueur, elle pourra le refaire avec cette nouvelle entente sous toutes sortes de prétextes. Les travailleurs et le peuple du Québec ne veulent pas vivre dans l'anxiété perpétuelle de pertes d'emplois et d'activités manufacturières qui sont importants pour leur bien-être et l'économie.

Les Québécois ne contrôlent rien des différents aspects de l'entente qui a été signée. Ce qui est certain, c'est que des tarifs d'hydroélectricité bien en dessous du tarif industriel grande puissance ont été accordés et que d'autres monopoles cognent maintenant à la porte pour faire abaisser leurs coûts en hydroélectricité. Les 250 millions $ d'investissements promis, qui annulent les investissements beaucoup grands qui devaient se faire en vertu d'ententes à l'aluminerie de Baie-Comeau, les promesses d'investissements pour adapter les facilités de production à la demande accrue escomptée provenant de l'industrie de l'automobile et de l'électrification des transports, sont autant de promesses qui peuvent être abandonnées aussi vite qu'elles sont faites si Alcoa invoque une conjoncture défavorable. Alcoa invoque à présent les faibles prix de l'aluminium sur les marchés mondiaux pour justifier ses menaces mais elle ne parle pas du rôle qu'elle et les autres monopoles de l'aluminium jouent dans la manipulation de ces prix, du rôle que les monopoles jouent dans la création de l'anarchie et du chaos dans l'économie mondiale.

Le problème reste entier parce que les travailleurs et le peuple ne contrôlent pas plus aujourd'hui qu'hier les leviers des décisions économiques qui leur permettraient de jouer sur les différents facteurs à l'oeuvre et d'imprimer une nouvelle direction à l'économie pour la faire servir le peuple et non les intérêts monopolistes privés. C'est à cela que les travailleurs s'attaquent dans leurs luttes pour leurs droits parce que sans cela il ne peut pas y avoir de sécurité économique.


Les caractéristiques de l'entente sur l'hydroélectricité avec Alcoa

 

  
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Le mardi 25 février, le gouvernement du Québec et l'aluminerie Alcoa, une multinationale américaine, annonçaient la conclusion d'une entente sur la tarification de l'électricité. L'entente conclue avec Hydro-Québec sera d'une durée de 15 ans pour les usines de Bécancour et de Deschambault et de 20 ans pour celle de Baie-Comeau.

Les parties en présence n'ont pas divulgué le tarif « négocié » pour toute la durée de cette entente. Il est question d'un « tarif préférentiel renouvelé » qui selon Radio-Canada se situerait sous les 3 cents du KWh.

Le prix à payer pour arriver à une entente

Le sauvetage de l'usine d'Alcoa de Baie-Comeau a un prix. Pour cette seule usine, c'est 150 M$ par année dans un avenir prévisible que devront assumer les Québécois. C'est 210 M$ par année au total en pertes de tarifs d'hydroélectricité, pour les trois usines d'Alcoa au Québec.

Le projet de modernisation de l'aluminerie de Baie-Comeau, évalué à plus de 1 milliard $ selon l'entente signée en 2008 avec le gouvernement libéral de Jean Charest, est abandonné en vertu de cette nouvelle entente. Alcoa dit quelle investira 250 M$ sur une période de cinq ans dans ses trois usines du Québec: 150 M$ sont prévus pour optimiser le centre de coulée de l'usine de Baie-Comeau; 71 M$ seront affectés à l'usine de Bécancour.

Le gouvernement a accordé à Alcoa un programme de tarification modulé en fonction du prix de l'aluminium sur les marchés internationaux. C'est ce que réclamait la compagnie depuis la tenue de la Commission sur l'avenir énergétique du Québec, sous la menace de fermeture des trois alumineries en cas de refus du gouvernement québécois.

En échange d'un « tarif préférentiel renouvelé », Alcoa devient partenaire de la Stratégie gouvernementale d'électrification des transports. Que cette entente « devienne un tremplin pour faire du Québec un leader mondial des transports électriques », a dit Pauline Marois.

Depuis 2002, 900 emplois ont été perdus chez Alcoa, dont 700 depuis 2008. L'entreprise emploie environ 2000 personnes au Centre-du-Québec et 900 à Baie-Comeau.

Faisons un petit rappel des événements précédant cette entente. En octobre 2013, Alcoa menace le gouvernement Marois de fermer ses trois alumineries au Québec si un nouveau tarif d'électricité ne lui est pas accordé, afin que l'entreprise demeure dans le premier percentile des usines bénéficiant des tarifs d'énergie électrique internationaux les plus bas. À ce moment là, Alcoa, en vertu de contrats spéciaux et avantageux, payait environ 2,8 cents le KWh. Ce tarif devait, en vertu d'une entente signée avec le gouvernement du Québec d'alors, augmenter au tarif préférentiel L, dit de grande puissance, soit à 4,3 cents du KWh à partir de 2014. Alcoa prétendait que cette hausse future allait augmenter de 250 M$ par an sa facture d'électricité, pour atteindre 570 M$, et que sa rentabilité et sa capacité de compétitionner à l'échelle internationale étaient menacées à cause de cela.

En février 2014, Alcoa en venait à une entente avec la ville de Baie-Comeau concernant l'évaluation municipale des son usine. Alcoa contestait son rôle d'évaluation à Baie-Comeau qui était de 261,6 M$. Selon l'entente obtenue, l'évaluation de l'usine diminue de 19 M$ pour 2013, de 24 M$ en 2014 et de 29 M$ en 2015. La justification de cette baisse du compte de taxes résultant de la diminution de l'évaluation est la fermeture des vieilles cuves Söderberg de l'aluminerie. La ville de Baie-Comeau recevra 769 000 $ en moins pour 2013, 887 000 $ et 1,1 M$ pour les années 2014-2015.

Les justifications du gouvernement

Sur l'entente abandonnée de la modernisation de l'usine de Baie-Comeau, « nous pensons que le prix de l'aluminium va se ressaisir et qu'à ce moment-là, dans quelques années, un projet de modernisation pourra redevenir pensable pour Baie-Comeau », a déclaré la ministre des Ressources naturelles et ministre responsable du développement nordique, Martine Ouellet. « Avec ce qu'on a mis en place, nous avons sauvé l'usine de Baie-Comeau », a-t-elle ajouté.

 

  
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« Nous faisons le nécessaire pour consolider des emplois de qualité en région, a dit Pauline Marois lors de l'annonce faite à Baie-Comeau. Je suis particulièrement fière de la conclusion de cette entente, qui marque un nouveau départ dans notre relation avec Alcoa, en plus d'assurer la pérennité de ses activités au Québec et le maintien d'emplois de qualité dans nos régions pour une période d'au moins 15 ans. [...] Notre gouvernement mise sur sa stratégie d'électrification des transports pour mobiliser de nombreux acteurs, tels qu'Alcoa, autour d'une vision ambitieuse et porteuse pour l'avenir. »

De son côté, la ministre Martine Ouellet mise sur la poursuite du développement d'une batterie fonctionnant à l'air et à l'aluminium avec Alcoa et son partenaire Phinergy. De plus, elle présente l'usage par l'industrie automobile de 22 millions de plaques d'alliage comme un débouché pour « utiliser les surplus d'électricité pour le développement économique [...] De nombreuses innovations sont attendues dans le secteur de l'automobile au cours des prochaines années, et le Québec mise sur la capacité d'innover de ses entreprises dynamiques, telle qu'Alcoa, pour se distinguer.»

Suite à cette annonce, le Syndicat national des employés de l'aluminium de Baie-Comeau a dit qu'une « insécurité planait sur Baie-Comeau depuis quelques mois ». Le président du syndicat Michel Desbiens se dit rassuré que les 900 emplois restent en place. « Ça devenait lourd pour les familles », explique-t-il. « Par contre, oui, on aurait aimé que la modernisation soit dans l'entente », ajoute-t-il.







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