Volume 2 Numéro 36 - 13 mars 2014



Les travailleurs d'Alma persistent
dans leurs justes demandes

De retour maintenant depuis l'été 2012 après un lockout de six mois imposé par Rio Tinto Alcan (RTA), les travailleurs de l'aluminerie d'Alma continuent de se battre pour leurs justes demandes qui sont importantes pour eux, les gens de la région et les travailleurs du Québec. Ils se battent d'abord pour la dignité du travail à l'usine elle-même, dans tous les aspects, notamment du point de vue de leur droit de travailler dans des conditions salubres et sécuritaires. La décision récente de la Commission de la santé et de la sécurité du travail qui blâme RTA pour le décès de la travailleuse Cyndie Lavoie le 30 avril 2013 n'est pas le fruit du hasard mais le résultat de la lutte résolue des travailleurs d'Alma qui ont mis la compagnie devant ses responsabilités.

Suite au décès de la travailleuse, ils ont fait valoir dans leurs représentations à la CSTT et à RTA non seulement la question des mesures de protection-machine et des autres dispositifs de sécurité mais la nécessité d'une organisation du travail qui mène à des conditions saines et sécuritaires, la nécessité de la prévention, de la formation, de travailler dans une atmosphère normale sans être constamment espionnés ou soumis à des avis disciplinaires sous n'importe quel prétexte. La compagnie s'est vantée d'avoir fait des merveilles de productivité pendant le lockout et quand les travailleurs sont revenus ils ont eu à affronter une pression encore plus forte qu'avant le lockout à l'effet de passer outre aux mesures de sécurité. Ils ont dit à la compagnie qu'il n'était pas question pour eux de faire la production comme si de rien n'était si les conditions n'étaient pas sécuritaires. Ils ont en particulier refusé de limiter leur action à des griefs en confrontant la compagnie directement sur le plancher quand les conditions sont non sécuritaires.

Les travailleurs maintiennent ainsi leur demande que le gouvernement doit annuler l'entente énergétique conclue avec Rio Tinto en 2007 qui oblige Hydro-Québec à acheter toute l'hydroélectricité excédentaire produite par Rio Tinto à partir de ses installations au Saguenay-Lac-Saint-Jean même en cas de grève ou de lockout. En plus de cela, l'entente avec Rio Tinto prévoit qu'une grève ou un lockout est considéré comme un cas de force majeure (au même titre par exemple qu'un tremblement de terre) qui libère Rio Tinto de ses obligations en vertu de l'entente, que ce soit en matière d'investissements ou d'emplois. L'entente dit aussi qu'un règlement d'un conflit de travail est laissé entièrement à sa discrétion. On estime que RTA a empoché environ 45 millions $ en vente d'hydroélectricité non utilisée pendant le lockout.

Pour les travailleurs de Rio Tinto, cette question ne relève pas uniquement du passé mais surtout de l'avenir puisque les conventions collectives des travailleurs de RTA au Saguenay-Lac-Saint-Jean arrivent à échéance fin 2015 et ils ne veulent pas se retrouver en lockout dans toute la région alors que Rio Tinto empoche encore plus d'argent en vente d'hydroélectricité en savourant sa « force majeure » qui lui donne toute discrétion dans la durée du lockout.

Troisièmement, les travailleurs de Rio Tinto Alcan au Québec sont membres du Régime agréé de pension Rio Tinto Alcan (Québec) ou RAPRTA, qui doit être renégocié à la fin 2014. Les travailleurs rapportent que les études actuarielles font état d'un déficit de capitalisation et de solvabilité du régime. Selon les études actuarielles, celui-ci est présentement capitalisé à 94,8% et a un taux de solvabilité de 80,8%. Les travailleurs demandent instamment à Rio Tinto Alcan de mettre plus d'argent pour renflouer les fonds au lieu de s'appuyer sur les allégements qu'il a obtenus du gouvernement. Ils demandent aussi que les retraités de Rio Tinto Alcan soient partie prenante des négociations sur le régime de pensions.

Les travailleurs d'Alma entendent être actifs pendant l'élection en demandant aux partis de prendre position sur la question de l'entente énergétique RTA-gouvernement.


La Commission de la santé et de la sécurité
du travail blâme Rio Tinto pour la mort
d'une travailleuse

Le 25 février dernier, la Commission de la santé et de la sécurité du travail (la CSST) a remis son rapport relativement au décès de la travailleuse Cyndie Lavoie le 30 avril 2013 à l'aluminerie de Rio Tinto Alcan à Alma. La CSST y blâme l'entreprise après avoir trouvé trois causes à l'accident qui a coûté la vie à la travailleuse, une opératrice du centre des anodes de l'aluminerie. Celle-ci a perdu la vie alors qu'elle tentait de débloquer deux tiges d'anodes sur un convoyeur alimentant la grenailleuse, la machine qui nettoie les tiges. Comme les tiges n'avançaient plus sur le convoyeur, elle a quitté son poste et s'est rendue à la zone d'entrée de la machine où se faisait le blocage. Elle s'est placée entre deux tiges, a poussé l'une d'entre elles et la suivante s'est avancée vers elle, l'écrasant contre le cadre d'entrée de la machine.

La CSST blâme Rio Tinto Alcan pour avoir laissé la zone d'entrée de la grenailleuse accessible alors qu'il s'agit d'une zone dangereuse, et pour avoir omis d'indiquer le danger. Les enquêteurs ont par ailleurs constaté que le déblocage depuis la zone d'entrée de la machine exposait la travailleuse à un danger et que la gestion de la santé et de la sécurité des travailleurs par Rio Tinto Alcan était déficiente en matière de déblocage des tiges. La CSST a exigé de Rio Tinto Alcan que les installations soient modifiées à la suite de la mort de la travailleuse pour rendre la zone d'entrée de la machine inaccessible. La CSST considère que l'employeur a agi de manière à compromettre la santé et la sécurité des travailleurs. En conséquence, un constat d'infraction lui a été délivré. Pour ce type d'infraction, le montant de l'amende varie de 15 698 $ à 62 790 $ pour une première offense, et de 31 395 $ à 156 976 $ en cas de récidive.

Rejoint par Chantier politique, le président du Syndicat des travailleurs de l'aluminium d'Alma, Hugues Villeneuve, a eu ces mots: « Si je traçais une ligne principale de ce rapport, c'est que malgré les lois qu'on a au Québec, malgré les processus, les procédures et tous les outils qu'on a afin de prévenir les accidents et avoir de la bonne santé et sécurité au travail à l'usine d'Alma, il reste que tout ça est rendu arbitraire par l'employeur. Celui-ci décide d'appliquer ces choses-là ou pas. On a tout ce qu'il faut dans l'usine pour éviter que cela arrive. »

Le président du syndicat a parlé du travail que mène le syndicat pour éliminer cet arbitraire. « On a relancé le comité de santé-sécurité et on s'assure que tout passe par là tel que c'est prévu. En même temps, le message qu'on lance à l'employeur c'est qu'on a beau s'asseoir sur la loi et sur le fait que le comité s'en tienne à cet objectif principal, il reste que si l'employeur veut qu'on fasse un succès de la santé et sécurité il faut qu'ils impliquent les travailleurs; ils n'ont pas le choix, ils ne peuvent pas s'asseoir sur la loi seulement. En ce qui concerne nos représentants en prévention et nos membres, notre message c'est que dans le doute tu t'abstiens, tu arrêtes, le droit de refus est toujours vivant. Si cela ne fait pas, si le problème persiste, alors les représentants font une plainte immédiatement à la CSST. On confronte directement l'employeur, on les oblige à appliquer la loi et les processus de sécurité.»




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Christian Legeais, agent officiel du Parti marxiste-léniniste du Québec