Volume 2 Numéro 60 - 10 avril 2014


Les libéraux relancent le Plan Nord

Payer les riches et abandonner le contrôle
de nos ressources n'est pas un «plan de développement économique», monsieur Couillard!

Le nouveau premier ministre du Québec Philippe Couillard a annoncé à Thetford Mines le 9 avril la relance du Plan Nord comme un projet majeur de « relance de l'économie québécoise ».

Notons d'abord que rien n'a changé dans le secteur minier qui permette de le claironner comme un « projet majeur de relance économique ». Avant les élections, les éléments qui expliquaient la baisse d'activité du secteur minier, la chute des investissements dans le domaine de l'exploration et de l'exploitation, l'absence de découvertes de nouveaux gisements, sont aujourd'hui toujours présents. Le contexte défavorable invoqué par les sociétés minières et la chute des prix des minerais qui justifiaient les minières à procéder à des coupures de postes et à des fermetures des mines du Québec, sont demeurés inchangés. Les villes de Fermont, Chibougamau, Sept-Îles, Havre-St-Pierre, sont aux prises avec les mêmes difficultés, soit les abandons des projets d'expansion des mines et des infrastructures portuaires, ou de reports à une date inconnue des projets d'exploration miniers. Les juniors de l'exploration éprouvent encore des difficultés à trouver le financement nécessaire à leurs activités. Le prix de l'once d'or est toujours aussi bas, à 1292 $. À première vue rien n'a vraiment changé !

Au lendemain des élections du 7 avril, les sociétés minières opérant dans le territoire du Plan Nord ont toutes renouvelé leurs demandes auprès du nouveau premier ministre du Québec. Elles demandent des investissements dans les infrastructures, comme les routes et chemin de fer, pour les infrastructures portuaire leur permettant d'exporter à l'étranger les ressources minières du Québec. Ce sont les demandes formulées par Tata Steel Minerals, Arcelor-Mittal et Cliffs Natural Resources, qui déclarent avoir de la difficulté à obtenir du financement sur le marché mondial.

Comme le premier ministre Couillard veut faire du secteur minier un élément majeur de la relance économique du Québec, où va-t-il trouver ou prendre l'argent pour financer tous ces projets et répondre aux demandes des minières ? Va-t-il pousser plus avant les mesures antisociales et couper les fonds à l'éducation et aux affaires sociales ? Va-t-il faire comme son prédécesseur et accroître la dette du Québec en empruntant sur le marché financier newyorkais ?

En fait, ce Plan Nord que nous connaissons déjà ne s'attaque à aucun des problèmes majeurs du secteur des ressources, comme l'exportation de matières brutes par et au profit de grandes entreprises internationales privées, l'absence de développement manufacturier et du développement des régions, la violation de la souveraineté des Premières Nations sur leurs territoires, l'absence de mesures de protection de l'économie face aux aléas du prix des matières premières sur les marchés mondiaux et, surtout, l'absence du pouvoir du peuple de décider quelles ressources seront développées et au profit de qui. Le Plan Nord n'est rien de plus qu'un programme pour mettre des fonds publics au service d'entreprises monopolistes étrangères qui conservent le pouvoir de décider de tout.

Nos ressources, nous décidons!

Le besoin le plus pressant en ce qui concerne le développement des ressources naturelles du Québec est qu'il faut donner une nouvelle direction à l'économie. Il faut renverser la direction actuelle de l'économie qui fait que toutes les ressources naturelles et humaines sont orientées dans le sens de répondre aux besoins des monopoles. Les ressources doivent servir le bien-être du peuple et son épanouissement, sous la responsabilité d'une autorité publique, et non être au service d'intérêts privés qui usurpent l'autorité publique pour s'enrichir.

Un État moderne du Québec doit se doter d'une loi sur les mines qui reconnaît que le propriétaire des ressources minières est le peuple québécois et les Premières Nations. Le gouvernement doit alors se comporter comme le fiduciaire des propriétaires des ressources minières et ne plus se contenter de redevances et de « création d'emplois ».

Dans ces circonstances, dans un Québec moderne possédant une loi des mines moderne, pourquoi l'État n'adopterait-il pas une loi lui réservant la vente et la distribution des minéraux ? L'État pourrait établir le prix de vente et ainsi s'assurer que le développement des ressources naturelles, dont les mines, servent les intérêts de la nation et du peuple. Pourquoi laisser les intérêts privés prendre possession des ressources naturelles, s'ils ne veulent et ne peuvent les développer dans la phase la plus critique, l'exploration, sans aide financière publique ?

Un peu d'histoire

Le Québec dans les années 60 avait créé des sociétés d'État pour voir au développement des ressources naturelles des secteurs minier, pétrolier, forestier, agricole et hydro-électrique québécois. Les sociétés SOQUEM, SOQUIP, REXFOR et le Crédit agricole devaient assumer ce mandat. Hydro-Québec, fondée en 1962, fut précédée par la nationalisation de 1944 à 1955 d'entreprises privées d'électricité, qui pratiquaient des tarifs d'électricité prohibitifs.

En 1962 était créée la Société générale de financement (SGF) et en 1964 le gouvernement Lesage fondait Sidbec (Sidérurgie du Québec) pour transformer au Québec le minerai de fer de la Côte-Nord. Un immense complexe sidérurgique devait être construit à Bécancour. Le projet a été abandonné en 1968 pour se rabattre sur l'achat de l'aciérie Dosco à Contrecoeur, une entreprise en difficulté financière. Apparaît alors en 1968 Sidbec-Dosco, qui accumulera jusqu'au début des années 90, des pertes de près de 1 milliard $. En 1965, la Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ) fut créée, elle recevait les sommes versées au Régime des rentes du Québec, les fonds de pension des employés de l'État. Elle allait agir comme « la banque du Québec ».

En 1965 est mise sur pied la Société d'exploration minière (SOQUEM). Suivirent la Société québécoise d'initiatives pétrolières (SOQUIP) et la Société d'exploitation, de récupération et de développement forestier (REXFOR).

À l'exception d'Hydro-Québec, tout ce développement a aujourd'hui été abandonné progressivement en faveur de remettre le contrôle et l'argent à des monopoles privés. Tous les grands projets industriels permettant la construction de la nation québécoise ont été détruits. Dans le secteur minier, le projet collectif de développer la sidérurgie a été abandonné par le gouvernement Bourassa, sous la pression des monopoles qui disaient à l'époque, « les sociétés d'État ne doivent pas concurrencer les entreprises privées ».

Certaines sociétés d'État ont été démantelées ou mises en veilleuse (SOQUEM, SOQUIP, Sidbec). REXFOR a été détourné de son mandat initial pour devenir un sauveteur des moulins de sciage en difficulté financière ou carrément en faillite, appartenant aux amis des partis politiques. Cette société a servi à faire qualifier des travailleurs forestiers à l'assurance-chômage par l'exécution de travaux forestiers à caractères douteux et fortement critiqués par la population (le saccage des lots forestiers intramunicipaux dans l'Est du Québec).

Pour Sidbec, tous les actifs de l'entreprise ont été liquidés en 1999. Le Crédit agricole devenu la Société financière agricole du Québec (FAQ) finance des productions qui n'ont rien à voir avec l'agriculture proprement dite (érablière, fromagerie, vignoble, pisciculture, boulangerie, boucherie, terre à bois, etc.).

Le Plan Nord de Jean Charest et de Philippe Couillard s'inscrit dans la lignée de ce démantèlement et c'est une farce cruelle qu'on fait au peuple québécois que de présenter cela comme un « projet majeur de relance de l'économie québécoise ». Il faut rétablir que les ressources naturelles appartiennent au peuple et que c'est lui qui doit décider de leur développement. Une nouvelle direction pour l'économie d'un Québec moderne est possible. Ça peut se faire ! Ça doit se faire !


À titre d'information

Stornoway et l'investissement public

Le mercredi 26 mars, en pleine élection, la société minière Stornoway a annoncé l'obtention d'un investissement de 220 M $ d'Investissement Québec. De son côté, la Caisse de dépôt et placement y allait pour un montant de 70 M $. Cet investissement de 290 M $ servira à financer le développement et la mise en production du projet diamantaire Renard dans les monts Otish. Pour sa part, Investissement Québec avait reçu du gouvernement Marois le mandat de prendre une prise de participation additionnelle de 100 M $ dans Stornoway Diamonds Corporation

Le projet Renard sera la première mine de diamant du Québec. La mise en production débutera en 2016 dans la partie à ciel ouvert et pour la partie souterraine en 2018. La production totale prévue est de 17,6 M de carats, pour une production annuelle de 1,6 M carats. Des revenus de 5 milliards $ sont attendus avec une marge du coût d'opération de 67 %.

Selon des études de faisabilité déposées en mars 2013, il est démontré que le projet Renard est un des plus gros gisements de diamants non développés au monde. Sa valeur nette actuelle est de 683 M $ avec un taux de rendement de 20 % avant impôt et les redevances minières. Stornoway a onze années définies de réserve minière. Les forages ont confirmé la présence en profondeur, de diamants, ce qui peut amener la vie de la mine à plus de 20 ans.

Le gouvernement du Québec est le plus important actionnaire du Projet Renard, par la filiale Diaquem d'Investissement Québec, avec près de 25 % des actions en circulation de Stornoway. Si l'on tient compte des actions convertibles sans droit de vote que la société d'État détient, sa participation dépasse 33 %. L'objectif de Diaquem est de maintenir son pourcentage de participation au même niveau (33 %), car Stornoway discute présentement avec d'autres partenaires. Le projet Renard appartient en sa totalité à la société minière Stornoway. Il est situé dans la région des monts Otish, à 350 km au Nord de Chibougamau.

D'autres exemples récents de financement public dans le secteur minier

La Caisse de dépôt et placement du Québec détient un fonds du nom de SODÉMEX, par lequel elle investit dans le secteur minier québécois. Voici un aperçu de ces investissements en date du 31 décembre 2012. (Les données de 2013 ne sont pas encore disponibles.)

Mines Virginia 
Mines Richmont
Stornoway
Exploration Midland
Junex
Nemaska Lithium
Ressources Eastmain
Focus Graphite
Donner Metals
Ressources Yorbeau

Pour un grand total de:
18,1 M $
11,3 M $
  7,9 M $
3,5 M $
2,3 M $
2,2 M $
1,8 M $
1,7 M $
1,7 M $
1,0 M $

51,5 Millions $

Comme on peut le voir avec le projet de diamants de Stornoway, la très grande majorité des autres projets miniers des juniors ne pourraient pas voir le jour pour plusieurs et pour les autres, atteindre un niveau de développement suffisant pour attirer le financement privé pour mettre en production les gisements découverts, sans le financement public des sociétés d'État.


Récents événements miniers au Québec

La société minière canadienne Goldcorp a fait une offre d'achat non sollicitée à la minière Osisco qui détient la mine Canadian Malartic Mine et des nombreux projets d'exploration dans le Cercle de Fer en Ontario. L'offre d'achat de Goldcorp est de 2,6 milliards $. Goldcorp (22,5 milliards $) est le deuxième producteur d'or au monde après Barrick Gold. Au Québec, Goldcorp développe la mine Éléonore, une mine d'or située à la Baie James.

Le 2 avril 2014, Canada's Yamana Gold et Osisco ont annoncé un partenariat, qui permet à Yamana d'acquérir 50 % des intérêts d'Osisco et des tous ses projets d'exploration, pour une valeur totale de 929,6 millions $. La Caisse de dépôt et placement du Québec et Canada Pension Plan Investment Board investissent 500 millions $ dans Osisco en échange d'or, à être produit.

Entre le 25 et 27 mars, une trentaine de gens d'affaires ont pris part à la quatrième mission commerciale Grand Nord, organisée par Les Affaires. Ils ont visité Chibougamau, Fermont, et Schefferville à la recherche d'occasions d'affaires qui vont surgir avec la mise en valeur des ressources du Nord.

Début février le Bureau d'audiences publiques sur l'environnement (BAPE), refuse à la mine Arnaud dans la région de Sept-Îles, le permis de mise en exploitation d'un gisement d'apatite, utilisée pour la fabrication d'engrais. C'est un projet de 750 millions $ dont le principal actionnaire est Investissement Québec.






Lisez Le chantier politique
Site web:  www.pmlq.qc.ca   Courriel: bureau@pmlq.qc.ca