Volume 2 Numéro 62 - 14 avril 2014


Philippe Couillard et les plaques tectoniques

Lorsque le médecin joue à l'apprenti sorcier

Lors de sa conférence de presse du lendemain des élections, Philippe Couillard s'est fait poser la question suivante par un journaliste : « Qu'est-ce que la défaite du Parti québécois dit, selon vous, sur l'avenir du projet souverainiste? ». Voici ce que le nouveau premier ministre libéral a répondu:

« Je vais être prudent, parce que je ne veux pas jouer à l'analyste politique [...] mais j'ai parlé, pendant la campagne électorale, d'une impression que j'avais et qui semble se confirmer, qu'il y avait un réalignement des forces politiques au Québec, ce que j'appelais les plaques tectoniques qui bougent. On le voit dans les régions. Regardez le résultat de l'élection; en termes de représentation régionale, le chef du Parti libéral du Québec, moi-même, a été élu dans un comté de l'Est du Québec, comté du Lac-Saint-Jean. En soi, c'est un événement significatif. »

Selon les géologues, le mouvement des plaques tectoniques est le résultat de l'action sous la croûte terrestre d'immenses sources d'énergies produites en grande partie par la désintégration des éléments radioactifs tels que l'uranium, le thorium et le potassium présents naturellement dans le manteau terrestre. Cette énergie est transformée en grande partie en sources de chaleur générant des températures allant de 3800 à 6000 degrés Celsius. Ce gradient de températures crée d'immenses courants de convexion présents sous la croûte terrestre, qui exercent des pressions ascendantes et descendantes énormes sur les continents et les fonds océaniques. Lorsque ces pressions deviennent intenables à l'intersection des plaques terrestres et océaniques de densité et d'épaisseur différentes, elles donnent lieu à des mouvements subits appelés séismes qui sont un mécanisme tectonique par lequel les pressions sont relâchées.

Il importe donc de se rappeler que ce sont ces courants de convexion au sein du manteau terrestre qui sont la cause intrinsèque du mouvement des plaques tectoniques et non les séismes qui ne sont que la manifestation de ces mouvements.

Selon Philippe Couillard, son élection, tel un séisme, est un événement « significatif ». Ce n'est par hasard qu'il tienne à rappeler aux journalistes qu'il a été élu dans la région du Lac Saint-Jean, qui a souvent voté en faveur de la souveraineté du Québec. Il voudrait que l'on conclue que la souveraineté du Québec est une chose du passé, que le peuple québécois a « choisi » de tourner la page.

Par contre il ne tient pas à expliquer sa victoire « inattendue » (il avoue être lui-même surpris) dans Roberval. Ce n'est pas étonnant car il serait forcé de parler des causes du désenchantement populaire face au système de cartels des partis à l'Assemblée nationale, un système qui empêche la traduction de la volonté populaire en volonté légale dans la forme d'un gouvernement de parti. Il dit préférer laisser aux journalistes le soin de faire cette analyse.

Il a ajouté : « Il y a la jeunesse également qui semble aller vers des horizons totalement différents de ce projet [de souveraineté - ndlr]. Mais, ceci dit, je ne veux certainement pas laisser entendre que je voudrais indiquer aux autres formations politiques comment gouverner, l'examen qu'ils devront faire des résultats de cette élection. »

Il a dit que « cette élection, elle a été rude, mais elle a été également l'expression de la démocratie, de la chance immense qu'on a au Québec de pouvoir voter pour nos gouvernements. Je vais diriger le gouvernement, un gouvernement démocratique, un gouvernement parlementaire. »

Il a résumé ainsi les grandes lignes du « mandat » qu'il prétend avoir de l'électorat, ne laissant aucun doute sur qui sera la cible de ce « mandat »:

« Une de nos ambitions, c'est de diminuer la taille de l'État, notamment en santé et en éducation, pour investir dans les services. Alors, si quelqu'un, dans la fonction publique, ne veut pas aller dans cette direction-là, bien, ça devient difficile de travailler avec cette personne. » Pour être clair il a ajouté: « Les régimes de retraite, je le répète, on ne m'a pas posé la question, mais ça fait partie des projets de loi qu'on va vouloir introduire assez rapidement. [...] Moi, j'ai entendu, durant la campagne, M. Legault et d'autres avoir des idées intéressantes sur la question des finances publiques. Pourquoi nous priverions-nous de ces idées-là? ».

Ainsi, le médecin Couillard devenu premier ministre du Québec, avec tous les pouvoirs exécutifs que les arrangements constitutionnels de 1867 lui confèrent, va maintenant « s'occuper des vraies affaires », en d'autres mots intensifier l'offensive antisociale contre les travailleurs et les différentes sections du peuple tout en prétendant avoir le mandat de le faire. Il va administrer la même médecine de cheval que les gouvernements fédéral, provinciaux et du Québec appliquent depuis deux décennies pour supplanter le droit public en imposant leur volonté juridique, une volonté légitimée par des arrangements constitutionnels datant des bâtisseurs d'empire du XIXe siècle.

C'est pourquoi il a dit: « Il faut quand même qu'un gouvernement démocratiquement élu garde une zone de discrétion dans ses décisions, dont il est imputable par la suite. » En d'autres mots, il nous avertit que la transparence et l'imputabilité sont des mots qui ne veulent rien dire pour lui et que si les électeurs s'opposent aux actions de son gouvernement, ils devront soit attendre quatre ans pour le destituer, soit faire face au plein poids de la loi et voir leurs luttes criminalisées, comme ce fut le cas avec les étudiants en 2012.

Ce que tout cela montre, c'est que Philippe Couillard veut jouer à l'apprenti sorcier avec les droits du peuple qui aspire à édifier un Québec souverain qui défend les droits de tous, où le peuple est investi du pouvoir en ce qui a trait aux décisions politiques qui l'affectent dans sa vie quotidienne. C'est ce mouvement du peuple qu'il ne veut pas voir se réaliser et qui conduira inévitablement à la défaite des libéraux. C'est en entreprenant de bâtir les Commissions sur l'avenir du Québec, pour arracher au système de partis le pouvoir qu'il a usurpé de décider de toutes les grandes orientations, que nous pourrons nous en assurer.





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