Volume 2 Numéro 63 - 16 avril 2014


L'«ouverture sur le monde» du Parti libéral
Telle que vue dans sa stratégie maritime

Un des éléments du plan d'ensemble de «création d'emplois» du gouvernement libéral de Philippe Couillard est ce qu'il appelle la « Stratégie maritime pour remettre le Québec en marche », qu'il a présentée quelques jours après le déclenchement de l'élection. Il s'agit d'importants travaux d'infrastructures le long du fleuve Saint-Laurent dont le but serait de «stimuler l'économie québécoise». Ils seront entrepris conjointement avec le gouvernement fédéral, les deux paliers de gouvernement s'engageant à investir chacun 1,5 milliard $ en fonds publics.

Selon le document disponible sur le site Web du Parti libéral du Québec, la stratégie maritime est conçue pour faire du Québec une plaque tournante du transport maritime dans le contexte du Partenariat translatlantique de commerce et d'investissement entre les Etats-Unis et l'Union européenne, de l'Accord de libre-échange Canada-Union européenne et de l'ALÉNA. Le Québec deviendrait un point d'entrée pour l'Amérique du Nord, pour l'Europe et même pour l'Asie.

Pour cacher l'essence de ces traités dits de libre-échange, qui causent beacoup de tort à l'économie et du Québec et du Canada dans son ensemble, M. Couillard a présenté cela comme un projet basé sur l'«ouverture sur le monde plutôt que sur un nationalisme rétrograde». Comme si le programme économique du Parti québécois n'était pas du pareil au même, il a dit : « À ceux qui proposent le repli sur soi par un nationalisme rétrograde, nous répondons par l'ouverture sur le monde. [...] C'est ce Québec qui s'affiche et rayonne sur toutes les scènes du monde qui fait notre fierté. »[1]

Philippe Couillard parle de «repli sur soi» et de «nationalisme rétrograde» pour cacher le fait que sa stratégie maritime, tout comme le Plan Nord, s'inscrit dans les plans d'intégration du Canada, et du Québec, dans les Etats-Unis des monopoles d'Amérique du Nord. En annonçant la participation du gouvernement fédéral à ce projet, M. Couillard annonce que le Canada est déjà partie prenante. Ce qu'il faut savoir, c'est que depuis plus de quinze ans, et surtout depuis l'arrivée de Stephen Harper au pouvoir au Canada, de nombreux pactes et ententes ont été conclus en sourdine entre le Canada et les Etats-Unis pour accélérer cette intégration sur le plan de la sécurité «continentale», ce qui comprend la «sécurité des ressources», ainsi que sur le plan des infrastructures portuaires, aéroportuaires, douanières, militaires et policières. Cela comprend l'accès aux ressources et aux voies maritimes.

Les rencontres et les accords entre les gouvernements des deux pays, ainsi que du Mexique, sont toujours précédés ou accompagnés de rencontres entre les représentants des plus grands monopoles d'Amérique du Nord. Les décisions sont prises en cachette, les objectifs ne sont pas débattus publiquement et le parlement canadien ainsi que les assemblées législatives des provinces et du Québec en sont à peine informés après le fait.

Ce n'est donc pas pour rien que M. Couillard tient à dénoncer ce qu'il appelle le «nationalisme rétrograde»: il veut cacher le fait que sa stratégie de «création d'emplois» est au service d'intérêts monopolistes, étrangers pour la régle. Il a à peine discuté de cette stratégie maritime durant les élections, sans parler d'en expliquer les conséquences et d'engager les Québécois et Québécoises dans une discussion sur cette direction qui est donnée à l'économie québécoise.

Pour informer les lecteurs, Chantier politique reproduit les grandes lignes de la stratégie maritime du gouvernement libéral telle qu'énoncée dans le document Stratégie maritime pour remettre le Québec en marche. C'est important de discuter de quoi il s'agit, pour s'assurer que les intérêts et les ressources du peuple soient protégés, sinon, tout comme le Plan Nord, nous nous retrouverons encore plus démunis avec tous ces plans qui ont l'air si nobles.

Extraits de documents du Parti libéral sur la stratégie maritime

[...] Il nous faut saisir les opportunités et elles sont nombreuses pour le Québec :

• Les navires étant de plus en plus gros dans le but d'engendrer des économies d'échelle pour les expéditeurs, les ports de Québec, de Sept-Îles, de Cacouna et de Port-Cartier deviennent des destinations de choix pour les gros transporteurs, puisqu'ils peuvent accueillir des navires de types Panamax ou Capesize.

• L'Europe représente le plus important marché du monde avec un bassin de 500 millions de consommateurs et le tiers du PIB mondial. Or, les ports du Québec offrent l'accès maritime le plus rapide à la Côte Est de l'Amérique du Nord et au Midwest américain à partir de l'Europe du Nord. Cet atout pour le Québec devient encore plus intéressant en raison de l'Accord économique et commercial global entre le Canada et l'Union européenne.

• Le projet d'agrandissement des écluses du canal de Panama devrait être complété au milieu de 2015. Les ports américains de la Côte Est investissent massivement afin de conserver et d'accroître leur capacité de manutention et de répondre à la demande anticipée qui va provenir de l'agrandissement du canal. Le Québec doit s'assurer que ses infrastructures demeureront compétitives sur le marché mondial et qu'il pourra bénéficier également de l'ouverture du canal.

• Le passage du Nord-Ouest, qui relie l'Atlantique au Pacifique en passant entre les îles arctiques du Grand Nord canadien, s'ouvrira au cours des prochaines décennies, permettant d'économiser jusqu'à 7 000 km entre l'Asie et l'Europe. Le potentiel de navigation du passage réside en grande partie dans les ressources naturelles de l'Arctique, et le Québec pourrait en bénéficier, s'il est prêt !

Cette ambitieuse stratégie maritime donnera naissance à de nouveaux vecteurs de croissance économique et procurera un nouvel élan à plusieurs industries. Elle est un élément important de la politique de création d'emplois d'un gouvernement du Parti libéral du Québec.

Ce projet porteur sera créateur de 30 000 nouveaux emplois de 2015 à 2030. Il génèrera des investissements privés de plus de 4 milliards de dollars et des investissements publics de plus de 3 milliards de dollars en infrastructures. Il s'accompagnera de retombées fiscales supérieures à 3,5 milliards de dollars pour les gouvernements du Québec et du Canada.

Nous avons l'occasion de redémarrer ensemble notre économie en exploitant de manière responsable le potentiel maritime du Québec. Par exemple, la combinaison de l'ALENA et du libre-échange avec l'Europe va accroître l'importance du Québec comme plaque tournante du transport transatlantique. C'est une occasion qu'il nous faut saisir maintenant pour propulser notre économie.

Cette stratégie maritime a pour objectif :

- De saisir les occasions de développement du transport maritime découlant de l'accord de libre-échange avec l'Europe et de l'ouverture du canal de Panama.

- Pour ce faire, nous favoriserons avec le gouvernement fédéral les investissements dans les installations portuaires du Québec et la création d'un pôle logistique à haute valeur ajoutée;

- Nous développerons le transport intermodal et le cabotage et dynamiserons les chantiers maritimes québécois, et ce, dans un objectif de développement économique et de réduction des GES liés au transport des personnes et des marchandises.

- D'assurer la disponibilité d'une main-d'oeuvre qualifiée par le déploiement et la promotion des programmes de formation et en appuyant nos centres de formation.

Ce grand projet mettant en valeur tout le potentiel du majestueux Saint-Laurent s'inscrit dans la tradition libérale des grands projets mobilisateurs. Il permettra au Québec de saisir des occasions uniques de développement et de bien se positionner sur l'échiquier économique mondial.

Note

1. Philippe Couillard, chef du Parti libéral du Québec » (Une stratégie maritime pour le Québec - Parti libéral du Québec http://plq.org/pdf/strategie-maritime.pdf - page 6)





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