Volume 2 Numéro 64 - 17 avril 2014


Discussion sur le résultat de l'élection

Le faux choix entre souveraineté et économie

L'élection du 7 avril a été marquée par la désinformation et la répétition continuelle que le peuple devait choisir entre souveraineté et référendum d'un côté et économie et stabilité de l'autre.

C'est un faux choix. La souveraineté n'existe pas dans les airs. Ce n'est pas uniquement un projet dit constitutionnel sans rapport aux conditions matérielles de vie et de travail du peuple. Si l'on se bat pour la souveraineté, c'est pour que le peuple soit maître chez lui et capable d'exercer un contrôle pour fournir à tous les conditions de vie les meilleures et qui s'améliorent constamment. Si on approche le peuple avec un projet d'édification nationale qui est divorcé de ses conditions de vie et qui ne réalise même pas que l'offensive antisociale a isolé les gens et fait ressembler la vie d'une partie toujours plus grande de la population à une lutte pour la survie, alors la demande de souveraineté sonne creux et elle ne peut mobiliser personne. L'attention aux conditions matérielles d'existence du peuple, l'effort pour s'occuper de tous et veiller sur tous, pour défendre leur dignité, est une composante essentielle de la souveraineté parce que c'est eux qui vont la faire. En plus, la souveraineté sans une base économique qui permet au peuple de subvenir à ses besoins, cela ne peut pas durer.

En ce qui concerne l'économie sans la souveraineté, on l'a déjà. C'est le monstre qui peut tout avaler et qu'on essaie de nourrir en lui donnant toutes nos richesses mais jamais de garantie qu'il va nous laisser vivre. L'économie sans souveraineté apparaît comme un grand mystère, incompréhensible et incontrôlable. Est-ce le summum de ce que l'être humain peut faire, produire toute la richesse par son labeur mais sans aucun contrôle sur ce qu'il produit, à la merci des aléas de cette économie qui traîne son cortège de crises, fermetures, menaces, chantage, extorsion de concessions et la liste n'a pas de fin. L'économie sans la souveraineté est devenue un cauchemar national, c'est un problème qu'il faut résoudre et c'est vraiment aberrant et inacceptable que les cercles dirigeants exploitent l'insécurité créée par cette économie sans souveraineté pour tenter de mobiliser le peuple contre son projet d'édification nationale.

Souveraineté et économie vont de pair. Les travailleurs doivent se saisir de l'argument et le développer entre eux et sur la plus grande échelle possible dans la société. Cela garantira notamment qu'on sera en mesure de s'opposer efficacement au chantage et à la désinformation qu'on a encore une fois vus cette élection.


Le besoin de souveraineté

Les médias monopolisés et les partis dits majeurs disent que l'élection du 7 avril a été entre autres choses une défaite pour la souveraineté. Les libéraux disent que la souveraineté, c'est la division et les chicanes entre les Québécois et mieux vaut s'occuper des « vraies affaires ». Les péquistes disent qu'ils se sont faits prendre en n'étant pas capables de résoudre le dilemme à propos de la tenue ou non d'un référendum pour ensuite conclure que le message de la souveraineté ne passe pas. Les caquistes disent que l'élection a montré que les Québécois ne veulent pas entendre parler de souveraineté en ce moment mais d'économie, qu'il faut une troisième voie entre la souveraineté et le fédéralisme et que cette voie est un genre de nationalisme. Québec solidaire a réussi à se démarquer du PQ avec sa proposition de tenir un référendum s'il gagnait l'élection et cela lui donne la réputation d'être le véritable parti de la souveraineté du Québec.

Il faut y regarder d'un peu plus près parce que la question de la souveraineté ne doit pas rester sous les boisseaux. C'est une nécessité cruciale en ce moment non seulement pour la nation du Québec et pour le Canada, mais pour les autres nations et peuples du monde. L'offensive antisociale néolibérale attaque la souveraineté des nations en traitant les pays comme des «économies» qui doivent mettre toutes leurs ressources humaines et naturelles au service des grands pouvoirs impérialistes, des banques internationales et des groupes financiers. Le Québec comme le reste du Canada est en train d'être annexé à un nouvel État qui est sous la botte d'intérêts privés. Plusieurs peuples se font imposer des sanctions et des contre-révolutions parce qu'ils osent avoir leurs projets d'édification nationale.

Les Québécois ont été pris entre deux feux pendant cette élection sur la question de la souveraineté, entre les partis soi-disant majeurs qui disent vouloir enterrer la souveraineté ou qui disent la vouloir mais en font un énoncé de politique sans vie aucune et marqué par l'étroitesse d'esprit. D'un côté comme de l'autre ils ressassent ces vieilles notions en décrépitude de francophones versus anglophones, Québécois de souche versus les autres, séparatistes versus fédéralistes ou stabilité versus absence de stabilité. À l'opposé, il y a eu dans cette élection et avant, lors de la discussion sur la Charte des valeurs, une percée qui se fait en opposant l'étroitesse d'esprit et l'idée que la souveraineté doit demeurer une chasse gardée des partis du système de gouvernement de partis, un instrument de leur lutte pour le pouvoir et non quelque chose qui appartient au peuple et qui doit être décidé par lui sur la base de notions modernes.

Nos activistes ont été frappés par le profond malaise qui était ressenti par des personnes d'allégeance traditionnelle péquiste face à la Charte des valeurs et le message qu'elle véhicule sur l'identité nationale. Ce malaise est l'expression de l'opposition à une définition étroite, sans vie, de la nation et de ses désirs d'émancipation, une notion qui est aussi contredite par la négation continuelle des aspirations nationales parce que le peuple se fait dire que l'offensive antinationale et antisociale des monopoles est la seule façon que l'économie peut fonctionner, bref que la souveraineté n'existe pas.

Il y a eu une percée aussi dans la définition que le Parti marxiste-léniniste du Québec et ses candidats ont apportée de la souveraineté. Il s'agit d'une souveraineté qui est non seulement l'affaire de tout le monde mais une nécessité objective sur laquelle tous se penchent dans la mesure où les travailleurs et le peuple cherchent à chaque jour à affirmer leur droit de décider de leurs affaires, qu'elles soient économiques, politiques, sociales ou autres.

Loin de confiner la souveraineté à une bataille des partis qui veulent former le gouvernement, les travailleurs doivent s'en faire eux-mêmes les défenseurs et l'asseoir sur des conceptions modernes qu'ils élaborent dans le cours de la lutte pour leurs droits et les droits de tous.





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