Volume 2 Numéro 69 - 25 avril 2014

Les chantiers de l'histoire

Cyrille Duquet: inventeur, horloger,
joaillier et homme politique

Cyrille Duquette nait à Québec d'un père journalier le 31 mars 1841. À l'âge de 13 ans, il est apprenti chez un orfèvre. Quand ce dernier déménage, il travaille à son compte avec le nouveau propriétaire. Fasciné par la science, il assemble et installe des horloges, fabrique des bijoux et expose ses créations dans la vitrine du magasin, chose rare à l'époque. À 28 ans, avec le chimiste et écrivain Alexandre-Hubert LaRue, il conçoit un séparateur magnétique qui, à l'aide d'un aimant, attire les éléments ferreux dispersés dans d'autres matières.

Il met sur pied en 1870 un dispositif permettant d'enregistrer l'heure exacte à laquelle les gardiens vérifiant un télégraphe avertisseur d'incendie passent. C'est encore lui qui a l'idée de faire installer des horloges électriques dans les clochers et les tours d'édifices.

Avide des nouveautés scientifiques, il s'intéresse de près à l'évolution du téléphone. Il aurait eu une correspondance avec Alexander Graham Bell, son contemporain, bien qu'aucun document ne l'atteste. Par contre, en 1878 on lui atteste un brevet « pour le nouveau microphone installé sur un bloc d'aimants permanents qui améliorent la qualité de la transmission, ainsi que pour le concept d'un nouveau microphone. Une fois ces éléments brevetés, Duquet travaille à un système qui comporte en un seul combiné le microphone et le récepteur. Il réussit à les intégrer sur une courte planche, chacun d'eux étant fixé à une extrémité. »[1]

C'est cette création de Duquet qui sera le premier téléphone utilisé à Montréal. L'inventeur établit quelques lignes téléphoniques, dont une avec Spencer Wood (à Sainte-Foy) où réside le lieutenant-gouverneur, et avec un couvent de Sillery où se trouve un de ses 16 enfants. Sa bijouterie devient un lieu où les parents se rencontrent pour communiquer avec leurs enfants pensionnaires des collèges de ce secteur. Selon Wikipedia, « la ville de Québec, [...] fut l'une des toutes premières du monde à bénéficier de cette invention révolutionnaire. Il voulut acheter les droits de Bell, mais se vit refuser le montant de 100 000 $ nécessaire, ses banquiers estimant cette invention sans avenir. C'est cependant à lui que revient la paternité incontestée — et reconnue — du combiné téléphonique, en usage dans le monde entier. »


Deux des nombreuses inventions de Cyrille Duquet. À gauche: L'horloge « magique » (1868) qui fonctionne en apparence sans mouvement d'horlogerie, lequel est dissimulé dans les aiguilles. À droite: Le téléphone tel que conçu par Cyrille Duquet.

L'inventeur est mis en demeure par la Canadian Telephone Company en 1880 qui possède les brevets canadiens pour l'invention de Bell et qui lui ordonne de cesser la fabrication de ses téléphones. Duquet répond:

« Le brevet pour lequel vous faites tant de bruit est périmé et de nul effet. [...] Veuillez en finir avec vos menaces de poursuite qui ne m'effrayent nullement. Si vous désirez avoir un brevet inattaquable je vous conseille d'acheter le mien [...] le plus tôt possible, conclut-il, car plus vous retarderez plus il vous faudra payer cher. »[2] La compagnie, ayant comme premier intérêt les améliorations que Duquet amène au téléphone, réduit sa poursuite de 5000 $ à 10 $. En 1882, Duquet cède pour 2100 $ à la compagnie — intégrée alors à la Compagnie Bell — « ses titres, brevets, droits de brevet, licences, contrats, outils de production, appareils, biens meubles et fonds commercial et renonce à tout projet dans le monde de la téléphonie. »[3]

Il devient ensuite conseiller municipal sous François Langelier, maire de Québec et ancien député libéral, de 1883 à 1890. Il participe au remplacement du gaz par l'électricité pour l'éclairage des rues. Après avoir fait face à une faillite, il revient comme élu municipal entre 1900 et 1910. Il meurt en 1922.

Cyrille Duquet était aussi un excellent musicien. En tant que flûtiste, il était membre du Septuor Haydn, ensemble musical virtuose de Québec, dont certains membres ont joint les rangs de la Société symphonique de Québec (actuel Orchestre symphonique de Québec) en 1903.

Le legs de Cyrille Duquet est illustré par « la masse de l'Assemblée nationale du Québec (qui) compte parmi les réalisations les plus connues de l'orfèvre Duquet. Un édifice porte son nom, le 1500, boulevard Charest Ouest, à Québec, où est logée la direction des communications du ministère de la Culture et des Communications du Québec. L'édifice de la rue Saint-Jean comptait trois étages; il a été démoli pour permettre la construction d'une banque tandis que la résidence de la Grande Allée a cédé la place à l'hôtel Loews Le Concorde. En 1983, l'Institut national de la recherche scientifique donnait son nom à une nouvelle chaire de logiciels liés à l'informatique. »[4] Son nom apparaît aussi sur des cadrans ornant des monuments aux États-Unis.

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1. Bibliothèque et Archives Canada
2. Dictionnaire biographique du Canada
3. Ibid
4. Ibid

(Sources: Dictionnaire biographique du Canada, Wikipedia, Bibliothèque et Archives Canada, Vitrine technologique du gouvernement du Québec)




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