Volume 2 Numéro 70 - 28 avril 2014

28 avril: Jour de deuil pour les travailleurs blessés ou tués au travail

Les travailleurs tiennent les monopoles responsables
pour la santé et sécurité au travail

Le 28 avril 2014 est le 30e anniversaire du Jour de deuil pour les travailleurs blessés ou tués au travail. Encore une fois cette année, les travailleurs organisent des cérémonies, des réunions et observent des minutes de silence aux endroits de travail le 28 avril pour pleurer les morts et combattre pour les vivants. Selon l'Organisation internationale du travail (OIT), 6300 travailleurs meurent chaque jour dans le monde des suites de blessures au travail ou de maladies professionnelles, pour un total de 2,3 millions par année. Les décès et les blessures frappent avec une violence particulière les travailleurs d'Asie, d'Afrique, d'Amérique latine et des Caraïbes à cause de leur surexploitation aux mains des monopoles. Selon l'OIT, sur les 2,3 millions de décès reliés au travail qui se produisent dans le monde chaque année, environ 321 000 sont causés par des blessures au travail et 2,02 millions par des maladies professionnelles. Au Canada, environ 1000 travailleurs décèdent chaque année à la suite de blessures au travail et de maladies professionnelles, dont environ 200 au Québec. En 2013, selon les statistiques officielles, 184 travailleurs sont morts au Québec en raison d'accidents de travail ou de maladies professionnelles.

La santé et la sécurité des travailleurs sont mises à mal par l'intensification de leur exploitation aux mains des monopoles, avec l'accélération des cadences, l'augmentation des heures travaillées dans des secteurs à haut risque comme les chemins de fer et d'autres, l'augmentation des charges de travail etc. Elles le sont tout autant par les attaques qui sont faites contre les syndicats, les efforts de désyndicalisation et la criminalisation et la répression des travailleurs qui dénoncent les dangers et se battent pour des conditions salubres et sécuritaires. Les intérêts monopolistes privés veulent avoir affaire à des travailleurs désorganisés réduits à traiter de leurs problèmes sur une base d'un à un et non en collectif, mobiles et jetables à souhait.

La défense des organisations des travailleurs et de leur voix collective est au centre des commémorations du 28 avril. On voit en ce moment une conscience en fort développement à l'effet que la santé et la sécurité du public est directement reliée aux conditions de santé et de sécurité des travailleurs eux-mêmes et à leur mobilisation pour mettre en jeu consciemment le facteur humain dans le fonctionnement de l'industrie et des services publics. On l'a vu de façon si dramatique à Lac-Mégantic. On voit aussi les travailleurs prendre en main de percer le mur du silence et des discours officiels pour obtenir des mesures concrètes qui vont changer la situation, comme le montre la campagne Mettons fin au carnage! Appliquez la loi en référence à la loi fédérale Westray qui prévoit des poursuites au criminel contre les directions d'entreprise qui font preuve de négligence et causent des accidents, une loi qui pourtant reste lettre morte. Important aussi est le travail des métallos pour gagner les conseils de ville à appuyer cette campagne. Chantier politique appuie ces développements et salue les travailleurs qui se dévouent corps et âme à défendre leurs droits et forcer les monopoles et les gouvernements à être redevables de leurs actions.


On a besoin d'outils pour pouvoir avancer,
être présents et reconnus sur les chantiers

Le 28 avril selon moi, c'est le travail que l'on fait tous les jours, c'est de continuer à faire de la prévention pour qu'il y ait beaucoup moins de dangers sur les chantiers, pour qu'on élimine le danger et que les travailleurs et travailleuses puissent retourner chez eux le soir. C'est comme cela qu'on honore le mieux la mémoire des travailleurs. La construction au Québec, d'année en année, c'est 5% de la main-d'oeuvre et 25% des décès.


Les travailleurs de la construction du Québec ont fait la grève
en juin 2013 contre les demandes de concessions inacceptables
sur les salaires et conditiosn de travail.

On a les outils, les techniques, les équipements sécuritaires qui existent sauf que les employeurs ne les achètent pas pour toutes sortes de raisons. On se retrouve avec des méthodes de travail dangereuses mais qui produisent vite à leur goût. Le travail se fait de plus en plus vite, c'est du travail superposé de toutes sortes de métiers qui travaillent l'un par dessus l'autre parce qu'il faut sortir le bâtiment le plus vite possible.On a besoin d'outils pour pouvoir avancer, être présents et reconnus sur les chantiers. Un changement qu'on réclame, et cela fait maintenant 34 ans de cela, c'est que le gouvernement promulgue les articles 204 à 215 de la Loi sur la santé et la sécurité du travail qui concernent l'industrie de la construction. Cela nous donnerait des représentants en prévention sur les chantiers qui seraient formés par les syndicats, feraient de la prévention, parleraient aux travailleurs et discuteraient avec les employeurs pour trouver des méthodes et équipements sécuritaires. Ce n'est pas de la sensibilisation ou de la publicité dont on a besoin, tout ça c'est du discours, il faut qu'on passe aux actes sur les chantiers. On a des gouvernements qui ont manqué de courage politique pour faire appliquer la loi. On est obligé de se battre pour se faire entendre, pour être présents lorsqu'il y a des discussions en prévention. Souvent cela se passe entre la CSST et les employeurs sans même que les travailleurs et leurs représentants soient présents.

La loi prévoit des droits de refus lorsque c'est dangereux et que l'employeur ne fait rien pour corriger la situation. Nous intervenons pour protéger les travailleurs parce que quand ils font un droit de refus dans l'industrie de la construction, étant donné qu'il n'y a pas d'ancienneté dans l'industrie, souvent deux ou trois semaines après avoir exercé leur droit de refus ils se font mettre à pied. Dans la loi c'est clairement dit que lorsqu'un droit de refus est fait, le travailleur est présumé être au travail. Son obligation c'est de dire à l'employeur qu'il fait un droit de refus, puis il reste sur le chantier, disponible à travailler et l'employeur est obligé de le payer. Il n'y a pas longtemps au CHUM, le Centre hospitalier de l'Université de Montréal, 400 travailleurs ont fait un droit de refus. Il y a un employeur, qui a une centaine de travailleurs, qui ne les a pas payés. On a été obligé de contester et ce n'est pas encore réglé. Ça c'est de l'intimidation de la part des employeurs. C'est de la vraie intimidation sauf qu'on ne s'occupe pas de cela. C'est de l'intimidation reliée à une position que les travailleurs ont prise pour préserver leur santé et sécurité.Il y a le discours qui dit aux travailleurs de faire de la prévention, d'identifier les dangers et de les dénoncer, mais quand ils le font, ils subissent des mesures de représailles de la part des employeurs. On est sur les chantiers pour les protéger. On fait des contestations quand les travailleurs reçoivent des mesures disciplinaires. C'est difficile de travailler dans ce contexte-là. Si on avait des représentants en prévention ce serait des travailleurs qui seraient constamment sur les chantiers et feraient de la prévention alors que là ce sont des représentants syndicaux qui se promènent dans les régions. Ils ont plusieurs chantiers à aller voir.

Le gouvernement libéral dans le temps a parlé de l'intimidation qui se fait dans la construction disant que l'intimidation vient des syndicats. Il n'a rien fait contre les employeurs qui en font de l'intimidation sur les chantiers. Le gouvernement n'a rien vu de cela quand il a passé sa loi sur l'industrie de la construction en 2011.Les gouvernements donnent l'impression qu'ils sont à l'écoute, qu'ils sont sensibilisés quand ils font des discours le 28 avril. Puis après ils ne font rien. Moi j'appelle cela faire preuve de lâcheté.

Dans la construction nous sommes des syndicats qui ont toujours été en compétition un envers l'autre. Pour la santé et la sécurité des travailleurs, on a mis de côté la compétition et on travaille ensemble. On a fait des compromis pour trouver une façon d'avoir des représentants à la prévention d'une façon qui serait applicable sur les chantiers. On comprend bien qu'avec 5 syndicats sur les chantiers on ne pourra pas avoir autant de représentants à la prévention qu'il y a de syndicats. On se prépare pour pouvoir mettre en application ce qu'on revendique. On ne fait pas juste dénoncer. On trouve des solutions aux problématiques, on veut être actifs en santé et sécurité.


Il faut que vous ayez un syndicat organisé
qui n'a pas peur de parler

On a environ 200 travailleurs au Québec qui décèdent chaque année au travail. Ce qu'on doit faire ressortir, c'est que la Loi sur la santé et la sécurité du travail ne s'applique pleinement que dans certains secteurs dits prioritaires. Cela fait plusieurs années que les gouvernements tant libéraux que péquistes ne bougent pas là-dessus et que les employeurs font beaucoup de pression pour que la situation ne change pas. Ils ne veulent pas qu'on rende obligatoires les comités conjoints de santé et sécurité dans tous les secteurs et qu'on revoit la réglementation au sujet des représentants en prévention. Le représentant en prévention c'est primordial si tu veux faire une vraie prévention sur le terrain. Il en faut partout mais je pense qu'il y en a seulement dans à peu près 15% des places de travail au Québec. Les comités paritaires de santé et sécurité aussi c'est important mais on ne doit pas en faire des comités paritaires pour se taire. Il faut que vous ayez un syndicat organisé qui n'a pas peur de parler.

Si tu n'as pas un syndicat organisé bien souvent on a des comités de santé et sécurité où les représentants des travailleurs sont nommés par les employeurs alors ça ne vaut pas cher. Dans le secteur minier, dans les mines syndiquées, les chances d'avoir un accident mortel ou grave sont beaucoup moindres que dans des mines non syndiquées. On peut faire une meilleure intervention dans les mines syndiquées. En ce moment c'est environ 45% des travailleurs dans les mines qui sont syndiqués et 55% non syndiqués. Il y a une campagne très féroce en Abitibi de la part des compagnies minières, beaucoup de pression de leur part pour que les travailleurs ne se syndiquent pas. Les minières font beaucoup d'ingérence et de menaces aux travailleurs quand on essaie de syndiquer les mines qui ne le sont pas.

Un autre aspect important c'est qu'il faut que la loi Westray soit appliquée (La loi fédérale de mars 2004 qui a modifié le Code criminel pour exiger que quiconque dirige l'organisation du travail dans un établissement prenne les mesures pour éviter les accidents et imposer une responsabilité pénale aux personnes en position de direction pour négligence — ndlr).

Les métallos, on a été au centre du travail pour faire passer cette loi et ça nous a pris plus de 10 ans pour la faire passer. La loi c'est beau mais cela prend des procureurs de la couronne pour poursuivre les employeurs. Ils sont plus que frileux à le faire. Les employeurs s'esquivent beaucoup de leurs responsabilités. Si la loi était appliquée et qu'il y avait des poursuites au criminel contre les employeurs, cela se parlerait beaucoup et les employeurs devraient faire attention à la diligence raisonnable.

Il y a beaucoup de pressions qui s'exercent dans les mines contre les travailleurs. Ces pressions-là existent dans les mines syndiquées comme dans les mines non syndiquées mais si on a un syndicat organisé qui n'a pas peur de défendre ses membres alors on est mieux équipé pour intervenir. Le travail doit toujours être fait plus vite et on n'est jamais assez productif au goût des minières. Les actionnaires des entreprises minières exigent des cibles d'extraction de minerai qui ne sont pas atteignables. Les minières émettent des primes au rendement pour qu'on atteigne les cibles. Des méthodes de travail sont introduites qui ne prennent pas en considération les paramètres de sécurité. Il y a plus de risques qui mènent à des effondrements et glissements de terrain qui peuvent avoir des conséquences très graves. On nous met en concurrence avec les mineurs d'autres pays qui sont payés moins cher et ont moins de conditions, on nous fait valoir que notre prix à l'once est plus cher. L'automatisation mène aux pertes d'emplois dans le secteur minier. On met l'emphase sur la technologie plutôt que de mettre le capital sur le travailleur. Prenez la formation des travailleurs. Quand vous sortez de l'école avec un diplôme d'études professionnelles en extraction de minerais, vous en sortez avec 960 heures de cours mais vous n'êtes pas encore un mineur. Si la mine ne donne pas la formation, c'est là qu'il va y avoir des accidents plus graves. L'expérience, l'expertise des travailleurs est perdue.

Appliquer pleinement la Loi sur la santé et la sécurité du travail dans tous les secteurs, avoir des représentants en prévention partout, appliquer la loi Westray, ce sont toutes des choses importantes pour améliorer la santé et la sécurité des travailleurs.




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