Volume 2 Numéro 71 - 30 avril 2014

Le Québec dans la stratégie du gouvernement Harper
pour «acheminer les ressources vers les marchés»

Depuis l'élection du gouvernement libéral majoritaire de Philippe Couillard, le premier vice-président et économiste en chef du Conference Board du Canada Glen Hodgson, la PDG de Desjardins Monique Leroux et le ministre fédéral des Finances Joe Oliver sont tour à tour intervenus dans les médias et forums d'affaires pour dire quelle place le Québec doit occuper dans la stratégie de braderie des ressources naturelles du Canada. Chacun propose à sa manière une recette politique et économique pour que « l'économie québécoise s'engage dans une nouvelle voie» (Glen Hodgson), «faire naître de nouvelles entreprises pour remédier au vieillissement» (Monique Leroux) et «exploiter pleinement ses ressources naturelles» (Joe Oliver). Ils ont tous les trois enjoint le Québec à profiter du fait que le scrutin du 7 avril a «permis d'éliminer le risque politique au Québec» pour les quatre ou cinq prochaines années pour appliquer les politiques néolibérales au service des monopoles d'Amérique du Nord.

Dans un article paru dans La Presse le 15 avril, Glen Hodgson écrit que «le Québec se dirige vers une période de ralentissement prolongé de la croissance économique» et avertit que «sans action délibérée du gouvernement et des entreprises, les Québécois seront confrontés à la désagréable perspective d'une détérioration des services publics, doublée d'une hausse des impôts.»

M. Hodgson propose, pour infléchir la baisse du taux de croissance du Québec, que ce dernier accueille plus d'immigrants, que les travailleurs plus âgés soient incités à retarder leur départ à la retraite et que plus d'autochtones soient encouragés à se joindre à la population active.

Selon lui, le gouvernement pourrait investir dans l'éducation et les compétences, notamment en augmentant les droits de scolarité de manière à tenir compte du coût réel de l'enseignement postsecondaire. «Des droits artificiellement faibles privent les établissements d'enseignement de ressources financières, écrit-il. Il serait plus judicieux de relever les frais de scolarité, tout en facilitant l'accès aux prêts étudiants et l'obtention de bourses pour les étudiants à faible revenu.»

Le président du Conference Board commente par ailleurs les dernières élections québécoises. « La question de l'avenir politique de la province étant résolue pour les quatre prochaines années, l'incertitude à court terme devrait être levée auprès des investisseurs. En outre, des investissements publics complémentaires dans les infrastructures favoriseraient la croissance de l'investissement privé, surtout dans la région de Montréal, qui demeure le moteur de l'économie québécoise.»

Concernant la productivité, il affirme que « la plateforme politique du nouveau gouvernement suggère que ce dernier priorisera l'amélioration de l'efficience économique du Québec pour favoriser la croissance de la productivité. Le gouvernement doit montrer qu'il est prêt à mettre en oeuvre des programmes propices à l'innovation en affaires et favorable à une ouverture au commerce et à l'investissement (qui ne seraient pas fortement subventionnés). Sans une nouvelle orientation de la politique économique, il est peu probable que les perspectives de croissance économique du Québec s'améliorent.»

Prenant la parole devant la Chambre de commerce du Montréal métropolitain le 22 avril, Monique Leroux a lancé «un appel à l'action» pour «faire face au vieillissement de la population et au manque de relève qui l'accompagne» et à «la faible productivité des entreprises québécoises. « Si les entreprises québécoises n'améliorent pas leur productivité, dit-elle, elles auront beaucoup de mal à conquérir de nouveau marchés et à affronter la compétition étrangère qui cogne à leur porte.» Elle avertit que «le Québec sera très bientôt au choc démographique».

Mme Leroux cite un rapport rédigé conjointement par Desjardins et le CIRANO (Centre interuniversitaire de recherche en analyse des organisations) : « Cette réduction du nombre de travailleurs aura toutes les chances d'affecter la productivité et la croissance de l'économie québécoise». Elle poursuit en disant : « Il existe un consensus fort de la communauté d'affaires sur la nécessité d'agir pour Montréal et pour un Québec prospère. Notre but, c'est d'alimenter le gouvernement en place et les administrations des différentes villes pour passer à l'action et créer de l'emploi.»

Le ministre fédéral des Finances, Joe Oliver, a proposé de son côté, devant la même Chambre de commerce du Montréal métropolitain le 23 avril, que « le Québec décide d'exploiter ses ressources naturelles à leur plein potentiel», au même titre que l'Alberta et la Saskacthewan.

Faisant référence aux dernières élections provinciales, le ministre canadien a dit : « Les résultats vont assurément permettre de jeter les bases d'une nouvelle croissance économique qui profitera non seulement au Québec, mais encore à l'ensemble du pays. Le récent scrutin a permis d'éliminer le risque politique au Québec. Le contexte politique stable au Québec lui permettra d'attirer davantage de capitaux étrangers, nécessaires pour les grands projets de développement des ressources naturelles.»

Contrairement au ton pessimiste de Hodgson et Leroux, Oliver a livré un discours au ton résolument optimiste. « Les possibilités qui s'offrent sont remarquables parce que le Québec est doté des éléments nécessaires pour connaître une nouvelle prospérité. Je peux déjà entrevoir l'émergence du Québec parmi les principales puissances économiques du pays. »

Le ministre Oliver poursuit en faisant valoir les avantages que détient le Québec. « Le Québec compte une population très scolarisée et créative, avec une riche culture, une grande expertise scientifique et un excellent sens des affaires. » Il a souligné que la province regorge de ressources naturelles importantes et qu'elle peut compter sur une base industrielle solide et un secteur des services très évolué. Le Québec, selon M. Oliver, dispose « d'un accès à un marché de plus de 370 millions de personnes, grâce à l'ALENA, qui procure un avantage certain aux entreprises du Québec, et l'accord de libre-échange entre le Canada et l'Union européenne leur permettra de dénicher de nouveau marché.»

Toujours selon le ministre Oliver, le Québec, « s'est montré timide dans le passé dans le développement de certaines ressources, comme le pétrole et le gaz naturel». Il affirme que «le Québec doit et peut jouer un rôle de premier plan dans le secteur énergétique. Il incombe toutefois au gouvernement du Québec de décider s'il veut ou non se lancer dans le développement des ressources de pétrole et de gaz naturel qui reste à exploiter.»

Selon lui 200 000 emplois directs dépendent des ressources naturelles au Québec et ce secteur représente plus de 10 % du produit intérieur brut de la province. En 2013-14, les redevances versées à la province par le secteur des ressources naturelles ont dépassé 1 milliard de $. Or, nous savons que selon les prévisions du gouvernement Couillard, le Plan Nord + devrait engendrer des investissements de plus de 80 milliards $ — dont 28 milliards dans le secteur minier et 47 milliards dans le cadre de projets énergétiques.

Le ministre Oliver affirme que « le Québec aura un partenaire fiable s'il s'engage dans cette voie» puisque «le gouvernement Harper est déterminé à accroître la capacité du Canada à acheminer ses ressources vers les marchés».

« Nous disposons d'une grande abondance de ressources naturelles. Mais pour tirer pleinement parti des ressources naturelles du pays, nous devons diversifier nos marchés. Notre infrastructure énergétique inadéquate nous empêche cependant de le faire, alors que la demande pour ces ressources augmente», dit-il.

Tout cela confirme ce que le PMLQ a dit de l’élection des libéraux le 7 avril, à savoir que c’est le résultat de l’intervention de l’establishment canadien qui ne veut pas renouveler les arrangements constitutionnels de manière à reconnaître le droit du Québec à l’autodétermination. Même si les arrangements fédéraux ne sont plus bons ni pour le Québec, ni pour les provinces, puisque le principe d’universalité n’existe plus, ces forces insistent pour dire que si le Québec signe la Constitution, la crise constitutionnelle sera résolue. Il n’y a rien de plus faux. Les politiques néolibérales détruisent les arrangements créés avec les États-nations au XIXe siècle. Maintenant c’est au tour de la classe ouvrière à constituer la nation et à investir le peuple du pouvoir souverain. Le programme économique que propose le ministre Oliver ne va pas bénéficier aux Québécois.





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