Volume 2 Numéro 77 - 15 mai 2014

Tragédie de Lac-Mégantic

Les travailleurs blâmés pour
l'irresponsabilité criminelle des monopoles

Plutôt cette semaine, trois employés de la Montreal Maine and Atlantic (MMA) ont été accusés de négligence criminelle suite à la tragédie de Lac-Mégantic le 6 juillet de l'année dernière. Il s'agit du conducteur de la locomotive Thomas Harding, du contrôleur ferroviaire Richard Labrie et du directeur de l'exploitation de la MMA Jean Demaître. Ces accusations font suite à l'enquête de la Sûreté du Québec suite à la tragédie et plus de 47 chefs d'accusation de négligence ayant causé la mort ont été déposés contre les trois hommes ainsi que la compagnie en tant que « personne morale ». Les accusations sont telles que des peines pouvant aller jusqu'à l'emprisonnement à perpétuité sont dans le domaine du possible.

Les médias monopolisés ont fait de l'arrestation du conducteur du train, Thomas Harding, un spectacle particulièrement dégoûtant. Le comportement de la Sûreté du Québec qui a procédé à son arrestation comme s'il s'agissait d'un terroriste fait l'objet de plusieurs critiques, notamment de la part de l'avocat de l'accusé, Me Thomas Walsh. « J'imagine qu'on voulait avoir le plus de drame et d'impact médiatiques possibles, dit-il. On a envoyé non seulement l'escouade tactique, mais on a aussi utilisé une sirène à haut volume. Tout le monde a été mis à terre, son fils inclus. »

Lors d'une sortie publique, le directeur québécois du Syndicat des métallos, Daniel Roy, fulminait contre le traitement réservé aux accusés. « Personne n'inquiète le président d'une compagnie qui a fait des économies sur le dos de la sécurité, dit-il. Personne n'inquiète le fédéral qui a dérèglementé l'industrie et rendu une telle tragédie possible. Mais les travailleurs, eux, on les envoie en pâture au public. »

Il a poursuivi en affirmant que le véritable responsable est le gouvernement fédéral avec sa déréglementation et la cession de chemin de fer à de petites compagnies comme la MMA. « Voir la ministre des Transports se féliciter de l'arrestation de travailleurs est incroyable. On couvre le gouvernement et les dirigeants de la MMA. »

De son coté, le ministre fédéral Christian Paradis, de passage à Lac-Mégantic pour le lancement officiel de la reconstruction du musi-café, est allé dans le même sens que sa collègue des Transports en parlant des accusés comme s'ils étaient coupables: « Qu'il y ait 3, 4 ou 100 personnes de reconnues coupables, ça ne ramènera pas les proches qui ont disparu, mais c'est important que les procédures suivent leur cours pour démontrer aux gens que quand des gens enfreignent la loi, on va au fond des choses et qu'ils sont tenus responsables. »

La Sûreté du Québec a refusé de dire si d'autres accusations seront portées dans un avenir rapproché, se contentant de défendre son intervention lors de l'arrestation du conducteur en disant avoir respecté les procédures dans le cas d'accusations de cet ampleur. Le porte-parole du Directeur des poursuites criminelles et pénales, Me René Verret, a également refusé de dire si des accusations vont être déposées contre Ed Buckardt ou d'autres dirigeants de l'entreprise.

Que signifient ces événements troublants pour la population du Québec ? Depuis la tragédie du 6 juillet 2013, les travailleurs ont discuté maintes et maintes fois de la responsabilité du gouvernement fédéral pour avoir laissé les monopoles s'autoréglementer. Ils ont dénoncé pratiquement tous les jours la façon dont les monopoles ferroviaires profitent de la « manne » du pétrole, mais aussi critiqué vivement les monopoles pétroliers qui ne démontrent aucune espèce de remords face aux conséquences humaines et environnementales de la tragédie.

Entre autres, les gens sont très préoccupés par le fait que la compagnie et les autorités fédérales ont tenté de garder caché le fait que les wagons en question n'étaient pas convenables pour le transport de matières aussi volatiles. Va-t-on blâmer les travailleurs pour cela aussi ?

Les travailleurs ont assisté à plusieurs déraillements depuis l'été dernier aux États-Unis, en Alberta et récemment au Nouveau-Brunswick. Ils ont réclamé le respect des règles et des lois en vigueur en ce qui concerne le transport de matières dangereuses, le respect de la santé et sécurité des travailleurs et des communautés et le bon entretien des chemins de fer.

Dans l'esprit de la classe ouvrière au Québec et au Canada, le gouvernement Harper est responsable de cette tragédie pour ne pas avoir donné au Bureau de la sécurité des transports (BST) Canada les moyens nécessaires pour empêcher les monopoles ferroviaires et les producteurs de gaz et de pétrole de commettre des actes criminels en toute impunité. Bien que le rapport du BST fasse beaucoup de recommandations en ce qui concerne les mesures à adopter (la plupart concernent le simple respect des normes existantes), les représentants de la dictature Harper osent parler de respect des lois et de justice, eux qui tous les jours violent les simples règles du parlementarisme britannique et bafouent ou modifient les lois qui ne font pas leur affaire.

Les arrestations survenues cette semaine ont pour but de créer un sentiment d'impuissance que le droit de monopole est au-dessus de toute demande des travailleurs et que rien ne doit empêcher la poursuite des « vraies affaires ». L'autre chose est que ces événements montrent que la criminalisation des travailleurs est passée à une vitesse supérieure. Ce sont les travailleurs qui vont être blâmés pour les décisions destructrices des monopoles et des gouvernements. Cela ne doit pas passer.

La classe ouvrière ne peut se contenter d'être indignée de cette situation, elle doit réfléchir à ces nouvelles conditions, devenir plus vigilante et avoir les deux pieds sur terre. La dénonciation d'une telle injustice ne remplace pas la nécessité de bâtir notre programme politique, nos organisations, notre pensée indépendante et nos actions avec analyse. Les travailleurs sont de tout coeur avec les accusés et tous les autres travailleurs ferroviaires et exigent que tous les chefs d'accusations soient retirés contre eux et que les véritables responsables paient pour leur crimes.

Ceci dit, les travailleurs vont aussi tirer des leçons, à savoir qu'ils ne peuvent pas se réconcilier avec les conditions de travail auxquelles ils sont assujettis et que les syndicats doivent défendre ceux qui sont disciplinés quand ils refusent de travailler quand les règlements sont inadéquats pour le travail qu'ils font, qu'ils soient syndiqués ou pas. Sinon, de plus en plus de travailleurs risquent d'être tenus responsables pour les accidents. Cela s'applique à tous les secteurs de l'économie, pas seulement au transport ferroviaire. Par exemple, dans le secteur de la santé les conditions de travail des infirmières sont telles qu'elles n'ont même pas le temps de lire les dossiers des patients. Qui faut-il blâmer quand il se produit des erreurs ou des accidents, les infirmières ou ceux qui sont responsables des compressions ? Ce n'est pas suffisant de dire que les travailleurs n'ont pas de responsabilité là-dedans puisque ce ne sont pas eux qui prennent ces décisions aux conséquences criminelles. La vérité est que nous ne pouvons pas espérer que les criminels à la direction des entreprises et des gouvernements deviennent responsables. C'est aux travailleurs de s'organiser pour s'assurer que ça change.

 


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