Volume 2 Numéro 79 - 18 mai 2014

Journée nationale des Patriotes

Le besoin d'investir le peuple du pouvoir de décider
est plus actuel que jamais

Le 19 mai, Journée nationale des Patriotes, des activités ont lieu partout au Québec pour célébrer la mémoire des patriotes qui ont combattu et affronté les fusils et la potence de la puissance colonialiste britannique en 1837-1838. À Montréal, la marche annuelle part de la Place du Canada à 12 h 30 et se rend à la prison du Pied du Courant (angle Notre-Dame et De Lorimier) où se trouve le monument en l'honneur des patriotes pendus en 1839.

Dès le printemps de 1837, face au refus de la couronne britannique de répondre aux revendications de l'Assemblée législative du Bas-Canada, telles que formulées dans les 92 Résolutions de 1834, de grandes assemblées populaires éclatèrent spontanément dans tous les coins du Québec. C'est le peuple qui réclamait ses droits démocratiques.

Au coeur de cette grande expression de la volonté populaire, les patriotes proclamèrent « par ordre du gouvernement provisoire  » un important manifeste appelé « Déclaration d'indépendance de la République du Bas-Canada  ». Ils y énoncèrent les principes et les droits démocratiques propres à une république. L'article 3 appelle à la défense des droits de tous : « 3. Que sous le gouvernement libre du Bas-Canada, tous les individus jouiront des mêmes droits : les sauvages ne seront plus soumis à aucune disqualification civile, mais jouiront des mêmes droits que tous les autres citoyens du Bas-Canada.  » L'article 15 proclame que c'est le peuple qui rédigera sa constitution : « Que dans le plus court délai possible, le peuple choisisse des délégués, suivant la présente division du pays en comtés, villes et bourgs, lesquels formeront une convention ou corps législatif pour formuler une constitution suivant les besoins du pays, conforme aux dispositions de cette déclaration, sujette à être modifiée suivant la volonté du peuple.  »

La Rébellion de 1837-1838 fut écrasée par la force des armes, avec la suspension des libertés civiles, des arrestations massives, l'incendie de demeures, la pendaison de 12 patriotes et l'exil forcé de 64 autres. Plus de 1 700 personnes furent jetées en prison. Rien qu'à Montréal, 816 personnes furent arrêtées en 1838, sur une population de 30 000 personnes. Par rapport à la population de Montréal aujourd'hui, ce serait l'équivalent de 40 000 personnes. De ce nombre, 108 furent traduits en cour martiale. C'est sans compter les centaines qui durent fuir aux États-Unis pour éviter la persécution, y compris dix accusés de « meurtre  » qui faisaient face à la peine de mort s'ils revenaient au pays. Ces événements marquèrent la suppression de l'État-nation moderne du Québec dont l'existence continue d'être niée à ce jour en la privant de son droit à l'autodétermination en tant qu'entité légale indépendante, libre de former une union avec le reste du Canada si tel est son désir.

La Rébellion de 1837-1838 est un événement important dans l'histoire du Québec et du Canada. Il faut en saisir la signification pour comprendre la situation aujourd'hui et voir que les institutions dites démocratiques sont loin d'être au rendez-vous pour ce qui est de consacrer le pouvoir du peuple de décider de ses affaires. L'établissement d'un État moderne et indépendant du Québec demeure nécessaire pour résoudre la crise des institutions démocratiques en faveur du peuple, pour mettre fin à l'emprise des institutions issues de la répression du projet d'édification nationale des patriotes de 1837-1838. Les institutions dites démocratiques étaient basées sur des « accommodements raisonnables », c'est-à-dire les arrangements que les oligarques britanniques ont jugés « raisonnables  » pour renforcer la domination coloniale britannique établie après la défaite de la France sur les plaines d'Abraham en 1759 et après que le Québec soit passé de colonie française à colonie anglaise.

Le pouvoir britannique a divisé le peuple sur une base ethnoculturelle et enchâssé cette division dans l'Acte d'Union de 1840. Depuis, la stratégie de diviser pour régner a servi, d'abord à l'État britannique et ensuite à l'État anglo-canadien, à imposer le diktat des élites dominantes au peuple du Québec et au peuple du Canada, ainsi qu'aux Premières Nations.

Au fil des ans, le refus d'ouvrir la voie au progrès de la société s'est traduit par des tentatives continuelles de diviser le corps politique sur la base de la langue, de l'origine nationale, de la culture, des croyances et autres. Un système de partis de cartel s'est installé dans lequel des partis alternent au pouvoir en rivalisant pour déterminer lequel représente le mieux les valeurs québécoises, mais sans jamais engager le peuple lui-même dans la discussion en tant que décideur souverain. L'identité du peuple québécois telle que définie par un cercle restreint d'individus est réduite à une affaire de langue ou de religion. Tout cela concourt à supprimer le droit d'être de la nation québécoise et le droit du peuple de décider lui-même de quels genres d'arrangements il a besoin pour s'épanouir.

Aujourd'hui les institutions démocratiques connaissent une crise de légitimité sans précédent. Loin de répondre à la demande qui est au coeur de notre époque, à savoir qu'aucun des grands problèmes économiques, politiques et sociaux ne peut être résolu sans faire du peuple le décideur, les élites dominantes recourent à des coups électoraux pour se donner le « mandat » de faire ce qu'elles veulent. Elles prétendent avoir le mandat de restructurer l'État au service de puissants intérêts privés, de brader les ressources naturelles et d'établir de nouveaux arrangements pour faciliter l'annexion politique, économique et militaire du Canada et du Québec aux États-Unis des monopoles d'Amérique du Nord.

Comme en 1837-1838, les patriotes d'aujourd'hui se font les défenseurs de la cause la plus unificatrice qui soit : celle d'investir le peuple du pouvoir souverain de décider de toutes ses affaires politiques, économiques, sociales et culturelles. Ils organisent le peuple dans des assemblées et autres forums en dehors du système de partis de cartel qui ne sert qu'à usurper le pouvoir de décider et ils s'informent et informent leurs concitoyens sur les causes et les solutions des problèmes qui bloquent le progrès de la société.

En cette occasion, Chantier politique salue tous ceux et celles qui épousent la cause des patriotes du Québec, en particulier ceux qui sont résolus à élaborer un projet d'édification nationale qui réponde aux exigences de l'heure.

Que la classe ouvrière devienne la nation et
investisse le peuple du pouvoir souverain !



 


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