Volume 2 Numéro 88 - 11 juin 2014

Actualités ouvrières

Le ministre du Travail menace d'imposer une nouvelle
loi spéciale aux travailleurs de la construction

En point de presse le 9 juin, le ministre du Travail Sam Hamad a dit qu'il va rendre illégale une grève des travailleurs de la construction cet été.

Les quelque 80 000 travailleurs du secteur institutionnel/commercial et industriel (ICI) seront en position de grève légale, et les employeurs en position de lockout, le 22 juillet prochain. Ces travailleurs étaient en grève en juin de l'an dernier pour s'opposer à des demandes de concessions antiouvrières lorsque le gouvernement les a forcés à retourner au travail par une loi spéciale dans la nuit du 1er juillet. La loi spéciale prolongeait leurs conditions de travail pendant un an, donc jusqu'au 30 juin prochain. La grève de l'été dernier était une grève générale de tous les travailleurs de la construction du Québec déclenchée le 17 juin mais les travailleurs des secteurs génie civil/voirie et résidentiel avaient conclu une entente avec les associations patronales à la fin juin.

Dans son point de presse, le ministre Hamad reprend le langage de tous les gouvernements de l'offensive antisociale à l'effet que la meilleure solution est supposément une solution négociée. En fait, il n'y a pas de négociation mais une tentative d'extorquer des concessions aux travailleurs avec la certitude pour les employeurs que le gouvernement va utiliser son pouvoir pour déclarer la grève illégale. Les concessions, comme l'ont démontré les travailleurs de la construction, vont occasionner la détérioration des conditions de travail sur les chantiers et les conditions de vie des travailleurs et de leurs familles, et le gouvernement se fait l'instrument de l'imposition de ces concessions que les travailleurs n'acceptent pas.

Selon l'Alliance syndicale qui représente les cinq syndicats de la construction au Québec, l'Association de la construction du Québec (ACQ) est revenue à la charge en février 2014 avec les mêmes demandes de concessions contre lesquelles les travailleurs ont fait la grève en 2013. L'ACQ demande toujours une augmentation de la mobilité de la main-d'oeuvre, ce qui prive d'emploi les travailleurs dans leur région car les entrepreneurs arrivent avec leurs travailleurs. Le problème est devenu encore plus aigu du fait que la construction a connu une baisse ces derniers mois et que des travailleurs des régions ont épuisé leurs prestations d'assurance-emploi. Les travailleurs de la Côte-Nord ont tenu des manifestations ces derniers mois pour exiger de pouvoir travailler dans leur région.

L'ACQ demande encore la création d'une plage de travail de 5 h 30 à 19 h (plutôt que la plage actuelle de 6 heures 30 à 17 heures) à l'intérieur de laquelle les travailleurs font leur journée normale de travail de 8 heures, 9 heures ou 10 heures consécutives. Les travailleurs font valoir que cela va déstabiliser leur vie familiale.

L'association patronale maintient aussi sa demande de pouvoir forcer les travailleurs à reprendre les travaux le samedi à taux simple lors d'intempéries pendant la semaine normale.

La demande de concession est également maintenue à l'effet de payer les 8 premières heures supplémentaires par semaine du lundi au samedi à taux et demi, plutôt qu'à taux double, alors que les dimanches et jours fériés seront rémunérés à taux double. L'alliance syndicale fait valoir que les travailleurs désirent travailler davantage : plus de 23 000 travailleurs ont déclaré moins de 500 heures en 2012 et la moyenne de ceux ayant travaillé plus de 500 heures était de 1300. Ils demandent qu'on priorise une meilleure planification des travaux afin qu'un maximum de travailleurs puissent enregistrer des heures et non des heures supplémentaires pour un petit nombre.

Concernant les indemnités de déplacement, dans le contexte où les déplacements sur de longues distances, souvent plus de 100 km, sont chose commune pour les travailleurs de la construction, l'ACQ demande que les distances minimales pour recevoir une indemnité de frais de déplacement soient augmentées. Avec le prix de l'essence qui augmente sans cesse, c'est une attaque directe au revenu des familles des travailleurs.

Les travailleurs mettent de l'avant des demandes telles des augmentations salariales de 7,8 % sur 3 ans, une demande d'augmentation des indemnités pour frais de déplacement et pour chambre et pension quand le déplacement atteint les 120 km, une demande de clause de rappel correspondant à la durée d'emploi du travailleur (la sécurité d'emploi n'existe pas dans la construction), etc.

Dans son point de presse, le ministre Hamad dit qu'il intervient tout de suite pour laisser savoir qu'il va rendre toute action de grève des travailleurs illégale parce que leur grève de 2013 a coûté entre 8 et 9 milliards $ à l'économie québécoise. Ces chiffres ne font que démontrer encore plus l'importance de la contribution des travailleurs de la construction à la société. Ils doivent et ont droit d'avoir des conditions de travail qui correspondent au travail qu'ils font, des conditions qu'ils jugent eux-mêmes acceptables.

Le gouvernement est très irresponsable de menacer les travailleurs du plein poids de la loi s'ils persistent dans leurs justes demandes, qui sont bénéfiques pour eux et pour la société dans son ensemble. Tous les travailleurs doivent appuyer fermement les travailleurs de la construction contre cette extorsion de concessions.

 




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