Volume 2 Numéro 95 - 23 juin 2014

24 juin 2014

Bonne Fête nationale!

La Fête nationale du Québec le 24 juin est l'occasion de célébrer par la musique et la chanson, les rencontres, les défilés et les activités de quartier ce que nous sommes en tant que peuple, d'où nous venons et où nous allons. C'est une fête multidimensionnelle qui s'apparente beaucoup au solstice d'été et à la tradition immémoriale de la fête de la moisson, ou tout simplement au changement de saison et au besoin de se rassembler pour faire le point, ensemble, toutes origines sociales et nationales confondues, sur notre histoire commune.

C'est aussi une fête politique qui s'exprime différemment et avec plus ou moins de clarté selon les époques et les circonstances. C'est l'occasion de réfléchir à la conduite de nos gouvernants et de discuter de l'état du pays. Le besoin de se rassembler grandit avec la marginalisation du peuple par rapport au pouvoir politique.

Le sentiment de n'avoir pas de contrôle sur ce qui nous arrive, de ne pas pouvoir apporter de solutions aux problèmes de la société qui soient à notre image, n'a jamais été aussi grand. En puisant dans sa riche histoire et son expérience unique du vivre-ensemble et en s'appuyant sur sa jeunesse qui questionne tous les dogmes, le peuple québécois est à l'aube d'un grand renouveau. Pour cela, il faut d'abord régler la question de qui décide. Trouver une solution au problème de qui décide est la quête la plus unificatrice qui soit. C'est un problème qui est en droite ligne avec la lutte des patriotes de 1837-1838.

Les gouvernements actuels au fédéral et au provincial déclarent que la question de qui décide est « une chicane » qu'il faut éviter à tout prix. Sous prétexte de s'occuper des « vraies affaires ,» ils imposent les préoccupations de puissants intérêts économiques privés. Ils le font à la fois grâce à un système électoral corrompu et par la division du corps politique sur la base de vieux préjugés. Dans son discours inaugural, Philippe Couillard a dit que l'élection du Parti libéral était une « victoire de la diversité » (en opposition à ce que les libéraux et les conservateurs appellent la « xénophobie »). Et pourtant, deux paragraphes plus loin, il montrait que cette conception de la « diversité » est précisément la conception à la base de la division du corps politique depuis 200 ans. Il a dit que son ancêtre à lui vient de Bretagne en 1613 mais que nous sommes tous égaux dans la mesure où nous démontrons « l'attachement à nos valeurs commune s» qui seraient, selon lui, « le français comme langue commune de notre espace public, dans le respect des droits et de la contribution historique de nos compatriotes anglophones  ». On ne trouvera pas de conceptions plus étriquées et archaïques des droits.

La réalité est que les vieux modèles anglo-canadiens et européens du multiculturalisme et de l'intégration sont foncièrement racistes et sont en crise partout où ils sont appliqués. Ces quelques phrases de M. Couillard montrent que le refus de régler la question de qui décide s'accompagne de l'imposition des vieux modèles en crise et que cela prépare des tempêtes encore pires. Elles montrent que c'est seulement en défendant une conception moderne des droits qu'on résoudra la crise identitaire et qu'on ouvrira la voie au progrès du Québec.

Il est donc pressant de répondre à la situation en tirant les leçons du passé. L'intelligence d'un peuple vient de sa capacité à assumer son histoire et le pouvoir de décider. La Fête nationale est une autre occasion de revoir notre parcours historique et de voir comment, à tous les grands jalons historiques, les défenseurs de la minorité riche au Québec et au Canada bloquent l'effort du peuple pour prendre ses affaires en mains avec des « crises » qui saisissent l'esprit, pour défendre jalousement un processus politique qui garantit leur emprise sur le pouvoir et qui décourage de plus en plus la participation du peuple.

À l'occasion de la Fête nationale du Québec, dans ces rassemblements populaires où les gens vont à la rencontre les uns des autres, songeons à la nécessité de nous organiser politiquement et de briser notre isolement et marginalisation par rapport aux prises de décisions qui nous affectent. Songeons à comment nous regrouper dans des comités de citoyens pour le renouveau démocratique dans les quartiers et les endroits de travail pour garder l'initiative en main et assumer la direction du Québec.


Les origines de la fête du 24 juin

Les patriotes révolutionnaires et progressistes du XIXe siècle fondèrent à Montréal, il y a 180 ans, le 8 mars 1834, la société nommée « Aide-toi, le ciel t'aidera ». Cette institution patriotique avait pour but de « se doter d'un lieu de réflexion désigné (pour tous ceux qui reconnaissaient la nécessité de changement) pour discuter de l'état du pays » et « de ranimer le feu sacré de l'amour de la patrie, soit en éclairant la conduite de nos gouvernants, soit en accordant un juste tribut de louanges aux éloquents et braves défenseurs de nos droits ». C'est cette société, dirigée par le patriote et député Ludger Duvernay, éditeur et rédacteur du journal patriote La Minerve, qui organisa, le 24 juin 1834, le banquet dans le jardin de l'avocat MacDonnell pour instituer la fête nationale des Canadiens de toutes origines. Aujourd'hui, nous disons des Québécois de toutes origines.

Ce qui y a été inauguré ce 24 juin 1834 par Ludger Duvernay et les patriotes et députés du Parti patriote, c'est bien la fête nationale de notre nationalité et non la fête de la Saint-Jean-Baptiste qui existait depuis belle lurette, créée à l'instigation du roi de France et du haut clergé catholique dans les colonies de l'empire de la France pour s'opposer à la fête civile du solstice d'été le 21 juin, que célèbrent les nations autochtones.

Rappelons qu'avec le Concile de Trente (1545-1563), l'Église tente de christianiser cette coutume de la célébration de la lumière autour d'un grand feu de joie pour lui substituer une représentation de soumission en la personne de Saint Jean, « l'agneau de Dieu ». Dans cette même lignée, en 1702, monseigneur de Saint-Vallier, dans son Catéchisme du diocèse de Québec à l'intention des Canadiens, signale que l'Église catholique au Nouveau Monde (entendre dans les colonies de l'empire français) dit qu'il s'agit d'une cérémonie parfaite pourvu qu'on en bannisse les danses et les superstitions, sous-entendues les croyances des nations autochtones. Et ce n'est qu'en 1908 que le pape Pie X, supportant la division du peuple canadien en soi-disant « Canadiens-français » et « Canadiens-anglais » que voulait imposer l'empire britannique, décréta Saint Jean-Baptiste patron des « Canadiens-français ». Enfin, ce fut lors des fêtes nationales du peuple québécois le 24 juin de 1968 et 1969, en pleine période de résurgence du mouvement pour l'indépendance du Québec et de la souveraineté du peuple, que le symbole de la division et de la soumission fut écarté de la scène et que le peuple dansa autour d'un grand feu de joie. Il est intéressant de noter que depuis cinq ans, le 21 juin, lors de la Journée nationale des peuples autochtones est organisé le « Solstice des Nations, une manifestation d'échange et d'amitié entre les nations qui peuplent le Québec », et qu'est mise en place par les nations autochtones la « Cérémonie du feu pour le rapprochement des peuples vivant sur le territoire québécois » et que « les braises de ce feu allument le feu de joie du Grand spectacle de la Fête nationale du Québec, sur les plaines d'Abraham ».

Pour revenir au propos initial, ce qui est organisé par Ludger Duvernay, les patriotes et leur parti politique, c'est la célébration de la nation canadienne aujourd'hui appelée québécoise. Historiquement, c'est donc la première célébration du peuple de cette nation, la première célébration du « peuple, source primitive de toute autorité légitime ». Duvernay, les patriotes, les députés patriotes et leur parti reconnaissaient notre « peuple, source primitive de toute autorité légitime ». Ils reconnaissaient donc la souveraineté du peuple.

Cette nationalité s'est constituée dans la lutte du peuple contre l'agression et l'occupation militaire de l'empire britannique, de sa patrie, contre la destruction et la domination de l'économie nationale par les monopoles de l'empire britannique tels la British American Land Company (Compagnie britannique des Terres en Amérique), par les capitalistes financiers tels que les McGill, Molson et Moffat qui, entre autres, contrôlent la Bank of Montreal, le commerce import-export, la construction et le transport naval et ferroviaire, l'industrie minière et la métallurgie, la compagnie de l'éclairage au gaz de Montréal, l'Université McGill, etc. Ce sont eux, qu'on appelait la Clique du Château, qui dictèrent aux administrateurs et aux armées britanniques en nos terres de supprimer par le feu et par le sang la république naissante du Québec.

Les hommes et les femmes de notre nation originaient de la Bretagne, de la Normandie, de la France, de l'Irlande, de l'Écosse et de l'Angleterre. Étaient Canadiennes et Canadiens tous celles et ceux qui provenaient du peuple et étaient le peuple de cette nouvelle nation qui s'est constituée au fil du temps et des luttes pour son développement indépendant, à la défense de son droit à la souveraineté. Il est nécessaire et juste de rappeler que, dans les années 1830-1839, les patriotes de toutes origines et leur Parti patriote, dans leur projet d'édification nationale, ne se divisaient pas en fonction de l'origine nationale ou de la langue d'expression. Ils n'ont jamais promu ou agi de façon sectaire, sur la seule base de la langue, la religion ou l'origine nationale dans leur projet d'édification nationale. Ils n'ont jamais déclaré être des « Canadiens-français », ou ne se sont jamais déclarés ou portés à la défense des « Canadiens-français » au détriment des Canadiens d'autres origines.


Ludger Duvernay et les patriotes le 24 juin 1834.
(Photo: Site de la Fête nationale du Québec.)

Les écrits des patriotes, du Parti patriote et de ses dirigeants les plus éminents tels les Nelson, De Lorimier, Chénier, Côté, Duvernay (La Minerve), O'Callaghan (The Vindictator), etc. n'ont jamais utilisé le vocable ou concept de « Canadiens-français ».

Rappelons-nous que les fondateurs de sociétés fondées sur la base des origines ethnoculturelles, linguistiques ou religieuses de leurs membres furent au XIXe siècle en nos terres des gens tels que les McGill, les Molson et les Moffat, desquelles sociétés ils se servirent pour diviser le peuple et pour combattre l'union des Canadiens à la défense de leur patrie, de leur économie nationale, engagés dans leur projet d'édification de leur république.

Ce concept de « Canadiens-français » et les concepts de « Québécois de souche » et « Québécois » dans le sens voulant dire seulement les Québécois « de souche » ont leur origine dans la politique de l'empire qui consistait à diviser le peuple et la nation pour perpétuer le pouvoir des exploiteurs et oppresseurs. Plus spécifiquement, il est le fait de l'émissaire et administrateur de l'empire britannique Lord Durham qui, suite à la suppression de la république naissante du Québec par le feu et par le sang, divisa de façon arbitraire et injuste notre nationalité en « Canadiens-français » et « Canadiens-anglais ». Il a falsifié l'histoire en prétendant qu'en tant qu'émissaire de l'empire britannique, il avait trouvé en nos terres une « guerre fratricide entre deux peuples », et non pas la lutte d'un peuple contre l'occupation et la domination par un empire étranger, contre un État et un gouvernement absolutiste et tyrannique, une lutte pour que sa patrie soit indépendante et pour une république démocratique. Cette falsification vient tout droit de son imaginaire.

La division marquée ou, dit autrement, la ligne de démarcation franche, ce n'est pas entre « deux peuples » chimériques, inventés de toutes pièces par les monopolistes et capitalistes de l'empire britannique et de leurs administrateurs mais bien entre, d'une part, une nation dans la conquête de son indépendance et de sa souveraineté et sa détermination à établir sa république démocratique et, d'autre part, un empire colonialiste qui niait le droit d'être de cette nation.

Le génie et la force de caractère de ce peuple qui s'est constitué en nation en ces terres déjà habitées par des nations autochtones et qui a adopté la qualité de canadien, héritée des Premières Nations sont, entre autres, d'avoir refusé la négation de sa nationalité par les occupants de l'empire britannique, de ses administrateurs anglais et de leurs collaborateurs et conciliateurs canadiens qui firent tout pour la diviser sur une base ethnoculturelle et linguistique avec leurs appellations outrageuses « Canadiens-français » et « Canadiens-anglais ».

Le peuple refusa la négation de son droit d'être une nation constituée de tous les membres de sa société quelles que soient leur origine nationale, leur langue et leurs croyances. Il a plutôt adopté et promu le mot ou concept issu d'une langue autochtone, soit « kebek », pour s'affirmer comme nation, la nation québécoise.

La célébration de la fête nationale du peuple du Québec inclut la célébration de nos patriotes du XIXe siècle, tels que les Nelson, De Lorimier, Côté, Chénier, Duvernay, O'Callaghan, etc., qui ont combattu pour une patrie indépendante et une république qui investit le peuple de la souveraineté. Elle inclut la célébration de tous ceux qui ont épousé la cause des patriotes du Québec et en particulier ceux qui sont résolus à élaborer un projet d'édification nationale conforme aux exigences de l'heure.

Aujourd'hui encore une fois la nation est appelée à se définir dans le contexte du bouleversement planétaire provoqué par le néolibéralisme, et la résolution du problème historique sera guidée par les mêmes principes qui ont inspiré les patriotes et en opposition à l'interprétation contemporaine des vieux dogmes hérités du passé colonial. Ce projet est encore une fois intimement lié au besoin de conquérir notre droit de décider et de faire éclater les vieux obstacles à l'épanouissement d'une nation moderne qui reconnaît et défend les droits de tous.

 




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