Volume 2 Numéro 97 - 26 juin 2014


En marge du budget Leitao

La notion de «partenariat» des libéraux

Dans son discours du budget le 4 juin dernier, le gouvernement Couillard a annoncé le lancement d'une «version bonifiée » du Plan Nord initié par le gouvernement libéral de Jean Charest en 2010-11, « pour appuyer le développement responsable des ressources naturelles du Québec ». À cette fin, le gouvernement va créer la Société du Plan Nord dont un des mandats sera de « coordonner le développement du territoire en consultant l'ensemble des partenaires, dont les communautés locales et autochtones, afin d'assurer leur adhésion ».

Il a aussi été annoncé que le gouvernement libéral va débourser 20 millions $ pour « réaliser une étude de faisabilité sur la construction d'un nouveau lien ferroviaire permettant l'accès à la fosse du Labrador ». Actuellement il existe deux voies ferrées qui relient les villes minières de Schefferville, Wabush et Labrador City situées au nord, à Sept-Îles, qui est à la fois la ville portuaire et un terminal pour l'acheminement du minerai de fer vers l'extérieur du pays.

En 2012, alors que le prix international du minerai de fer était encore élevé, le Canadien National (CN), avec l'appui financier de la Caisse de dépôt et de placement du Québec, a mené une étude de faisabilité de concert avec des sociétés minières actives dans la fosse du Labrador (Cliffs Natural Resources, Labrador Iron Mines Holdings, Cap-Ex Ventures et Alderon Iron Ore) en vue d'un projet d'implantation d'une troisième voie ferroviaire et d'un accroissement des installations de transbordement du minerai de fer au port de Sept-Îles. Le CN n'a jamais divulgué le coût de cette troisième voie ferrée, mais a abandonné le projet après que les sociétés minières partenaires du projet aient refusé d'y souscrire.

En d'autres mots, toutes ces sociétés minières reconnaissent le potentiel minier énorme de la fosse du Labrador (voir l'information sur la fosse du Labrador ci-dessous), mais aucune ne veut risquer de payer les infrastructures tant et aussi longtemps que Philippe Couillard n'aura pas montré par des gestes concrets que l'État est prêt à prendre les risques qu'un tel projet représente. C'est ainsi que s'exprimait le premier ministre dans son discours inaugural le 21 mai: « Les entreprises souhaitent la stabilité, elles nous l'ont dit et redit, notre gouvernement représente cette stabilité » et « une économie moderne doit s'appuyer sur des infrastructures de qualité. Nous allons continuer de soutenir nos secteurs d'excellence en partenariat avec les entreprises [...] ». Puis dans le discours du budget le ministre des Finances a ajouté: « Nous maintenons donc le régime (d'impôt minier) s'appliquant actuellement afin de préserver cette stabilité. En même temps, nous allons nous assurer que le régime minier demeure compétitif et favorise l'investissement minier au Québec. »

En fait, le gouvernement annonçait par la bouche de son ministre des Finances qu'il va « prendre des participations dans des entreprises des secteurs des mines et des hydrocarbures afin de permettre à la collectivité québécoise d'obtenir directement une part des profits en tant qu'actionnaire ». Il a réservé à cet effet un fonds de capitalisation de 1 milliards $. Par contre il est demeuré muet sur qui assumera les risques lorsqu'il y aura des pertes plutôt que des profits.

C'est donc sans grande surprise que le président de la société minière australienne Champion, qui a des intérêts financiers importants dans des gîtes de minerai de fer non encore exploités dans la fosse du Labrador, a salué la décision du gouvernement Couillard. Il a dit: « Dans une période d'incertitude sur les marchés d'investissements en ce qui a trait au minerai de fer, cette décision sera perçue comme un point tournant dans l'histoire de l'industrie minière au Québec. »

Les mots « partenaires » et « partenariat » sont les mots thèmes du discours inaugural du gouvernement libéral de Philippe Couillard. Selon lui, les « partenaires » au Québec sont le gouvernement, les entreprises privées et les contribuables. Les travailleurs qui extraient chaque jour le minerai des entrailles de la Terre Mère, qui le transportent et le transforment pour produire cette valeur sociale réalisée qui est la source de toute richesse et qui appartient de droit à l'ensemble du peuple québécois et des Premières Nations, sont de simples contribuables ou «payeurs de taxes». Selon lui c'est l'entreprise privée qui est créatrice de richesse, parce qu'elle crée des emplois et en retour les salariés peuvent ensuite payer des impôts et des taxes. Payer des impôts serait la somme totale de la contribution des « contribuables ». Le troisième partenaire, l'État, a pour rôle de créer un environnement favorable pour que les monopoles puissent jouer leur rôle de créateurs. Comme prétendu partenaire le peuple n'a aucun pouvoir de décision et lui et l'État doivent assumer tous les risques. Leur rôle est de créer les conditions favorables et pour cela ils doivent accepter de payer 20 millions $ pour l'étude et aussi de faire des concessions sur les salaires, les régimes de retraite, les avantages sociaux et des compressions sur les programmes sociaux.

Les libéraux manipulent le terme partenariat pour semer la confusion sur ce que sont les arrangements présents, où le droit des monopoles supplante le droit public en forçant les gouvernements à leur livrer l'infrastructure nécessaire pour qu'ils puissent mettre la main sur les ressources naturelles et humaines du Québec dans leur quête pour le profit maximum.



À titre d'information

La géologie de la fosse du Labrador

On retrouve, au Québec, tous les éléments qui forment l'ossature du continent nord-américain: 1) un noyau de roches d'âge archéen variant entre 4,4 et 2,5 milliards d'années et représentées par les roches de la province géologique du Supérieur, incluant la ceinture de l'Abitibi; 2) des terrains formés de roches d'âge protérozoïque variant entre 2,5 et 1,5 milliards d'années et représentées par les roches de la fosse de l'Ungava, de la fosse du Labrador et de la province géologique de Grenville; 3) des roches qui forment la Plate-forme du Saint-Laurent et 4) les roches qu'on retrouve dans les Appalaches.

La genèse de la fosse du Labrador

Toutes ces roches mentionnées précédemment appartiennent à trois grands groupes: les roches vertes, les terrains granito-gneissiques et les roches sédimentaires. Les roches sédimentaires sont le plus souvent des grès argileux (anciens sables boueux) et des schistes (anciennes argiles).

C'est cette association de ces trois types de roches qui a formé il y a plusieurs milliards d'années les premiers noyaux continentaux. On considère aujourd'hui que le premier noyau nord-américain a été fragmenté en un certain nombre de blocs, que des océans se sont développés entre ces blocs continentaux durant leur dispersion et que ceux-ci se sont ultérieurement rassemblés à la faveur des zones de subduction dans la croûte terrestre. Un tel scénario est attesté par la présence de vestiges de chaînes de montagnes datant de l'âge protérozoïque et qui recoupent les terrains plus vieux d'âge archéen. Un bon exemple de vestiges de ces chaînes de montagne est la fosse du Labrador.

Les roches d'âge paléoprotérozoïque

Le Paléoprotérozoïque est cette division de l'ère du Protérozoïque qui s'étend de 2,5 à 1,5 milliards d'années dans l'histoire de notre planète. Au Québec, les roches du Paléoprotérozoïque se situent dans une fourchette d'âges allant de 2,1 à 1,8 milliards d'années et se concentrent dans deux grandes ceintures géologiques, la Fosse du Labrador (aussi appelé Orogène du Nouveau-Québec) et la Fosse de l'Ungava (voir carte géologique du Québec).

Ces deux ceintures constituent des orogènes (chaînes de montagnes) qui se sont formés par la collision de plaques continentales archéennes après que le socle archéen se soit fragmenté, puis ouvert pour former des océans.

L'orogène du Nouveau-Québec (fosse du Labrador) est un bon exemple de ces très anciennes chaînes de montagnes qui sont parmi les plus vieilles sur la terre et qui témoignent que la tectonique des plaques a déjà été active au début du Protérozoïque, il y a 2,5 milliards d'années de cela. Les travaux les plus récents sur les roches sédimentaires, volcaniques et métamorphiques, ainsi que sur la géologie structurale dans cet orogène, amènent à conclure que le socle formé de roches d'âge archéen se serait fragmenté et qu'il se serait formé un rift océanique en deux étapes, d'abord entre 2,17 et 2,14 milliards d'années, puis entre 1,88 et 1,87 milliards d'années. Un rift est un terme géologique qui désigne une immense cassure qui se crée dans la croûte terrestre sur une période de plusieurs dizaines de millions d'années. Le rift peut se produire sur la croûte terrestre qui forme les continents ou sur la croûte terrestre au-dessous des océans. Un exemple actuel de rift continental en formation est la Corne de l'Afrique où se trouve le Kenya, l'Éthiopie et la Somalie alors que l'exemple actuel de rift océanique pleinement développé est celui situé au milieu de l'océan Atlantique.

La fermeture du rift de la Fosse du Labrador et la collision subséquente entre deux blocs continentaux (la province géologique de Rae à l'est qui représente le territoire actuel du Labrador situé du côté de Terre-Neuve et, à l'ouest, la marge nord-est de la province géologique du Supérieur située du côté du Québec) ont éventuellement formé une chaîne de montagnes. Un exemple actuel de fermeture de rift est la chaîne de montagne de l'Himalaya qui est le résultat de la collision depuis plusieurs millions d'années de la plaque continentale indienne avec la plaque continentale asiatique.


La métallogénie de la fosse du Labrador

La fosse du Labrador (ou orogène du Nouveau-Québec) est reconnue pour ses énormes ressources en minerai de fer qui furent exploitées, en particulier, dans la région de Schefferville entre 1954 et 1982.

La fosse du Labrador qui s'étend sur plus de 1200 kilomètres dans une direction nord-sud entre la baie d'Ungava et la région de Fermont comprend aussi plusieurs niveaux de roches volcaniques qui sont en partie le résultat de l'ouverture du rift. Enfin, il faut signaler la présence d'un complexe de carbonatite de 15 km de longueur, la carbonatite de Lemoyne, encaissée dans une séquence de coulées de laves volcaniques. Précisons que ce complexe contient des minéralisations de niobium et d'éléments des terres rares (Clark, 1994).

L'orogène du Nouveau-Québec (Fosse du Labrador) est connue pour ses immenses ressources en minerai de fer. Bien que leur existence ait été signalée dès 1866 par le père Louis Babel, leur exploitation n'a débuté qu'en 1954 (Clark, 1994; Vallières, 1988). Depuis l'arrêt des opérations à Schefferville, au début des années 1980, aucun nouveau gisement n'a été exploité dans la région si ce n'est ceux qui existent à Labrador City et Wabush ainsi qu'à Fermont et Mont-Wright (voir carte du camp minier de la Fosse du Labrador). Cependant, d'immenses réserves de dépôts sédimentaires de fer appelés taconite subsistent. Par exemple, il y a plusieurs milliards de tonnes de minerai titrant au moins 30 % de fer qui ont été délimitées à l'ouest de la baie d'Ungava.

La Fosse du Labrador et
ses principaux camps miniers



En plus du fer, de nombreux indices de manganèse, nickel, cuivre, palladium, platine, zinc, or, uranium ont été découverts au cours des 70 dernières années. Les principaux types de minéralisation décrits (Clark, 1994 et Wares, 1991) sont les suivants:

- Fer et manganèse de la Formation de Sokoman (taconite ou type « lac Supérieur ») ;
- Cuivre, nickel, cobalt, palladium, platine à la base des filons-couches mafiques et ultramafiques;
- Cuivre de type stratiforme et zinc, cuivre, or, argent et plomb dans les séquences de roches gréso-pélitiques
- Cuivre dans les roches sédimentaires de type dolomies
- Cuivre, uranium et or associés à des failles de chevauchement ;
- Uranium dans les sédiments détritiques;
- Or filonien associé aux formations de fer d'âge paléoprotérozoïque
- Cuivre dans les dykes de gabbro ;
- Niobium et terres rares dans les complexes de carbonatite dont: la carbonatite de Lemoyne.

Sources

1. Planète Terre, Pierre-André Bourque, Département de géologie et de génie géologique, Université Laval, www2.ggl.ulaval.ca
2. Le potentiel minéral du Québec: Un état de la question, Alain Simard, Géologie Québec, ministère des Ressources naturelles du Québec, 1999.

 




Lisez Le chantier politique
Site web:  www.pmlq.qc.ca   Courriel: bureau@pmlq.qc.ca