Volume 2 Numéro 102 - 6 juillet 2014


Premier anniversaire de la tragédie de Lac-Mégantic

Le peuple demande réparation


Lac-Mégantic le 6 juillet 2013

Le 6 juillet 2014 est le premier anniversaire de la tragédie de Lac-Mégantic, l'une des catastrophes ferroviaires les plus meurtrières de l'histoire du Canada. Il y a un an, en fin de soirée le 5 juillet, un convoi de trains de marchandises constitué de cinq locomotives et de 72 wagons non conçus pour le transport du type de pétrole brut qu'ils contenaient, a été laissé sans surveillance pour la nuit à Nantes, en Estrie. Vers une heure du matin, le train s'est mis à descendre de lui-même la pente menant à Lac-Mégantic. Il n'a fallu que peu de temps pour que 63 wagons déraillent en plein centre-ville, déversant leur contenu et entraînant une série d'incendies et d'explosions d'envergure catastrophique. Quarante-sept personnes ont été tuées, de nombreuses autres blessées et le centre-ville a été rasé. Les sols ainsi que la rivière Chaudière et le lac Mégantic lui-même ont été lourdement contaminés par les déversements de pétrole brut.

En ce triste anniversaire, Chantier politique salue une fois de plus les centaines d'intervenants de première ligne et tous ceux qui, au milieu de la catastrophe, sont venus de tous les coins du Québec et du reste du Canada pour sauver des vies au péril de la leur et secourir la communauté de toutes les façons possibles. Nous saluons tous ceux qui n'ont pas cessé de se battre, non seulement pour que réparation soit faite aux résidents de Lac-Mégantic mais pour que de telles tragédies ne se produisent plus jamais.

Pendant tout ce temps, le gouvernement Harper a refusé de reconnaître sa responsabilité de la catastrophe. Le 3 mai, trois travailleurs de la Montreal, Maine and Atlantic Railway ont été accusés de négligence criminelle pour la mort des 47 personnes qui ont péri dans le désastre. L'un d'entre eux, le conducteur du train, a été arrêté de la façon la plus sensationnaliste et injustifiée. Lui-même, son fils et un ami ont été encerclés et brutalement jetés au sol par l'escouade tactique de la police. Dans une entrevue récente à La Presse, la ministre des Transports du Canada Lisa Raitt a essayé de nier la responsabilité de son gouvernement et des gouvernements libéraux des années 1980 et 1990, de leurs politiques antisociales néolibérales et de destruction nationale qui a réduit en pièces l'autorité publique et mis le pouvoir décisionnel dans les mains d'intérêts privés. Elle a repris la prétention absurde que la tragédie de Lac-Mégantic est le résultat de la négligence d'individus qui ne se sont pas conformés aux règles de sécurité en vigueur.

La privatisation des chemins de fer et l'auto-réglementation par l'industrie de choses qui concernent la société ont mené à des crimes contre le peuple. Le gouvernement fédéral, qui est responsable de la réglementation de l'industrie ferroviaire, devrait être accusé de négligence criminelle. L'assaut contre le facteur humain est allé très loin, comme on peut le voir en particulier avec la réduction constante du nombre de travailleurs et des employés de l'État responsables de la sécurité et avec les ententes secrètes avec les entreprises ferroviaires qui leur ont permis d'opérer à des conditions de sécurité inférieures aux normes. Toutes ces choses qui ont été faites par le gouvernement pour favoriser les monopoles au détriment de l'intérêt public constituent le facteur principal de ce désastre et des nombreux autres qui se sont produits depuis. Les commentaires de Lisa Raitt au sujet des nouvelles règles qui sont en place montrent le mépris de ce gouvernement envers les travailleurs, leur santé et leur sécurité de même que celle du public. Cela fait des années que les travailleurs disent que le refus du gouvernement de faire appliquer les règles et de rendre les monopoles redevables permet aux monopoles d'agir avec impunité de façon répétée. La position intéressée que défend le gouvernement et sa défense du droit de monopole ont de nouveau été illustrées par le fait que le gouvernement se dit heureux que des accusations aient été portées, même si les seules personnes qui ont été accusées sont trois travailleurs.

En ce moment, les monopoles pétroliers et de transport du pétrole brut ne cachent pas leur trépidation pour les profits énormes à faire dans le secteur. Ils demandent aux gouvernements fédéral et provinciaux d'accélérer l'approbation et le financement des projets d'infrastructure, comme le gouvernement Harper vient de le faire avec l'oléoduc de Northern Gateway, en dépit de l'opposition massive des travailleurs et du peuple et des Premières Nations. Accélérer l'approbation des oléoducs et le transport sur rail tout en réduisant le personnel, les mécanismes de sécurité et la réglementation environnementale ne peut mener qu'à plus de tragédies pour le peuple et à une plus grande dégradation de la Terre Mère. Cela ne doit pas passer!

C'est le temps maintenant d'intensifier la lutte pour forcer les gouvernements et les monopoles à fournir réparation pour la tragédie de Lac-Mégantic et d'autres crimes de ce type. Le gouvernement Harper n'est pas apte à gouverner et c'est le cas aussi de tous les gouvernements qui se mettent au service des monopoles plutôt que de défendre le droit du peuple à une vie digne et en sécurité. Le gouvernement Harper doit être chassé du pouvoir! C'est possible de le faire et il faut le faire!


La reconstruction se poursuit sur la rue Frontenac qui traverse Lac-Mégantic. Le centre-ville n'est pas encore ouvert
au public. À gauche on voit les travaux le 19 juin 2014.


Il nous faut une autorité publique qui fait respecter la santé et la sécurité sur les chemins de fer

Le gouvernement du Québec a présenté une réclamation de 400 millions $ à Montréal, Maine & Atlantic Canada (MMA), le transporteur du chargement de pétrole brut qui a déraillé à Lac- Mégantic. Ce montant correspond au coût total estimé par le gouvernement de la décontamination et de la reconstruction et notamment de la décontamination des sols du centre-ville de Lac- Mégantic. Le gouvernement estime avoir dépensé 126 millions $ pour ces travaux jusqu'à maintenant et s'attend à dépenser un autre 280 millions $ pour compléter le travail. La MMA s'est placée sous la protection de la loi de la faillite le 7 août 2013 et le gouvernement a présenté sa réclamation en tant que créancier à la Cour supérieure du Québec qui est responsable des procédures. MMA a été vendue récemment à la firme d'investissement de New York Fortress Investment Group.

Le gouvernement du Québec veut que les autres parties impliquées dans le désastre soient partie d'un arrangement dans le cadre des procédures de protection de faillite afin de couvrir les coûts que le désastre a entraînés, à défaut de quoi il pourrait les poursuivre en justice directement. Il est question de Irving Oil qui devait raffiner le pétrole transporté et des entreprises qui ont produit le pétrole et loué les wagons.


La décontamination des eaux polluées par le déversement de pétrole brut à Lac-Mégantic le 19 juin 2014

Pendant ce temps la requête en autorisation de recours collectif a débuté le 9 juin à Sherbrooke. La requête est présentée par quatre demandeurs au nom des citoyens de Lac-Mégantic. Plus de 3500 personnes se sont inscrites au recours collectif et une trentaine de compagnies sont visées, dont MMA et son président Edward Burkhardt, Rail World, Irving Oil, World Fuel Services, Dakota Petroleum, Western Petroleum et le Canadien Pacifique. Transport Canada est aussi visé. On estime que s'il est approuvé, le recours collectif pourrait mener à un règlement qui se chiffrerait dans les centaines de millions de dollars.

Dans ses remarques d'ouverture le 9 juin, un des avocats des victimes a dit que toutes les compagnies impliquées partagent la responsabilité du désastre. Il a dit que si les défendeurs avaient agi de façon raisonnable, le résultat aurait été entièrement différent. Il a fait remarquer que les entreprises représentées dans cette affaire connaissent très bien l'industrie du pétrole, alors lorsqu'elles plaident l'ignorance à propos des wagons DOT-111 ou de la volatilité du pétrole transporté, il faut se poser des questions. Ont-elles la crédibilité qu'il faut pour prétendre au déni plausible?


La décontamination du sol derrière l'usine de bois à Lac-Mégantic le 19 juin 2014

Le peuple revendique une autorité publique qui fait respecter les règles de santé et de sécurité du transport ferroviaire pour que de telles tragédies ne se reproduisent pas. Transport Canada essaie d'esquiver la question pour ne pas avoir à rendre des comptes. Il n'en a pas moins adopté une série de règlements depuis un an sur la base des recommandations faites par le Bureau de la sécurité des transports. L'une d'elles spécifie que les trains qui transportent des matières dangereuses doivent désormais être pilotés par des équipages d'au moins deux personnes. Le train qui a déraillé à Lac-Mégantic n'avait qu'un équipage d'une seule personne et cela précisément parce que Transport Canada en 2012 avait autorisé la MMA à le faire.

Une autre règle interdit de laisser un train qui transporte des matières dangereuses sans surveillance sur une voie principale. Une autre exige que les entreprises ferroviaires fournissent aux municipalités un rapport qui indique quelles matières dangereuses ont été transportées sur leur territoire. Pendant ce temps, des wagons inadéquats au transport de matières dangereuses transportent toujours de tels chargements.

Les gens ont critiqué sévèrement ces mesures parce que non seulement sont-elles très minimales mais c'est un fait connu que Transport Canada ne fait pas respecter les règles. Selon Transport Canada, c'est aux entreprises ferroviaires à se réglementer et son rôle à lui consiste à approuver les rapports de vérification que soumettent les entreprises. Lors d'une entrevue avec La Presse, la ministre des Transports Lisa Raitt a parlé des nombreux constats d'infraction que Transport Canada a envoyés à MMA durant les années qui ont précédé la catastrophe. Ces avis mentionnaient que MMA ne respectait pas les règles qui assurent que les dispositifs de freinage sont en place pour empêcher un train immobilisé de se mettre à bouger. Transport Canada n'a pas appliqué de sanctions au transporteur. Selon la ministre, le fait que Transport Canada a persévéré dans l'émission de ses avis d'infraction montre que le système réglementaire fonctionne.

Le reportage sur l'entrevue cite la ministre: « MMA a continuellement fait l'objet d'inspections, a dit Mme Raitt. [...] Le fait que la MMA ait été signalée comme ayant des difficultés, et que des inspecteurs aient continué de la visiter, c'est important. Ça montre que le ministère a réalisé qu'il devait travailler avec la compagnie pour s'assurer qu'elle faisait le nécessaire .»

C'est aussi un fait bien connu que Transport Canada n'a pas suffisamment d'inspecteurs pour faire le travail dans le contexte où le transport de pétrole brut sur rail augmente constamment.


Déraillement d'un train transportant des produits pétroliers dangereux à Plaster Rock, Nouveau-Brunswick, le 7 janvier
2014. Le train provenait de l'ouest canadien et se rendait aux raffineries de la compagnie Irving Oil à Saint-Jean.

En ce qui concerne les rapports que doivent soumettre les entreprises ferroviaires aux municipalités, des maires ont dit que c'est complètement inacceptable que ces municipalités soient informées après coup. Les rapports leur disent qu'à telle ou telle date, telle ou telle matière dangereuse a passé par votre municipalité. Les résidents des municipalités veulent savoir à l'avance ce que vont transporter les trains qui passent sur leur territoire.

La vie a repris son cours à Lac-Mégantic. Les résidents participent à des forums où ils discutent de quoi aura l'air leur centre-ville qui sera reconstruit dans les deux ou trois prochaines années. Un sujet qui est discuté très intensément c'est la question de construire des routes de chemin de fer alternatives qui vont contourner la ville au lieu que les trains passent directement dans la ville. Des résidents d'autres municipalités dont l'activité économique est liée historiquement aux chemins de fer discutent aussi de cette question.

 




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