Volume 2 Numéro 103 - 9 juillet 2014


Manifestations sur la Côte-Nord

Les travailleurs défendent leur droit
de travailler dans leur région

En mai et juin, les travailleurs de la Côte-Nord ont tenu plusieurs manifestations pour revendiquer des emplois pour les travailleurs de la région. Le 9 mai, ils ont manifesté à Baie-Comeau, Sept-Îles et Havre-Saint-Pierre. Le 20 juin, plus de mille travailleurs ont manifesté dans 4 villes soit Baie-Comeau, Sept-Îles, Havre-St-Pierre et Forestville. Les manifestants protestaient contre le peu d'emplois qui reviennent aux travailleurs de la région, en particulier dans la construction et le secteur minier. Souvent, les entreprises de la construction arrivent avec leurs travailleurs qui proviennent de tous les coins du Québec et n'engagent que peu de main-d'oeuvre locale. Les minières amènent des quantités de travailleurs de partout avec le « fly in fly out » et font peu appel aux travailleurs de la région. Les travailleurs sont logés dans des camps et ont très peu d'interaction avec les villes. Les travailleurs de la Côte-Nord demandent que plus de travailleurs de la région soient employés dans les principaux secteurs de l'économie.

Les manifestations avaient un caractère urgent parce que la construction est présentement à son point le plus fort de l'année, notamment au gigantesque complexe hydroélectrique de la Romaine d'Hydro-Québec qui comprend environ 2000 travailleurs. Si les travailleurs de la région ne sont pas engagés, ils passeront l'été à ne pas travailler et n'auront pas les heures nécessaires pour être éligibles à l'assurance-emploi pendant la basse saison. De nombreux travailleurs sont déjà sans revenu depuis des mois parce qu'ils sont en chômage depuis un bon moment et ont épuisé leurs prestations d'assurance-emploi. Les travailleurs aux manifestations ont rapporté que plusieurs travailleurs de la construction ont déjà rejoint les rangs de ceux qui doivent vivre de l'aide sociale. « Assez, c'est assez, il faut sauver nos communautés. Si on ne bouge pas, c'est le tissu social qui risque d'être touché, nos services qu'on ne pourra plus payer. C'est un cri du coeur », a dit un travailleur lors de la manifestation du 9 mai à Baie-Comeau.


Manifestation de travailleurs de la construction et supporteurs à Sept-Îles pour des emplois le 20 juin 2014


La situation de l'emploi s'est grandement détériorée
sur la Côte- Nord ces dernières années

De janvier 2013 à janvier 2014, le taux de chômage a augmenté de 2 % pour s'établir à 8,4 %. En mai 2014, le taux de chômage était à 9,4%. La situation des travailleurs et des communautés s'est encore aggravée du fait qu'avec le Plan Nord et son « boom minier » le coût de la vie est monté en flèche sur la Côte-Nord. Il y a très peu de logements de libres et ceux qui le sont hors de prix. Les prix des denrées de base ont grandement augmenté. La baisse des emplois et des revenus combinée avec l'augmentation en flèche du coût de la vie composent une situation dramatique qui demande des changements immédiats, font valoir les travailleurs.

« Au milieu de tout ça, il faut qu'on continue de payer nos taxes municipales, qu'on continue d'essayer de garder nos commerçants, a dit Réginald Poirier, le représentant des locaux 9 et 2366 de la FTQ-Construction au Forum ouvrier. On a de la difficulté à les garder. Les employeurs qui viennent de l'extérieur qui amènent leur monde, ils amènent aussi leurs denrées de base et tout le matériau dont ils ont besoin. Les matériaux de construction viennent d'ailleurs. Comment voulez- vous que la Côte-Nord vive correctement, elle qui devrait vivre encore plus hautement parce qu'il y a de l'ouvrage en masse. »

Les travailleurs demandent des mesures immédiates de la part du gouvernement provincial pour faire en sorte que plus de travailleurs de la région soient engagés. En début 2014 a été créée la Table régionale Côte-Nord sur la main-d'oeuvre dans les secteurs industriel et de la construction qui a remis son rapport au gouvernement en mai. La Table comprend entre autres des représentants du gouvernement, des entreprises, des syndicats, des villes, d'Hydro-Québec et des députés provinciaux de la région. Dans son rapport, la Table a émis une série de recommandations dont celle à l'effet que la Commission de la construction du Québec (CCQ) rende disponible quotidiennement à tous les employeurs le nombre de travailleurs de la construction disponibles sur la Côte-Nord. Les travailleurs ont accueilli la création de la Table régionale, mais ne veulent pas que les choses traînent et ils demandent que le gouvernement Couillard prenne des mesures immédiates pour ouvrir les emplois aux travailleurs de la région. Ils visent en particulier la Loi R-20, la Loi sur les relations du travail, la formation professionnelle et la gestion de la main-d'oeuvre dans l'industrie de la construction, qui régit la mobilité de la main-d'oeuvre. La loi prescrit que priorité doit être donnée aux travailleurs de la région dans les projets de construction mais elle ne comporte pas d'obligation de le faire. Les travailleurs demandent des changements immédiats et ne veulent pas se faire dire par le gouvernement qu'amender les lois ou passer une réglementation spécifique qui changerait la situation est quelque chose de très complexe qui demande beaucoup de temps.

« Ce serait facile au gouvernement de dire aux employeurs qu'ils vont engager de la main-d'oeuvre régionale et ensuite aller chercher de la main-d'oeuvre où ils voudront, a dit Réginald Poirier. Quand ils disent qu'ils ne toucheront pas à une loi, c'est pour ne pas déplaire à leurs bailleurs de fonds. Les gouvernements passent les lois qu'ils veulent quand ils le veulent quand c'est pour nous nuire. Quand c'est pour nous aider ils ne sont pas capables. »


À Forestville le 20 juin 2014

Le gouvernement libéral a réagi aux manifestations des travailleurs et au rapport de la table régionale en formant un comité interministériel pour favoriser l'embauche régionale. Là encore les travailleurs ont donné le message clair qu'ils veulent des changements immédiats qui vont améliorer leur situation.

Les travailleurs disent que les employeurs préfèrent arriver avec leur main-d'oeuvre sur les chantiers parce que c'est une main-d'oeuvre qu'ils considèrent captive et plus facile à faire travailler en dessous des conditions prescrites dans les conventions collectives. C'est plus facile pour eux de faire pression sur les travailleurs pour qu'ils acceptent de travailler les heures supplémentaires en temps simple ou de tenter de les faire taire quand ils se blessent en sortant la menace de les renvoyer chez eux s'ils déclarent leurs blessures. Des représentants en santé et en sécurité ont rapporté que des entreprises cherchent à faire payer aux travailleurs qui se blessent leur billet d'avion s'ils doivent aller se faire soigner à Montréal, ce qui est contraire à la réglementation en santé- sécurité.

« Je n'ai rien du tout contre les travailleurs de l'extérieur, a dit Réginald Poirier. Ce sont tous des travailleurs comme nous qui veulent gagner leur vie. Mais l'employeur qui dit au gars que tu t'en vas travailler dans cette région-là et tu te la fermes, c'est normal ça ? C'est facile de dire qu'un travailleur de la région n'est pas bon. Il y en a qui dise que du monde n'est pas bon parce qu'ils ne t'aiment pas la face ou parce que tu réclames tes droits. Sur la Côte-Nord on réclame nos droits, on n'en demande pas plus. »

Les participants aux manifestations ont clairement dit qu'ils vont continuer à défendre leur droit de travailler dans leur région et d'y mener une vie digne et stable.

(Photos: Métallos, FTQ-Construction)

 




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