Volume 2 Numéro 110 - 10 septembre 2014



La troisième relance du Plan Nord — le Plan Nord II

Au service et à la merci des monopoles mondiaux,
pas du Québec et de ses régions

Le gouvernement libéral de Philippe Couillard, assisté d'entreprises privées du domaine financier, minier et de l'énergie, lancent le 30 septembre 2014 au Palais des congrès de Montréal les conférences « Objectif Nord ». L'appel sur le site web de l'événement dit: « Profitez de la relance d'un Plan Nord bonifié et d'un climat de confiance renouvelé ». Des allocutions spéciales y seront faites par le premier ministre du Québec, Philippe Couillard, et par Pierre Arcand, ministre de l'Énergie et des Ressources naturelles et ministre responsable du Plan Nord.

Pourquoi une troisième relance du Plan Nord?

La première raison qui nous vient à l'esprit, ce sont les investissements publics et privés qui n'ont pas été au rendez-vous, malgré les promesses de trois gouvernements successifs. Seuls les projets hydroélectriques de La Romaine, la mine Éléonore de Goldcorp et la mine de diamants de Stornoway se réalisent sans trop de problème, sur le territoire immense du Plan Nord.

Pour le domaine des ressources naturelles, les faibles prix sont la raison principale du peu d'activités d'exploration comme d'exploitation. Dans le secteur minier, les prix des minéraux sont à la baisse. Le minerai de fer, qui est le plus exporté au Québec, est passé de 136,32 $ US la tonne en novembre à 100,56 $ US la tonne en mai et sous la barre des 100 $ US depuis. Le principal marché est actuellement la Chine, où les prix varient avec la spéculation des minières BHP, Vale et Rio Tinto. Le nickel est à 18 800 $ US après quatre années de baisse. Le vendredi 5 septembre, le prix de l'or a clôturé à 1257,39 $ US l'once et l'argent à 19,00 $ US l'once. Le platine est passé en-dessous de 1402,55 $ US l'once.

Variation du prix du minerai de fer de 2009 à 2014
Lorsque le gouvernement Charest a lancé son Plan Nord en mai 2011, le prix du minerai de fer atteignait un sommet, mais il a
ensuite chuté pour revenir à son point de départ. Les autres minéraux connaissent le même sort.

Sur la Côte-Nord plusieurs projets sont arrêtés ou reportés. La majorité des projets d'exploration de terres rares sont abandonnés. Dans la région de Schefferville, Labrador Iron Mines DSO est en arrêt. Tata Steel DSO est en exploitation à un rythme ralenti. La minière se fait des réserves de minerai en période de faible prix. La Mine Scully, dans la région de Fermont, Labrador City et Wabush, a été fermée en 2014 pour une durée indéterminée. La Mine du Mont Wright est en exploitation, la Mine du Lac Bloom est menacée de fermeture, le projet Kami est toujours en attente de financement. Près de Port-Cartier, le projet de Ferro Atlantica (FerroQuébec) est en développement depuis le printemps 2014. À Sept-Îles, l'usine de bouletage de Cliff Natural Resources est fermée. Le projet Mine Arnaud (un projet de production de phosphate) est en attente d'une décision du Bureau d'audiences publiques sur l'environnement.

Dans le domaine du transport, deux projets de chemin de fer, l'un reliant Port-Cartier à Fermont et le second reliant Sept-Îles à Schefferville avec des embranchements pour rejoindre les futures mines de fer et de nickel, sont en phase d'exploration. Durant l'été 2014, des levés de terrain ont été effectués pour en établir les tracés. C'est le gouvernement qui paie pour ces préparatifs — 20 millions $ alloués dans le budget Leitao.

Dans le domaine de l'énergie, le projet de Gaz Métropolitain de fournir le gaz naturel à la Côte-Nord en passant par le Lac Saint-Jean a été abandonné.

Dans la région de l'Abitibi, la mine Québec Lithium avec 250 travailleurs à La Corne près d'Amos est à la recherche urgente de financement.

Volet ferroviaire : les monopoles ne veulent pas s'engager là non plus

Adriana, d'Adriana Ressources au lac Otelnuk, un important projet minier de 50 Mt de minerai de fer par année, situé à 500 km de Fire Lake Nord a été exclu de l'étude. Certaines sociétés minières n'ont pas été contactées par le gouvernement Couillard, parmi celles-ci New Millenium, jugée trop éloignée. Les projets de New Millenium Labmag et Kemag représentent le transport de 20 Mt de minerai de fer annuellement. La société Alderon, promoteur du projet Kami (9 Mt) a été contactée, mais elle a refusé de prendre part à l'étude. C'est la même position pour Century Iron Mines (CIM), pour Lamêlée un projet de 2,5 Mt de fer situé près de Fire Lake Nord.

Il existe dans la région le chemin de fer de la Québec North-Shore and Labrador (QNS&L), propriété de la société minière IOC. Ce dernier a une capacité de 80 Mt par année. Plusieurs minières comptent utiliser ce chemin de fer, dont Century Iron Mines (CIM), qui est présentement en négociation à ce sujet. Un autre chemin de fer de propriété privée d'Arcelor-Mittal, relie Fermont à Port-Cartier. La société minière Lamêlée qui vient de conclure une entente avec la ville de Port-Cartier pour avoir accès au port (qui est la propriété de la ville) et à un immense site d'entreposage, espère pouvoir en venir à une entente avec Arcelor-Mittal.

En juillet dernier, le gouvernement Couillard a sondé les compagnies minières actives sur la Côte-Nord et dans la Fosse du Labrador. Il les invitait à participer à une étude pour la réalisation d'un nouveau chemin de fer. Sur l'ensemble des sociétés minières approchées, une seule a répondu, soit la minière Champion Iron. Selon le journal Les Affaires « la demi-douzaine d'autres promoteurs ont refusé ou ont été exclus de cette étude de faisabilité, car le nouveau tracé suggéré ne rejoint pas leurs installations ».

En 2012 une première étude, entreprise sous la direction du Canadien National et la Caisse de dépôt et placement du Québec, prévoyait un tracé de plus de 600 km pour se rendre à Schefferville, mais le CN a décidé de ne pas s'y engager. Le tracé que propose maintenant le gouvernement Couillard relierait Sept-Îles à Fire Lake Nord et coûterait 2 milliards $.

Le gouvernement Couillard propose la construction d'un nouveau lien ferroviaire dans la Fosse du Labrador. Pour les minières présentes dans cette région, il semble que ce ne soit pas la priorité en ce moment. Selon Alderon, « nous sommes d'accord avec le principe d'un chemin de fer multiusager ». Comme la construction de la mine est pour 2015, « l'échéancier ne convient pas. Le nouveau chemin de fer arriverait trop tard. ». De plus la société est à la recherche de 1 milliard $ pour réaliser le projet Kami. Alderon a donc suspendu les travaux et est en attente d'obtenir le financement nécessaire.

Dans une conjoncture difficile comme celle actuelle où le financement est rare pour les minières et que les prix des minéraux sont à la baisse, dont le prix du fer, un nouveau chemin de fer n'est pas la priorité pour ces entreprises.

Le «climat de confiance renouvelé» du gouvernement libéral :
l'avenir du Québec ne se construit pas sur du vent

Pour bien se démarquer des échecs de ses prédécesseurs, le gouvernement Couillard a renommé le Plan Nord. Dorénavant on doit parler du « Plan Nord II ». Mais quel que soit le nom, ce projet demeure un projet pour brader les ressources naturelles du Québec. L'idée de baser le développement économique et l'avenir du Québec sur l'exploitation des ressources naturelles au gré du prix des minéraux et de la volonté d'investir de puissants monopoles mondiaux est aussi absurde que condamnable. Les Québécois réclament une nouvelle direction de l'économie, une économie qui suffit à ses besoins, qui se développe dans toutes les régions et qui répond aux besoins de la société et de ses membres, pas au service et à la merci de monopoles mondiaux qui font primer l'intérêt étroit.


La vie après le boom minier sur la Côte- Nord

Avec le Plan Nord annoncé au printemps 2011, le gouvernement Charest promettait aux Nord-Côtiers et à l'ensemble des Québécois des années de développement économique et d'abondance. Les emplois devaient se compter par milliers pour les travailleurs de la construction de la région. Après plusieurs annonces, des dizaines de visites du territoires par le gouvernement, accompagné de futurs investisseurs pendant cinq ans, que s'est-il produit ? Et quelle est la situation actuelle pour les villes de Fermont et Sept-Îles, les travailleurs de la construction et la population de la Côte-Nord et de la Basse-Côte-Nord?

La première constatation est que la région vit après le boom minier qui a duré deux ans un sérieux ralentissement économique, pour ne pas parler de crise. À Fermont, Sept-Îles et Port-Cartier, de nombreux projets sont abandonnés et ceux mis en place durant le boom minier végètent en attendant une future et incertaine relance du Plan Nord II. À Sept-Îles, ce sont des projets hôteliers qui se dirigent vers la faillite. Les propriétaires disent qu'« il ne faudrait pas que le ralentissement se poursuive une autre année ».

Le Groupe G7 a dû réduire de moitié son effectif de 200 à 100 employés. Lors du boom, le chiffre d'affaires de la PME avait grimpé à 40 M $ pour répondre aux besoins des minières. Mais tous ces entrepreneurs locaux ont dû réduire leurs prix pour faire face à la concurrence des entreprises de grande taille venant de l'extérieur de la région. Plusieurs entreprises locales y ont laissé leur chemise. En 2013, il y avait 1000 travailleurs de la construction en chômage sur la Côte-Nord. Équipements Nordiques est passé de 60 employés à 200 employés de 2008 à 2011 pour revenir à 125 en 2014. Son propriétaire affirme que « ce sont surtout des gens de l'extérieur de la région qui ont profité du boom sur la Côte-Nord ». Sur les 11 000 travailleurs actifs dans la région durant le boom, seulement 3800 venaient de la Côte-Nord. De plus, ces derniers ne travaillaient que la moitié du temps. Voilà pourquoi le 25 juin 2014, plus de 700 personnes manifestaient dans les rues de Sept-Îles leur solidarité avec les travailleurs locaux. D'autres manifestations ont eu lieu simultanément à Baie-Comeau, Havre-St-Pierre et Forestville. Les entreprises de Sept-Îles font face à une baisse de leur chiffre d'affaires de 25 à 30 %.

Pour sa part, la ville de Fermont a vu sa population de 2800 âmes doubler du jour au lendemain lors du boom. Deux expansions minières y ont eu lieu. Celles de Cliffs Natural Resources au Lac Bloom et le Mont Wright d'ArcelorMittal ont créé des tensions entre les travailleurs de passage et les résidents. L'arrivé du fly-in/fly-out (FIFO - des travailleurs sont amenés de l'extérieur par avion) a changé la donne. Les travailleurs ne résident plus à Fermont. Des maisons ne sont plus construites pour ces travailleurs et la ville ne peut en tirer des taxes municipales. Chez Cliffs Natural Resources, 90 % des 350 travailleurs sont en FIFO. Chez ArcelorMittal (AMMC) 420 sur 1000 travailleurs sont en FIFO.

La deuxième constatation est que les engagements ont été manqués. Lorsque le gouvernement Charest a lancé son Plan Nord en 2011, il avait promis une approche de développement durable. Il avait dit que le développement du Nord se ferait au bénéfice non seulement des compagnies minières, mais de l'environnement et des communautés vivant dans le Nord. Il avait même invité les Québécois « à faire le Nord, à habiter le Nord ». On doit constater que l'appel n'a pas été entendu. « On occupe le Nord, mais on ne l'habite pas », « on l'exploite, mais on ne le vit pas » , disent Bertand Méthot de la FTQ et Normand Ducharme directeur du CSSS de l'Hématite à Fermont.

«Nouveau» Plan Nord, nouvelle promesse



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Présentement le gouvernement Couillard projette de faire adopter la loi créant la Société du Plan Nord. Il présente la Société comme la solution aux multiples problèmes rencontrés par les municipalités du territoire du Plan Nord. Cet été, un comité interministériel a été formé pour la mise en branle du Plan Nord II. « Il regroupe 14 ministères », dit Pierre Arcand, ministre de l'Énergie et des Ressources naturelles et ministre responsable du Plan Nord II.

Cet automne, le gouvernement Couillard devrait relancer le projet d'une troisième voie ferrée pour acheminer le fer vers le port de Sept-Îles. « La région devrait profiter aussi de la future stratégie maritime, qui favorisera le transport du gaz naturel liquéfié jusqu'à la Côte-Nord, qui renforcera le port de Sept-Îles et les activités industrielles dans la région, dont celle du secteur minier », a dit Pierre Arcand

Le ministre Arcand promet de remplir les promesses non tenues par l'ancien gouvernement Charest dans le cadre du Plan Nord, à savoir l'expansion des routes 138 et 389. « L'argent est dans le budget », a dit le ministre.





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