Volume 2 Numéro 122 - 8 octobre 2014



La question nationale au Québec


Si la question nationale est finie, pourquoi Couillard
et compagnie en font-ils tant de cas?



Le premier ministre du Québec Philippe Couillard a déclaré qu'il allait signer la Loi constitutionnelle de 1982 dont le Québec est exclu de facto. Il veut le faire en temps pour les célébrations du 150e anniversaire de la Confédération canadienne en 2017.

Il a profité de la célébration du bicentenaire du conservateur George-Étienne Cartier, un des « pères de la Confédération », pour en faire l'annonce le 6 septembre. Lui et son homologue fédéral Stephen Harper ont encore proclamé la question nationale au Québec finie et enterrée.

Une semaine plus tard, tout juste avant le référendum du 18 septembre sur l'indépendance de l'Écosse, Couillard et le ministre fédéral des Affaires étrangères John Baird ont tenu à souhaiter victoire au camp du non. Après le référendum ils ont acclamé la défaite de l'indépendance par une très faible marge (55,3 % contre 44,7 %).

Le oui a été défait au référendum écossais à l'issue d'une campagne de dénigrement surpassée dans sa bassesse uniquement par la campagne illégale, corrompue et hystérique pour l'« unité » des libéraux sous Jean Chrétien contre le référendum de 1995 au Québec. Les forces politiques, économiques et sociales fédérales avaient dépensé des millions de dollars, illégalement dans bien des cas, pour saper le droit du peuple québécois de décider de son avenir. Rappelons qu'en dépit de cette offensive, le camp du oui au Québec a perdu avec une marge encore plus mince qu'en Écosse, soit 50,58 % contre 49,42 %.

Puis on a vu M. Couillard aller dire à l'agence Bloomberg à New York que la souveraineté n'intéresse plus les Québécois. Nous l'avons écartée, leur a-t-il dit. Plus personne ne veut parler de constitution. En cette ère de mondialisation où les organisations supranationales et les marchés ont plus de pouvoir que jamais, selon lui les Écossais et les Québécois se rendent compte qu'ils doivent appartenir à de grands ensembles. Et comme pour s'en convaincre, il s'est livré à quelques conjectures : «Une idée ne meurt jamais [...] mais la question est sa capacité de devenir une force politique forte. » Et puisque «l'idée ne meurt jamais», Couillard et Harper vont s'assurer que la question nationale n'obtienne jamais «la capacité de devenir une force politique forte».

Couillard a une majorité à l'Assemblée nationale et il veut en profiter pour signer la Loi constitutionnelle de 1982. Regardez-moi bien aller, a-t-il dit aux investisseurs américains. Regardez-le bien s'agenouiller devant la lie des arrangements anachroniques de l'État colonial anglo-canadien qui refuse de laisser les Québécois et les Canadiens décider de leur avenir.

Au même moment on entendait les gémissements des cercles dominants d'Europe contre l'initiative d'un référendum en Espagne, déterminés à ne pas laisser le peuple catalan décider de son avenir. Les vestiges de la dictature franquiste espagnole versent encore une fois dans l'excroissance verbale pour nier aux Catalans le droit de choisir de se séparer de l'Espagne.*

C'est beaucoup de branle-bas pour un problème qu'on dit «réglé» et sur un sujet qui «n'intéresse personne»! Se pourrait-il que l'affaire ne soit pas réglée après tout? Ce peut-il qu'au contraire, c'est l'État-nation anglo-canadien imposé au peuple québécois, aux Premières Nations et aux peuples de tous les anciens dominions établis au Canada du XVIIe au XIXe siècles qui est fini, qui a fait son temps et qui ne tient qu'à un fil? Serait-ce plutôt qu'une élite dominante s'accroche à son pouvoir et ses privilèges de classe en s'accrochant aux pantalons des Américains et en bloquant l'émergence du nouveau?

La cabale Couillard, Harper, Baird et compagnie qui célèbrent la mort du mouvement pour la souveraineté déclare que le Canada et le Québec sont des nations sans État, de simples économies annexées, des territoires et des ministères sous la coupe des États-Unis des monopoles d'Amérique du Nord. Nous sommes «ouverts aux affaires» et tout est à rabais, chantent-ils en choeur. Nos forces armées sont intégrées à la machine de guerre américaine, prêtes à aller en guerre n'importe où dans le monde pour combattre les méchants selon le président américain.

Cette réalité politique de l'annexion et de la guerre perpétuelle ne nous dit-elle pas plutôt que la question nationale est plus urgente que jamais? À moins que la classe ouvrière devienne la nation et investisse le peuple du pouvoir souverain, les choses ne vont pas bien aller. À moins que la classe ouvrière ne convoque une assemblée constituante au Québec et une autre dans le reste du Canada pour établir des institutions démocratiques modernes qui investissent le peuple du pouvoir souverain, pas les riches et leurs représentants, à moins qu'elle ne mène le peuple dans l'affirmation des droits de tous, nous sommes voués au cycle infernal de la crise, du chaos et de la guerre.

Loin d'être terminée, l'affirmation de la nation du Québec sur une base moderne est la tâche la plus urgente aujourd'hui. La classe ouvrière a à son programme la création d'un Canada moderne qui reconnaît le droit du Québec à l'autodétermination, y compris à la sécession. Il n'est pas possible d'aller de l'avant sans établir des relations modernes de nation à nation avec les peuples autochtones et sans enchâsser les droits égaux des citoyens. L'affirmation des droits prive l'élite dominante du pouvoir de distribuer les privilèges à sa faveur. Ces privilèges peuvent être accordés et retirés comme une carotte tendue pour forcer tout le monde à se soumettre au pillage de notre travail et de nos ressources et aussi pour nous faire accepter sans protester notre inclusion à la machine de guerre des Etats-Unis pour la conquête du monde. Ce n'est qu'en affirmant les droits de tous qu'on peut établir une véritable union libre et égale de toutes ses composantes.

Couillard et Harper et les autres forces politiques, économiques et sociales qui tiennent ce discours agissent en désespoir de cause. Ils voudraient bannir la question nationale de la conscience des gens. Ils vivent dans un monde où personne ne voit rien, n'entend rien, ne ressent rien et n'analyse pas le monde dans lequel on travaille et on vit.

Comment voulons-nous marquer le 150e anniversaire de la Confédération qui a servi à contrer l'annexion du Canada aux États-Unis et à le maintenir dans l'empire britannique?

Assurons-nous que les deux années qui restent nous amènent résolument sur une nouvelle voie, vers un Canada moderne, un Québec moderne et des Premières Nations modernes pour que nous puissions fièrement et en toute conscience nous attaquer à la question nationale comme un problème posé et à résoudre.

Couillard, Harper et compagnie veulent célébrer la Confédération en reniant son contexte historique et en épousant le continentalisme, c'est-à-dire ce contre quoi la Confédération a été créée. Ils sont en train d'achever l'annexion du Canada et du Québec à la machine de guerre des États-Unis, et ils s'occupent à brader les ressources qui appartiennent au peuple de droit et à mépriser son bien-être. Ça ne doit pas passer!

Ensemble, exigeons des assemblées constituantes pour le Québec et le reste du Canada, pour adopter une constitution moderne qui investira le peuple du pouvoir souverain, garantira les droits que tous possèdent du fait qu'ils sont des êtres humains et qui corrigera ou abolira tous les traités et tous les arrangements qui annexent le territoire, l'économie et les institutions du Québec, des Premières Nations et du Canada à des pouvoirs étrangers.

Note

* Le gouvernement espagnol et toutes les élites dominantes d'Europe ont lancé une campagne brutale pour écraser l'initiative d'un référendum sur l'indépendance de la Catalogne qui devait avoir lieu le 9 novembre. Le chef du gouvernement espagnol Mariano Rajoy a dit qu'il allait «recourir à tous les moyens pour empêcher la tenue du scrutin» et le 29 septembre le Tribunal constitutionnel d'Espagne est intervenu «avec une rapidité insultante», pour citer le président de la Catalogne Artur Mas, pour suspendre le référendum et arrêter tous les préparatifs.


Le ministre des affaires intergouvernementales
veut signer la constitution lui aussi

Le ministre québécois des Affaires intergouvernementales, Jean-Marc Fournier, a dit à Ottawa le 1er octobre que «la reconnaissance du Québec comme société distincte est maintenant un fait accompli» et qu'il n'y a donc plus de raison de ne pas signer la Constitution de 1982.

Invité à la Conférence Canada 2020 qui réunit des représentants des gouvernements des provinces et des partis politiques des riches le 1er octobre, M. Fournier est même allé jusqu'à dire que depuis la signature de la Constitution de 1982 qui excluait le Québec «des acteurs politiques ont multiplié les gestes pour reconnaître la spécificité du Québec». Selon lui, «il y a un mouvement très réel pour reconnaître le Québec, et si quelqu'un veut ouvrir les débats constitutionnels, ce sera sur la table».

Pour parler ainsi, Jean-Marc Fournier doit feindre d'ignorer qu'en ce qui concerne le peuple, tant les Québécois que les Canadiens ont rejeté cette notion de «société distincte» en lieu et place d'une nation avec son droit à l'autodétermination ou comme truchement pour faire approuver une constitution canadienne qui ne reconnaît pas les droits de tous et qui maintient les arrangements coloniaux envers les Premières Nations.

Comment expliquer cet empressement des libéraux du Québec à vouloir signer la constitution de 1982? Et surtout comment expliquer cet aveuglement par rapport à la réalité? Serait-ce parce qu'ils lorgnent du côté des centaines de milliards de dollars que le gouvernement Harper promet maintenant d'investir dans des travaux d'infrastructure pour faciliter le pillage de nos ressources? Les libéraux sont-ils captivés par la phrase du ministre canadien des Finances Joe Oliver qui dit que le Québec trouvera sa place au sein du Canada s'il accepte le rôle d'exportateur des ressources? Porteur d'eau et scieur de bois?

Pour plaider leur cause auprès du gouvernement canadien et des provinces, les libéraux parlent d'identité reconnue et d'une société québécoise devenue multiculturelle et parlent de «victoire de la diversité», c'est-à-dire le même vieux langage qu'avant. Chantier politique présentera plus en détails les notions exposées par le ministre Fournier à la conférence Canada 2010.

  



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