Volume 2 Numéro 135 - 29 octobre 2014


La population de Sorel-Tracy se
mobilise pour protéger la Terre Mère


Plus de 2500 personnes ont convergé vers la ville de Sorel-Tracy le dimanche 26 octobre pour exprimer leur opposition à la décision des autorités provinciales et fédérales de faciliter le transport du pétrole provenant des sables bitumineux de l'Alberta via la voie maritime du Saint-Laurent. Le collectif qui a organisé la marche, la Ligue richeloise contre la tyrannie pétrolière, demande un moratoire sur le transport du pétrole albertain sur le fleuve via la raffinerie Suncor située à Montréal et les installations nouvellement modernisées de Kildair à Sorel-Tracy. Des super pétroliers transportent depuis quelques semaines ce pétrole pour être exporté, en empruntant la voie maritime du Saint-Laurent.

La question À qui appartient le fleuve Saint-Laurent ? était au centre des discussions parmi les participants, notamment les jeunes des cégeps d'Édouard-Montpetit à Longueuil et de Sorel-Tracy, scandant le slogan; À qui le fleuve ? À nous le fleuve ? Le président de l'Association des étudiants du Cégep de Sorel-Tracy a rappelé l'importance de pouvoir décider du rôle économique que l'on veut donner au fleuve tout en prenant la responsabilité de protéger cet habitat naturel inestimable.

La préoccupation majeure à la manifestation était surtout environnementale: sommes-nous prêts à faire face à un déversement de pétrole majeur dans le fleuve ? Et qui va payer les dégâts ? Quelles vont en être les conséquences à long terme pour les riverains et pour l'écosystème en général ? La grande majorité des citoyens du Québec est concentrée près des rives du Saint-Laurent. Un désastre écologique de grande envergure aurait des conséquences graves pour l'eau potable, pour la navigation en général, pour les espèces marines et pour la vie de millions de personnes.

Récemment, le gouvernement de Philippe Couillard a autorisé une augmentation du nombre de navires transportant du pétrole des sables bitumineux parce que le Québec aurait, selon lui, un devoir de ne pas faire obstacle au commerce interprovincial, la voie maritime du Saint-Laurent étant de juridiction fédérale. Cet aspect fut mis en lumière par les différents intervenants politiques et environnementaux, en particulier Dominic Champagne, réalisateur et activiste bien connu dans la lutte contre le pétrole de schiste à Anticosti et l'animateur de la journée.

Il y a déjà du transport de pétrole qui s'effectue sur le fleuve Saint-Laurent. Ce pétrole, importé, est acheminé vers les raffineries Ultramar à Lévis près de Québec et celle de Suncor à Montréal-Est. La fermeture de la raffinerie Shell, voilà quelques années, a fait augmenter le nombre de navires transportant du pétrole déjà raffiné et prêt à être distribué. Les navires transportant le pétrole albertain sur le fleuve s'ajoutent aux pétroliers qui circulent déjà sur la voie maritime. Leur nombre passera de 100 navires à 125 navires, selon la direction de Kildair. De plus, les nouveaux pétroliers sont plus grands, plus lourds et possèdent une plus grande capacité de tonnage que les navires actuels. Selon les intervenants environnementaux, dont le biologiste et navigateur bien connu Jean Lemire, il n'y aura que quelques mètres entre le fond de cale du navire et le fond du fleuve. Cet aspect augmente de beaucoup les risques d'accidents sur un des fleuves les plus difficiles à naviguer du monde.

Les participants à la marche faisaient valoir que le Québec n'a pas à satisfaire les décisions des grandes pétrolières. Ce n'est pas au Québec non plus à payer pour les décisions de la Colombie-Britannique et des États-Unis qui refusent l'accès pour le moment à ce même pétrole. Ils demandent au gouvernement Couillard de revenir sur sa décision et de ne pas plier face au diktat des grandes pétrolières et du gouvernement fédéral.

Des représentants des nations autochtones abénaquise et mohawk étaient également présents et le discours du représentant du conseil de bande de Kahnawake fut l'un des plus chaleureusement applaudis. Il a dit entre autres que la destruction de l'environnement n'est pas que les gens sont mauvais, mais qu'ils sont les victimes du système actuel de gouvernance qu'ils ne contrôlent pas. Il a invité tout le monde, autochtones et non-autochtones, à rejeter la division raciste qui leur est imposée depuis des siècles par les autorités fédérales et de s'unir pour la protection de la Terre Mère qui nous nourrit et nous fait vivre. Il a dit que les décisions que nous devons prendre doivent prendre en considération l'avenir des sept prochaines générations qui vont nous suivre. Il a invité les gens à rompre avec ceux qui n'ont aucun respect pour la Terre Mère et dit que la lutte sera longue. Parlant de la puissance des grandes pétrolières, leurs bateaux géants et la connivence des autorités politiques, il a dit: « C'est vous maintenant qui êtes les Indiens, et les cowboys sont partout pour vous anéantir.... Vous devez poursuivre cette lutte, comme nous l'avons fait pendant des siècles. »

La question des retombées directes pour le Québec fut également une préoccupation majeure de la journée. En quoi ce transport favorise-t-il l'économie du Québec ? Quels sont les avantages à le faire ? Pour les participants, il n'y a aucun avantage à tirer d'un tel transport sur le fleuve, seulement les risques d'assumer les désastres environnementaux et les coûts que va devoir payer la population en général. Le souvenir de la tragédie de Lac-Mégantic était omniprésent. Les participants ont réitéré leurs profondes convictions que ce projet ne passera pas et qu'ils vont aller jusqu'au bout.



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