Volume 2 Numéro 141 - 7 novembre 2014


Chantiers de l'histoire


Référendum de 1995: le «rassemblement
de l'unité» dans les rues de Montréal

Le 31 octobre dernier était le 19e anniversaire du référendum sur la souveraineté du Québec qui a été défait par une mince marge de 49,42 % pour et 50,58 % contre. Trois jours avant le vote, les forces concertées de l'establishment canadien avec le premier ministre Jean Chrétien à leur tête ont organisé un « rassemblement de l'unité » de 50 000 personnes dans les rues de Montréal. Il fut révélé par la suite que les organisateurs de l'événement ont enfreint les lois sur le financement électoral et dépensé des millions de dollars pour amener à Montréal des gens de l'extérieur du Québec pour influencer le vote en faveur du non. La majorité des participants à la marche était de l'extérieur du Québec.

Le 12 septembre 1994, le Parti québécois dirigé par Jacques Parizeau prend le pouvoir, quatre ans après l'échec de l'Accord du Lac Meech et deux ans après la défaite du référendum sur l'accord de Charlottetown, deux tentatives de l'État canadien de maintenir le statu quo constitutionnel rejetés tant par les Canadiens que par les Québécois. Durant la campagne électorale, Parizeau affirme qu'il déclenchera un référendum sur la souveraineté du Québec s'il est élu.

Le référendum aura lieu le 31 octobre de l'année suivante et la question posée sera : « Acceptez-vous que le Québec devienne souverain, après avoir offert formellement au Canada un nouveau partenariat économique et politique, dans le cadre du projet de loi sur l'avenir du Québec et de l'entente du 12 juin 1995 ? »

Les forces concertées de l'establishment canadien organisent alors le camp du Non et mettent à contribution plusieurs ministères et tous les leviers économiques sous leur contrôle, y compris l'immigration. Le 7 septembre 1995, le Conseil de l'unité canadienne crée Option Canada. Le groupe se compose d'hommes d'affaires et d'organisateurs politiques issus de trois partis politiques, soit le Parti libéral du Canada, le Parti libéral du Québec de Daniel Johnson et le Parti progressiste-conservateur du Canada dirigé alors par Jean Charest. « Au moment de la création d'Option Canada, grâce à ses contacts avec des représentants de la Banque Royale du Canada, Jocelyn Beaudoin [alors directeur du Conseil pour l'unité canadienne et ensuite représentant du Québec à Toronto sous le gouvernement Charest - ndlr] a négocié une marge de crédit d'un million de dollars au bénéfice d'Option Canada. L'assurance de l'octroi de subventions fédérales et les liens entre les deux entités ont sûrement contribué à convaincre le banquier d'accorder une marge de crédit aussi importante à la nouvelle société. Dès le 3 octobre 1995, le ministère du Patrimoine canadien versait une subvention de 2 000 000 $ à Option Canada. »[1] Ce n'est qu'en mars 1997, soit cinq mois après le référendum, que la Direction des élections du Québec apprend l'existence d'Option Canada suite à une série d'articles parus dans The Gazette.

La semaine précédant le référendum, les médias spéculent sur la possibilité d'une victoire du Oui. Les tenants du statu quo, le Parti libéral de Jean Chrétien en tête, s'agitent frénétiquement. Raymond Chrétien, neveu du premier ministre et ambassadeur du Canada aux États-Unis, écrit: « Je réalisais tout à coup que nous n'avions pas de "plan B". Je voulais savoir: qu'est-ce que je fais dans une semaine, qu'est-ce que je dis au président Clinton si le Canada perd, quel est notre message ? Et le verdict ? On l'accepte ? On le refuse ? À quelles conditions ? [...] Laissez-moi vous dire qu'à ce moment-là, ça patinait fort. »[2]

Le 25 octobre, pour la première fois de son mandat, Jean Chrétien s'adresse à la nation. Loin de parler en homme d'État reconnaissant la crise du fédéralisme canadien et la nécessité de rompre avec les arrangements coloniaux du XIXe siècle pour la résoudre, il utilise les menaces, le chantage et la peur: « Il semble également que certains s'apprêtent à dire OUI parce qu'ils pensent qu'ils auront un meilleur rapport de force pour renégocier un partenariat économique et politique avec le Canada. Je veux leur répéter encore une fois qu'ils se trompent. Un OUI mène à la destruction irréversible de l'union économique et politique que nous avons actuellement, rien de plus. »

La panique et l'hystérie de l'establishment du camp du Non face à leur incapacité à faire passer le statu quo comme choix pour le peuple du Québec s'expose aux yeux de tous, le 27 octobre 1995, avec le « rassemblement pour l'unité ». À cette occasion, des dizaines de milliers de personnes de toutes les provinces sont transportées à Montréal afin de participer au « rassemblement de l'unité » à la Place du Canada. Des rabais de l'ordre du 90 % leur sont accordés par les compagnies aériennes canadiennes Air Canada et Canadian Airlines, et de 60 % par Via Rail. Le directeur général des élections de l'époque, Pierre-F. Côté, envoie des mises en demeure à ces compagnies dès le 25 octobre leur signifiant l'illégalité de leur geste en vertu de la Loi référendaire du Québec. Les mises en demeure sont ignorées.

Dans leur allocution lors de l'événement, « Jean Charest [alors chef intérimaire du Parti progressiste-conservateur du Canada], Jean Chrétien et Daniel Johnson remercient les Canadiens qui, grâce aux importants rabais consentis par les transporteurs aériens, ont fait le voyage pour témoigner leur amour aux Québécois. »[3]

Brian Tobin, ministre au cabinet fédéral et principal organisateur de l'événement, dira: « Tous les grands hommes d'affaires approchés par les employés de mon bureau ont ouvert leurs carnets de chèques et ont demandé "de combien avez-vous besoin ?" »

Robin Philpot et Norman Lester, dans leur livre Les Secrets d'Option Canada paru en 2006, estiment que Patrimoine Canada a dépensé 4,8 millions $ illégitimement pour la marche de l'unité du 27 octobre dans le cadre d'un programme d'appui à la dualité linguistique canadienne. La même année, le juge Bernard Grenier reçoit le mandat d'Élections Québec d'enquêter sur ces allégations. Son enquête révèle qu'Option Canada avait disposé d'un budget de 11 millions $ et que les dépenses illégales se chiffraient à 539 000 $.

Quand cette réalité éclate au grand jour, c'est Stephen Harper qui forme le gouvernement au Canada. Les libéraux ont été défaits dans la disgrâce du scandale des commandites, portant aussi sur les dépenses illégales pour « faire la promotion de l'unité canadienne » au Québec, ce qui montre l'acharnement des défenseurs du statu quo. Harper refuse toutes les demandes d'enquête sur les violations de la loi référendaire du Québec lors du référendum. Les coûts réels du « rassemblement de l'unité » du 27 octobre, estimé à 4,3 millions $ selon Radio-Canada, demeurent à ce jour un mystère vu le refus du gouvernement Harper de faire pleine lumière sur cette fraude.

Presque vingt ans après le référendum, on apprend encore des fraudes commises par les tenants du statu quo. En 2013, devant la Commission Charbonneau, l'organisateur pour le Parti libéral du Québec « Gilles Cloutier a admis avoir financé illégalement des activités de la campagne du Non dans les régions des Laurentides et de Lanaudière, lors du référendum de 1995».[4]

Malgré les millions de dollars détournés pour saper le droit des Québécois de décider de leur avenir, le Non ne l'emporte qu'avec une très faible majorité de 50,58 % et la question constitutionnelle reste à résoudre.

Même si le premier ministre du Québec Philippe Couillard fait signer la constitution aujourd'hui, comme il l’a laissé entendre, en se servant de sa majorité à l’Assemblée nationale et d’ententes secrètes avec le gouvernement Harper, cela ne va rien résoudre. Aujourd’hui la question de la souveraineté concerne tous les Québécois et tous les Canadiens puisque le Québec et le Canada sont en train d’être avalés par les États-Unis des monopoles et que le peuple est dépourvu du pouvoir décisionnel. C’est à la classe ouvrière de se constituer en la nation pour investir le peuple du pouvoir souverain, non pas les monopoles.

Dernièrement nous avons vu comment les forces de l’establishment au Royaume-Uni ont tout mis en œuvre pour assurer la victoire du Non au référendum sur l’indépendance de l’Écosse et dimanche il y aura un référendum non officiel en Catalogne qui veut se séparer de l’Espagne depuis longtemps. Les autorités espagnoles sont dans une frénésie totale, tout comme ce fut le cas en Grande-Bretagne et tout comme ce fut le cas au Québec en 1995. Les forces réactionnaires ne veulent absolument pas que ce soit le peuple qui décide de son avenir, et qu'il se dote d'une économie et d'une politique sociale, culturelle et administrative qui servent ses intérêts.

________________

1. Rapport d'enquête au sujet des activités d'Option Canada à l'occasion du référendum tenu au Québec en octobre 1995
2.  Point de rupture, Archives Radio-Canada
3. Ibid
4. Le Devoir, 1er mai 2013

Contre l'austérité et pour la défense des programmes sociaux
Manifestations régionales contre l'austérité
9 novembre à 10 h
Tous à la défense des programmes sociaux pour la famille !

   

  
Montréal
   
10 h à la Place des festivals rue Ste-Catherine

Québec
   
10 h au Parc de l’Amérique française

Gatineau
   
10 h au Parc Laurent-Groulx
Pour les autres manifestations, voir le site ToujoursFousDeNosEnfants.com
Manifestation simultanée à Québec et à Montréal
29 novembre à 13 heures
(arrivez à midi)

Montréal : Place du Canada (angle Peel et René-Lévesque)
Québec : Parc des Champs-de-Bataille (plaines d’Abraham)
Information: refusonslausterite.org



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