Volume 2 Numéro 152 - 3 décembre 2014

Les gouvernements majoritaires du Québec et
de l'Ontario joignent leurs forces pour soutenir
encore mieux le droit de monopole


Une seconde rencontre a eu lieu entre les gouvernements du Québec et de l'Ontario pour consolider leur soi-disant alliance du Canada central. Cette rencontre s'est tenue à Toronto le 21 novembre dernier. Annoncée comme une occasion de traiter de coordination et de coopération entre les deux gouvernements provinciaux, elle a plutôt servi à alimenter les flammes du conflit entre ces deux gouvernements provinciaux et le gouvernement Harper et leur conflit avec les premiers ministres de l'ouest soit la Saskatchewan et l'Alberta. Les conflits portent sur les projets de pipelines de l'ouest, en particulier le projet Énergie Est, et sur le contrôle qu'exerce le gouvernement Harper sur les paiements de transferts en infrastructure. À cet égard, un accord a été conclu entre les deux provinces à l'effet de coopérer sur la question du pétrole et du gaz et d'adopter une position commune sur le pipeline Énergie Est de TransCanada. Pendant ce temps, les premiers ministres des provinces ont leurs propres stratagèmes au sujet du pétrole et du gaz qui sont produits dans leurs provinces.

Lors de la réunion, de nombreux accords de commerce et de coopération ont été signés. Un communiqué de presse donne un résumé des discussions.

Un protocole d'entente a été signé pour échanger la capacité de produire de l'électricité afin de tirer profit des besoins différents des deux provinces selon les saisons. La demande de pointe du Québec en électricité est en hiver et celle de l'Ontario en été. À compter de la fin de 2015, l'Ontario va rendre disponible une capacité de 500 mégawatts (MW) d'électricité au Québec pendant l'hiver et le Québec fera de même pour l'Ontario en été. Les deux conseils des ministres se sont aussi entendus pour étudier et trouver les possibilités d'accroître les échanges commerciaux d'électricité. Ils se sont aussi entendus pour collaborer et partager leurs expériences en matière d'options de systèmes électriques pour les communautés éloignées des Premières Nations en Ontario et les communautés du Québec qui ne sont pas branchées.

Une grande partie de la discussion a été consacrée aux changements climatiques et à la réduction des gaz à effet de serre. Le communiqué de presse indique que le Québec et l'Ontario vont continuer à coopérer par l'intermédiaire du Conseil canadien des ministres de l'environnement et du Conseil de la fédération « pour soutenir un dialogue continu sur les changements climatiques » et développer la Stratégie canadienne de l'énergie.

Un protocole d'entente a été signé dans lequel les deux gouvernements s'engagent à « bâtir une économie à faible émission de carbone » et à promouvoir des initiatives comme la fixation d'un prix sur le carbone et « l'adoption de mesures de conservation et d'efficacité énergétique ». Il y a eu accord à l'effet de sensibiliser la population aux changements climatique, de partager les connaissances et de coopérer en matière de recherche de projets conjoints sur les changements climatiques. Le Québec s'est entendu pour partager avec l'Ontario toute information apprise dans le cadre de sa participation au programme de bourse du carbone de la Californie.


   
Seuls des arrangements politiques qui reconnaissent le
droit du peuple de décider ouvrent la voie au progrès

 
Une alliance centrale pour qui ? Contre qui ? Pour faire quoi ?
 
    Au service et à la merci des monopoles mondiaux,
pas du Québec et de ses régions

En matière d'investissements en infrastructure, le Québec et l'Ontario demandent au gouvernement fédéral de fournir du financement additionnel pour l'infrastructure « par l'entremise d'un mécanisme de transfert en bloc inconditionnel qui augmente en fonction des besoins économiques ». « Actuellement, poursuit le communiqué, la contribution du gouvernement fédéral est bien moindre que les avantages qu'il retire des investissements provinciaux en matière d'infrastructure. » Selon le communiqué, au cours de la prochaine décennie, l'Ontario prévoit investir environ 130 milliards de dollars dans les infrastructures et le Québec environ 90 milliards de dollars, soit, en moyenne, environ deux pour cent du PIB. provincial par année alors que le gouvernement fédéral prévoit investir dans l'ensemble du Canada moins du tiers de ces sommes.

Le communiqué critique le mécanisme de transfert fédéral en matière d'infrastructure comme étant inflexible face aux projets et priorités des deux gouvernements et note que la pratique actuelle de négociation projet par projet n'est pas adéquate. Le communiqué demande au gouvernement fédéral d'accroître ses propres investissements « y compris les infrastructures sur les réserves des Premières Nations, notamment en ce qui a trait à l'eau potable » .

En matière de commerce et de coopération, les premiers ministres se sont entendus pour examiner de quelle façon ils peuvent « faire correspondre les règles en matière d'approvisionnement gouvernemental de l'ACCOQ [l'Accord de commerce et de coopération entre l'Ontario et le Québec] avec celles de l'AECG [l'Accord économique et commercial global Canada-Union européenne] », ce qui « permettrait aux fournisseurs du Québec et de l'Ontario d'obtenir un accès similaire à celui des fournisseurs de l'Union européenne ».

Les deux parties ont aussi convenu de partager de l'information sur leurs réglementations et meilleures pratiques pour aider le monde des affaires, d'examiner les possibilités de mener des missions commerciales à l'égard des secteurs industriels d'intérêt commun, de remettre sur pied le comité consultatif sur le secteur privé de l'ACCOQ, qui a été créé en 2010 et qui est inactif depuis 2012, afin de fournir « des informations stratégiques aux ministres et d'identifier des secteurs en vue d' une collaboration accrue. »

On a aussi signé une déclaration « qui reconnaît le rôle clé que les francophones ont joué dans la fondation et la construction du Canada d'aujourd'hui ». Le communiqué dit aussi que les deux gouvernements vont promouvoir les échanges, surtout entre les jeunes et qu'ils demandent au gouvernement fédéral d'appuyer Radio-Canada pour qu'elle puisse « remplir son mandat qui consiste à offrir des services de radio et de télévision en français dans l'ensemble du Canada ».

Les positions qu'ont prises les gouvernements Couillard et Wynne montrent que les manoeuvres en préparation des prochaines élections fédérales ont déjà commencé. Cette « alliance stratégique » entre le Québec et l'Ontario est utilisée pour représenter les intérêts des monopoles du Canada central qui veulent une plus grande part des profits tirés de la production pétrolière et des dépenses en infrastructure et exigent que l'État mette tout son poids derrière les décisions que les intérêts qu'ils représentent veulent voir adoptées. Dans tout ce flot d'activités qui présentent cette alliance entre les deux gouvernements comme un pacte entre des gens qui viennent de renaître à l'environnement, on ne trouve pas un mot sur la nécessité d'investir dans le secteur manufacturier ou quelque plan que ce soit visant à construire une économie indépendante qui subvient à ses besoins et peut satisfaire les besoins de la vaste majorité des Québécois et des Ontariens. Il s'agit d'une alliance d'intérêts monopolistes qui vont être aux premières lignes de la prochaine élection fédérale, alors que les cercles dirigeants vont tenter de créer une compétition entre deux partis pour voir quel champion de quels monopoles va en émerger et former le prochain gouvernement.



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