Volume 2 Numéro 156 - 9 décembre 2014


Commémoration du 25e anniversaire de la tragédie de Polytechnique

Les femmes s'engagent solennellement à poursuivre la lutte pour mettre à fin à la violence contre les femmes

Le samedi 6 décembre à 14 heures, plus de 500 femmes, accompagnées de leurs parents, familles et amis, se sont réunies à la Place du 6-décembre-1989 à Montréal, à l'occasion du 25e anniversaire de la tuerie de la Polytechnique. Vingt-cinq ans plus tôt, à cette date, un individu ouvrait le feu, tuant quatorze femmes et blessant dix femmes et quatre hommes, avant de se suicider.

La cérémonie solennelle s'est déroulée avec grande dignité alors que les noms des quatorze jeunes femmes inscrits sur des pancartes ont été nommés un par un, pour veiller à ce que jamais ces noms ne soient oubliés. «Cette commémoration doit rappeler que malgré les avancées de la situation des droits des femmes, elles sont encore victimes de violence car elles sont des femmes et que nier les inégalités les mettent en danger. Plus que jamais il est important de poursuivre nos résistances et ripostes féministes et de poursuivre notre lutte contre les inégalités et la violence contre les femmes», a déclaré l'animatrice de la cérémonie. Cette intervention a été suivie d'une minute de silence en mémoire de celles-ci.

Des représentantes du mouvement de femmes, de femmes autochtones et du comité organisateur des 12 Jours d'action pour mettre fin à la violence contre les femmes ont ensuite pris la parole, entrecoupées par l'interprétation de chants autochtones de guérison. Elles ont mis en lumière la bataille qui se poursuit aujourd'hui contre toutes les violences faites aux femmes, les actions menées et leurs aspirations à y mettre fin.

« Blâmer les femmes pour les agressions que les femmes ont subi est aussi un geste politique, a indiqué Alexa Conradi de la Fédération des femmes du Québec. Pris ensemble c'est un crime politique. [...] Seule la tâche est trop grande ; ensemble nous pouvons faire une différence, c'est pourquoi 25 ans plus tard le mouvement féministe appelle encore à la mobilisation pour ne pas souffrir isoler, pour transformer les dégâts en force collective, pour stopper la violence des institutions qui nient la violence, pour stopper la violence masculine. Nous sommes encore et toujours en lutte. Le mouvement féministe sera là pour déranger tant que nous ne serons pas toute en mesure de prendre notre place dans un monde de paix, de justice, de solidarité et de liberté. »

Anne-Marie du Centre d'aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel de Chateauguay et victime elle-même de violence sexuelle durant sa jeunesse, a parlé de la forme que prend la lutte du centre à Chateauguay. Le centre mène actuellement une campagne À visage découvert qui encourage les femmes à parler et à dénoncer. « Le secret est très lourd à porter, a-t-elle dit. Il y a trop de vies détruites, les femmes se sentent coupables, je veux leur dire qu'elles n'ont rien fait de mal. Les statistiques récentes disent qu'une fille sur trois sera victime d'une agression à caractère sexuel avant l'âge de 16 ans. Nous sommes là pour les aider. La violence sexuelle faite aux femmes doit arrêter. »

Viviane Michel de Femmes autochtones du Québec (FAQ) a parlé de la responsabilité collective de stopper la violence contre les femmes. « On a toute une responsabilité. Mille cent quatre-vingt-six femmes autochtones ont été portées disparues, assassinées. C'est beaucoup depuis 30 ans. Ce nombre équivaut à 8 000 Québécoises, 30 000 Canadiennes. L'impunité existe encore chez nous. Parce qu'on est des femmes et parce qu'on est des femmes autochtones, donc la justice ne s'applique pas chez nous. » Elle a conclu en disant qu'il faut fermer la porte à cette violence sous toutes ses formes.

Au nom des trois maisons d'aide pour femmes victimes de violence conjugale de Laval, Jenny Godmer, coordonnatrice de la maison Lina, a parlé de la campagne que leurs maisons ont entreprise. « Nos maisons d'hébergement entendent trop souvent : Je ne pensais pas que c'était de la violence. Je n'ai jamais reçu de coups, est-ce que vous pouvez quand même m'aider? Je pensais que c'est moi qui était folle. » Le groupe a donc entrepris une campagne spécifique : « Vous n'êtes pas folle, vous êtes victime de violence psychologique». Elle a constaté qu'encore aujourd'hui, les femmes ne connaissent pas l'existence des maisons d'hébergement. « Dans le contexte démographique changeant de notre région, les femmes victimes de violence se retrouvent souvent isolées. Cela est plus flagrant chez les femmes issues des communautés ethnoculturelles. Le facteur de la langue est un outil de contrôle de choix. » Le groupe mène donc une campagne quadrilingue, largement diffusée dans les lieux achalandées, dont les métros et le transport public, de même que dans les hebdos régionaux et journaux arabophones et hispanophones de notre région. « Nous espérons permettre au plus grande nombre de femmes de notre région de savoir que non, elles ne sont pas folles. »

Paulette Senior, la présidente du YWCA du Canada, a aussi pris la parole. Elle a annoncé la décision de son organisation de commémorer la tragédie du 6 décembre par l'action « Éclairer la nuit, ensemble contre la violence ». Ce même jour, dans 16 villes du Canada, 25 lieux, édifices, ponts et monuments célèbres ont été éclairés en rouge pour souligner la nécessité d'agir contre la violence faite aux femmes et aux filles, dont la tour du Stade olympique et l'hôtel de ville de Montréal, le pont Langevin à Calgary, les hôtels de ville de Toronto, Peterborough, Cambridge, de St-John (Terre-Neuve) et plusieurs autres.

Sylvie Haviernick, du comité organisateur du 25e de Polytechnique, a parlé avec beaucoup d'émotions de la perte d'innocence qu'ont créée les événements tragiques du 6 décembre. « Que reste-t-il du 6 décembre 1989 ? Je dirais, il nous reste surtout une promesse, celle de ne jamais oublier ces 14 femmes, que moi j'appelle les 14 magnifiques. » Elle a parlé de l'action entreprise il y a quelques années par des femmes et des organisations pour garder mémoire et en organisant les 12 jours d'action contre la violence faite aux femmes. Aujourd'hui, de Chicoutimi à Roberval, de Laval à Longueuil, de Gatineau à Aylmer et dans plusieurs autres villes, « plus de 100 événements ont été organisés par ces femmes dans leurs maisons d'hébergement, leur communauté, les écoles ». Elle a salué l'action qui s'amplifie d'année en année et qui assure « le passage de la mémoire collective et de prendre le temps pour donner une meilleure vie de femmes. »

Par la suite, les gens ont été invités à participer à une marche aux flambeaux sur le chemin du cimetière Côte-des-Neiges jusqu'au chalet du Mont-Royal, où avait lieu une cérémonie télévisée. Tout au long de la marche, les femmes ont échangé sur leurs expériences et réitéré leur engagement à redoubler d'efforts pour mettre fin à toutes les formes de violence contre les femmes, les enfants et les plus vulnérables de la société, et ce, dans un contexte politique et économique encore plus fragile et destructeur pour l'ensemble de la société.

Marche aux flambeaux à la mémoire des 14 jeunes femmes



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