Volume 3 Numéro 5  - 11 février 2015

Le peuple en action

Manifestations «Touche pas à ma région»
en Abitibi-Témiscamingue


Le 29 janvier dernier, les gens de l'Abitibi-Témiscamingue ont tenu plusieurs manifestations contre le programme d'austérité du gouvernement Couillard. Selon les organisateurs, la coalition Touche pas à ma région, près de 5000 personnes y ont participé, soit environ 1 résident de la région sur 30. Il y a eu des actions dans les quatre municipalités régionales de comté, soit Abitibi, Abitibi-Ouest, Témiscamingue et Vallée-de-l'Or, en plus de la ville-MRC de Rouyn-Noranda, et dans plusieurs villes, dont Ville-Marie, Val d'Or, Amos, La Sarre et Senneterre.

Les manifestants ont dénoncé l'ordre du jour d'austérité du gouvernement Couillard, en particulier les compressions dans l'éducation, la restructuration antisociale du système de santé et l'abolition ou les coupures de financement d'organismes comme la Conférence régionale des élus, les agences régionales de la santé, les centres locaux de développement, les centres jeunesse et d'autres encore. Ils ont encerclé des institutions d'éducation, de santé et communautaires et déclaré qu'ils ont besoin de ces institutions pour les services à la population et que le gouvernement Couillard n'a pas d'affaire à les saborder comme il le fait au mépris de l'opinion de ceux qui y vivent.

« Ce qui se passe, c'est l'expression de la conscience humaine des gens de la région, a dit à Chantier politique Donald Rheault, président du Conseil central-CSN de l'Abitibi-Témiscamingue-Nord-du-Québec. Les gens disent que ce n'est pas comme cela qu'on veut développer notre région. On veut être capable de se développer par nous-mêmes. Au niveau de l'éducation, par exemple, nous avons tous les services éducatifs jusqu'à l'université et là on vient de sabrer dans les budgets de l'université et des cégeps, il y a moins de programmes. Avec moins de programmes les jeunes vont quitter pour aller dans des programmes qui existent dans des grands centres. On avait des organismes qu'on avait créés dans la région pour attirer ces jeunes-là. Ces organismes n'existeront plus. Cela va avoir un effet négatif pour la population. »

Des regroupements Touche pas à ma région ont été mis sur pied dans plusieurs régions du Québec, lesquels réunissent des gens et organisations de tous les milieux opposés au programme d'austérité du gouvernement Couillard.

Afin d'aider à comprendre la situation à laquelle les régions sont confrontées, nous publions l'article ci-dessous qui décrit comment les gens de l'Abitibi-Témiscamingue gagnent leur vie.

(Photos: refusons.org)


Comment les gens gagnent leur vie
en Abititi-Témiscamingue

L'Abitibi-Témiscamingue est une des régions les plus jeunes du Québec, bien que des traces de l'occupation du territoire remontent à plus de 8 000 ans. Elle est située entre le 47e et 49e parallèle dans la partie ouest du Québec, le long de la frontière de l'Ontario. Sa superficie est de 65 000 kilomètres carrés, comprenant forêts, lacs et rivières. Elle a une population d'environ 148 000 personnes, dont environ 8000 autochtones (Algonquins, Cris). Le territoire est divisé en quatre municipalités régionales de comté (en plus de Rouyn-Noranda qui assume aussi les compétences d'une MRC) comprenant 65 municipalités et 4 réserves indiennes (Kebaowek, Lac-Simon, Pikogan, Timiskaming). Les principales villes sont : Rouyn-Noranda, Ville-Marie, La Sarre, Amos et Val-d'Or.


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La région est reconnue pour ses ressources minières dont l'or, le cuivre, le zinc et le nickel. Réparties le long de la faille de Cadillac, elles représentent 40 % des projets miniers du Québec et 10 000 emplois. L'agriculture y est importante, avec 9 300 producteurs agricoles et 636 entreprises, oeuvrant dans la production laitière et l'élevage de bovins. Elle est la plus importante réserve de terres cultivables encore disponibles en Amérique du Nord. La forêt boréale qui recouvre tout le territoire procure des emplois directs à 5300 travailleurs forestiers. Elle représente 7 % du PIB régional.

En 2011, l'extraction minière, de pétrole et de gaz a fourni 22,5 % au PIB de la région. Ce secteur d'activité n'était que de 1,4 % du PIB pour l'ensemble du Québec. Le secteur de l'agriculture, de la foresterie, de la pêche et de la chasse représentait pour sa part 3,4 % du PIB de la région. Ces deux secteurs réunis, soit l'ensemble du secteur primaire, constituaient 25,9 % du PIB en 2011. Il s'agit du secteur industriel le plus important dans la région. La part des emplois dans le secteur primaire était de 10,7 % en 2013, soit cinq fois supérieure à celle du Québec (2,1 %).

En 2014, il y avait 220 établissements industriels en Abitibi-Témiscamingue et environ 4600 emplois à la production, dont 1560 dans les produits du bois, 390 dans les produits métalliques et 410 dans les machines. En 2014, la production des biens représentait 20 900 emplois et le secteur des services 52 500 emplois.

Selon la FTQ, il y a environ 12 330 travailleurs dans le secteur public dans la région dont près de 5000 dans la santé et les services sociaux et environ 6000 dans le secteur de l'éducation.

La région dispose de six centres de santé et de services sociaux qui vont faire face aux fusions décrétées par la Loi 10 du gouvernement Couillard adoptée sous le bâillon le 6 février. Avec une population dont l'âge moyen était de 42 ans en 2013, elle disposait en 2013 de 2 205 infirmières, de 355 médecins (201 omnipraticiens et 154 spécialistes) et de 44 dentistes. 19,7 % de la population n'avait pas de médecin de famille.

Un cégep et une université fournissent les services d'éducation supérieure à la population. Le cégep de l'Abitibi-Témiscamingue couvre un territoire de 65 143 km², limitrophe de l'Ontario, de l'Outaouais, du Saguenay—Lac-Saint-Jean et du Nord-du-Québec. Ses trois campus d'enseignement régulier, situés à Amos, Rouyn-Noranda et Val-d'Or, ainsi que ses centres de formation continue de Ville-Marie et de La Sarre desservent la population régionale. L'Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue comprend trois campus, Rouyn-Noranda, Val-d'Or et Amos, et plusieurs centres régionaux. Côté culturel, la région a 25 festivals, dont le Festival du cinéma international de l'Abitibi-Témiscamingue, qui vient de fêter ses 30 ans, ainsi que 22 musées, 3 stations de radio communautaires, 6 stations privées, 3 cinémas et 45 bibliothèques publiques.

Le tourisme est une industrie importante dans la région. C'est l'endroit de la ligne du partage des eaux. La région possède 22 000 lacs et 4000 km de voies navigables, ce qui en fait une place très prisée pour la motoneige, la chasse et la pêche, le canotage et les randonnées pédestres. Le parc national d'Aiguebelle, situé en Abitibi, et le parc Opémican, au Témiscamingue, sont très renommés.

L'activité économique de la région contribuait en 2013 à 2,1 % du PIB du Québec, soit pour plus de 7 milliards $. Le secteur des services y contribuait pour près de 4 milliards $. L'Abitibi-Témiscamingue, c'est 1,8 % de la population et des emplois du Québec.

Avec une population active en 2014 de 79 200 personnes dont 73 400 en emploi, répartie entre 39 700 hommes et 33 700 femmes, la région a un taux d'activité de 67,1 %. Sur le nombre total d'emplois, 12 300 sont des emplois à temps partiel. En mars 2014, il y avait 5800 chômeurs dans cette région, pour un taux de chômage de 6,6 %.

Le salaire hebdomadaire moyen en 2014 était de 870,35 $ (1012 $ pour les hommes et de 706 $ pour les femmes). Le revenu avant impôt des familles était de 72 950 $ en 2011. Le revenu moyen par habitant était de 27 794 $ en 2012. Celui d'une famille monoparentale, à la même date, se situait à 39 950 $.

En 2013, 2790 personnes étaient prestataires des programmes d'aide financière de dernier recours. Le nombre de familles à faible revenu s'élevait en 2011 à 2700, dont plus de 1400 familles monoparentales. Ces familles représentaient, toujours en 2011, 7 700 personnes dont 3,860 vivant en famille monoparentale. Selon les statistiques officielles, une famille composée de deux personnes était considérée à faible revenu en 2010 si son revenu après impôt se situait en deçà de 24 400 $. Pour une famille de quatre personnes, le seuil était fixé à 34 500 $.

Sources : Institut de la statistique du Québec (ISQ), ISQ Bulletin statistique régional, Observatoire de l'Abitibi Témiscaminque, Desjardins Études régionales, Institut Cirano, Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec.




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