Volume 3 Numéro 14  - 12 mars 2015

Le Centre hospitalier universitaire de l'Université de Montréal

Le retour du directeur général ne signifie pas la fin du diktat pour les travailleurs de la santé du CHUM

En l'espace de cinq jours, le Centre hospitalier universitaire de l'Université de Montréal (CHUM) a vu son pdg, le médecin Jacques Turgeon, ainsi que le président de son conseil d'administration et trois autres membres du même conseil d'administration démissionner l'un après l'autre pour dénoncer ce qu'ils appellent « l'ingérence » et les « abus de pouvoirs » du ministre de la santé, Gaétan Barrette. Ce dernier aurait dicté à son directeur général la marche à suivre pour la nomination des différents directeurs de départements, notamment celui de la chirurgie, sous peine de perdre son poste.

Or, en conférence de presse le 10 mars Jacques Turgeon a accepté l'invitation du ministre de revenir à la direction du CHUM. Il a dit entre autres : « Je suis donc très heureux de pouvoir poursuivre, épaulé par le conseil d'administration, le travail amorcé depuis juin dernier à la tête du vaisseau amiral de notre système de santé au Québec. [...] Dans ce contexte, le ministre Barrette et le premier ministre nous ont assurés que ces conditions seraient mises en place afin de prévenir toute perception d'ingérence et afin d'assurer une saine gouvernance. [...] La gestion de l'établissement se fera dans le respect intégral des processus en place et avec toute la latitude et la légitimité nécessaires pour le PDG et le Conseil d'administration. »

Le CHUM sous la loupe

Jacques Turgeon a été nommé pdg du CHUM en mai 2014 par le conseil d'administration du CHUM. Il a succédé à Christian Paire qui avait été pdg de 2009 à décembre 2013 après avoir été recommandé au conseil d'administration par une firme renommée de chasseurs de têtes. C'est cette même firme de chasseurs de têtes qui avait recommandé Arthur Porter pour devenir le pdg du Centre hospitalier universitaire de l'Université McGill (CUSM).

Dans un article de la journaliste Josée Legault paru le 14 juin 2013 et intitulé « Le CHUM sous la loupe », on apprend que ces faits ont été révélés durant une commission parlementaire tenue en juin 2013 sous la gouverne du PQ. Il a même été démontré qu'en tant que directeur général du CHUM à l'époque du gouvernement Charest, Christian Paire touchait des sommes importantes en violation de la Loi sur les services de santé et des services sociaux du Québec et que, sous sa gouverne, contrairement aux directives gouvernementales,« 60 des 65 (cadres supérieurs) n'ont pas fait l'objet de demandes d'autorisation au ministère », avait précisé le médecin Réjean Hébert, qui était ministre de la santé du gouvernement du Parti québécois. Certains de ces postes auraient également été accordés sans affichage, ni concours.

Rappelant qu'il avait visité le CHUM plus tôt en 2013, le ministre Hébert disait y avoir constaté un « climat organisationnel » qui ne lui « apparaît pas sain pour un établissement de la trempe du CHUM, surtout à la veille d'une grande réorganisation en vue d'un déménagement vers un nouveau bâtiment où tout le monde devra contribuer à cette transition, qui est une transition extrêmement importante ».

Il disait aussi y avoir vu « beaucoup d'acrimonie » « entre l'équipe médicale et l'équipe de direction », de même que des « problèmes de communication » et « d'incompréhension ».

Le CHUM n'aurait pas suivi non plus la procédure requise pour l'évaluation de son directeur général, M. Paire. Voici ce qu'en disait le ministre de la Santé Réjean Hébert en commission parlementaire :

« Lorsque j'ai posé la question au vice-président du conseil d'administration (du CHUM), s'il y avait une procédure régulière d'évaluation du directeur général, on m'a rappelé, on m'a répondu qu'on était à mettre en place un tel processus, mais qu'il n'avait pas eu lieu au cours des deux dernières années, ce qui est inhabituel, parce que le conseil d'administration doit, chaque année, faire l'évaluation du directeur général, avoir un processus formel d'évaluation. [...] C'est absolument essentiel pour un établissement. [...] on m'a assuré qu'elle serait mise en place au cours des mois suivants. »

La journaliste rappelle qu'« en commission, plusieurs témoins ont qualifié le CHUM de 'vaisseau amiral ' du système de santé québécois. Soit. Il est toutefois troublant que cela ait pris quatre années pour commencer à découvrir les circonstances de l'embauche et la rémunération de son grand patron. »

C'est dans la nature même de la restructuration
de la santé que le diable se cache

Lorsque Jacques Turgeon déclare que « nous avons besoin de la détermination et de l'énergie du ministre Barrette pour mener à bien ce projet important pour les patients, le corps médical et l'ensemble de la population du Québec », on voit que les querelles sur certaines décisions n'ont rien à voir avec le fait d'assurer que tous ces grands projets publics soient au service des besoins de la population plutôt qu'au service de puissants intérêts privés qui salivent à l'idée de réaliser des milliards de dollars à même la santé des Québécois et Québécoises. Au contraire, tout comme les scandales et divulgations de corruptions dans l'industrie de la construction ces dernières années, la réalité est qu'il y a des milliards et même des dizaines de milliards de dollars des fonds publics qui sont là, prêts à être saisis par les plus forts et c'est à une course obscène pour le butin qu'on assiste, pas à un effort pour servir les besoins de la population. M. Turgeon ne parle jamais du projet de loi 10 et pourtant c'est à lui que reviendra en grande partie l'application de ses mesures au CHUM. Les défenseurs du système de santé public ne sont pas silencieux devant cette réforme majeure de l'administration du système de santé pour servir des intérêts privés au détriment des besoins de la population et au détriment des conditions de travail de ceux qui prodiguent les soins et services.

Pendant les quelques jours de conflit ouvert entre Jacques Turgeon et le ministre Barrette, ce dernier a cherché à dénigrer l'adversaire en disant qu'il se préparait d'ailleurs à accepter une offre très alléchante dans le secteur privé. Quelle hypocrisie ! Les super-riches médecins, banquiers et hommes d'affaires qui forment le gouvernement actuel, qui sont liés au corrompu Arthur Porter et aux puissants intérêts privés qui veulent s'emparer de fonds publics pour leur enrichissement, traversent allègrement du « privé » au « public » et vice-versa selon ce qui est le plus payant. Le premier ministre Philippe Couillard aura beau essayer de se distancer de l'incroyable sans-gêne de son ex-ministre de l'Éducation Yves Bolduc qui passe de l'un à l'autre en collectant à chaque fois des primes obscènes, c'est dans la nature même de la grande restructuration de la santé au service d'intérêts privés que le diable se cache.




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