Volume 3 Numéro 15  - 17 mars 2015

Reprise des travaux de l'Assemblée nationale

Un budget antisocial et la «lutte à l'intégrisme»
sont à l'ordre du jour

L'Assemblée nationale du Québec reprend ses travaux aujourd'hui 17 mars après une pause de deux semaines pour ce qu'on appelle le travail dans les circonscriptions. À l'ordre du jour de la session il y a la poursuite de la restructuration de la santé envers et contre tous, le dépôt d'un nouveau budget d'austérité et le dépôt de projets de loi sur la neutralité religieuse de l'État et la « lutte à l'intégrisme religieux » qui, selon le premier ministre Philippe Couillard, est d'abord et avant tout une question de sécurité.

Le ministre des Finances, Carlos Leitao, présentera le budget 2015-2016 du gouvernement libéral le 26 mars prochain, une semaine après que sera rendu public le rapport de la Commission d'examen sur la fiscalité québécoise.

Dans un communiqué émis par le gouvernement le 26 février suite au rapport du Vérificateur général sur la gouvernance libérale, le ton est donné. Le ministre Leitao y annonce qu'« après les agences de notation, c'est maintenant le Vérificateur général (VG) qui confirme le sérieux du plan de notre gouvernement et la pertinence des actions rapidement mises en place dès notre arrivée au pouvoir pour rétablir l'ordre dans les finances publiques, tout en relançant l'économie ».

Le ministre responsable de l'Administration gouvernementale et de la Révision permanente des programmes et président du Conseil du Trésor, Martin Coiteux, a ajouté que « la récréation est terminée et qu'il y a enfin un gouvernement qui s'occupe des vraies affaires à Québec » et pour cela « il nous faut maintenir le cap en continuant d'agir avec rigueur et responsabilité ».

Deux conceptions du monde s'affrontent sur la direction de l'économie. L'Assemblée nationale a la responsabilité de défendre la conception qui affirme que l'économie doit servir et répondre aux besoins croissants de la population du Québec et garantir les droits de tous, ce qu'elle refuse de faire. L'autorité publique n'est pas en phase avec les demandes du peuple. Ceux qui prennent en main et portent sur eux cette responsabilité, ce sont ces milliers de travailleurs, d'enseignants, de professionnels de la santé, d'éducatrices, de fonctionnaires et les différents collectifs en action dans toutes les régions du Québec. Ce qui leur échappe, c'est le pouvoir politique pour que leurs réclamations fassent force de loi.

Puis le gouvernement doit déposer un projet de loi sur la neutralité religieuse de l'État et un autre sur les mesures de lutte à l'intégrisme religieux. Trois motions ont été présentées entourant la question de l'intégrisme au cours de la session de février : une du Parti québécois, une de la CAQ et une autre conjointe des libéraux et de Québec solidaire. Un projet de loi a aussi été présenté par le PQ, adopté à l'unanimité pour examen. Il semble donc y avoir une certaine « communauté de vues » parmi les partis représentés à l'Assemblée nationale.

La caractéristique du discours partagé par tous les partis à l'Assemblée est que c'est le peuple qui est raciste, xénophobe ou islamophobe, et non les gouvernements et surtout les grands médias monopolisés, et que l'État doit par conséquent intervenir pour établir le juste équilibre. Ainsi on veut que l'État se place comme le défenseur de l'égalité homme-femme et des valeurs d'égalité et comme le juge de la pratique de l'intégrisme. Des mesures ont été proposées : tribunal, sanctions civiles et fiscales, interdiction des expressions qui contredisent les valeurs du Québec ou du Canada, mesures de détection, sanction, enquête, etc. On réclame ainsi un projet de loi sur la neutralité religieuse de l'État avec un État dit laïque qui fait précisément ce que l'Église faisait à l'époque : imposer des valeurs et des façons de faire et de penser, dicter qui peut s'associer à qui, quand et comment.

Le premier ministre Philippe Couillard dans son discours sur le sujet montre dans quel monde irrationnel et étroitement partisan il entend mener cette bataille. Il a dit : « Sur cette question du radicalisme, l'enjeu fondamental, c'est un enjeu de sécurité. Ce n'est pas un enjeu identitaire, c'est un enjeu de défense des libertés universelles comme la démocratie et l'égalité des hommes et des femmes, des libertés, et des valeurs, et des principes que toutes les démocraties du monde, confrontées aux mêmes enjeux, affrontent actuellement comme nous le faisons. Alors, il n'y a rien de spécifiquement québécois là-dedans. »

Le fait que le gouvernement ne soit pas intervenu ici même pour défendre la communauté musulmane ciblée au cours des dernières semaines, laissant libre court à l'hystérie médiatique de haine et de peur est révélateur et inacceptable. La défense des droits des minorités n'est pas une abstraction. De quelle sécurité traitera le futur projet de loi ?

Le peuple devra donc être très vigilant parce qu'aucune de ces motions et aucun de ces projets de loi ne part de la réalité concrète dans leurs définitions des droits, des limites aux droits et dans la fusion des droits, valeurs, identité et religion. On nous présente un choix entre deux grands modèles : le multiculturalisme à l'anglaise ou l'intégration à la française. Rien de très inventif et tous deux modèles sont à l'origine de crises sociales sans précédent dans les pays où ils sont appliqués.

À titre d'information

L'Assemblée nationale sera maintenant composée de 69 députés libéraux, 30 députés péquistes, 22 députés de la CAQ et 3 députés de Québec solidaire ; le siège de Jean-Talon demeure vacant, le ministre de l'Éducation Yves Bolduc ayant annoncé sa démission en tant que ministre et député de la circonscription. Une élection partielle a eu lieu dans la circonscription de Richelieu le 9 mars suite à la démission en septembre d'Élaine Zakaïb du PQ. Sylvain Rochon, du même parti, a été élu.



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