Volume 3 Numéro 17  - 20 mars 2015

Autres fermetures à Alma et campagne médiatique
contre les environnementalistes

Résolu utilise des faux-fuyants pour
faire accepter ses fermetures

Le 5 mars dernier, Produits forestiers Résolu a annoncé la fermeture de la machine no. 9 de l'usine de papier d'Alma au Lac-Saint-Jean. Ce sont environ 90 travailleurs sur un total de 350 à l'usine qui perdront leur emploi à partir du début d'avril. L'usine d'Alma a une capacité de 350 000 tonnes métriques de papier pour usages spéciaux répartie sur 3 machines. Dans son communiqué du 5 mars qui annonce la fermeture de la machine, Produits forestiers Résolu l'attribue à la faiblesse du marché du papier, au coût de la fibre et à ce que la compagnie appelle les campagnes de désinformation de Greenpeace et d'autres groupes environnementalistes. Résolu s'est fait très discret sur le fait que la fermeture de la machine à Alma correspond en fait à un déplacement de production vers une usine de Résolu au Tennessee. Rappelons qu'au nom de la sauvegarde de l'usine, les travailleurs d'Alma ont fait de grandes concessions ces dernières années en ce qui concerne l'abolition de postes, l'augmentation de la sous-traitance par la suspension de clauses de la convention collective et en ce qui concerne les régimes de retraite. À chaque fois, Résolu a laissé entendre que la survie des 3 machines en dépendait, sans toutefois prendre d'engagement ferme sur leur maintien. Cette décision fait perdre une activité économique et des revenus importants aux travailleurs et à la communauté et crée une plus grande angoisse encore face aux années aux travailleurs forestiers de la région.

Cette fois-ci, et c'est le cas maintenant depuis quelques années, c'est Greenpeace et d'autres groupes environnementalistes qui sont blâmés le plus fort comme si les fermetures étaient causées (et justifiées) par une sorte de préjugé de ces groupes contre Résolu, qui lui font perdre d'importants clients à l'échelle internationale.

Cela ne tient pas. Par exemple, dans ses propos incendiaires contre Greenpeace, Résolu se réfère au fait qu'à la fin de 2013, il a perdu 3 certifications du Forest Stewardship Council (FSC), un organisme international qui regroupe des entreprises forestières, des syndicats, organisations communautaires, des organisations autochtones et des organisations écologistes. Il accuse le FSC d'avoir succombé à la pression indue de Greenpeace en résiliant les certifications.

Celle dont on a le plus parlé concerne les Premières Nations. À la fin 2013, le vérificateur du FSC a fait perdre sa certification à Résolu sur une vaste portion de territoire au Saguenay-Lac-Saint-Jean lorsqu'il a endossé l'argument du Grand Conseil des Cris à l'effet que Résolu effectuait de la coupe sur les zones de trappage des Cris en violation d'une entente entre les Cris et le gouvernement du Québec et sans leur consentement. En 2002, lorsqu'a été signée l'entente de gouvernance et de développement des ressources appelée Paix des Braves entre le Grand Conseil des Cris et le Gouvernement du Québec, une lettre d'entente a aussi été signée qu'on a appelée Baril-Moses, du nom du grand chef du Grand Conseil des Cris de l'époque Ted Moses et du ministre des Ressources naturelles de l'époque Gilles Baril. L'entente Baril-Moses élargissait la portée de plusieurs dispositions de la Paix des Braves liées à la foresterie et les appliquait aux territoires de trappage et de pêche rattachés aux communautés de Mistissini et Oujé-Bougoumou dans la région du Saguenay-Lac-Saint-Jean. Selon les Cris, à partir de 2010, le gouvernement du Québec et Résolu ont mis en oeuvre conjointement des plans d'aménagement forestier contraires à l'entente Baril-Moses. Les Cris ont fait des plaintes répétées à Résolu et au gouvernement du Québec et ont finalement recouru à la contestation devant le FSC pour obtenir gain de cause. La certification FSC de Résolu sur ce territoire a finalement été suspendue à la fin 2013. Les décisions du FSC n'ont pas valeur légale mais elles exercent une influence sur la réputation internationale des monopoles forestiers et peuvent influencer l'obtention de contrats pour leur production. Greenpeace et d'autres groupes environnementalistes appuient le FSC et siègent sur certains de ses conseils d'administration dans divers pays. Le 16 mars, FSC a rendu public la mise en demeure qu'il a envoyée à Produits forestiers Résolu, le sommant de cesser immédiatement ses activités et communications discriminatoires contre la réputation et la crédibilité du FSC et de se conformer aux statuts et critères du FSC (dont Résolu est membre).

Au lieu de cesser ses activités sur ces zones de trappage contestées, Résolu déclare que ce sont des questions politiques de nation à nation dont il est victime alors qu'il est depuis le début très au fait des revendications des Cris et a travaillé avec le gouvernement du Québec sur ces plans d'aménagement forestier et les coupes qui ont suivi, sachant qu'il n'avait pas le consentement des Cris. Il se déclare aujourd'hui victime d'une question politique et ramène cette question importante à une question d'acharnement des environnementalistes contre lui. Non seulement ses arguments ne tiennent pas mais, il abuse de son pouvoir, maniant l'arme de la fermeture et du chantage à tous vents ce qui ne fait qu'aggraver les problèmes. En ce qui concerne le gouvernement du Québec, il multiplie les commentaires à l'effet que le nouveau régime forestier du Québec est le meilleur au monde et le plus durable qui soit, mais il ne fait absolument rien pour dénouer cette situation avec les Cris et faire quelque pression que ce soit sur Résolu pour qu'il cesse son chantage et ses fermetures.

Les problèmes de l'industrie forestière ne vont pas se régler à coups de diversions et certainement pas par le chantage et les fermetures. Résolu blâme les autres pour masquer sa propre incapacité à maintenir en activités les immenses forces productives dont il a le contrôle. L'expérience a montré que c'est dans la destruction des forces productives et un climat de chantage perpétuel qui laisse les communautés dans l'angoisse face à l'avenir qu'il mène ses activités. C'est inacceptable et tout le monde doit élever sa voix contre cela et pour des solutions aux problèmes qui défendent les droits des travailleurs et des communautés et des Premières Nations.


À propos du Forest Stewardship Council

Le Forest Stewardship Council (FSC) (ou Conseil de soutien de la forêt) a été créé en 1993 suite à la Conférence des Nations Unies sur l'environnement et le développement  - le « Sommet de la Terre » - à Rio de Janeiro en 1992. C'est une organisation internationale, avec des sections dans plusieurs pays, qui regroupe des entreprises forestières, des syndicats, des organisations communautaires, des organisations autochtones et écologistes. Il émet des certifications de gestion forestière (certification FSC) lorsqu'il la considère comme étant conforme aux principes de développement durable sous l'angle environnemental, social et économique. Le label FSC identifie les forêts qui sont considérées par l'organisme comme étant bien aménagées et trace les produits qui sont dérivés de ces forêts qui deviennent donc des produits certifiés FSC. Les experts estiment que la certification FSC est une des certifications les plus en vigueur aujourd'hui dans le monde et qu'elle joue un rôle de plus en plus important sur les marchés.

Au Canada, le Conseil d'administration du FSC est divisé en représentants de ce qu'il appelle la Chambre des autochtones, la Chambre économique, la Chambre environnementale et la Chambre sociale. Il comprend deux représentants autochtones, deux dirigeants d'entreprises forestières (Tembec et Kruger), deux environnementalistes, un représentant d'un groupe communautaire et un représentant syndical.

Dans sa plate-forme, FSC reconnaît les 10 principes suivants

PRINCIPE 1: Respect des lois et des principes du FSC - Respecter toutes les lois tous les traités et accords et se conformer aux « Principes et critères » du FSC.

PRINCIPE 2: Tenure, droits d'usage et responsabilités - pour définir, documenter et établir juridiquement la tenure à long terme et les droits d'usage du territoire.

PRINCIPE 3: Droit des peuples autochtones - pour reconnaître et respecter les droits des peuples autochtones a posséder, à utiliser et à gérer leurs terres et ressources.

PRINCIPE 4: Relations avec les collectivités et droits des travailleurs forestiers - pour maintenir ou améliorer le bien-être social et économique des travailleurs forestiers et des collectivités locales.

PRINCIPE 5 : Bénéfices de la forêt. Les opérations de gestion forestière doivent encourager l'utilisation efficace des multiples produits et services de la forêt pour en garantir la viabilité économique ainsi qu'une large variété de prestations environnementales et sociales.

PRINCIPE 6: Impacts sur l'environnement - pour préserver ou restaurer l'écosystème, sa biodiversité, ses ressources et ses paysages.

PRINCIPE 7: Plan d'aménagement - Avoir un plan d'aménagement, mis en oeuvre, suivi et documenté.

PRINCIPE 8: Suivi et évaluations - pour démontrer les progrès dans l'atteinte des objectifs d'aménagement.

PRINCIPE 9: Forêts de haute valeur pour la conservation - pour sauvegarder ou améliorer les caractéristiques qui définissent ces forêts.

PRINCIPE 10: Plantations - pour planifier et aménager les plantations conformément aux principes et critères de FSC.




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