Volume 3 Numéro 28  - 14 avril 2015

Forum Action Climat à Québec

Travailler ensemble à une économie qui protège l'environnement et à la défaite du gouvernement Harper

Le 12 avril, le lendemain de la marche sur le climat dans les rues de Québec, s'est tenu le Forum Action Climat. Il a été convoqué par plusieurs organisations environnementales et syndicales dans le but de développer le travail en commun des organisations environnementalistes, des Premières Nations, des syndicats et des organisations de résidents pour stopper la dégradation de l'environnement et bâtir une économie qui protège l'environnement naturel et les êtres humains. Les organisations hôtes ont placé le Forum dans le contexte de la tenue le 14 avril de la rencontre du Conseil de la fédération sur les changements climatiques, des élections fédérales qui auront lieu en 2015 et de la tenue de la Conférence de Paris sur les changements climatiques en décembre. Environ 150 personnes de tous les milieux ont participé au Forum qui était fait de panels avec des représentants d'organisations environnementalistes, de Premières Nations et de syndicats, suivis de discussion et d'une plénière.

Le discours d'ouverture a été prononcé par Ghislain Picard, chef régional de l'Assemblée des Premières Nations, Québec/Labrador. Il a dit que bien que les Premières Nations aient très peu contribué aux changements climatiques, elles sont parmi ceux qui en vivent les effets les plus dramatiquement, à cause des activités agressives des monopoles pétroliers et gaziers sur leurs terres et des attaques du gouvernement fédéral à leurs droits et leur souveraineté.

« En dépit de l'obligation légale de consultation avec nos communautés directement affectées par le développement, il n'y a toujours pas de cadre légal dans la Constitution du Canada qui reconnaisse les principes du consentement préalable, libre et informé et du droit des peuples autochtones de dire non à un projet de développement proposé. En 2010, le Canada a signé la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones mais il n'a toujours pas ratifié la déclaration comme un document ayant force de loi et il continue de s'objecter aux principes du consentement préalable, libre et informé qui sont dans la déclaration. »

A suivi une période de panels et de discussion sur les politiques des gouvernements en matière de changements climatiques, sur une politique énergétique pancanadienne qui serait favorable à l'environnnement et sur un programme de transition équitable vers les énergies renouvelables.

Le thème commun à toutes les interventions était qu'un développement économique basé sur le pétrole et le gaz et plus généralement sur l'extraction inconsidérée de ressources naturelles n'est pas viable pour l'environnement naturel et les êtres humains. Le point spécifique était ce que plusieurs panélistes ont appelé «l'éléphant dans la salle», soit l'expansion continuelle des sables bitumineux.

Des chiffres ont été donnés par divers experts. L'exploitation des sables bitumineux représente 2 % du PIB du Canada mais contribue à 50 % des gaz à effets de serre. Les sables bitumineux contribuent à 73 % de l'augmentation des gaz à effets de serre, lesquels, selon un panéliste, ont augmenté de 18 % au Canada depuis 1990. Une panéliste a dit que si l'expansion des sables bitumeux n'est pas restreinte d'ici 2020, l'émission des gaz à effets de serre provenant des sables bitumineux va dépasser l'émission de 85 pays pris ensemble. C'est ce qui a fait dire à plusieurs panélistes que l'opposition actuelle qu'exprime le peuple du Québec à l'oléoduc Énergie Est de TransCanada joue un rôle clé dans l'arrêt de cette expansion.

La présentation de l'environnementaliste Tzeporah Berman a été une des plus appréciées, surtout quand elle a donné son opinion sur ce qu'il faut faire : « Nous devons plafonner la production des sables bitumineux à son niveau actuel, la rendre plus propre, et faire la transition vers les énergies renouvelables en utilisant les revenus de la production des sables bitumineux pour le développement de ces énergies. Il faut s'attaquer aux impacts actuels, respecter les zones où les Premières Nations disent que cette production ne devrait pas se faire et respecter leurs droits issus de traités. Il faut établir des balises environnementales basées sur la science et que les développements à venir soient faits à l'intérieur de ces balises délimitées par la science. Nous devons mettre fin au vol de grand chemin que nous vivons alors que ces grandes entreprises qui sont parmi les plus riches du monde paient des redevances qui sont parmi les plus basses du monde et que le gouvernement fédéral finance les grandes entreprises pétrolières et gazières à la hauteur de 1,8 millard $ environ par année. »

Sous le thème de la transition équitable, plusieurs aspects ont été brossés à grands traits : l'implication des travailleurs et la défense de leurs conditions de vie et de travail ; le développement d'activités économiques saines du point de vue environnemental, transport public, énergie solaire etc ; la nécessité du contrôle par les communautés des projets économiques pro-environnement. Une discussion animée s'est tenue sur le fait qu'une économie qui protège l'environnement ne peut pas être assurée par la dominance des monopoles privés et de la mondialisation néolibérale. La question a été posée : est-ce qu'on peut construire l'entreprise publique qui assure des objectifs différents, pro-environnement naturel et humain, aux industries et activités économiques ; si on bâtit l'entreprise publique à cette fin, est-ce qu'on ne tombera pas sous le coup des poursuites en vertu des mécanismes de droits des investisseurs des traités de libre-échange ?


La question de défaire Harper a été aussi au centre de plusieurs présentations et de la discussion.

Des représentants de la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ), de la Confédération des syndicats nationaux (CSN), du Congrès du travail du Canada (CTC), des étudiants de Concordia ont dit que les changements qui sont nécessaires du point de vue de la défense de l'environnement et des droits du peuple demandent que le gouvernement Harper soit défait aux prochaines élections fédérales.

« Le thème du Forum est de s'unir pour apporter les changements nécessaires à l'environnement. Nous devons tous nous unir, sans égard aux affiliations politiques, positions idéologiques, à l'origine nationale de chacun et à toute autre considération, pour défaire le gouvernement Harper et établir un gouvernement antiguerre qui défend l'environnement naturel et social », a dit Pierre Chénier, le chef du Parti marxiste-léniniste du Québec. Il a donné l'exemple du projet de loi C-51 qui considère comme des menaces à la sécurité du Canada, dans le cadre d'une loi dite antiterroriste, ce qui porte atteinte à « la stabilité économique du Canada » ou à son « intégrité terroriale » ou son « infrastructure essentielle ». « Lorsque les travailleurs d'Air Canada, du CP et du CN sont entrés en grève ou ont voulu entrer en grève pour défendre leurs droits et leur sécurité, ils ont été criminalisés au nom de la stabilité économique du Canada, a-t-il ajouté. Ces luttes sont déjà criminalisées mais maintenant elles enclenchent des mesures qui font partie d'une loi antiterroriste. Nous sommes tous visés et nous n'accepterons jamais cela pour nous-mêmes et pour les générations futures. »

Plusieurs questions ont été soulevées en plénière, la question de la sécurité des populations où passent les trains transportant le pétrole brut, l'utilisation des fonds de pensions des travailleurs qui financent la productions des sables bitumineux, etc

Le secrétaire général de la FTQ, Serge Cadieux, et Joanna Kerr, directrice générale de Greenpeace, ont présenté les remarques de clôture dans lesquelles ils ont dit que ce forum montre bien qu'on en est à un moment charnière dans l'établissement d'une économie différente, pro-environnement, et que tous doivent travailler ensemble pour en faire une réalité.

(Photo du haut: FTQ)



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