Volume 3 Numéro 35  - 6 mai 2015

L'illégitimité de l'austérité antisociale pointe à la nécessité du renouveau démocratique

Le 1er mai, des dizaines de milliers de personnes à travers le Québec manifestaient pour dénoncer l'imposture de l'austérité du gouvernement Couillard. Pendant ce temps, sur les chaînes de radio et de télévision, le premier ministre Couillard et son président du Conseil du Trésor ont répété que le gouvernement a décidé d'un plan d'action pour réduire les dépenses et atteindre le déficit zéro sous prétexte d'assurer un meilleur avenir à nos jeunes et se placer en meilleure position pour garantir les services. Ils ont présenté leur programme comme une question de point de vue. Certains « proposent autre chose » et « ils ont le droit » mais le gouvernement a décidé d'un autre programme, a dit le président du Conseil du Trésor Martin Coiteux. Il s'est dit personnellement convaincu que la majorité de la population appuie son programme.

De quelle population parle-t-il ? Les travailleurs du secteur public, santé, éducation, services sociaux, s'opposent au programme d'austérité et le dénoncent par tous les moyens. Les médecins, les pharmaciens, les professionnels de la santé ont condamné les projets de loi attaquant la santé et les bâillons. La direction de la Commission scolaire de Montréal a demandé la semaine dernière l'autorisation au ministre de l'Éducation de faire un déficit, ne pouvant garantir le maintien des services aux élèves, demande qui a été rejetée par le ministre avec une menace de mise en tutelle.

Les directions des cégeps n'ont pas voulu aller devant la Commission des relations de travail pour demander une ordonnance contre les professeurs de 30 cégeps qui avaient voté un mandat de grève le 1er mai. C'est 20 millions $ de coupures que les cégeps ont subi en novembre, et 40 millions $ en nouvelles coupures avec le budget Leitao. C'est l'État directement, par le biais du Comité patronal de négociation des collèges (CPNC), qui est intervenu à minuit moins cinq (le 28 avril) pour tenter d'obtenir une ordonnance au greffe de la Cour supérieure.

Des dizaines d'associations étudiantes dans les cégeps et universités ont voté aussi d'aller en grève le 1er mai contre le gouvernement Couillard et aussi beaucoup d'étudiants du secondaire. Des centaines de parents ont accompagné les enseignants et fait une chaîne humaine autour des écoles primaires le 1er mai pour montrer leur solidarité et appui au personnel enseignant, aux éducatrices, au personnel de soutien, etc. Plus de 870 organisations étaient en grève d'une journée et des actions locales se sont tenues partout au Québec et dans toutes les régions le matin, sur l'heure du midi, durant la journée, etc. Et tout cela, sans compter les milliers qui ont travaillé en ce 1er mai, ou ceux dans les rues, en voiture, sur leurs balcons, et qui appuient la résistance à l'austérité. Alors de quelle population parlez-vous, monsieur Coiteux?

La légitimité a à voir avec ce qui est équitable, fondé sur la justice. Le dictionnaire Larousse indique : « qualité d'un pouvoir d'être conforme aux croyances des gouvernés quant à ses origines et à ses formes ». Le programme d'austérité du gouvernement Couillard est illégitime. Le fait que Philippe Couillard et ses ministres s'acharnent tant à répéter qu'ils vont continuer de faire ce qu'ils font parce qu'«ils savent» qu'ils ont raison tandis que ceux qui s'opposent à la fraude de l'austérité sont «une opinion parmi d'autres» montre que la question de Qui décide? devient de plus en plus incontournable. Le fait d'avoir remporté un gouvernement «majoritaire» (avec malgré tout l'appui de moins de 30% des électeurs inscrits) ne confère pas la légitimité prétendue à cause de la corruption du système électoral.

L'opposition croissante des travailleurs, des jeunes, des femmes, des plus vulnérables et de tous ceux qui s'opposent au démantèlement des programmes et sociaux et à la braderie des ressources naturelles par un gouvernement en contradiction avec les besoins de la société aggrave la crise de légitimité et met à l'ordre du jour le besoin de renouveler les institutions démocratiques. C'est à cela que se consacre Chantier politique.


La journée de grève du 1er mai de 30 syndicats locaux de Cégeps

Les tentatives du Comité patronal de négociation des collèges de criminaliser les enseignants de Cégeps

De mars à avril, 26 syndicats locaux de la FNEQ et 4 de la CSQ, constituant la moitié des cégeps du Québec ont voté en assemblée générale des mandats de grève le 1er mai 2015 pour dénoncer l'imposture de l'austérité du gouvernement Couillard. Le 28 avril, le Comité patronal de négociation des collèges (CPNC) a saisi la Commission des relations du travail (CRT) d'une requête en intervention à l'endroit de la FNEQ-CSN et de la FEC-CSQ pour empêcher la tenue de cette journée de grève et pour déposer l'ordonnance en Cour supérieur, car aucune des administrations locales des cégeps n'a fait de requête en ce sens. Le CPNC est composé de personnes nommées par le ministre de l'Enseignement supérieur, de la Recherche et de la Science et par la Fédération des cégeps.

La requête a été entendue le 30 avril au matin. La décision prise sur cette requête est tombée à 14 h le 30 avril et a été émise par la commissaire Irène Zaïkoff, vice-présidente de la CRT. « La Commission ordonne également aux enseignants et enseignantes membres de ces syndicats de fournir leur prestation normale de travail », indique le communiqué émis par la CRT mais celle-ci a rejeté la demande du CPNC d'autorisation de dépôt de la présente décision à la Cour supérieure.

Dans son ordonnance, une série de « considérant » y est présentée dont certains méritent d'être cités :

« CONSIDÉRANT qu'il est de notoriété publique, depuis plusieurs semaines, qu'une telle action est projetée ;

« CONSIDÉRANT que les associations accréditées intimées et les CÉGEPS ont, dans plusieurs cas, convenu de mesures visant à atténuer les effets de la grève pour la population, notamment en permettant la reprise des cours ;

« CONSIDÉRANT que le CPNC a pour fonction sous l'autorité déléguée par le gouvernement du Québec au ministère de l'Éducation, de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, de négocier dans le secteur de l'éducation et d'agréer les conventions collectives s'appliquant dans les CÉGEPS et qu'aucun des employeurs concernés n'a saisi la Commission ni requis son intervention en regard de la grève appréhendée ;

« CONSIDÉRANT que ce n'est que moins de 3 jours avant la date annoncée de la grève que le CPNC a saisi la Commission de la présente demande d'ordonnance ;

« CONSIDÉRANT qu'il n'est pas opportun, dans les circonstances, de judiciariser davantage le conflit et que l'autorisation de dépôt de l'ordonnance au greffe de la Cour supérieure contribuerait à cette judiciarisation ;

« DÉCLARE que les ordonnances entrent en vigueur immédiatement.

« REJETTE la demande d'autorisation de dépôt de la présente décision à la Cour supérieure. »

Suite à cette décision, neuf syndicats ont défendu leur mandat, tenu leur journée de grève le 1er mai. De plus, des actions se sont tenues dans tous les Cégeps du Québec, que ce soit par les étudiants et/ou les enseignants.

Le non-respect de la décision de la CRT entraîne des amendes sévères pouvant atteindre des milliers de dollars. Chantier politique salue le courage et la détermination des enseignants des cégeps à défendre leur droit de résister, leur droit de défendre l'éducation et leur lutte pour stopper le programme d'austérité du gouvernement Couillard.



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