Volume 3 Numéro 36  - 8 mai 2015

Le secteur minier Québécois après un an du gouvernement Couillard

Beaucoup de poudre aux yeux pour masquer que le peuple doit se réapproprier les ressources naturelles

Le 7 avril 2015 était le premier anniversaire de la venue au pouvoir du gouvernement libéral majoritaire de Philippe Couillard. Que s'est-il passé durant cette première année de gouverne du PLQ dans le secteur minier ? Quelles ont été les actions du gouvernement Couillard ?

Les politiques d'austérité à l'égard des travailleurs et des services publics, la braderie et le pillage de nos ressources naturelles de ce gouvernement contribuent à notre appauvrissement. C'est une raison de plus pour fournir une nouvelle direction à l'économie du Québec et se réapproprier le contrôle sur nos ressources naturelles, dont les riches ressources minières du Québec.

Le premier geste de ce gouvernement, sous le prétexte que les entreprises minières et les investisseurs privés vivaient de l'insécurité par rapport à la nouvelle Loi sur les mines (2013), fut de retirer les éléments soi-disant « contraignants » de la Loi, sur les normes environnementales, le consentement des nations autochtones, de même que le nouveau mode de calcul des redevances minières.

En fait, cette Loi sur les mines, adoptée en décembre 2013 par le gouvernement Marois ne changeait rien au fait que le peuple n'a aucun contrôle sur les ressources minières du Québec et les changements n'avaient rien de substantiel. Qu'on pense notamment aux consultations avec les Premières Nations qui n'étaient pas des négociations de nation à nation mais des consultations menées au gré du ministre et qui portaient, selon le texte même de la Loi, sur « la conciliation de l'activité minière avec les autres possibilités d'utilisation du territoire ».

Même cela était de trop selon le gouvernement Couillard, à plat ventre devant les sociétés minières. Son dernier geste à date est dans le projet de loi 28, adopté sous le bâillon le 20 avril. Les sociétés minières s'opposaient à la divulgation de données sur les quantités de minerai excavé, une nouvelle obligation prévue dans la Loi sur les mines du gouvernement Marois. « Le projet de loi 28 permet de protéger ces informations commerciales, comme le demandaient les sociétés minières. », écrit La Presse.

Le Plan Nord

Le 8 avril 2015, c'est à Montréal, dans un lieu tenu secret jusqu'au dernier moment, que le premier ministre du Québec, Philippe Couillard, accompagné du ministre de l'Énergie et des Ressources naturelles et ministre responsable du Plan Nord, Pierre Arcand, et en présence de 17 ministres, a dévoilé le Plan Nord à horizon 2035, le plan d'action 2015-2020 (PN II).

Beaucoup de poudre aux yeux

Philippe Couillard dit que le PN II, la mise en valeur des ressources du Nord, doit se faire au bénéfice des populations qui habitent le territoire et contribuer au progrès de l'ensemble du Québec.

Voici quelques citations à cet effet.

Celle-ci tirée du site internet du premier ministre :

« Le premier ministre a souligné que la mise en valeur des ressources du Nord devait se faire au bénéfice des populations qui habitent le territoire et contribuer au progrès de l'ensemble du Québec. Il a indiqué que l'action du gouvernement dans le Nord québécois devrait respecter quatre principes fondamentaux, soit :

« un projet planifié et coordonné, qui mise sur le partenariat, l'investissement du secteur privé et l'accompagnement des communautés ;

« une perspective de développement durable intégrant les dimensions économique, sociale et environnementale ;

« une intervention gouvernementale adaptée aux réalités des communautés locales et autochtones, et à l'ensemble du territoire nordique ;

« un développement harmonieux, éthique et respectueux des populations autochtones et non autochtones, qui est également soucieux de l'égalité entre les femmes et les hommes. »

Celle-ci du ministre Arcand sur le cadre financier du PN II :

« Avec la relance du PN II des investissements importants viendront soutenir les projets de développements en cours et à venir au nord du 49e parallèle. Le Fonds du PN II estimé à 356,7 M $ sur l'horizon 2015-2020, combiné aux contributions des différents ministères et organismes, ainsi qu'à celles des partenaires, permettront au gouvernement de soutenir au cours des 5 prochaines années, des interventions de 1,340 milliard $. En ajoutant les mesures entièrement financées par les différents ministères et organismes et leurs partenaires, les interventions réalisées sur le territoire du PN II totaliseront près de 2 milliards $ sur l'horizon 2015-2020. À ces sommes s'ajouteront des investissements substantiels provenant du secteur privé. Des contributions du gouvernement fédéral pourront venir bonifier les enveloppes. »

Selon le gouvernement, la création de la Société du Plan Nord et de l'Institut nordique du Québec, la mise en place d'infrastructures de transport et de télécommunication, le Fonds du PN II, contribueront au développement intégré et cohérent du territoire du PN II.

Tout ce qui précède n'est que de la poudre aux yeux. Car le gouvernement Couillard n'a aucun contrôle sur le secteur minier. Il ne peut donner de garantie sur la venue des investissements privés et sur la hauteur de ceux-ci. La preuve est que nous en sommes à la 4e relance du Plan Nord. Charest, Marois et Couillard ont parcouru le monde à la recherche de financement privé pour le PN, sans résultats probants. Mais il est prêt à engager des milliards $ des Québécois dans le PN II pour la construction d'infrastructures. Concernant les 20 milliards d'investissement d'Hydro-Québec, Couillard et Arcand ne peuvent donner de précision et de détail sur quels seront les projets et en quoi ils consisteront. Le Fonds du PN II, lui, repose sur les redevances versées par les minières et un montant de 10 millions par année, versé par Hydro-Québec. En 2014-2015 celles-ci sont estimées à 65 M $, alors que le coût de restauration des sites miniers abandonnés est de l'ordre de 1,2 milliard $. Alors également que le prix du minerai de fer diminue depuis quatre ans et que les redevances n'ont jamais atteint les niveaux prévus.

Même si le minerai de fer est le produit du Québec qui est le plus exporté à l'échelle mondiale, il ne représente que 0,6 % des extractions de fer. Le Québec est un joueur marginal à ce niveau. Il y a 50 % des pays producteurs miniers qui ont du minerai plus accessible, dont la densité est plus élevée et avec des coûts d'extraction plus avantageux. Ils sont le choix des entreprises minières en ce moment. Mais lorsque le gouvernement du Québec offre des milliards $ en infrastructure, télécommunication et en énergie, le Québec devient le 6e meilleur endroit au monde selon les données officielles pour l'investissement de la part des sociétés minières.

De fausses prémisses

Le gouvernement Couillard pense que ce sont les investissements privés qui créent la richesse et vont de ce fait développer le territoire du PN. Il se trompe. La richesse est produite par le travail des milliers de travailleurs qui transforment les ressources naturelles. La préoccupation actuelle de ces travailleurs est de résoudre la crise dans laquelle se trouve le secteur minier, avec les pertes d'emplois, la dégradation des conditions de travail, l'insécurité des familles et les dangers d'accidents qui augmentent.

Une nouvelle direction pour le secteur minier serait de reprendre le contrôle sur les richesses naturelles du Québec, d'exploiter les ressources minières pour d'abord combler la demande interne du Québec et faire de l'exportation sur la base de l'échange réciproque. La question d'exploiter les ressources naturelles pose celle de la reconnaissance des droits ancestraux des nations autochtones sur le territoire du PN, et la négociation de nation à nation de l'usage du territoire avec les Premières Nations avant d'y entreprendre quelque projet que ce soit. Il faut évaluer aussi la pertinence de bâtir une industrie sidérurgique au Québec. Il faut réfléchir à la nécessité de transformer ici même nos ressources minières.

Par-dessus tout, c'est le processus de prise de décision qui doit être rénové. La prise de décision ne doit pas être laissée dans les mains des monopoles et des gouvernements à leur service. Le renouvellement du secteur minier fait partie de l'édification nationale d'ensemble d'un Québec qui répond aux besoins du peuple. Il doit être planifié par les travailleurs et les communautés et les mécanismes doivent être créés pour que les travailleurs et le peuple puissent se donner les informations nécessaires et prendre les décisions sur la direction des choses.



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