Volume 3 Numéro 45  - 14 juin 2015

Le gouvernement du Québec présente son plan de lutte «contre la radicalisation»

Un plan qui cible les jeunes musulmans
et viole les droits

Un jour après que le gouvernement Harper ait réussi à faire passer à la vapeur au Sénat sa dangereuse Loi antiterroriste de 2015, le gouvernement Couillard a annoncé un plan d'action intitulé « La radicalisation au Québec : agir, prévenir, détecter et vivre ensemble » .

Ce plan comprend deux projets de loi : le projet de loi 59, Loi édictant la Loi concernant la prévention et la lutte contre les discours haineux et les discours incitant à la violence et apportant diverses modifications législatives pour renforcer la protection des personnes, et le projet de loi 62, Loi favorisant le respect de la neutralité religieuse de l'État et visant notamment à encadrer les demandes d'accommodements religieux dans certains organismes.

Le plan d'action du gouvernement du Québec cible principalement les jeunes des minorités, les présentant eux-mêmes comme étant le problème plutôt que la société qui ne reconnaît pas les droits et ne leur fournit pas ce dont ils ont besoin pour s'épanouir et se gagner un avenir brillant.

Le plan d'action a été présenté par la vice-première ministre et ministre de la Sécurité publique, Lise Thériault, ainsi que la ministre de l'Immigration, de la Diversité et de l'Inclusion, Kathleen Weil, en présence du maire de Montréal, Denis Coderre.

Il s'ouvre par une introduction du premier ministre Couillard, qui déclare :

« Chez nous au Québec et partout ailleurs, la radicalisation [...] est un phénomène contre lequel nous devons, comme société, faire front commun. [...] C'est ensemble que nous devons faire face à celles et ceux qui menacent notre sécurité, nos droits et libertés, notre démocratie. »

Tout en se disant un fervent adepte de la diversité, il dit que celle-ci doit être conjuguée à l'adhésion aux valeurs qui sont en usage.

«À titre de premier ministre et de citoyen québécois, mon souhait le plus cher est que toutes les Québécoises et tous les Québécois, incluant celles et ceux qui sont venus d'ailleurs pour construire le Québec avec nous, puissent vivre ici en sécurité et s'épanouir pleinement en partageant nos valeurs et en contribuant au développement de notre société», dit-il.

Ainsi, au nom de « valeurs québécoises », Philippe Couillard avance des valeurs eurocentriques et exige que tout le monde s'y soumette. Quiconque n'est pas d'accord sera la cible de criminalisation. C'est non seulement une violation du droit de conscience, c'est aussi un geste inacceptable de division de la société entre soi-disant culture majoritaire et soi-disant culture minoritaire, au lieu d'unir tout le monde sur la base d'un projet d'édification nationale moderne où c'est le peuple qui est souverain et qui décide quelles valeurs il  fait siennes et de quelles valeurs la société a besoin.

Le plan d'action « comprend 59 mesures regroupées sous quatre axes d'intervention : agir, prévenir, détecter et vivre ensemble. »

Ce qu'on y appelle des « actions » vise principalement à permettre l'échange d'information entre les corps policiers, le ministère de la Santé et des Services sociaux et l'Ordre des travailleurs sociaux et thérapeutes conjugaux et familiaux du Québec afin d'identifier ce qui peut aider les corps de police dans leurs interventions.

Le plan d'action propose la création d'une liste des personnes ayant été déclarées coupables par le Tribunal des droits de la personne d'avoir tenu un discours haineux ou incitant à la violence, laquelle sera tenue à jour par la Commission des droits de la personne et accessible à partir de son site Internet.

Sous le volet « Prévention », le plan d'action prévoit que le gouvernement du Québec va contribuer financièrement à une recherche en partenariat avec le Collège de Maisonneuve, dont l'objectif sera d'identifier les facteurs de radicalisation chez les jeunes. Il comprend aussi un partenariat avec le Centre de prévention de la violence de la Ville de Montréal. Le Collège de Maisonneuve est situé dans l'est de Montréal où vivent plusieurs des jeunes ciblés dont les familles viennent du Moyen-Orient.

Pour le personnel des écoles, il y aura de nouvelles formations «sur la prévention de la radicalisation menant à la violence» et sur l'intervention en classe à la suite d'événements de nature violente. Le personnel recevra aussi une meilleure formation afin de  «mieux l'outiller à traiter les sujets sensibles»

Sous le volet « détection », le plan d'action prévoit des mesures permettant la surveillance et favorisant la délation. On portera attention aux médias sociaux. Il prévoit aussi que ceux qui dénoncent d'autres personnes aux agences de l'État sur la base d'allégations de discours haineux et d'incitation à la violence recevront la protection de l'État. Il prévoit que le gouvernement va maintenir « la collaboration avec l'ensemble des intervenants en milieu carcéral, incluant les animateurs de pastorale et les imams... »

Sous le volet du « vivre ensemble », on y lit que « bien que la radicalisation soit influencée par plusieurs facteurs, elle semble toucher en particulier les jeunes nés au Québec de parents immigrants, qui développent un sentiment d'impuissance, individuelle ou collective, à l'égard de l'exclusion qu'eux et leurs proches vivent dans la société québécoise. »

Le plan d'action constitue une offensive inacceptable contre le droit de liberté de conscience et prépare le terrain à la criminalisation des jeunes, surtout les jeunes musulmans.

(Cet article est tout d'abord paru dans Le Renouveau)

Diffamer c'est rendre hors-la-loi

Le cas du montréalais Adil Charkaoui

Depuis maintenant six mois, dans le sillage de l’attentat du 20 octobre 2014 à Saint-Jean-sur-Richelieu qui a causé la mort de l’adjudant Patrice Vincent et du meurtre du caporal Nathan Cirillo au Monument commémoratif de guerre à Ottawa, le plus grand exemple de la soi-disant «radicalisation de la jeunesse» » est celui que les médias monopolisés au Québec ont inventé en diffamant l’ex-victime des certificats de sécurité Adil Charkaoui qui vit à Montréal. Certains médias, de concert avec différentes institutions de l'État et les services d'espionnage canadiens n'ont cessé d'insinuer qu'il y a un lien entre des jeunes montréalais qui auraient quitté le pays pour soi-disant aller combattre du côté de l'État islamique (EI) et le Centre communautaire islamique de l'Est (CCME).


Adil Charkaoui, le 23 mai 2008, pendant son combat contre la violation de ses droits sous le régime des certificats de sécurité

Le président du Conseil d'administration du CCME est Adil Charkaoui qui a mené une longue bataille contre l'État canadien qui s'est fallacieusement attaqué à ses droits en utilisant le régime des certificats de sécurité. Sans aucune preuve, le CCME et Charkaoui ont été harcelés, ostracisés et diffamés sur la base d'allégations d'avoir incité ces jeunes à quitter le pays pour rejoindre l'EI.

Les événements qui ont suivi la détention, le 19 mai, de 10 jeunes à l'aéroport de Dorval illustrent bien ce qui se passe. Les jeunes ont été empêchés de prendre leur avion, ont été détenus pour être interrogés puis relâchés sans faire l'objet d'accusations. Leur passeport leur a été retiré. Tout de suite, les médias monopolisés ont insinué que le CCME serait responsable de leur décision de quitter le pays pour soi-disant rejoindre l'EI. La nouvelle est présentée ainsi : « Un des jeunes était inscrit sur Facebook à deux ateliers du Centre communautaire islamique de l'Est de Montréal, dont Adil Charkaoui est le président. Certains d'entre eux avaient aussi des liens avec ces jeunes qui ont déjà quitté le pays en janvier dernier pour la Turquie. Ils communiquaient par Internet, notamment à travers les réseaux sociaux. »

Charkaoui n'a cessé de réfuter les allégations des médias à l'effet que le CCME ait eu quoi que ce soit à voir avec le départ de ces jeunes, une allégation qui ne repose sur aucune preuve. Cela n'empêche pas certains médias de persister grossièrement dans leurs accusations et leur dictat qu'à moins que Charkaoui ne compromette sa conscience, il est coupable de ce dont on l'accuse. Voilà un exemple parfait d'incitation à la haine contre un individu mais les médias s'en tirent  indemnes.

Une entrevue récente avec le Montreal Gazette a cependant remis les pendules à l'heure en permettant à Charkaoui de dire ce qui s'était vraiment passé. Il a dit notamment que lorsque lui-même et ses collègues ont examiné le cas de ces dix jeunes, ils ont réalisé que c'était en réalité cinq couples qui allaient se marier à l'étranger parce que leurs parents n'approuvaient pas leurs conjoints qui provenaient de communautés et de cultures différentes au sein de la diaspora du Moyen-Orient.

Il a dit:

«Nous avons entendu dire que les 10 jeunes ont été arrêtés et nous étions sous le choc.

«Ils ne parlaient pas d'un ou deux, mais de 10 qui tentaient d'atteindre une zone de conflit, probablement à se joindre à un groupe terroriste.

«Ensuite, nous avons enquêté. Je parlais à trois parents, y compris le père qui a alerté la police.

«Et nous avons appris qu'ils sont cinq couples - cinq histoires d'amour - et les parents sont contre leur mariage.

«L'un était un Algérien avec une Marocaine, l'autre d'une famille chiite libanaise qui veut épouser quelqu'un d'une famille sunnite marocaine.

«Mais rien de tout cela n'a été dit.

«Quand nous avons commencé à regarder cela, nous avons réalisé que les médias jouent le jeu politique des conservateurs. Le premier ministre Harper vient à l'aéroport de Dorval et dit : « Il n'y a pas de place pour les djihadistes au Canada.

«Le père n'a pas appelé la police parce que son fils est allé s'engager dans le djihad, mais parce qu'il partait sans sa permission. Donc, c'est cinq tentatives de mariage. »

Bien que ces faits aient été connus depuis le début, les médias n'ont pas cru bon d'en informer le public, répétant plutôt leur histoire de radicalisation et de djihadisme conformément au scénario écrit par l'État.

Comme l'a mentionné Charkaoui, le premier ministre Stephen Harper a fait une visite à Montréal deux jours après que les jeunes aient été détenus. Harper a utilisé l'occasion pour annoncer un financement supplémentaire pour la GRC et l'Agence des services frontaliers du Canada pour accroître leur « capacité à mener des enquêtes criminelles liées au terrorisme » et à identifier « les voyageurs à haut risque ».

Harper a aussi utilisé l'occasion pour mousser encore plus son islamophobie intéressée, disant que « Notre gouvernement comprend que le djihadisme violent n'est pas une possibilité lointaine. C'est une réalité actuelle au Canada et dans le monde et nous savons que nous devons être prêts à affronter cette menace immédiatement ».

Dans son entrevue, Charkaoui a placé les attaques contre lui et le CCME dans le contexte de sa longue bataille pour obtenir justice contre la violation de ses droits et la diffamation qui lui a été faite par l'État canadien. Il a dit que lui-même et le CCME sont les victimes d'intrigues organisées par l'État et que les dommages qui lui ont été causés en ont fait une proie de choix.

« Si je n'avais pas été arrêté en vertu d'un certificat de sécurité les gens diraient-ils toujours la même chose ? Qu'en est-il des autres enseignants du CCME ou du cégep ? C'est parce que mon nom est connu. Maintenant, ils disent 'C'est encore lui' ».

« Voilà pourquoi je poursuis le gouvernement. Je veux des excuses officielles du gouvernement fédéral et l'indemnisation pendant toutes ces années. Je pense que le fait d'obtenir ma citoyenneté canadienne a été un aveu - cela signifie que je ne suis pas un danger pour la société.

« Mais tant qu'il n'y a pas d'excuses officielles et une indemnisation, comme pour Maher Arar, les gens peuvent associer mon nom à quelque chose.

Maintenant, au nom de l'opposition à la «radicalisation» et au «djihadisme parmi les jeunes», le gouvernement du Québec vient aussi de présenter son odieux plan d'action pour criminaliser le droit de parole et la dissidence et cibler les jeunes musulmans. C'est inacceptable.

(Cet article est tout d'abord paru dans Le Renouveau)



Lisez Le chantier politique
Site web:  www.pmlq.qc.ca   Courriel: bureau@pmlq.qc.ca