Volume 3 Numéro 46  - 15 juin 2015

Les défis de la nation québécoise aujourd'hui

L'apport de Jacques Parizeau à la société québécoise

L'ancien premier ministre du Québec et chef du Parti québécois Jacques Parizeau est décédé le 1er juin 2015 à l'âge de 84 ans, après un dur combat contre la maladie et plusieurs mois d'épreuves difficiles. C'est par milliers que les gens ont défilé devant sa dépouille exposée en chapelle ardente le 6 juin au Parquet du siège social de la Caisse de dépôt et de placement du Québec à Montréal, qui portera désormais son nom, et le lendemain à la salle du Conseil législatif de l'hôtel du Parlement à Québec. Des funérailles d'État ont eu lieu le mardi 9 juin à l'église Saint-Germain d'Outremont, le cercueil du défunt recouvert d'un grand fleurdelisé, en présence de parents et amis et de personnalités du monde politique, académique et artistique venus lui rendre un dernier hommage. À l'extérieur de l'église, des centaines de personnes ont assisté à la cérémonie présentée sur un écran géant.


9 août 1930 - 1er juin 2015

Jacques Parizeau a consacré la majeure partie de sa vie à l'indépendance économique et politique du Québec et est un des principaux penseurs et acteurs du mouvement nationaliste qui a pris naissance au début des années soixante et qui a mené au référendum de 1995 sur la souveraineté du Québec. Sa contribution à l'histoire du Québec est si intimement liée à l'histoire de ce mouvement nationaliste qu'il est pratiquement impossible de revoir les réalisations de l'un sans revoir les réalisations de l'autre. Il a commencé sa carrière politique avec la naissance de ce mouvement et est décédé à l'heure d'une grande remise en question de toute cette période et à l'aube d'une période nouvelle dont les objectifs, les contours, l'étendue et la pertinence sont en voie de redéfinition. Parce qu'il a été fidèle à ses convictions il a pu apporter une contribution à la cause de l'avancement du Québec sur la voie du progrès.

Le nom de Jacques Parizeau est associé en particulier à la modernisation de l'État québécois dans ses vocations économiques, mais aussi au combat politique pour les droits nationaux du Québec. Il a été un acteur de premier plan de plusieurs développements importants de l'histoire moderne du Québec, pendant et au sortir de la Révolution tranquille, jusqu'au référendum de 1995. Il a continué de jouer un rôle de premier plan dans les débats et remises en question qui ont fait suite à l'échec de 1995, débats qui se poursuivent, qui s'étendent aux réalisations et aux des institutions de la Révolution tranquille et dont les conclusions seront décisives pour la suite des choses.

Acteur de premier plan d'un vaste mouvement de modernisation
et d'épanouissement du Québec d'histoire récente

Le début des années soixante avait marqué un éveil à la nécessité de conquérir le pouvoir politique et économique et de bâtir la nation du Québec sur tous les plans, pour que les Québécois ne soient plus « porteurs d'eau, scieurs de bois, locataires et chômeurs dans notre propre pays ». Jacques Parizeau a été l'artisan de la création et du développement de plusieurs institutions économiques essentielles à l'édification nationale du Québec dans les années 1960, dont la Caisse de dépôt et de placement du Québec fondée en 1965, gigantesque dépositaire des fonds de pension des travailleurs québécois.

En plus de la Caisse de dépôt et de placement, deux de ses principales contributions aux sociétés d'État québécoises à vocation économique ont été la Société générale de financement (SGF) et le Régime d'épargne-actions.

La SGF a été créée par le gouvernement de Jean Lesage en 1962 dans le cadre des politiques de « maîtres chez nous » qui ont été développées dans les années 1960. En tant que conseiller économique du gouvernement Lesage, Parizeau a joué un rôle clé dans la création et le développement de la SGF. Dans un discours en 1961, Lesage avait dit que « le colonialisme économique n'est plus acceptable pour les Québécois » et qu'il fallait appuyer les industries du Québec et les aider à se diversifier. La SGF a été créée afin d'amasser des fonds de l'État, des institutions financières du Québec et d'individus. Elle avait le mandat d'aider les entreprises en difficultés financières et de contribuer à diversifier la base industrielle du Québec. Entre autres choses, la SGF a acquis des actions dans des entreprises, par exemple dans la sidérurgie et l'automobile et plus tard, dans les années 1970, dans Bombardier, et a aussi prêté de l'argent aux entreprises. Les activités de la SGF dans le secteur de l'acier ont préparé le terrain à la création de l'entreprise sidérurgique d'État SIDBEC en 1964, qui a été privatisée en 1994.

En tant que ministre des Finances du premier gouvernement du Parti québécois élu en 1976, Jacques Parizeau a mis sur pied le Régime d'épargne-actions (RÉA) en 1978. Celui-ci offrait des baisses d'impôt aux individus qui investissaient dans des entreprises québécoises, afin d'encourager les entreprises à s'inscrire en bourse. On estime que plusieurs compagnies québécoises sont devenues de grandes entreprises grâce au régime, comme le fabricant de pâtes et papier Cascades, le monopole des communications Québécor, le monopole de l'ingénierie et de la construction SNC-Lavalin, la chaîne de pharmacies Jean Coutu, Air Transat et plusieurs autres.

Avec la création de la Caisse de dépôt, les épargnes des Québécois accumulées dans les caisses de retraite, qui étaient jusque-là contrôlées par le gouvernement fédéral, étaient dorénavant déposées dans la Régie des rentes et gérées par l'État québécois. Dans les années qui suivirent, ces fonds étaient surtout investis dans des obligations d'épargne du gouvernement du Québec et d'Hydro-Québec. Mais en 1997, le Parti québécois au pouvoir a élargi le mandat de la Caisse pour lui permettre d'investir la majorité de son actif dans des actions. Il ne s'agissait plus d'investir dans le développement du Québec mais bien de profiter des occasions de rendement pour accroître les revenus. Cela s'inscrivait dans la tendance de l'offensive antisociale mondiale qui a pour caractéristiques de nier l'existence de la société et de sa responsabilité envers ses membres et de détruire les services et programmes publics et transférer une partie toujours plus grande de la richesse sociale entre les mains de grands intérêts privés en mal de capitaux d'investissement pour l'enrichissement privé. Pour ce qui est de la Caisse de dépôt, ce revirement a provoqué scandale après scandale et a mené à la dilapidation des épargnes des travailleurs lors de la crise économique de 2008-2009.

Les autres institutions économiques de la Révolution tranquille n'ont pas été capables elles non plus de résister à l'assaut du néolibéralisme. En 1994, SIDBEC, l'entreprise publique de la sidérurgie créée en 1964, a été accaparée par Ispat International, le monopole qui est plus tard devenu ArcelorMittal. Et quelques années plus tard, le Québec n'avait plus aucun moyen d'obliger ce monopole étranger à respecter ses engagements et à investir au Québec une partie des profits réalisés à même la valeur ajoutée produite par les travailleurs québécois.

Qu'est-il advenu des grands efforts pour assumer le contrôle de nos industries de base, comme l'acier, les mines, les forêts, l'agriculture, la fabrication de produits de première nécessité, l'énergie, le pétrole, le gaz naturel et le secteur financier ? La nationalisation de l'électricité, la création d'entreprises publiques comme SIDBEC (fer et acier), SOQUEM (mines), REXFOR (forêts), SOQUIP (pétrole) et, dans l'important secteur de la finance, la Société générale de financement, la Régie des rentes du Québec et la Caisse de dépôt et de placement n'ont pas rendu les Québécois maîtres chez eux.

Jacques Parizeau était lui-même de tous ces débats et toutes ces remises en question. La sincérité de son engagement l'a amené à remettre en question plusieurs des grands dogmes du néolibéralisme, notamment l'hystérie à propos du remboursement de la dette et les prétentions que les grands projets d'oléoducs vont faire plus que créer quelques centaines d'emplois.

Au coeur de l'échec des institutions de prise en main économique du Québec, il y a l'échec à investir le peuple du pouvoir politique pour être maître chez lui, une tâche qui est aujourd'hui encore plus urgente que jamais.

En chemin vers la demande d'un Québec moderne
et souverain qui défend les droits de tous

Après l'impasse créée par l'échec de l'Accord du Lac Meech puis du référendum de Charlottetown en 1992, rejeté par le peuple tant au Québec qu'ailleurs au Canada parce que perçu comme un refus de modernisation réelle des arrangements confédéraux et constitutionnels, c'est à l'initiative de Jacques Parizeau, alors premier ministre du Québec, qu'un référendum sur la souveraineté du Québec a été appelé pour le 30 octobre 1995. Le Parti marxiste-léniniste du Québec a salué cette décision comme un geste courageux qui allait permettre d'ouvrir une voie vers l'avant.

Bien que le référendum se soit terminé par une impasse, et qu'aucun des deux camps n'ait gagné, dans les annales du Québec Jacques Parizeau aura joué un rôle positif pour avoir eu le courage de proposer l'affirmation de la souveraineté du Québec.

Le référendum du 30 octobre 1995, on se souvient, s'est soldé par un vote de 49,42 % en faveur et 50,58 % contre, un écart de 54 288 voix. La période référendaire a vu l'État colonial anglo-canadien, avec le Parti libéral de Jean Chrétien au pouvoir appuyé par tout l'establishment canadien, y compris les grandes entreprises publiques et privées comme Via Rail, Air Canada et Radio-Canada utiliser la campagne de peur la plus vile et toutes sortes de tactiques illégales en égard à la loi référendaire du Québec pour assurer la victoire du Non.

Mais la défaite du Oui s'explique aussi par l'incapacité à convaincre la vaste majorité des citoyens et résidents du Québec de la nécessité d'affirmer leur souveraineté en tant que nation au-delà des différences de langue, d'origine, de religion, voire de conviction politique.

Au lendemain de l'échec de Meech le Parti marxiste-léniniste du Québec (PMLQ) écrivait :

« Notre Parti est d'avis qu'avec l'échec du Lac Meech, on peut maintenant affirmer avec certitude que pour une solution aux problèmes qui se posent au peuple du Québec, on ne peut plus rester dans les confins d'une constitution fondée sur l'Acte de l'Amérique du Nord britannique. Nous croyons que le peuple du Québec a besoin d'une nouvelle constitution, d'une constitution qu'il aura lui-même choisie sans ingérence extérieure, une constitution qui sera démocratique et qui exprimera la volonté populaire et servira à bâtir un avenir pour la nation. [...] Or, nous croyons que l'exercice du droit à l'autodétermination par le peuple du Québec, agissant en tant que nation, est un prélude nécessaire à la solution de tous les autres problèmes qui se posent pour le peuple et une condition indispensable pour bâtir l'avenir de la nation. » (Mémoire du Conseil national du PMLQ, 2 novembre 1990)

L'élite anglo-canadienne dominante, son extension au Québec et ses médias monopolisés s'accrochent désespérément à des arrangements tellement dépassés et en crise que leur « solution » est de ne pas en parler ! C'est ce qu'a dit Stephen Harper lors de son passage au Lac-Saint-Jean l'année dernière quand il a laissé entendre que c'est à lui que revenait le mérite d'avoir « résolu » la question du Québec en refusant tout simplement d'en parler. Ce désespoir amène l'élite dominante à diviser le corps politique sur toutes les bases, tantôt sur la langue et l'origine nationale, tantôt sur la religion, tantôt selon qu'on est « à gauche » ou « à droite » en termes de politiques sociales, tout pour subvertir l'exercice collectif du droit à l'autodétermination.

L'incapacité du mouvement pour l'indépendance de sortir de ces carcans, qui comprend maintenant aussi une opposition quasi haineuse entre partisans de politiques sociales « de gauche » et « de droite », explique aussi l'échec à mobiliser la vaste majorité des Québécois autour d'un projet commun d'État souverain et moderne et d'un Québec qui défend les droits de tous. (À cet égard nous reproduisons ci-dessous l'article « L'unité de tous les secteurs de la société est indispensable pour l'affirmation de la souveraineté du Québec » paru dans Le Marxiste-Léniniste quelques jours après le référendum du 30 octobre 1995 et qui porte sur le sentiment exprimé par monsieur Parizeau le soir du référendum.)

Au lendemain de la défaite du référendum de 1995, il était évident qu'il fallait mettre tout en oeuvre pour ne plus cantonner le projet de souveraineté dans une définition dépassée et restreinte de la nation. Beaucoup ont reconnu cette réalité. Un État moderne ne se construit pas en fonction de la descendance. Un État moderne se construit autour de grands idéaux et un des grands idéaux de l'ère moderne est la création d'un système politique dans lequel tous ont des droits qui sont garantis du fait qu'ils sont des êtres humains.

Beaucoup d'efforts ont été faits après le référendum de 1995, y compris par Jacques Parizeau dans ses interventions politiques après sa démission en tant que premier ministre, pour élargir le mouvement d'indépendance nationale et « tendre la main » aux minorités nationales. Or, sans embrasser résolument et emphatiquement la définition moderne de la nation, on retombe dans ce qu'on appelle le modèle d'« intégration », le modèle européen ou français qui est l'autre versant du multiculturalisme canadien raciste à la moelle. Le Parti québécois n'a pas été capable de s'élever bien au-dessus de la nation « française » ou « francophone ». Par contre, il existe un profond mouvement parmi la jeunesse en faveur d'un Québec moderne et souverain qui défend les droits de tous et qui est le désir de tous ceux et celles qui vivent au Québec et ce mouvement est porteur de beaucoup d'espoir.

On doit à la modestie de Jacques Parizeau d'avoir admis l'échec à cet égard et de s'en être remis à la jeune génération pour ouvrir une voie vers l'avant. C'est à l'éducation de la jeunesse qu'il a consacré la majeure partie de ses dernières années. Cet appel est au coeur de son dernier discours politique, celui de septembre 2014 à Montréal devant un millier de personnes à l'événement DestiNation.

Le Parti marxiste-léniniste du Québec croit que Jacques Parizeau aura une place d'honneur dans les annales du Québec pour sa contribution à l'indépendance et à la modernisation du Québec sur plusieurs fronts, avec un engagement politique qui s'étend sur presque cinq décennies et auquel il est resté fidèle jusqu'aux derniers moments de sa vie. Le décès de Jacques Parizeau doit être l'occasion d'une réflexion sur les défis de la nation québécoise aujourd'hui.



L'unité de tous les secteurs de la société est indispensable pour l'affirmation de la souveraineté du Québec
- Le Marxiste-Léniniste quotidien, 13 novembre 1995 -


Jacques Parizeau, premier ministre du Québec et chef du comité officiel du Oui, a déclaré lundi soir, après l'annonce de l'impasse créée par le référendum: «Notre pays est à notre portée.» Il a fait appel aux Québécois d'être calmes. «Soyez souriants même si ce n'est pas facile et gardez à l'esprit cette solidarité qui grandit, cette solidarité des générations, cette solidarité des gens de droite et de gauche, la solidarité du mouvement syndical et des patrons, des chômeurs et de ceux qui ont des emplois, tous ensemble.»

Il a conclu son discours en disant: «Ici au Québec nous n'allons pas nous sacrifier dans ce virage vers la droite que prend le reste du Canada. Nous allons démontrer que nous sommes capables, même si nous n'avons pas encore un pays, que nous allons élever une société française qui a le coeur à la bonne place, et à la fin, nous aurons notre revanche et nous aurons notre pays. Vive l'espoir, vive le Québec.» Au début il avait déclaré: «Nous avons fait bonne bataille» et «on se crache dans les mains et on recommence ».

Et enfin il a prononcé ces paroles dont les libéraux et les médias se sont scandalisés: «C'est vrai que nous avons été vaincus, mais fondamentalement par quoi? Par l'argent et le vote ethnique. Tout ce que ça veut dire, c'est que la prochaine fois, au lieu que nous soyons 60 % ou 61 % en faveur, nous serons 63% ou 64%.»

Tout le discours de M. Parizeau trahit une sorte de confiance nécessaire lorsqu'un peuple se donne un objectif respectable comme le grand projet d'édification nationale. Parizeau a raison de noter différentes choses. Ses observations sont celles d'une personne submergée dans son combat pour l'édification nationale. Mais il ne reconnaît pas que les différents éléments disparates concourent au même objectif de l'édification nationale. Par contraste, Jean Chrétien, les libéraux et leurs compagnons d'armes sont incapables de la moindre observation; ce sont carrément des réactionnaires, une bande d'individus qui cherchent à sauvegarder le statu quo en recourant à l'hystérie, au faux patriotisme et au chauvinisme, en usant de leur pouvoir plein d'arrogance contre les forces du changement.

Parizeau reconnaît que tous les secteurs de la société doivent viser le même but, celui de l'édification nationale. Il reconnaît également l'existence d'un mouvement social en devenir qui enjoint les Québécois à s'unir de façon pondérée pour ensemble décider de leur avenir en tant que peuple indépendant et en tant que peuple désirant l'émancipation sociale. Il éprouve de la difficulté à saisir que le peuple québécois, le nouveau mouvement social, ne réclame pas une «société française» mais une société québécoise dans laquelle existent un groupe ethnique majoritaire francophone mais aussi un tas de minorités nationales toutes unies derrière le même objectif d'édification nationale. En l'absence d'une compréhension profonde de ce mouvement, il perd confiance dans les «groupes ethniques», croyant qu'ils seront toujours contre les «Français», et mise tous les espoirs sur le fait qu'«au lieu que nous soyons 60 % ou 61 % en faveur, nous serons 63 % ou 64 %». Il croit qu'une majorité ethnique peut bâtir un État moderne toute seule. Un État moderne ne se construit pas en fonction de la descendance. Un État moderne se construit autour de grands idéaux et un des grands idéaux de l'ère moderne est la création d'un système politique dans lequel tous les êtres humains ont des droits. L'État moderne n'a pas d'autre considération.

On a immédiatement sauté sur les propos de Parizeau pour délibérément éclipser la discussion sur l'avenir du Québec. Les libéraux et d'autres ont interprété ces propos comme étant «racistes». Ces propos sont de la bouche d'une personne qui a milité très fort pour un Québec indépendant. Il sait, lui, comment le gouvernement fédéral et d'autres se servent des «groupes ethniques» comme d'une force contre la création d'un État indépendant. Toute personne politique sait quels propos tiennent les «leaders ethniques» qui obtiennent le soutien du gouvernement fédéral dans leurs entreprises personnelles. Ils tiennent des propos très provocateurs, ils parlent de découper le Québec. N'ont-ils pas pour rôle de se nier à eux-mêmes et à leur communauté l'option de la souveraineté de concert avec tous les autres Québécois? Oui, et semble-t-il avec enthousiasme. Bon nombre d'entre eux déclarent ouvertement craindre de perdre les subventions fédérales ou leurs postes si les Québécois affirment la souveraineté du Québec - une menace étayée par Jean Chrétien et les libéraux tout au long de la campagne. Des sommes ont été versées à des individus et à des entreprises dans cet effort concerté pour priver la nation du Québec de la souveraineté. Il n'y a pas seulement les «démonstrations d'unité» de dernière minute ou les appels interurbains gratuits enfreignant la loi sur la consultation populaire du Québec. Non, il y a aussi et surtout la pratique permanente de corruption des leaders ethniques. C'est l'accommodement de gens en position d'influence par des promesses d'emplois, de subventions et d'autres récompenses pour atteindre des fins politiques. Les libéraux sont passés maîtres dans ce genre de chose, pas seulement à Montréal, mais dans tout le pays. Jean Chrétien et les libéraux qui se formalisent des commentaires de Jacques Parizeau font comme le voleur qui crie «Au voleur!». Chrétien, les libéraux et beaucoup d'autres, comme le NPD par exemple, se sont discrédités durant cette campagne référendaire.

Traiter Parizeau de «raciste» c'est se lancer dans des attaques personnelles. C'est aussi détourner l'attention de l'essentiel de ce qu'il a dit. Nous ne sommes pas d'accord avec ce qu'il a dit et avons écrit qu'il a tort de blâmer le «vote ethnique». Mais nous avons poursuivi l'analyse et cherché la signification des résultats du référendum. Il est fort probable que beaucoup n'apprécient pas nos opinions, mais réagir en citant tel ou tel propos hors contexte, en lançant des attaques de nature personnelle, cela est inexcusable. À notre avis c'est ce qu'ont fait Chrétien et les libéraux tout au long de la campagne et depuis la fin du référendum. Leur comportement a eu pour conséquence d'avilir la discussion politique durant et après le référendum sur tous les sujets d'importance capitale pour le peuple.

Il est excellent que Parizeau reconnaisse qu'il se passe quelque chose de nouveau au Québec aujourd'hui. Il parle de «cette solidarité qui grandit». Malheureusement il ne va pas plus loin, ce qui l'empêche de conclure que le comité officiel du Oui n'a pas su pleinement mettre à profit «cette solidarité qui grandit» pour en faire une force décisive dans l'affirmation de la souveraineté du Québec. On ne peut pas comprendre les résultats du référendum sans comprendre cette faiblesse du comité officiel du Oui. Il n'a pas su unir tous les secteurs de la société en une grande force derrière un même objectif, celui d'obtenir un Oui fort, ce qui était nécessaire à l'affirmation de la souveraineté. Le fait que Parizeau parle d'une victoire sans les «groupes ethniques» est signe qu'il ne comprend pas l'importance de «cette solidarité qui grandit». Sa vision d'une «société française» est par ailleurs signe de myopie car un État moderne ne se définit pas par la langue ou la descendance. L'État moderne reconnaît l'ethnie de la majorité, de même que des minorités, mais seulement dans la mesure où il veut créer les conditions nécessaires à l'épanouissement de toutes les cultures. Au sens politique, l'État moderne ne reconnaît rien d'autre que des citoyens jouissant tous des mêmes droits et des mêmes devoirs.

Cette «solidarité qui grandit» n'est pas entre «la gauche et la droite» mais autour d'une réalité propre à la période que nous vivons où toutes les forces sont appelées à jouer un rôle dans l'affirmation de la souveraineté du Québec. Cette réalité exige que les partis de la majorité politique reconnaissent les partis de la minorité politique pour que tous puissent contribuer à l'affirmation de la souveraineté. Cela n'a pas été fait durant le référendum. Il ne s'agit évidemment pas de fusionner les idéologies et les convictions politiques; non, il s'agit de mobiliser tous les secteurs de la société autour d'un même objectif, celui d'affirmer la souveraineté de la nation du Québec. En écartant de nombreux secteurs de la société du courant politique principal, le Comité officiel du Oui est tombé dans le piège de Chrétien et des libéraux. Le Comité du Non, lui, a pourtant su utiliser toutes les forces, petites ou grandes, qui nient l'existence de la nation du Québec et refusent au peuple du Québec son droit d'affirmer sa souveraineté maintenant. Pendant que Chrétien et les libéraux incitaient toute personne et tout groupe qui s'oppose à la souveraineté du Québec par rancune ou pour des motifs cachés, le Comité officiel du Oui n'a pas su reconnaître les forces positives qui pouvaient jouer un rôle crucial dans le dénouement du référendum.

Parizeau fait un point important lorsqu'il dit: «Ici au Québec nous n'allons pas nous sacrifier dans ce virage vers la droite.» L'idée est bonne mais elle manque de substance, elle demeure une abstraction. En pratique elle mêle la cause de la nation qui regroupe tout le monde et la cause de l'émancipation sociale qui, elle, ne fait pas l'affaire de tout le monde. Le fait que le référendum se soit soldé par une impasse demeure inexplicable si l'on ne voit pas que diverses forces ont confondu le point de convergence de l'affirmation de la souveraineté et la cause de l'émancipation sociale.

En fin de compte, les propos de M. Parizeau, ceux que nous avons cités et d'autres, méritent d'être discutés. Il ne faut accorder aucune attention aux remontrances présomptueuses de Jean Chrétien et des libéraux; c'est ainsi qu'agissent des gens enivrés par leur pouvoir, bravaches parce qu'ils ont le soutien des monopoles du pays et de l'étranger. Chacun sait qu'un tonneau vide fait beaucoup de bruit. Chrétien et les libéraux font beaucoup de bruit mais ils n'ont rien de substantiel à proposer pour résoudre la crise économique, la crise financière et budgétaire, la crise constitutionnelle. Il fait leur affaire de tout réduire à des attaques personnelles et d'abaisser encore plus le niveau du débat politique avec leur comportement grotesque à la Chambre des communes. Ils dévient toute discussion dans une voie sans issue de sorte que les questions de fond ne soient jamais abordées. Les autres forces politiques ne sont pas obligées de s'abaisser à leur niveau. Le comportement grotesque de Chrétien et des libéraux doit servir de ligne de démarcation entre ceux qui désirent sortir de la crise du fédéralisme canadien et ceux qui s'y opposent.

Il est nécessaire de commencer tout de suite un échange de points de vue, d'observations, d'analyses et de propositions sur comment mobiliser toutes les secteurs de la société derrière l'objectif commun d'affirmer la souveraineté de la nation. Quant au reste du Canada, la classe ouvrière doit s'affairer immédiatement à créer une situation favorable à l'édification de la nation du Canada comme force pouvant satisfaire non seulement les aspirations des Canadiens mais aussi la reconnaissance de la souveraineté de la nation du Québec. Les peuples autochtones devront faire pareil. Une des déficiences de la vision de Jacques Parizeau est qu'elle s'arrête aux frontières du Québec. Il a peut-être ses raisons mais la classe ouvrière ne peut absolument pas se permettre l'esprit de clocher. Elle puise une force énorme au-delà des frontières, elle est forte de l'appui et de l'unité fraternelle.

Quant à «cette solidarité qui grandit», il est impératif d'en comprendre immédiatement toute l'ampleur. Tous les secteurs de la société doivent être unis autour de l'objectif commun qu'est la souveraineté du peuple du Québec.

En plus de Jacques Parizeau qui s'apprête à se retirer de la vie politique, Lucien Bouchard et d'autres songent aussi à ce qui va se produire maintenant. Ils sont conscients que l'option de l'affirmation de la souveraineté du Québec est réalisable dans un proche avenir. Mais il y a d'autres considérations. À notre avis, ces considérations étaient présentes durant le référendum et ont été ignorées, ou du moins on ne leur a pas accordé toute l'attention qu'elles méritent. Une de ces considérations est le caractère et l'avenir du Bloc québécois. De par son nom et son objectif, ce bloc devait réunir toutes les forces politiques favorables à la souveraineté. Il est grand temps qu'il le fasse. Si toutes les forces politiques sont réunies en un seul bloc, ensemble elles auront un poids décisif. Ensemble elles peuvent arracher tous les 75 sièges du Québec à Ottawa aux prochaines élections fédérales, ce qui prouverait que la vaste majorité des forces politiques sont en faveur de la souveraineté du Québec. La souveraineté du Québec pourrait se réaliser avant les prochaines élections fédérales. Ce serait excellent, mais il n'est pas sage de laisser les choses au hasard. Pour défaire Chrétien et les libéraux, la majorité politique du Québec doit accueillir toutes les forces politiques autour de l'objectif commun d'affirmer la souveraineté de la nation du Québec.

Nous sommes convaincus que l'impasse sur laquelle a débouché le référendum du 30 octobre est essentiellement attribuable à la faiblesse du camp du Oui, à ses lacunes à caractère politique en dépit de tous les efforts qui y ont été investis. Ces déficiences doivent être surmontées si l'on veut que la souveraineté du Québec soit affirmée. Dans la mesure où il est question de l'avenir du Québec, toutes les forces politiques doivent mettre de côté leurs différends et chercher l'unité de tous les secteurs de la société pour l'affirmation de la souveraineté du Québec. Le PCC(M-L) a agi dans ce sens durant le référendum en dépit des obstacles et difficultés et il continuera de le faire à l'avenir. Le résultat du référendum aurait été entièrement différent si toutes les forces politiques avaient su faire preuve de suffisamment de largesse d'esprit pour placer l'affirmation de la nation du Québec au-dessus de toute autre considération. Cette «solidarité qui grandit» saura faire échec aux forces intérieures et extérieures qui voudraient empêcher le peuple du Québec de saisir avec enthousiasme l'option de l'affirmation de la souveraineté du Québec. Un Québec souverain sera une réalité si cette largesse d'esprit pour la cause nationale parvient à s'imposer.



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