Volume 3 Numéro 51  - 6 juillet 2015

Deuxième anniversaire de la tragédie de Lac-Mégantic

L'urgente nécessité de réparation et de renouveau


Marche à Lac-Mégantic le samedi 4 juillet

Aujourd'hui 6 juillet est le deuxième anniversaire de la tragédie de Lac-Mégantic, une des plus grandes tragédies ferroviaires de l'histoire du Canada. Il y a deux ans, en fin de soirée le 5 juillet, un convoi de trains de marchandises constitué de cinq locomotives et de 72 wagons non conçus pour transporter le type de pétrole brut qu'ils contenaient, a été laissé sans surveillance pour la nuit à Nantes, en Estrie. Vers une heure du matin, le train s'est mis à descendre de lui-même la pente menant à Lac-Mégantic. Il a fallu peu de temps pour que 63 wagons déraillent en plein centre-ville, déversant leur contenu et entraînant une série d'incendies et d'explosions d'envergure catastrophique. Quarante-sept personnes ont été tuées, de nombreuses autres blessées et le centre-ville a été rasé. Les sols ainsi que la rivière Chaudière et le lac Mégantic lui-même ont été lourdement contaminés par les déversements de pétrole brut. Deux ans plus tard, de nombreux résidents de Lac-Mégantic souffrent toujours de syndromes post-traumatiques causés par la catastrophe.

En cette occasion, Chantier politique salue chaleureusement la communauté de Lac-Mégantic qui rebâtit sa vie, en particulier les parents et amis de ceux et celles qui y ont perdu la vie, et rend hommage à tous les intervenants de première ligne qui se sont héroïquement portés au secours des résidents, souvent au péril de leur vie, et qui encore aujourd'hui portent toute assistance possible à la communauté.

La tragédie ferroviaire de Lac-Mégantic a été suivie de nombreuses autres dans plusieurs localités d'Amérique du Nord. Celles-ci n'ont pas causé la mort simplement parce que les déraillements, explosions et incendies se sont produits juste après que les trains aient traversé les communautés, mais c'est tout de même un symbole tragique de l'absence persistante de contrôle du peuple sur l'économie et les décisions économiques qui l'affectent. C'est le problème crucial à résoudre pour que de telles tragédies puissent être évitées.

Cette tragédie pose l'urgente nécessité de réparation et de renouveau.

À ce titre, un recours collectif a été intenté en 2013 par trois résidents de Lac-Mégantic au nom des victimes de la tragédie, auquel environ 3000 personnes se sont inscrites, contre les entreprises et leurs directeurs ayant causé la catastrophe, depuis le transporteur ferroviaire faisant le transport des trains qui ont déraillé, soit la Montreal, Maine & Atlantic et sa maison mère Rail World, Inc., jusqu'aux entreprises pétrolières qui expédiaient leur produit.

Le recours est présentement suspendu parce qu'il a été incorporé aux procédures de faillite de la MMA en Cour supérieure du Québec. Un règlement y est récemment intervenu, d'une valeur de 431 millions $, en vertu duquel les parties visées au recours collectif se sont engagées à verser des montants en compensation qui iront aux victimes et aux gouvernements en échange d'une garantie de l'arrêt de toute poursuite contre elles maintenant et à l'avenir. Ce montant est peu de chose compte tenu qu'on estime à environ 500 millions $ les coûts de décontamination causés par la tragédie. Les auteurs du recours collectif et des familles de Lac-Mégantic qui ont poursuivi des entreprises et leurs directeurs aux États-Unis ont été incorporés à titre de créanciers. Bien qu'ayant émis des critiques sur les montants de compensation et la façon dont ils sont distribués, ils ont voté en faveur du règlement parce que des règlements de recours collectif peuvent prendre des dizaines d'années et que cela ne ferait qu'ajouter aux angoisses des résidents. En juin dernier, le Canadien Pacifique, qui est visé par le recours collectif, est intervenu en cour pour faire déclarer illégal le règlement sous le prétexte fallacieux que les chemins de fer sont fédéraux et qu'une Cour du Québec n'aurait pas juridiction dans cette affaire. Il affirme aussi qu'il n'a rien à voir avec la catastrophe bien que c'est à lui que le transport de ce pétrole de schiste du Dakota avait été confié et qu'il ait donné le contrat en sous-traitance à la MMA. Le juge doit rendre son verdict bientôt sur la requête du CP. Tous demandent maintenant que le CP renonce à ses manoeuvres pour que les victimes reçoivent les montants de compensation. Les auteurs du recours estiment à environ 200 millions $ les montants qui leur reviendraient.

La tragédie de Lac-Mégantic illustre aussi le besoin urgent d'une nouvelle direction de l'économie et d'un renouveau dans la prise de décisions économiques qui affectent le peuple. La demande immédiate qui surgit de Lac-Mégantic, et qui a été exprimée une fois encore samedi dernier par une marche de 150 personnes, est que la reprise du transport de pétrole brut dans le centre-ville de Lac-Mégantic, prévue pour début 2016, doit être annulée. Les résidents, à l'instar des résidents des localités environnantes, demandent instamment que des voies ferrées de contournement soient construites pour éviter que ces trains transportant des matières dangereuses ne passent par le centre-ville. Cette demande fait écho à des demandes semblables exprimées dans d'autres endroits, dans la région de Sorel notamment, contre l'invasion de leurs communautés par le transport ferroviaire et maritime de pétrole des sables bitumineux et autres produits dangereux. Tout cela s'était fait dans le plus grand secret jusqu'à ce que des manifestations populaires aient mis en lumière toute l'affaire, Des demandes semblables sont également faites à l'échelle du Canada, notamment sur la question de la construction de pipelines pétroliers et gaziers. Cette demande doit être satisfaite parce que la sécurité du public et l'intérêt public ne peuvent pas être marchandés. Comme le disait une marcheuse lors de la marche de samedi, il faut un « changement radical » dans le traitement des communautés sinon parler de leur avenir n'est qu'une tromperie cruelle.

À cet égard, les mesures qui ont été prises par le gouvernement Harper suite à la tragédie sont aussi de l'ordre de la tromperie. C'est le gouvernement Harper, et avant lui les gouvernements libéraux successifs, qui ont permis à l'industrie ferroviaire de se réglementer elle-même, de réduire le nombre de travailleurs à volonté, de laisser les voies ferrées dans un état qui ne permet pas un transport sécuritaire. La réponse du gouvernement Harper à la tragédie a été de nier sa responsabilité et de renforcer le système d'autoréglementation, demandant plus de rapports à l'industrie sur ses soi-disant mesures de sécurité puis le gouvernement les approuve en y mettant son sceau. De plus, chaque fois que les travailleurs sont entrés en action pour demander des conditions de travail saines et sécuritaires, le gouvernement les a criminalisés par des lois spéciales, aidant les grandes entreprises ferroviaires à aggraver les conditions. Cela pave la voie aux tragédies et forcer les gouvernements à rendre des comptes de leurs activités irresponsables au service du droit de monopole est au coeur des actions des travailleurs et des communautés en ce moment.

Finalement les poursuites au criminel contre trois employés de la MMA, dont le conducteur du train qui a déraillé, doivent être abandonnées parce que cela ne fait que chercher des boucs émissaires au lieu de s'en prendre à ceux qui utilisent leur position de pouvoir et de privilège pour imposer aux autres leurs aventures pour faire des coups de fortune.





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