Volume 3 Numéro 52  - 16 juillet 2015

25e anniversaire du soulèvement d'Oka

La réparation des torts faits aux Premières Nations commence par la reconnaissance officielle de leurs droits politiques, ancestraux et issus de traités

- Diane Johnston -


La Sûreté du Québec face aux barricades des Mohawks en juillet 1990

Le 11 juillet 2015 était le 25e anniversaire du soulèvement d'Oka. Celui-ci a commencé lorsque le conseil municipal d'Oka au Québec a décidé de façon unilatérale d'entreprendre l'expansion d'un terrain de golf et de construire des logements résidentiels sur des terrains que les Mohawks de Kanesatake avaient toujours utilisés et revendiquaient, dont un cimetière sacré qui contenait les restes de leurs ancêtres.

Face à la décision du conseil, les Mohawks de Kanesatake ont entrepris d'affirmer leurs droits. Ils ont monté une barricade sur un chemin de terre menant au terrain de golf et refusé d'obéir à l'injonction d'une cour du Québec leur ordonnant de lever le blocus. Le gouvernement du Québec a alors fait appel à la Sûreté du Québec pour essayer de les intimider.


Un panneau indiquant aujourd'hui l'emplacement de la barricade principale de 1990 sur l'autoroute

La police a organisé un raid violent le 11 juin pour tenter de démanteler le barrage par la force. Elle a lancé des gaz lacrymogènes à tout venant sur des groupes de femmes et d'enfants. Dans les affrontements qui ont suivi entre la police et les Mohawks, un officier de police a été tué. Personne n'a jamais été mis en accusation pour cette mort, aucune arme n'a été trouvée et l'enquête qu'a menée plus tard un journaliste indique qu'il s'agissait d'un tir ami.
Le lendemain, le gouvernement du Québec a demandé l'intervention de l'armée canadienne. Environ 800 membres du Royal 22e Régiment ont encerclé les Mohawks qui avaient des fusils et d'autres armes pour se défendre. Environ 2500 soldats ont été mis en état d'alerte, prêts à intervenir. Les journalistes se sont plaints que l'armée avait détruit leurs films et les médias et les observateurs ont été harcelés et même détenus dans certains cas. Pendant ce temps, les Mohawks d'ailleurs sont venus à Oka pour appuyer la résistance. Les autres Premières Nations ont aussi tenu des actions partout au Canada pour appuyer les Mohawks de Kanesatake et leurs demandes.

Durant les deux mois de lutte à la défense de leur terre, un Mohawk a été tué et plusieurs dizaines d'autres ont été blessés par l'armée et la police, dont des femmes, des enfants et des aînés. Un des Warriors, un métallo du nom de Ronald Cross, est mort un mois après sa libération des mauvais traitements qui lui avaient été faits délibérément, après avoir passé six ans en prison pour avoir défendu les droits des Mohawks d'Oka.


La résistance des Mohawks force les ministres du gouvernement à venir rencontrer les représentants des Warriors le 12 août 1990.

Les Mohawks ont poursuivi leur résistance contre ce violent assaut jusqu'en septembre 1990. L'armée canadienne a mené une guerre physique et psychologique sur tout le territoire mohawk et les médias canadiens s'en sont fait les complices. Les militaires et la Sûreté du Québec ont occupé environ la moitié du territoire de Kanesatake. Le 18 septembre, les militaires et la police ont lancé un assaut sur l'île Tekakwitha de Kanesatake en s'avançant d'abord vers le pont qui la relie à la terre ferme. Les Mohawks ont affronté 140 soldats pendant 7 heures avant que ceux-ci ne soient évacués par des hélicoptères de l'armée. Soixante-quinze Mohawks ont été blessés, dont des enfants aussi jeunes que 5 ans et des aînés. La résistance fut telle que les militaires n'ont plus lancé d'assaut contre Kanesatake par la suite.

Le soulèvement d'Oka a fait les manchettes au Canada et dans le monde. Il a inspiré les peuples autochtones partout dans le monde à défendre leurs droits. Nombreux sont ceux qui croient que ce fut un tournant dans la lutte d'histoire récente des Premières Nations et des autres peuples autochtones du Canada pour leurs droits. L'événement a également porté à la conscience des Canadiens et des Québécois le besoin de renouveau politique et constitutionnel et de rapports modernes entre le Canada, les Premières Nations et la nation du Québec qui seraient caractérisés par le respect mutuel et la reconnaissance des droits politiques, ancestraux et issus de traités des peuples autochtones.


Une marche commémore le 25e anniversaire du soulèvement d'Oka le 11 juillet 2015, avec une occupation symbolique du terrain de golf d'Oka. (Twitter-Simulator)

Après 78 jours de négociation, les Mohawks ont pu obtenir l'annulation du projet d'expansion du terrain de golf sur leur territoire en échange du démantèlement des barricades. Les terres en question n'ont pas été cédées par les Mohawks et les gouvernements du Canada et du Québec ne les ont pas encore reconnues comme territoire mohawk. Le soulèvement d'Oka a également mené à la Commission royale sur les peuples autochtones en 1991 qui a fait ressortir le besoin d'établir de nouvelles relations avec les peuples autochtones du Canada basées sur le respect.

À l'occasion du 25e anniversaire du soulèvement d'Oka, les Mohawks de Kanesatake ont tenu plusieurs événements commémoratifs pour marquer leur victoire historique. Ils ont marché sur la route où les barricades avaient été dressées, le mouvement Idle No More a organisé une discussion et les gens ont participé à des parties amicales de crosse et à d'autres activités. Les résidents de Kanesatake ont réclamé encore une fois la Pinède (le territoire disputé) et ont inauguré un monument sur lequel est inscrit le nom de 125 enfants de Kanesatake qui ont été envoyés de force dans des pensionnats pour honorer les victimes et leurs familles. Le monument rappelle aussi le legs colonial de l'État canadien et les politiques racistes de l'époque et d'aujourd'hui dont ont été victimes les résidents de Kanesatake, les autres Premières Nations et peuples autochtones du Canada.

L'esprit des commémorations du 25e anniversaire du soulèvement d'Oka rappelle encore une fois le besoin pressant de renouveau politique et constitutionnel pour harmoniser les relations entre les Premières Nations, le Canada et la nation du Québec.

(Sources : Encyclopédie canadienne, Warrior Publications)





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