Volume 3 Numéro 53  - 29 juillet 2015

Fermeture de la cartonnerie Graphic Packaging à Jonquière

Les travailleurs demandent la relance ou la vente de l'usine et de nouvelles lois qui limitent le droit de monopole

Les 140 travailleurs de la cartonnerie de Jonquière au Saguenay Lac-Saint-Jean refusent de se laisser faire suite à la décision du géant américain de l'emballage Graphic Packaging Holding Company de fermer leur usine. Graphic Packaging a fermé l'usine de façon permanente et sans avis le 13 juillet, le premier jour de ce qui avait été annoncé comme une fermeture de trois semaines pour refaire le carnet de commandes et écouler de l'inventaire.

Les travailleurs demandent aux dirigeants du monopole de revenir sur leur décision et surtout de ne pas démanteler l'usine le temps de trouver des alternatives. Ils demandent que Graphic Packaging relance l’usine par des investissements ou donne le temps aux gens de la région de chercher un acheteur puisque l’entreprise elle-même refuse de mettre l’usine en vente.

«On a voulu se donner un mandat clair pour qu'on puisse relancer, assurer la survie de la compagnie si possible et, si ce n'est pas possible, essayer de trouver un acheteur», a indiqué à la presse le président du Syndicat national des travailleurs et travailleuses des pâtes et cartons de Jonquière inc. (CSN), René Gélinas, à l'issue d'une assemblée générale des membres du syndicat.

Lors de cette assemblée générale, les travailleurs de l’usine ont aussi adopté une résolution qui réclame l’adoption de nouvelles lois qui interdiraient aux entreprises étrangères d’acheter des usines au Québec puis de les fermer quelque temps plus tard. L’usine de Jonquière a été vendue à Graphic Packaging en février dernier dans le cadre de la vente de cinq entreprises de carton plat de l’entreprise Cascades au monopole américain. Les cinq cartonneries sont situées à Jonquière, East Angus en Estrie, Winnipeg au Manitoba, et Mississauga et Cobourg en Ontario. Cinq mois après la transaction de 45 millions $, Graphic Packaging ferme l’usine de Jonquière. Les travailleurs demandent aux différents paliers de gouvernement de prendre leurs responsabilités en adoptant de nouvelles lois qui vont forcer les entreprises étrangères qui achètent des usines ici de présenter un plan d’affaires de plusieurs années, un plan d’affaires que les gouvernements vont les obliger à respecter.

« On veut essayer de faire changer les lois pour qu'on puisse arrêter d'avoir des étrangers qui viennent acheter des usines pour les fermer six mois après », a dit René Gélinas suite à cette assemblée générale. Il dit que tout indique que Graphic Packaging a acheté l’usine de Jonquière pour la fermer et s'emparer de ses infrastructures et de sa technologie. Celle-ci avait inventé un processus innovateur de contenants recyclables pour la restauration rapide appelé Respak. Selon les travailleurs et leur syndicat, le monopole n'a jamais eu l'intention de relancer l'usine lors de l'achat.

La résolution de l’assemblée générale prévoit que le syndicat va mobiliser les autres instances de la CSN et les autres centrales syndicales de même que la population pour intensifier la pression afin que l’usine soit maintenue en vie et que ces lois soient adoptées. On parle de pétitions et d’autres moyens d’action dans la période qui vient.

La fermeture de la cartonnerie va affecter beaucoup d'autres travailleurs employés dans la chaîne de production. Entre autres, la scierie Girard, qui produit plus de 30 000 tonnes de copeaux pour l'usine, risque de connaître des moments difficiles. Même scénario pour les travailleurs de la scierie Boisaco de Sacré-Coeur, également fournisseur de copeaux. Les camionneurs de la compagnie de transport Savard, qui effectuaient une vingtaine de voyages par jour pour acheminer les copeaux, vont se retrouver dans une situation très précaire. Des dizaines d'autres travailleurs de la région affectés à d'autres tâches pour des sous-traitants vont également être touchés.

Plusieurs personnalités politiques, dont Stéphane Gaudreault, député du Parti québécois dans Jonquière, ont proposé dans une lettre officielle au premier ministre Philippe Couillard, responsable également de la région du Saguenay Lac-Saint-Jean, de former un comité réunissant tous les acteurs concernés pour se rendre à Atlanta rencontrer les dirigeants de l'entreprise et leur demander de revenir sur leur décision, qui, selon les dires du syndicat, semble définitive. Amir Khadir, député de Québec solidaire, a dénoncé la fermeture et enjoint Philippe Couillard à rompre le silence et à aider les travailleurs. Le député Claude Patry, du Bloc québécois, a quant à lui parlé de nouvelle catastrophe pour la région. Le maire de la ville ainsi que quelques conseillers se sont dit intéressés par la formation du comité suggéré par le député Gaudreault. Quant à Denis Lebel, ministre d’État pour l’Agence de développement économique du Canada pour les régions du Québec et élu de la région, il a dit : « C'est très désolant pour les employés, mais c'est la loi du marché mondial », faisant ainsi la démonstration de la nécessité de chasser les conservateurs du pouvoir.

Les travailleurs défendent les intérêts du Québec

Les travailleurs de la cartonnerie ont parfaitement le droit de contester la décision arbitraire du monopole américain. Ils ont surtout le droit de bloquer les actions destructrices du monopole dans la région, déjà affectée par la crise forestière. Les conséquences sociales, économiques et familiales vécues par les travailleurs et leur communauté ne font pas partie des calculs des dirigeants de Graphic Packaging. Qu'à cela ne tienne ! Les travailleurs doivent poursuivre dans leurs demandes et exiger leur application pratique par les autorités publiques.

La demande de créer de nouvelles lois limitant le droit de monopole est une demande justifiée pour défendre l'intérêt public. Les demandes des travailleurs pourraient aussi comprendre un moratoire immédiat sur la fermeture de l'usine jusqu'à ce que la lumière soit faite sur les agissements de l'entreprise. Une enquête publique pourrait être ouverte par les autorités gouvernementales à cet effet. À défaut d'initiative gouvernementale, les travailleurs et leurs organisations pourraient mettre sur pied leur propre enquête et la rendre publique.

En gardant l'initiative dans leurs mains, les travailleurs feraient une grande contribution à l'effort pour arrêter la destruction du secteur manufacturier et changer la direction de l'économie. Ils doivent demander aux politiciens, peu importe leur allégeance, de défendre ces demandes et exiger des comptes. Les prochaines élections fédérales sont une bonne occasion qui se présente aux travailleurs de Jonquière pour occuper l'espace politique qui leur revient.

(Sources : Le Quotidien, CSN, Assemblée nationale, Radio-Canada)



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