Volume 3 Numéro 55  - 13 août 2015

Deux actions à Montréal à la défense des droits de tous et du droit d'être

Sept ans après la mort de Fredy Villanueva,
on demande toujours que cesse l'impunité policière

Sept ans, jour pour jour après la mort tragique de Fredy Villanueva, soit le 9 août, près de 80 personnes se sont donné rendez-vous à 18h dans le stationnement du Parc Henri-Bourassa à Montréal-Nord,  l'endroit exact où Fredy Villanueva a été abattu alors que les policiers tentaient de maîtriser son frère qui, selon la police, refusait de s'identifier.

Dans une atmosphère empreinte d'émotions, des chandelles ont été déposées au pied d'un arbre à la mémoire de Fredy et des nombreuses victimes de brutalité policière, dont Gladys Tolley, membre de la Première Nation Kitigan Zibi Anishinabeg de la région de Gatineau. La demande de mettre fin à l'impunité policière face aux personnes décédées ou brutalisées aux mains de la police, et que cesse le profilage racial oppose la défense des droits de tous à une gouvernance qui utilise l'État pour semer la terreur et la crainte dans les communautés.

L'organisatrice de l'événement, Nargess Mustapha, a souligné qu'il ne faisait aucun doute que l'arrondissement de Montréal-Nord était particulièrement touché par le profilage racial par la police : « Il n'y a pas de sanction, donc la police continue à tuer nos jeunes, nos frères, nos soeurs, nos parents. Les personnes noires sont beaucoup plus visées. » Rappelons que le 17 décembre 2013, le coroner André Perrreault divulguait les résultats de son enquête sur la mort de Fredy, concluant que la tragédie était le résultat d'une « multitude de circonstances humaines qui, chacune prise isolément, ne saurait justifier logiquement ce résultat ». Le policier n'a pas été sanctionné.

Les gens de la communauté et les activistes poursuivent leurs efforts pour honorer la mémoire de Fredy et des autres personnes tuées par la police en se réunissant deux fois par année dans le stationnement où Fredy a été tué et en faisant des demandes auprès de l'arrondissement pour qu'une oeuvre à sa mémoire soit créée.


Non à la dénationalisation des Haïtiens et des Dominicains d'origine haïtienne en République dominicaine !
Non aux déportations !

Des centaines de personnes ont pris la rue le samedi 7 août pour dénoncer la déportation massive des Haïtiens et des Dominicains d'origine haïtienne de la République dominicaine vers Haïti, déjà en cours. Selon le communiqué du comité ad hoc qui a organisé la marche : « Depuis le 17 juin 2015, la République dominicaine s'est donné le droit de déporter les Haïtiens en masse. Plus de 250 000 Haïtiens seront amenés dans des camps de rapatriés en Haïti. »

Le comité ad hoc dénonce le non-respect par la République dominicaine de ses engagements au regard de la Convention américaine des droits de l'Homme et de tous les accords internationaux pour la défense des droits humainsá: «Le gouvernement dominicain cautionne par son attitude des gestes posés par une frange de sa population qui s'est livrée et se livre encore à des actes qu'on ne peut qualifier que de barbarie (lynchage, discrimination, racisme, assassinats, viols, traitements inhumains, etc.) envers les Haïtiens et les Dominicains d'origine haïtienne. [...] L'apartheid n'a pas sa place en 2015 ». Il faut rappeler que le 23 septembre 2013, le tribunal constitutionnel dominicain a adopté la décision 168-13 qui dénationalise les personnes nées de parents étrangers depuis 1929. Dès l'annonce de cette décision, la communauté haïtienne avait pris action pour dénoncer cette décision xénophobe et raciste du tribunal et exiger son retrait.

Les organisateurs ont demandé des gestes concrets de la part des différents paliers gouvernementaux pour stopper l'apartheid en République dominicaine. Puis, tour à tour, ceux qui ont pris la parole ont dénoncé les déportations, tout autant celles imposées par la République dominicaine que celles imposées par le gouvernement canadien depuis la levée du moratoire sur les déportations envers les Haïtiens en décembre 2014. Un moratoire sur le renvoi des Haïtiens était en vigueur depuis 2004 en raison de la situation chaotique dans ce pays depuis le renversement du gouvernement Artistide par un coup d'État orchestré par le Canada, les États-Unis et la France. Le gouvernerment canadien a levé le moratoire en disant que « Haïti n'est pas en guerre», qu'«il n'y a pas de conflits civils graves» dans ce pays (une aberration totale), qu'il «existe de l'aide internationale» et que «des pays comme la France et le Brésil renvoie des personnes en Haïti». Il est clair que ce sont des justifications faites sur mesure pour justifier le reniement des responsabilités humanitaires du gouvernement canadien et la négation des droits. C'est d'autant plus scandaleux quand on considère la responsabilité du Canada pour la situation créée en Haïti.

La levée du moratoire signifie que les quelque 3500 personnes touchées par cette mesure, dont 3200 Haïtiens pourraient être renvoyées dans leur pays d'origine.

Tous les participants à la manifestation ont appelé à la défense des droits humains et de la dignité. Frantz Voltaire, historien, a dénoncé le sort des apatrides et a dit « Nous ne nous battons pas contre le peuple dominicain. Nous sommes contre cette décision qui a été dénoncée par quasiment tous les pays des Caraïbes. » Serge Bouchereau, représentant du Comité d'action des personnes sans statut a dit : « Cette situation que vivent les Haïtiens, nos compatriotes, femmes hommes, enfants en République dominicaine est sans nom. C'est plus que de l'apartheid. C'est une diffamation ethnique qui commence tranquillement et qui bientôt aura des répercussions désastreuses avec une situation de crise humanitaire qui sévit déjà en Haïti. »

Frantz Benjamin, du conseil de la ville de Montréal, a indiqué qu'une résolution sera bientôt adoptée par le conseil pour dénoncer cette situation. La résolution sera acheminée à l'association des municipalités du Québec dans le but de faire pression sur le gouvernement fédéral pour qu'il agisse face à la République dominicaine. Carole Poirier, députée provinciale d'Hochelaga Maisonneuve, porte-parole officielle en matière d'affaires internationales, s'est engagée à déposer une motion dès l'ouverture de l'Assemblée nationale le 14 septembre pour que celle-ci prenne position contre les déportations, contre la décision 168-13 et la fin du moratoire envers les Haïtiens imposée par le gouvernement Harper et qu'elle soit transmise au gouvernement fédéral qui devra répondre. « Nous avons un devoir tous ensemble, a-t-elle dit. Nous ne pouvons accepter dans le monde le mépris des droits humains.» Emmanuel Dubourg, député fédéral de Bourassa, a indiqué que c'est une cause importante de droits humains et que ce n'est pas une question d'allégeance politique. « Il faut se mettre ensemble pour appuyer nos soeurs et nos frères. [...] quelque chose peut se faire avec la diplomatie [...] Non à la levée du moratoire ici. Ils doivent revenir sur leur décision. », a-t-il ajouté, parlant du gouvernement Harper.

Jaggi Singh de Solidarité sans frontières a dénoncé le problème croissant des déportations au Canada et ailleurs et le nombre croissant des apatrides dans le monde. Une jeune fille de l'organisation Planète Montréal a affirmé : « C'est une injustice qui touche l'humanité. Dans cette situation, la voix de l'Haïtien est forte et ne cède pas à l'injustice. Les haïtiens manifestent au nom de la dignité humaine. Nous demandons au gouvernement canadien et québécois et à la ville de Montréal de se prononcer, de faire des actions concrètes sur ce désastre car s'ils demeurent neutres, ils sont du côté de l'oppresseur», a-t-elle lancé sous un tollé d'applaudissements.

Dans les nombreuses discussions animées, les gens déplorent le traitement inhumain des Haïtiens, le fait que parmi les déportés se trouvent tant de personnes qui vivent en République dominicaine depuis plus de 30 à 50 ans, ne connaissent pas le créole, n'ont aucun papier. Un manifestant a parlé de son frère qui habite en République dominicaine depuis dix ans et dont ses enfants n'ont toujours pas accès à l'éducation, à la santé, contrairement aux autres Dominicains. «On nous déporte de la République dominicaine, on nous déporte des Bahamas, du Canada. Pourtant, on veut juste vivre en paix », a indiqué un autre.

Les déportations des Haïtiens du Canada vers Haïti à cause du gouvernement canadien de Stephen Harper ont été aussi dénoncées.

C'est ensuite un contingent très militant qui a pris la rue, les marcheurs arborant des drapeaux haïtiens, pancartes et scandant des slogans pour informer les passants et automobilistes : «L'union fait la force !», «Non à l'apartheid en République dominicaine!», «Non aux déportations», «Solidarité». Ils ont fait un arrêt devant le complexe Guy Favreau où se trouvent les bureaux du gouvernement fédéral, devant le consulat d'Haïti au coin de Peel et René-Lévesque puis se sont rendus près du consulat de la République dominicaine. Les organisateurs ont invité les gens à se tenir au courant car d'autres actions seront organisées au cours des prochaines semaines pour que justice soit faite, dont une manifestation à New York le 14 août prochain.



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